‹ Notice sur M. Jos. O. Leprohon [microforme]Chapitre 6 sur 9 · CRC CS LS EL · texte numérisé non relu

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La proposition ce reconstrosre Le College de Mesclet sur de plus grandes dimenstons et sur un terrain emeux conditionné, fut partout accneillie avec enthousiasme .

Cependant, malgre l'empressement des paroissiens de Nicolet et le concours des cilovens des paroisses envirronnantes, de Saint-Grégoire, de la Bate du Febvre et d'antres, on proposa d'abandonner l'établissement effectué à Nicolet et de construire, dans un endroit plus central, une maison de haute éducation plus ace-"stble à tous les habitants du district.

On n'avait pas éprouvé de désagréments à Nicolet, mais on objectait que le site du college & ait peu avantageux, d'un abord difficile. Ceux qui éemeltaient ces propositions étaient des personnages influents, haut placés, judicieux et bienveillants, tous dévoués et parfaitement desintéressés,

Ce projet rencontra, néanmoins, beaucoup de contradieteurs.

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Au reste, les samonns ame de D ducattens fatmasent cdomerver quon moque moins en maniement un +taloiecrment ere, fonde 4 agrée qu en de déplacant, puisque son tram port ailleurs, outre qu'il eutraimait des dépenses cons-dérables, dispersat des sommes nécessaines à son soutien, irriterait les esprits, ferait naître des jalousies e1 des pre-ven - Uions ou affermirait des projugés, puis qu'on ne pouvait pas ravir le benélice d'une pareille institution à une paroisse, dejà en possession, pour conférer une faveur à une autre localité qui n'y avait pas de litres réels, patents et admis,

On allait méme plus loin—on disait qu'apres avoir obteru des lettres d'incorporation et avoir travaillé à conserver à toujours cet établissement à la localité qui l'as ait vu se développer, et en se rangeant de l'avis contraire on faisait perdre à cette fondation importante son caractère imposan’, grave, que confère le temps aux choses publiques et d'une utilité générale—qu'en disposerait le peuple à ne plus apprévier ce caractère de fixité, de stabilité et de permanence des grandes institutions publiques qui commande loujours le respect.

Enfin, après bier des propositionssoulevées, débattaes et

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Le sage directeur exposait, de plus, que les populations rurales, vivant géncralement dans une atmosphere plus pacifique et plus religieuse, préferaient voir leurs enfants auprès d'elles; que de plus, les eitevens les plus expérimentés, que les affaires ou les devoirs professionnels retenmet à la ville, aimaivot mieux envover leurs enfants aux collèges, dans les campagnes, loin des embarras, des désordres, ou au moins de l'agitation des villes.

H ajoutait que, d'ailleurs, les élèves se sentaient toujours du milieu où ils avaient reçu leur éducation; et que le luxe, les spectacles, les manœuvres des intriguants et des :ens remuants où vicieux (toujours plus nombreux dans les grands centres) donnaient trop d'occasions de trouble, de dissipation et puis dévoyaient souvent des intelligences trop

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Nous avons parie lmzuement ailleurs de la cer-smme de la bemdiction de la premmere pmerre du nouveau college 4. La fête fut d'abord religieuse ; ei, quoique tout se soil passe avec shinpliené et sur un ton modeste, ville n'en eûl pas mois de retentissement dans la prosmee.

Le jour de l'inauguration du nouvel édifice, comme celui de la bénédiction de la première pierre, a fait époque dans l'histoire locale. Ces jours étaient des fêtes auxquelles les notabilités de tout le d'striet, aussi ben que les membres du clerge, sempressaient de prendre part. Tous voulaient donner un témorgnage tangible de leur reconnaissance à M. le directeur, pour son dévouement iscessant à la jeunesse du pays. Ces solennités, sans précédent pour la plupart, étaient l'objet d'une sympathie générale et d'une allégresse sans bornes. Les popuiations réjouies, les jeunes étudiants vifs el alegres, celle joie rayonnapt sur tous les visages, attiraient les regards et l'admiratien des citoyens. Si tout le monde étail vivement impressionné de celte cordialité, si le

(a) Notice sur M. Raimbault, Page 71,

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Les lettres touchantes que lui ont adressees tant de pères de famille reconnaissants de la manière dont leurs enfants avaient été faconnés à la vertu, lettres qui auraient fait la gloire de M. Leprohon, ee bon prètre les brûlait, et sa pottrine, émue en les hsant, faisait monter au cel le er de l'humilité.

Aux examens, M. Leprohon faisait distribuer par d'autres mains des prix qui étaient le fruit de ses économies ou

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A Nicolet, comme dans tous nos collèges, on exerce une large hospitalité. Un grand nombre d'anciens eleves sont conduits au collège, ce jour là, par Fattraction d'un souvenir agréable. En effet, on a reçu là, avec la religion qui moralise, la science qui conduit au progrès. La séance ouverte, des morceaux de litiérature, essais heureux des jeunes élèves, étaient lus ou récités par eux-mêmes, avec une vérité et un sentiment exquis. D'ordinaire, la cantate de circonstance, qu'il faut bien se garder de passer « 18 silence, était exécutée d'une manière admirable par les voix pures et fraiches des écoliers, qui réussissaient infailliblement à enthousiasmer l'assemblée,

On se souvient encore de l'éclat el de la splendeur de

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(a) Monseigneur Signay, en partant de Québee, le 7 juin 1836, pour commencer sa visite pastorale, le 9, à Saint-Michel d'Yamaska, naecompagné de MM. Ant. Bédard et Dumoulin, éerivit à M. Leprohon que, le 20, il ferait la visite de la maison avec Son Excellence Lord Gosford, le Gouverneur, Après avoir visité, le 17 après-midi, le Séminaire de Québec et le Couvent des Dames

rsulines, il se rendit aux Trois-Rivières, puis, le ler.demain, à Nicclet, où il ne

rna toutefois qu'un jour, De Là, Milord se rendit, par terre, à Montréal, y visita le ccllége ot les autres institutions, le 8 juillet, ete.

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Rarement M. l'abbé Leprohon cédant à un prétexte, même plausible, de quitter la maison. 11 avait une repusnance invincible pour les dépenses qui n'étaient pas d'une necessité absolue. ne demandait à ses amis que pour ses petits protégés, que pour leur procurer des livres, où des recompenses aux talents qui se distinguaient, où enfin, pour quelque œuvre où pour quelque institution sérieuse et d'une utilité reconnue, Son bon esprit lui faisait ranger les frais d'achats de livres, de papeterie, ete., ete., pour les élèves pauvres, parmi celles qui étaient de première utilité. On s'étonne qu'il ait pu faire tant de choses avec d'aussi faibles moyens que ceux qu'il avai à sa disposition. Ses droits patrimoniaux, évalués à environ douze cents piastres, furent employés à des œuvres pies, dès qu'il y put toucher, Pen-

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amous pour ! koi, Sa vie s'ecoulait dans be calme sans cire entraunec par les agniatons du dehors ; mais Île était compo-ce de jours Jlaborneux qui ont eu le resultat le plus fvcond.

Sous son patronage bienveillant, les jeunes régents et les professe rs de la maison agissaient avec confiance, gouvernant la jeunesse suivant les principes qui les avaient formés eux-mêmes, [ls allégement ses travaux, partagenient sa sollieitude, et, en retour, cel appréciateur éclairé les couvrait de son autorité, les favorisait de ses recommandations et contribuait de tout son pouvoir à leur bien-être, H partageait

aussi leur dévouement, les assistait dans leurs études, pro-

voquait l’urs interrogations, les aidait dans leurs recherches, leur prodiguait les avertissements, les lumières salutaires, encourageait lets labeurs, accueillait leurs efforts et chérissait leur persévérance. Et ces services réciproques, ces égards müutuels, cimentaient une unfbn qui rendait de ministère de tous merveilleusement fructueux.

M. le directeur voulait, pour professeurs et pour régents, des hommes qui, par la dignité de leurs manières, par une piété solide, comme par leurs maximes, inspirassent à la jeunesse, confiée à leur sollicitude, le respect et l'amour du devoir. Avec une extrème délicatesse il les avertit, il les dirige eux-mêmes ; il modère iss mouvements imparfaits, il encourage le vrai talent, mais toujours, ses procédés sont délicats, empressés et sincères, comme ses leçons sont brièves, méthodiques, sans sècheresse, et surtout sans respect humain.

L'enseignement à donner aux élèves du sanctuaire, le chant grégorien, les cérémonies sacerdotales propres à chaque ordre, à chaque solennité, prenaient une part assez large sur le temps de M. le directeur. Par ses attentions auprès des écoliers, M. Leprohon ne se laissait pas distraire des soins qu'il devait aux étudiants en théologie. Pour les former à la vie studieuse et régulière, il leur ménageait tout le temps qu’il pouvait, il leur facilitait les recherches et les études ; et par des conférences fréquentes et prolongées, étudiées et pleines d'intérêt, il les indemnisait des sacrifices qu’! ‘imposaient pour remplir ses vues auprès des jeunes élè >< L'enseignement de l'histoire de l'Église, de la Théologie dogmatique ou morale, et de la Théologie mystique, la manière d'administrer les sacrements, de réciter le saint

office, occupaient successivement le Directeur pendant ses conférences avec messieurs les ecclésiastiques de la maison.

Dans l'enseignement de la théologie, pas de vues neuves, pas d'aperçus nouveaux. Il n'avait nuHement les allures d’un homme qui prétend se distinguer en quittant le sentier battu ; il se fit remarquer, plutôt, par la précision des idées, par la clarté des développements, par l'excellence de la méthode et surtout par l’art si difficile de présenter toujours des preuves solides à l'appui de la vérité. Tantôt il leur parle de la sublimité de l’état auquel ils sont appelés et leur en développe les devoirs et les obligations. Tantôt il leur inculque les moyens de respecter leur vocation et d'y être fidèles. I leur fait connaître le monde réel, le monde avec ses illusions, les erreurs qui plaisent au cœur humain, ses déceptions, ses revers. Aux uns, il fait envisager les sublimes objets de leurs aspirations ; aux autres, plus altiers en apparence, il dévoile le mérite attaché aux humbles fonctions. 1 sait plaire, il sait émouvoir, il sait éprouver tout son monde. Sa marche est sûre, généreuse el toujours simple. Lorsqu'il censure, lorsqu'il reprend, qu'il réprimande, son tact est toujours diseret et judicieux ; et, de plus, avec chaque sujet, il vit dans la plus douce et la plus parfaite harmonie. {1 n’est pas un de ses anciens élèves qui n’accorde un souvenir de tendresse à ce bon et aimable directeur. Jusqu'à la fin, il a gardé Ja confiance intime de tous. Combien puisèrent dans les lumières et dans l'affectueuse et solide piété ce ce sage et habile directeur les vertus sacerdotales qui embellissent leur carrière? Combien le chérissaient comme un bienfaiteur, comme un père 7...

Sois béni, 6 prêtre du Seigneur, puisque par toi tant de lumière a été jeté dans les âmes, tant de consolation a été proligué à de jeunes cœurs, tant d’espérances ont lui aux esprits que tu as guidés !

Sois béni, homme miséricordieux, pour tout le bien que tu nous a fait, pour toutes les vertus que tu nous a fait

naitre, pour toutes les pratiques que tu as inspirées, pour tous les dons que tu as prodigués à tes enfants !

Sois béni pour toutes les prières que tu as élevées vers le cel pour ceux que tu dirigeas,—-pour toutes les joies qui ont illuminé les autres, —pour toutes les faveurs que tu as fait descendre sur celte jeunesse que tu as sanctifiée, sur ces familles dont tu as formé les chefs, sur ce clergé qui chérit ton souvenir!

Mais il nous faudrait énumérer tous les devoirs, toutes les obligations d’un guide, d’un directeur sage et éclairé, pour faire ressortir le mérile de cet homme de Dieu. Encore nous resterions de beaucoup au-dessous de cette tâche. Bien loin de nous l'imposer, nous nous hâterons de rappeler que M. Leprohon en remplissait toutes les parties bien mieux qué nous ne pourrons les énumérer et les décrire.

XLUIX.

Enfin, M. Leprohon était le premier dans la maison par ses connaissances et ses lumières, et le premier par son zèle et par sa vigilance de tous les instants. Cependant, le digne ecclésiastique avait plus de goût et d'aptitude pour la partie administrative et disciplinaire que pour la païtie littéraire, quoique, sous lui, les cours aient toujours bien réussi. Mais le pensionnat d'année en année devenait plus nombreux. M. l'abbé Leprohon se plaignait de ne pouvoir plus suffire à sa position et finit par solliciter sa retraite de la maison. L'Evêque de Québec, pour le conserver à un établissement qu'il honorait toujours de sa haute protection, envoya des sujets distingués à son secours, dès que les rangs du clergé, se grossissant, purent lui permettre d’en détacher sans préjudice pour les paroisses qui se mullipliaient de tous côtés.

C'est alors que les Harper, les Brassard, etc., apportèrent leur concours si efficace à cette belle institution.

La plus serupuleuse orthodoxie distinguait les discours de M. Leprohon, comme il mettait toujours la plus grande pureté d'intention dans ses actions et dans tous ses procédés. Il restait toujours d'accord avec les vrais principes, se refusant à admettre tout ce qui n’était que hasardé, qu’aimable, les conjectures n’offrant jamais rien de sûr, rien de consolant. Tous les devoirs que M. Leprohon remplissait auprès des ‘ièves et des ecclésiastiques ne loceupaient pas tant qu'ils ne lui laissassent le temps nécessaire pour préparer les instructions qu’il prêchait le dimanche à l'église paroissiale ou à la chapelle du collége.

L'attention qu’il donnait aux cours d'histoire et de littérature ne lui faisait pas négliger la science sacerdotale : bien loin de là, par-dessus lout, ii considérait, avec plus de scrupule, la partie de sa tâche qui consistait à préparer aux paroisses des. pasteurs destinés à y faire fleurir la foi, la sainteté des mœurs et celte charité qui, comme le veut l’apôtre, enfante le sacerdoce d'une loi de grâce et d'amour.

Mais, encore une fois, nous ne voulons pas énumérer tous les travaux de ce vertueux prêtre. Ceux que nous avons rapportés ne furent pas les seuls qui remplirent une vie si fructueuse. Au reste ce n’est pas sa vie que nous écrivons ; ce n'est pas son panégyrique que nous préparons. Sa réputation trouve dans ses vertus une base 4s” 7 solide sans que nous énumérions davantage ses titres à l aamiralion de nos concitovens.

M. l'abbé Leprohon donnait au Séminaire de Nicolet le <oncours d'un appui efficace, la garantie d’une vigilanee exacte et soutenue comme aussi le secours de lumières étendues et d’une longue expérience. Les évêques aimaient à établir sur lui de brillantes espérances. La jeunesse qu'il avait immensément aimée lui était fidèlement dévouée. Cependant, il fut inopinément appelé à prenire la direction de la paroisse de Nicolet, où il succédait à M. Raimbault comme curé. L'araénité de son caractère, sa constante disposition à obliger, l'impulsion qu'il donna aux études firent regretter son éloignement du collége. Toute la maison, enfin, attendait de lui des services prolongés, lorsqu'il parla de sa retraite. Après avoir si longtemps et si laborieusement vécu pour cette institution, M. Leprohon se retira selon qu'il avait été réglé. Tout le monde fut pris par surprise. M. le Directeur partit, comprimant affections, regrets et émotions. Ii passa rapidement devant tout ce qu’il avait édifié, protégé, secouru et aimé. Il rompit avec courage tout lien, n'emportant que l'espérance de faire du bien ailleurs et une grande confiance en Dieu. Les adieux furent briefs ; mais il était entendu qu’il servirait encore cette instilution de sa parole austère et de ses vues consciencieuses. Comprenant les besoins et la direction de l'ère nouvelle qu'il avait préparée à cette maison, il souscrivit généreusement aux vues des supérieurs ecclésiastiques, aux désirs de ceux qui le remplaçaient, et promit à tous d’être utile selon la mesure de ses forces.

D'ailleurs. en quittant le collége de Nicolet, M. Leprohon n’en partait pas tout entier, il y laissait ses exemples, ses règlements, ses leçons, et même son portrait, qu'il possédait depuis quelques années.

L'humble prètre s'était longtemps refusé aux sollicitations de sa famille, qui demandait son portrait, et de son parent, M. Dulongpré (a), peintre français, qui s’offrait à reproduire ses traits sur la toile. Mais M. Raimbault ayant promis de faire faire le sien pour le collége, il consentit enfin à poser. C’est ainsi que l'humilité de M. le direeteur dota la maison de Nicolet de deux précieuses toiles.

(u) Louis Dulongpré, écuyer, né à Paris, mourut à Saint-Hyacinthe, au manoir seigneurial.

Il vint en Amérique, faisant partie d’un corps de marine joint à l’escadre du comte d'Estaing. Après être débarqué sur le continent, il retourna peu après aux Iles Françaises, à la Martinique, à la Guadeloupe, etc.

N'ayant pas trouvé dans cette excursion d’emploi qui convint à ses goûts, il revint aux Etats-Unis, espérant être attaché au corps de troupe sous le commandement du colonel Rochambeau. La paix ayant été conclue avant qu’il eût pu effectuer l’arrangement qu’il avait en vue, M. Dulongpré vint en Canada. Il s’y trouvait sans emploi, réduit même à une déplorable condition, lorsqu’il reçut l'avis de s’annoncer comme professeur de musique et d’enseigner le clavecin. Il épousa, à Montréal, Mille. Campeñu, et quelques amis, entre autres M. Joseph Papineau, notaire, lui conseillèrent de se livrer à la peinture. Sur divers essais de son pinceau, qu’ils avaient examinés, ils avaient prévu qu’il réussirait. En effet, il excella dans le portrait. Bientôt, il eut la vogue. On a porté à plus de trois mille le nombre de têtes qu’il avait été appelé à reproduire sur toile, et toutes avec une grâce et un naturel qui lui méritaient les éloges de la société, le suffrage des amateurs et l’estime du public. Il était heureux, surtout, dans l’exactitude et la perfection des ressemblances. Il eut moins de succès dans les tableaux d’église, qui lui furent demandés. Son talent se montra toujours rebelle à ce genre. Comme la plupart des artistes, M. Dulongpré devint pauvre dans sa vieillesse. Mde. Dessaulles le recueillit alors chez elle, comme elle avait offert un refuge sous son toît hospitalier à l’arpenteur J. McCarthy, éer., et à tant d’autres pour qui la fortune fut inconstante. Dans la généreuse hospitalité de cette personne si bienfaisante, le vieil artiste a trouvé des consolations et des jours heureux.

Que servirait de rappeler ici les regrets que provoqua son éloignement du collége ? Ils ont témoigné ce qu'on devait à un affectueux directeur. Tous s: rappelèrent longtemps ses adieux touchants qui émurent tant de cœurs. Tous priaient le Seigneur, dans sa bonté, de leur rendre au plus tôt leur aimable et vertueux mentor. La communauté toute entière était remplie d'estime et de respect pour sa personne et pour ses enseignements. Aussi personne ne se permit de lui faire des observations. Combien auraient voulu lui faire agréer le tribut de leur vénération et de leur reconnaissance. Son souvenir était si vivant dans le collége de Nicolet! On le retrouvait, ce semble, en classe, au dortoir, à la récréation, au saint autel, devant ce sanctuaire béni, qu'il s'était tant de fois plà à orner, à embellir, en prélevant sur ses besoins indispensables, tantôt pour l'entretien du luminaire, tantôt pour rehausser, par quelques décorations, l'éclat des fêtes. Tous regrettaient son départ du collége, tous le voyaient avec chagrin disparaître de cette maison qu'il avait gouvernée avec tant de sagesse. Tous déploraient les circonstances qui le forçaient d'en venir à cette détermination.

Cependant, on aimait à se consoler dans la douce pensée que M. Leprohon, que tant de liens attachaient à cette précieuse institution, resterait toujours à Nicolet, que tous le pourraient revoir souvent, que tous pourraient donner à sa vieillesse les égards et les soins dus à un père vénéré.

La communauté qu’il avait dirigée avec une si tendre sollicitude s’estimait heureuse de pouvoir, longtemps encore, compter sur ses conseils, sur sa sagesse, et sur son expérience toujours rehaussée par la piété la plus éclairée. La

Divine Providence a voulu, néanmoins, en agir autrement, pour récompenser, sans doute, le zèle de son bon et fidèle serviteur. Les successeurs que le ciel lui a substitués se sont toujours estimés heureux d'avoir pu puiser dans le souvenir de sa conduite des leçons de prudence et d'expérience qui les ont puissamment aidés dans une administration toujours épineuse, et toujours hérissée de difficultés. Mais ! comme ses élèves dispersés dans les diverses conditions de la société s’entretiennent toujours de lui avec plaisir ! Homme heureux, qui sut être goûté ! On ne l'admire pas avec transport, mais on l'aime partout. Comme il donnait de attrait à la morale! Comme il faisait aimer le bon sens ! Il a néanmoins vécu sans éclat, n’a jamais rien prétendu, rien envié, rien affecté. Toujours surpris des honneurs qu'on lui rendait au collége, il serait étonné, s’il revenait parmi nous, que son mérite eût vécu dans notre souvenir.

Telle était la confiance de M. Raimbault dans la sagesse nt la prudence de M. Leprohon, qu'il lavait désigné au choix de l’Evêque pour être curé de Nicolet, après son décès. Ses talents éprouvés, une grande confiance justifiée par de grandes vertus le recommanvaient au choix du supérieur. Le bon directeur avait vécu pendant près de trente ans avec M. Raimbault. Rien, pendant ce long intervalle, n'avait troublé leurs rapports affectueux, et lors même qu'ils différaient dans leurs vues ou dans l'appréciation des choses, leurs cœurs restaient unis, la paix était sans altération, et

leur conversation était toujours piéine de douceur et de charmes. Ce sont ces motifs, et bien d’autres encore, qui

avaient déterminé M. le supérieur à demander la cure pour cet inséparable associé de sa vie, pour cet ami cher et

dévoué, dont il connaissait la popularité et plus encore la belle et solide vertu. ï

Plutôt pour le bien des âmes que pour améliorer, par le repos, sa santé délabrée, M. Leprohon consentit à se charger de la cure de Nicolet. Son dévouement si notoire, son nom s: respecté dans la paroisse, parut bientôt comme un signe rassurant au milieu du troupeau affligé de la mort de M. Raimbault. Il se mit ensuite à l'œuvre avec le zèle qu'il mettait partout. 11 ranime la ferveur dans les âmes, il écarte la tiédeur ou les serupules qui nuisent aux progrès des autres dans la perfection. Ce qui étonne, c’est qu'au milieu des préoccupations et des soucis d’une vie si partagée, son assiduité à la direction des consciences ait pu se soutenir, malgré sa régularité au soin des pauvres et des enfants, à la visite des malades et aux devoirs si multipliés qui parlageaient son temps. Sa réserve était admirable et sa condescendance était, en tout, pleine d'égards et de charité. Outre une direction générale qui l'occupait, il pénétrait dans le détail de la direction de chaque personne, dans la pratique de chaque chose, dans le particulier de la vie intime, comme dans les plus petites ressources de la vie spirituelle. Toujours tendre, toujours bienveillant, toujours prudent et toujours dévoué, rien ne coûte à ce bon pasteur; il entre dans les confidences de chacun, lui donne son temps, ses avis, combat les obstacles, sans montrer de peines ni d’ennuis, rehausse le courage, multiplie les efforts contre les faiblesses humaines, tout en les supportant avec douceur, et se conduit avec chaque personue comme s'il n’eût eu qu'à s'occuper d'elle seule.

Dans la direction spirituelle à laquelle il s’appliqua surtout, il y avait une intelligence du cœur, une sagesse qui faisait trouver son langage doux et onctueux. Il se montrait, pour tous ceux qui recouraient à son ministère, maitre consommé dans l’art de former des hommes vertueux, tant il connaissait l'excellence des vertus et les moyens de les faire aimer.

On aurait dit qu'il avait quelque don, quelque ressource particulière dans l'intérêt des jeunes gens. IL s’évertuait à les pénétrer de l'esprit de leur état, il animait chacun d’eux à travailler sans relâche à l'œuvre si importante de la sanctification, dans l'intérêt de Dieu qu'il fallait glorifier, dans l'intérêt des familles auxquelles il fallait de sages, de dignes souliens, et dans leur intérêt particulier, puisqu'il fallait être toujours en paix avec sa conscience.

Enfin, dès le début de son administration paroissiale à Nicolet, M. Leprohon se livra entièrement au soin des âmes. Il y continua sans relâche des travaux rudes, pénibles et continuels, qui le conduisirent prématurément au tombeau.

LIIT.

Vers 1840, la santé de M. Leprohon avait déjà subi une décadence rapide. Il ne pouvait plus même prècher tous les dimanches. Tantôt des maux de gorge, tantôt une irritation ou une inflammation des bronches étcient suivis d'hémorragies alarmantes. Il se livra, nonobstant, à des travaux soutenus et se signala par une ardeur qui mit bientôt fin à sa carrière.

Il conserva, néanmoins, jusqu’à la fin, toute sa mémoire et la netteté de sa pensée. Comme curé, ses travaux étaient incessants et toujours dirigés dans l'intérêt spirituel de ses ouailles. Il n’épargnait pas ses peines pour rendre service. Son zèle embrassait tous les pauvres, tous les délaissés, toutes les infortunes, mais ce zèle aimait surtout à s'exercer augrès de l'enfance et de la jeunesse. Il entrait dans les moindres détails de ce qui les concernait. Là était son attrait, là était sa vocation, disait-on, dans le temps.

Visiter les pauvres, secourir les malades et les nécessiteux, c'était là ses délassements. Inspirer aux jeunes personnes :

les vertus de dévouement, d’abnégation, qu devaient les rendre propres aux emplois les plus relevés, préparer des jeunes gens pour le collége, diriger la jeunesse dans la vocation la plus profitable à la société, voilà quelles étaient les occupations de tous les jours, de tous les moments de ce digne curé. Pour une nature ardente et laborieuse, bien des sources d’activité s’ouvraient à la fois.

A son gré, ce n’était pas assez. Comme il savait se donner aux autres avec abandon, avec amour, avec sincérité ! Comme il était touchant de le voir auprès des malades toujours en action, le jour, la nuit, si quelque besoin l’appelait auprès d’eux ! Comme il était touchant de le voir chaque jour passer des heures aux pieds des autels et épancher sa belle âme devant Dieu !...…

Et le secret des invincibles espérances qui le soutenaient dans ses labeurs, qui le maintenaient pur, calme el constant contre les douleurs, contre les fatigues et contre les infirmités, c'était la foi. C'était la foi qui lui faisait découvrir la récompense après letravail ; c’élait l'espérance dans les promesses du divin rédempteur. Ce digne prêtre voyait tout, enfin, à la lumière de la révélation. Derrière les croix qui l'environnaient, il entrevoyait toujours les splèndeurs du Thabor et la lumière radieuse du jour de la miséricorde.

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