‹ Notice sur M. NeckerChapitre 1 sur 12 · IJ NOTICE · texte numérisé non relu

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Personne , j'ose en être assuré, ne croira que j'aie la folle prétention de rien ajouter à ces deux tableaux , et l'apologie la plus modeste à cet égard seroit encore trop présomptueuse ; mais lorsgu'en i8o4 ma mère publia la vie privée de M. Necker, son cœur étoit navré de la mort récente de son père; et la douleur qu'elle exprime avec une si toucbante éloquence, ne lui a pas permis de se retracer de près des souvenirs trop déchirans. D'un autre côté y le plan des Considérations sur les principaux éi^énemens de la rés^olution fran-^ çoise ; n'admettoit pas une exposition détaillée des opérations financières et administratives de M. Necker ; et ces opérations , bien qu'antérieures à Fère nouvelle de notre édifice social , ne sont pourtant ni sans intérêt historique ,, ni même sans application au moment actuel. C'est sans doute d'après ces motifs, qu'en me chargeant par ses dernières -volontés de publier une édition complète des OEuvres de .M. Necker, ma mère a désiré que cette édition fût précédée d'une Notice biographique. Ce désir étoit sacré pour moi , et j'ai dû m'efforcer de l'accomplir. J'essaierai donc de retracer, avec exactitude, les principaux traits d'une vie dont aucun

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instant ne redoute la publicité. Heureux si un exposé simple^, mais fidèle , des faits 5 peut faire mieux connoître ce grand homme de bien, qui a tant aimé la France, et que la France a tant aimé , pendant quelques années de gloire et de bonbeur! »

La famille à laquelle appartenoit M. Necker est d'origine irlandoise ; ses ancêtres , obligés de s'expatrier pour fuir les persécutions religieuses de la reine Marie , vinrent chercher un asile dans l'Allemagne protestante , et se fixèrent en Prusse , oii il existe encore plusieurs^ personnes de ce nom.

Charles^Frédérîc Necker, mon bisaïeul, homme d'une instruction solide , qui avoit fait surtout une étude approfondie de l'histoire et du droit public , vint à Genève au commencement du siècle dernier, pour y diriger l'éducation d'un jeune prince allemand. Genève offroit alors , comme aujourd'hui , la réonioii précieuse de la pureté des mceuts républicaines , avec les avantages dus à la richesse et aux lumières; l'on y comptoit des hommes distingués dans toutes les branches de l'enseignement , et les établissemens d'instruction publique y conservoient encore intact le caractère qui

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leur avbît ëte fortement imprimé par Gaivîa leur fondateur. Car le génie, comme la nature , donne à ses œuvres un principe de vie et de durée , et Ton jugeroit Calvin d'une manière incomplète, si on ne le considéroit pas comme législateur républicain, autant que comme réformateur religieux.

Frappé de tous les avantages que présentoit le séjour de Genève à un homme moral et studieux, Charles -^ Frédéric Necker résolut de s'y fixer j on Tadmit au nombre des citoyens de la république , et l'académie créa pour lui une chaire de droit public , dont il étoit digne par son savoir , et qu'il a remplie jusqu'à sa mort.

Un Traité sur la Constitution de l'Empire germanique, dédié par lui en 1741 aux magistrats de sa nouvelle patrie , prouve un esprit juste et des connoissances positives.

Charles-Frédéric Necker eut deux fils de son mariage avec mademoiselle Gautier , fille d'un premier syndic de la république ^ l'aîné , Louis Necker, qui prit plus tard le nom de M. de Germany , fut destiné à suivre la carrière de son père et se voua à l'enseignement public. Le cadet , Jacques Necker, né le 3o septembre 1732, étant obligé de se créer par son travail une

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existence indépendante , fut voue au commerce , et place dans une maison de banque à Genève, après avoir achevé avec distinction le cours de ses ëtudes classiques.

Ses premiers pas dans la carrière du commerce furent pénibles j entraîné par un ' goût très-vif pour la lecture et la me- • ditation y il étoit sans cesse rebuté par la sécheresse et la monotonie des occupations qui lui étoient imposées ; sans ^esse un poëme , un roman , un ouvragé philosophique, le détoumoient de son travail ; et son père ne tarda pas à s'apercevoir que pour développer les facultés remarquables qu'il avoit reçues de la nature , il falloit le placer sur un plus grand théâtre , et le mettre aux prises avec de plus nombreuses difficultés.

Du reste , toutes les personnes qui ont connu M. Necker dslns sa première jeu-* tiesse, s'accordent à dire que le charme de son caractère le faisoit chérir de toils ceux qui avoient des rapports avec lui , et que le trait saillant de son esprit étoit une gaîté piquante , une plaisanterie sans amertume, dont les autres ou lui-même étoient alternativement l'objet. J'insiste sur cette remarque , parce que ceux qui ont vécu plus tard dans l'intimité de M* Necker, ont

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toujours retrouvé en lui des tracés de cette première disposition de sa jeunesse , à une époque même où les souvenirs de l'homme d'état et les hautes méditations du philosophe chrétien avoient imprimé à tout son être la gravité la plus imposante. Ses petits enfans se rappellent encore^ avec émotion, ijuil ne dédaignoit pas de plaiisanter avec eux et de prendre part à leurs amusemens.

Le professeur Necker étoit lié dune am^itié particulière avec un des hommes distingués dont s'honoroit alors Tacadémie de Genève, M. Vernet, théologien respectable , dont les écrits forment encore la base de l'enseigneinent religieux dans les écoles protestantes. M. Vernet avoit un frère , chef d'une riche maison de banque établie à Païis ; le jeune Necker lui fut adressé , et une fois arrivé dans la capitale , des oc* cupations moins rétrécies , un champ plus vaste ouvert à une louable ambition , ne tardèrent pas à développer en lui un talent remarquable pour les affaires de commerce.

Une anecdote en donnera l'idée. Les premiers traits de la jeunesse des hommes supérieurs attirent toujours la curiosité :

leurs égaux se plaisent à comparer les routes qu'ils ont suivies ; les autres aiment à se

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croire pour un moment quelques points de ressemblance ayee eux.

M.^Vernet, Je banquier, passoit Tété à la campagne , <et ne venoit à Paris que pour l'heure des affaires. Un jour la poste de Hollande apporte à sa maison la proposition d'une spéculation vaste qui sortoit du cercle de ses opérations habituelles : la réponse étoit urgente; M. Vemet sefaisoit attendre; le premier commis, homme exact , mais sans génie , consulte son jeune collègue. A l'instant M. Necker, à peine âgé de dix-huit ans, prend sur lui de répondre ; il daveloppe^ avec assurance et clarté ses idées sur l'opération principale ; il donne à divers oorrespondans les ordres nécessaires pour en assurer le succès , et au moment oii arrive le chef de sa maison , il lui présente à signer un courrier très-volumineux. M. Vemet, étonné de voir des lettres écrites dans un style moins bar- . tare que ne Tétoit aloi^ celuidu commerce , étonné surtout qu'un si jeune homme ait osé se hasarder à prononcer seul sur de si grands intérêts , s'emporte avec violence.

« Je crois que j'ai eu raison , lui répond le ce jeune Neeker ; mais en tout cas, ne m'en « veuillez pas d'un tort qui n'a point eu de c< conséquences ; » et en même temps il jette

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au feu toutes les lettres qu il venoit de préparer. M. Vemet ne tarda pas à regretter son emportement; il vit, en étudiant Topération qui lui étoit offerte , combien son jeune commis Tavoit habilement conçue , et il ne crutpoilvoir mieux faire que de lui en confier la direction. M. Necker s'y appliqua tout entier, et donna une nouvelle preuve de la souplesse de ses facultés , en apprenant le hollandois avec une telle promptitude , qu'au bout de trois mois il étoit en état de suivre une correspondance dans cette langue. Dès lors la confiance que son chef lui accorda fut sans bornes, il devint bientôt son associé , et M. Vernet, quand il quitta les affaires , en 1762, lui remit des fonds considérables pour laider à former avec MM. Thelusson une maison de commerce qui devint bientôt la première de la France. Tels furent les commencemens de la fortune de M. Necker , fortune acquise par vingt-cinq années de travail et d'économie, et qui, après deux révolutions , assure encore à sa famille le bienfait dhme existence indépendante.

Le petit nombre d'instans dont M. Necker pouvoit disposer , étoient consacrés à la culture de son esprit. Il recherchoit, avec avidité, toutes les nouvelles produe*

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lions littéraires; et avant d'avoir atteint rage de vingt ans , il s'essayoit lui-même à composer de petites pièces de théâtre. Ces comédies, dont je possède encore quelquesmies , sont écrites avec beaucoup de verve et de franche gaîté : Tune entre autres annonce de la facilite pour la versification* M. Necker eut un instant l'idée de les faire représenter ; mais une raison précoce réprima ce petit mouvement d'ambition littéraire. « Si j'y avois cédé, a-t-il dit depuis , €c en se retraçant au milieu de sa famille les u premières années de sa je\inesse , toute « ma carrière s'en lut ressentie; car jamais « la réputation d'auteur comique n'eût été u compatible avec la dignité sérieuse que il l'on exîgeoit d'un premier ministre. »

La maison Thelusson-Necker et Com* pagnie ne tarda pas à jouer un rôle impor** tant dans les affaires, et l'on peut même dire , à certains égards , qu'elle fait époque dans l'histoire du commerce françois. Jusqu'alors deux routes avoient mené à la richesse : l'une , plus modeste, étoit celle du commerce des marchandises; l'autre, plus ambitieuse, étoit celle de la finance, qui con* sistoit à acheter , à vil prix , quelque branche du revenu public , et à en poursuivre le recouvrement avec rigueur. Mais aucune

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maison francoîse n avoit encore donne lexemple de ces grandes opérations de ban** que et de crédit qui exigent la connoissance des principes de l'économie publique^ celle des ressorts qui agissent sur les hommes et les gouyernemens , et un esprit capable de concevoir un plan et d'en avoir présentes toutes les parties. M. Necker, on peut donc le dire, agrandit la sphère du conimerce} il accrut la dignité de cette profession, et des occupations qui réveillent peu d'idées dans les esprits routiniers , devinrent pour lui une source d'observations ingétiieuses qu'il sut mettre à profit , lorsque ses talens l'appelèrent à la première place du royaume. Ce qui dîstinguoit M. Necker comme négociant, c'étoit surtout un tact rapide et sûr, plus encore qu'une grande habileté pour le calcul : souvent même , lorsqu'une opération compliquée exigeoit l'emploi de l'analyse algébrique, il recouroit aux lumières deM.de Germany son frère aîné. Ce frère , qu'il a toujours tendrement aimé et qui ne lui a survécu que de quelques mois , avoit alors quitté la carrière de l'enseignement public pour celle du commerce , et éloit venu s'établir en France.

Les principales sources de la fortune commerciale de M. Necker furent , d'une

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part, de vastes spéculations sur les grains , dont le commerce venoit d'être déclare libre par Tédit de 1764 5 opérations qui le mirent à même de mûrir ses idées sur cette branche importante de la législation (*) ; et, d'autre part, des opérations de crédit avec le gouvernement.

Indépendamment du désordre affreux qui régnoit dans les finances, l'ignorance complète ou l'on étoit des moyens de crédit et de l'art de faire circuler les valeurs , réduisoit souvent lé trésor aux embarras les plus humilians. C'est ainsi qu'en 17^9 liouis XV se vit réduit à emprunter sur les épargnes des gens de son écurie la somme nécessaire pour payer quelques dettes criardes. Dans un de ces momens difficiles , le trésor recourut au crédit de M. Necker :

ce ne fut pas sans hésitation qu'il consentit à entrer dans ces opérations que les innom^ brables banqueroutes de l'état rendoient très-hasardeuses ; mais une longue conversation avec le duc de Choiseul l'y déter-

(^*) Je me plais à rappeler qne si M. Necker profitoit alors de la liberté du commerce des grains et du bas prix , de cette denrée pour accroître sa ÊDrtune ^ par des opérations sagement combinées , quelques années plus tard , en 1 770, il avança des sommes considérables , sansintérét, pour rapprovisionnement des provinces oii la cberté s« fit l6 plus sentir.

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mina , et cette conversation suffit pour in-* spirer au niinistre, tout -puissant alors, autant de goût pour Fesprit de M. Necker, que d'estime pour son caractère. Ces sentie mens se confirmèrent dans les rapports que M. de Choiseul entretint avec M. Necker, en qualité, d'envoyé de Genève , place qui lui fut confiée en 1768 , et dont , par un principe auquel il est toujours resté fidèle, il exigea que les fonctions fussent gratuites. Ma mère raconte que le gouvernement genevois ayant envoyé un homme d'esprit à Paris , pour traiter en particulier avec M. de Choiseul , ce ministre écrivit à M. Necker : « Dites à vos Genevois » que leur envoyé extraordinaire ne mettra » pas le pied chez moi , et que je ne veux » avoir affaire qu'à vous.» M. Necker disoit quelquefois que ce premier succès de sa vie politique étoit celui qui lui avoit causé le plaisir le plus vif.

Les opérations de M. Necker , comme administrateur de la compagnie des Indes , méritent une mention particulière , soit à cause de l'importance de leur objet , soit parce qu'elles furent l'occasion de son début dans la carrière d'écrivain. La compagnie des Indes , fondée par Louis xiv, avec toute la splendeur de ce règne d'apparat , avoit

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cTalMrd brillé d'un grand éclat sons Colbert ; bientôt elle étoit venue s engloutir, avec toutes les richesses de Ja France , dans le gouffre de la compagnie d'Occident.

Enfin j après la chute du système de Law , elle avoit été réorganisée sur un plan analogue à celui de sa première institution^ Dès lors ses succès et ses revers avoient été balancés 9 jusqu'à. l'époque où les victoires des Anglois dans l'Inde la menacèrent d'une ruine totale. Ce fut peu de temps après la paix de Fontainebleau , que M. Necker entreprit de relever cette société de commerce, dont les affaires étoient presique anéanties par la guerre : il se livra à ce travail , moins dans un but d'intérêt personnel que par l'amour du bien public, et par le désir de se faire connoitre dans une compagnie qui coniptoit au nombre de ses miembres beaucoup d'hommes marquans par leurs talens ou par leur naissance. En effet, il n^èst pas inutile de rappeler que dans un temps oii^ l'oisiveté étoit considérée comme un attribut nécessaire de la noblesse , les fonctions de membre de la compagnie des Indes avoient été formellement exceptées de la dérogeance qu'entraînoient , comme l'on sait , toutes les occu-î pations commerciales ou industrielles.

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M. Necker devint bientôt rame des opérations de la Compagnie^ il dirigea ses moyens de crédit d'nne manière si habile , que tous les emprunts qu'elle ouvrit se remplirent avec une grande promptitude^ et l'importance de ses services fut si bien reconnue, qu'en 1768, le nombre des syndics ayant été réduit à six y l'assemblée décida y sur une lettre de M. de Laverdy, contrôleur général , que M. Necker pourroit prendre place au comité d'administration toutes les fois qu'il le jugeroit convenable. ' Si dans les comités M. Necker faisoit remarquer la supériorité de ses vues sur les matières de finance et de commerce , les assemblées périodiques des actionnaires lui offroient l'occasion de développer un talent d'un autre genre ^ celui de parler en public avec noblesse et clarté* Une fois, entre autres , il eut à défendre le régime de l'administration contre Gerbier , avocat célè-* bre , dont l'éloquence étoit justement admirée au barreau , et l'on renotarqua que si l'improvisation de M. Necker n'étoit pas également facile , elle étoit plus forte de choses et d'idées.

Cependant les frais immenses d'administration , ou plutôt de gouvernement , qui étoient à la charge de la compagnie

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des Indes , diminuoient progressivement ses bénéfices , et il devénoit évident qu'elle ne pouvoit plus se soutenir qu a Faide d'un emprunt très ^considérable. Dans ces circonstances , le gouvernement résolut sa destruction^ et M. d'Invault , alors contrôleur général , chargea labbé Morellet d'attaquer les privilèges de la Compagnie , dans un mémoire dont toutes les données lui furent fournies par le ministère , et de convaincre les actionnaires que leur intérêt même exig^oit qu'elle fût supprimée. Ce mémoire fit sensation ^ outre un grand nombre de faits présentés d'une manière frappante 5 il renfermoit , sur la liberté du commerce et sur les inconvéniens des compagnies privilégiées, des généralités tout aîu moins spécieuses , et qui ne pouvoient manquer d'être favorablement accueillies d'une partie du public*

Les négocians et les capitalistes qui étoient intéressés au maintien de la compagnie des Indes 9 les employés qu'elle faisoit vivre, recoururent à M. Necker, comme au seul homme capable de défendre leurs droits contre une attaque si redoutable. En effet, il falloit combattre dans lo Mémoire de l'abbé Morellet , et le gouvernement qui en avoit encouragé la publication , et le crédit des

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économistes qui en prënoient hautement la défense , et enfin la •force même des argumens , dont quelques-uns étoient très-difficiles àréfuter. Tant d'obstacles n effrayèrent point M. Necker , et il écrivit , avec une incroyable rapidité y une réponse dont la dialectique pressante et le style noble et concis ne pouvoient manquer d'être admirés de ceux même qui ne partageoient pas son avis sur l'objet de la discussion.

Dans l'assemblée périodique du i3 août 1769, M, Necker prend la parole. Il re-»

proche à son adversaire de s'être emparé^ pour attaquer les droits et l'existence de la compagnie , des travaux préparés par les députés des actionnaires, avant même que leurs associés aient pu en prendre connoissance ^ il retrace les nombreux services rendus par la Compagnie à l'état et au conoimercej il prouve que si les bénéfices ont diminué , c'est que les frais dont elle est grevée sont de véritables dépenses de souveraineté, qui retotnberoient à la charge du roi , si le commerce des Indes étoit li-* vré à la concurrence j il affirme qu'à ce titre la compagnie a des droits incontestables aux secours du gouvernement ; il démontre que l'emprunt nécessaire pour continuer les opérations de la Compagnie, loin d'être

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impraticable , comme le prétendoit Tabbé Morellet , se rëaliseroit avec la plus grande facilité; enfin, tout eu reconnoissant les avantages de la liberté du commerce , il indique d'une manière rapide quelles sont les circonstances particulières au commerce de Torient; qui l'exceptent de la règle générale , et peuvent rendre nécessaire d'en confier la direction à une seule volonté ; mais surtout il insiste sur la différence qui existe entre établir et conserver y et ' fait -sentir que léâ raisonnemens mêmes qui s'opposeroient à la concession d'un nouveau monopole, perdent leur force lorsqd'ir s'agit de renverser des droits acquis ^ et de détruire desiexistences fondées sur ces droits. .

- Le discours de M. Nècfcer fot couvert d'applaudissemens , Timpression en fut de- Bïandée >par une acclamatiân^ unanime , et l'assemblée décida, à une ibrte majorité^ que la compagnie continueroît' ses opérations. Toutefois cette délibération des actionnaires n'arrêté point la résolution prise d'avance- par le contrôleur-général. Un arrêt du conseil suspendit le privilège de la compagnie jdes Indes, et l'année suivante termina son existence. Deux projets fuirent présentés pour liquider ses opérations 5 l'un, mis

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en avant par Yahhé Morellet , et a]ppuyé par M. d'Epresmeml , iavoit pour but de trans^ former la compagnie en nne banque d'escompte ^l'autre y propose par M, de Lessart., consistoit dans Une cession; pu>re et simple au gouvernement de toutes les créances actives et passives de la Compagnie* M, Necker se prononça en faveur du projet de M, de Lessaj:t , à la conception duquel il avoit eu lui-même la plus grande part;. son c^inîon entraîna celle deji'assemblëe , et Fou accepta des conditions, onéreuses saiïs doute , mais auxquelles la raison conseilloit det se. ré* signer. * . ; ,,*»,'>

Je me suis arrêté sur cfette affaire dé la conipagnie dés Jlnd^s, pai*ce«qujelleifiit Torigine dés discussions entre les partisans de M, Nedker et les économistes^ disciissions sur lesquelles les avis peuvent 4tre partagés ^ mais, . oh - M. Necker [cràiserTH toujours deux grands avantages^ lia nrtodé-^ ration dii style et rélévation des setvtimens. Il m'^st doiit.de rappeler ici que la réponse de M. Niecker au Mémoire de labbé Mo-* rellet^ rie donna naissance à aucune animosité entre ies autem*s de ces deust écrits ^ et que bien loin delà, M. Fabbé: Morellet fut admis peu de temps après dans la société intime de M. et M^^ Necker; :

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: Nbfus avons VU que peiïdantrôdmmîstra* tioû de M, de Choiseul y M, Necker avoît été appelé à aider le trésor de son crédit* Une occasion semblable se représenta sous !e Ministère de Fabbé Terray 5 mais pour des sommes infiniment plus considérablçs.

Cette grande opération , après laquelle M. Nècker se retira du commerce , exige quelques explications.

Il est peu de gouvernemens qui ne con-^ somment par avance une partie de leurs devenus futurs 5 et qui ne reportent cette dette flottante d'une année à l'autre par divers moyens de crédit. Dans l'ancien régime^ les anticipations^ c'étoit aipsî que L'on nopimoij: les assignations tirées par le trésor royal sur les impositions des exercices à vénir> les anticipations, dis-je 3 se négoce oient par rinter- . médiaire Unique d'un financier qui prenoit le titre de banquier de la tour. Cet usagé Vicieux y que M. Necker ne manqua pas de réformer lorsqu'il devint ministre , donnoit Une importance excessive à ce financier, et un manqiié d'ordre ou de capacité de sa^ part entratnoit le trésor royal dans les plus graves difficultés, pàns un de ces momens de crise où le banquier dé la cour étoit à la veille de suspendre ses payemens , le ministre eut recours au crédit de M. Necker,

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