Notice sur M. L. Vitet, médecin de Lyon
Louis Yitet naquit à Lyon, en. 1736;, d’une famille qui r comme celle d’Hippocrate, s’était fait dans là médecine une grande célébrité. Son père le fit étudier chez les Jésuites. Au sortir du collège, le jeune écolier voulait se faire moine, et ce qui prouve l’ardeur et la sincérité dé sa vocation , il voulait être Chartreux ; mais la providence qui lui avait inspiré ce dessein , en inspirait un autre à son père.
Celui-ci exigeait complaisance pour complaisance, et ne consentait à humilier, son fils sous 1 habit de saint Bruno qu’après l’avoir revêtu de la robe de docteur. Il fallut céder.
Le jeune homme se rendit-à Montpellier pour y suivre ses cours. Le tems ^ l’étude , l’exemple ébranlèrent ses premières résolutions : et cette fièvre religieuse qui avait enflammé ses esprits acheva de se dissiper à une représentation du Devin du Village. Converti à la médecine par un opéra,
Louis Vitet redoubla de zèle; et après avoir assisté pendant deux ans aux leçons de Fizes, de Sauvages et de l’éloquent '
Lamure , il fut honoré du titre de docteur, et partit sur-lechamp> pour Paris , ou l’appelait la juste célébrité de Ferrein, de Rouelle, de Jussieu et de follet.
Ce n’était point assez pour lui. d’écoüter assidûment de tels maîtres, de suivre les visites des hôpitaux , de parcourir les bibliothèques, et les collections d’histoire naturelle. Un goût inné pour les-beaux-arts le conduisit dans ' les ateliers des peintres et des sculpteurs, et; lui fit cultiver la société des artistes avéi autant de soin que celle des savons. L’altération de sa santé interrompit trop tôt de si charmantes études. Après deux ans de séjour à Paris, il revint
respirer l’air natal et se faire agréger au collège des médecins de Lyon. Engagé dans la pratique de son art, ses premiers essais furent heureux : mais une maladie grave, une inflammation de poitrine se présente : soit inattention, soit
timidité , le jeune médecin néglige la saignée , et le malade meurt le septième jour. M. Yitet sentit amèrement sa faute. Avertit par ce cruel revers de ce que la médecine exige de qui ose l’exercer, et ne se croyant plus digne de traiter les maladies, il s’en interdit pour un tems le privilège ; il reprend ses études , ses lectures, ses observations; et refaisant au lit du malade toute son éducation médicale, il abdique en quelque sorte le doctorat, pour' ne plus l’obtenir que de son propre suffrage. M. Yitet persista plusieurs années dans cette louable sévérité : mais avec de nouvelles lumières , il reprit une nouvelle confiance, jusqu’à ce qu’enfin les sollicitations de ses amis, et sur-tout le sentiment légitime qu’il avait de ses forces f mirent un terme à cette interdiction volontaire.
Rentré dans la /carrière que ses scrupules lui avaient 1 presque fermée, il passa dix ans à donner , l’hiver et le printems , des démonstrations publiques d’anatomie et de chimie , qui eurent le plus grand éclat. Il publia quelques écrits polémiques ; et de concert avec deux médecins de ses amis, il. fit dans les hôpitaux deux espèces d’observations fort importantes. Les premières avaient pour objet de constater ou de renverser la nouvelle doctrine de Solanô’ sur les variétés du pouls ; doctrine présentée par Borden avec, des modifications si délicates qu’on n’osait trop s’y fier.' Les secondes étaient relatives au régime des hôpitaux et ! aux moyens d’en corriger les abus.
Comme on le voit, les premières observations n’inté-ressaient que la science : lés secondés intéressaient le public. Il faut se souvenir qu’a cette époque, dans, les hôpitaux de Lyon , comme ailleurs , deux malades, quelquefois: trois, quatre, et même cinq, occupaient le même lit, pêlemêle , et jetes les. uns sur les. autres. Les salles toujours' encombrées étaient privées d’air. Il n’y avait pour ce grand nombre de malheureux que peu de médecins. Il résultait de cette disproportion et de la nécessité du service, que les visites étaient faites en courant: eL Comme à la volée. Cette légèreté forcée tournait malheureusement en habitude.