‹ Notice sur M. NeckerChapitre 12 sur 12 · SUR M. NEC&ER. CCCJ · texte numérisé non relu

SUR M. NEC&ER. CCCJ

terminé en moins de trois mois; et Fon reste confondu d une telle célérité , si Ton réfléchit que toute la machine du trésor étqit montée depuis un temps immémorial pour un ordre de comptabilité entièrement différent, et que pour mettre l'assemblée et le public en état de juger de rétendue réelle de chaque nature 4© recettes et de dépenses, il fallut séparer tout ce qui étoit différent , réunir tout ce qui étoit semblable, et faire disparoîtr^ les travaux préliminaires afin de ne présenter que des résultats simples, appuyés de détails justificatifs classés avec méthode. Ce compte, dont l'assemblée constituante avoit .pressé la formation avec tant d'instance, elle y fit si peu d'attention lorsqu'elle le reçut, qu'après la retraite de M. Necker plusieurs • députés le démandoient encorci II est resté soumris pendant plus de huit mois aux recherches sévères des soixante membres du comité des finances, et cet examen rigoureux en a démontré la parfaite exactitude.

Le dernier acte du ministère de M. Necker fut de présenter à l'assemblée un Mémoire oîi il s'élevoit contre l'émission exorbitante dé dix-neuf cent millions d'assignats, et oii il montroit avec la prescience de la raison, les conséquences funestes d'un

CCCij NOTICE

système également dangereux paur les fortunes et pour la morale publique. Je n'entrerai pas dans les détails de ce mémoire ^ je n'aurois rien à ajouter à ce que ma mère en a dit ^ les observations qu'il renferme réussirent à faire réduire les nouveaux billets à huit cent millions , et ce fui encore un service que M, Necker rendit à la France.

Le moment étoit arrivé où il ne pouvoit plus espérer d'être utile; les contre -révolutionnaires étoient seuls en crédit à Ja cour, les jacobins commençoient A être seuls écoutés du peuple ; il n'y avoW plus de place pour un homme moral et éclairé. La maison de M. Necker avoit été deux fois investie : sa femme, déjà affoiblie par la maladie , craignoit que 6ës *jours ne fussent en danger ; il se décida donc a se retirer ; mais pour donner jusqu'au bout la preuve d'un dévouement sans bornes à la France , il laissa deux Imillions de sa fortune en dépôt au trésor public , dans le moment même où il venoit de prédire la chute inévitable des assignats. Deux motifs le déterminèrent à cet acte de générosité que ses amis trouvèrent exagéré :

d'une part, il tenoit à donner à Rassemblée un gage de son administration, et de l'autre , il ne vouloit pas nuire, comme homme

SUR M. irSCKER. CjCCHj

ptivé, ao dtéâit d^ âgsigtiâts qti'il avoit blâmëâ côtuttie ministre^

Je ne pois tiie refuser, à tri^scrire icî les d€rQierâ àdietut de M^ N^cker à Vâssem^ Iflëe cdnâtituàtile î

, «r 11 y a du rëfuède à tout ^ messieurs, « ihêtiiè au* grauâeiâ fattfes , lorsque les « dùÉuihaudeméns dé ia loi sout respectés ^ <f lorsque les iutérèts particuliers obéissent « à rintérêt publie j tnais ce n'est pas une ic œuvre simple 4ans un graâd royaume .

a que le maintieû de cette subordination « x< Il faut souvent eu défendre les principes , i< et icontre les bons et contre les mëchans : t( les premiers , par un sentiment aimable y ^a croient loug4emps les hommes capables « de jouir de la liberté sans excès ; les au** fc très prennent Téteudard de la passion fa- « vorite , potor substituer à cette liberté le fc telâcbeiUeUt le plus absolu. Le ifetnps w itnàianquablément ramènera par force H aux -principes sans lesquels un royaume, u le plus favorisé par la nature, ne pour*^ XI roit échapper à sa perdition^ mais c'est « aux lumières des sages à raccourcir le H dangereux intervalle de la théorie à Tex-»

\i périence, afin que des maux sans nom- K bre ne soient pas le prix de notre éduca^^ ' « tion . Ne permettez pas que dans le même

ccciv iroTiCHf

w temps où vous cherchez à remettre en- « semble toutes les parties, la morale, ce « cimeut si précieux de Tordre politique , « devienne le jouet de tous les discours w qu'on adresse au peuple* On le perdra ce {< peuple, bon dans sa nature, si chaque « jour , à chaque heure , on cherche à le (c tromper; car son imagination flexible ne K( sauroit résister aux efforts des hommes « d un caractère ardent et prononcé.

« Cest uniquement , je le proteste , pour K le repos et le bonheur de la France, que ce je prends la liberté de vous ramener à des « réflexions dont une expérience joumac( lière et l'étude constante du bien public « m'ont fait sentir toute l'importance. JTai « été, j'en conviens, des premiers en butte ce aux poursuites injurieuses des ennemis « de la paix , de l'ordre et de la justice ; car « ils m'ont compris de bonne heure dans « leur système général de destruction j mais (c bientôt, au sein de ma retraite éloignée , (c la voix douce et tranquille d'une con- <f science sans reproche , se fera plus enten- « dre de moi que les bruits de Paris et les « clameurs de la calomnie. Je n'ai jamais « voulu qu'on répondît à ces insultes con- « tinuelles, comme on me l'a souvent prow posé. Je me fie à la vérité ; elle seroit

SUR M. NEGKER. CÔCV

« ppfut ^nioi .les chevexix de Samson ^i je <c youlôisieo fidre usâgetj mais pour une fc âme sefiaiblfî^^ il y a cjaelque douceur u àsLi&s l'injustice ietinéme dans^ f itigrati^ ce tude. Ou est ainsi conduit , commie vers « un , réfiige , kces : hautes / idées indépen- M dantes des hàmnies et de leurs passions ^ « à ces.idëësqm out/ait tna^^nsolationâ « d'autres époques dé ma viè^ et que j'esif père retrouver encore : je n'en eus jamais ft. tant de besoin, ii •>

- Le 8 septeinbre 1 790 , M» ]N[eGker partit dia Paris pour se rendre par Bâlê à sa tierrè dé Coppet. Quelques mois s'étdieût à peifaé éooulës^ et dans Ijes niêmes provinces, iW laméme route qu'il avoit parcourue eu' biomphe, il se vit insulte (, sa vie fut menacée par ce même peuple y l?objet de tous?

ses travauK et de tout son amoiir. « Hëlas !

<c s'écrie-l-il (^)5 je n'euskë jamais pensée K :quaprès m'iétre éloigné de la France avec <r. tarit de ssagesseet de résignation , qu'a- «près y être ore venu avec tant de dévoue-:

a ment, taïkt de zèle, tant d'oubli de moi-' iftinéme, ce sei^oit à la révoltttioïi d'une' ((Seule année; et d'une aniiéedont j'ai pu 10 compter 40US les jours- par de nbuveaùit*

, {*) Sur rAduJûnbtrâtiôa de M. Ne'dàl^, par lui-m^m«. '

CCCVJ JrOTlGE

4c services:, que ^aoroîs a ver^des lâafttes <f amères sur Fingratitiide dâ €KU& à ^i je tr n'ai ptoiais éemandé qtdaii' sentimdiit M dWectioD^ en retour d(jm al^mdoii sans ff égal, ;i

Arrêté avec violence par le peuple à'Aï^ pîs^sur-Anbe^^pioiqiie le ctioréctiwre du dis* l^iot eût trouvé sea^ paaseHperta en règle ^ M^ Neck^r f«t obligé d'écrire k rassemblée constituante y paur en obtenir rantorisalion de continuer sa route. Après mû débat oii qUekiues députés mirent en avant d'indi*gqt^ insinuations contré lui^ eétta antori-^ satioa de âlricie jusiice lui liit accordée^ Le pré«î4)B9l^ voulut y )oîiidDe qatà^aeà çi£pFe$si<>|is de reconnaiasaDoe ponr sea sQrviqes ; ivais rassemblée .exigea qne la réponse lui fûli cotnmiuiiquéa, afin des^ sfurer quelle nie a'écartât par des formel les plus sècl^eopi^t l4COliique3«

A VesQwl^ Mi Necker etïtà dcomir de notive^ou danger» *, il n'éebqjiça qu'aveo peine au% foreurs du pcwple^efi le lende^ miaiqt d^ sou pdSBagp daiis cette ville, ae»

domestique» y .prouvèrent lès plus indi-^ gnes tr^itemeba. Une lettre, adveasœ par lui aux habitam de YesQûl donnera l'idée de la douceur inaltérable de son âme y et de cet amour. ardent pour la France et

8 a M. K £ C K £ R. CCCVi j

poar la liberté qu'aucun excès ^ qu'aucune injustice ne pouvoit éteindre dans son cœur.

Bàle y 1 7 septembre 1 790.

fc Messieurs ) je ressentois une douleur ic profonde de la manière dont j'ayois été u reçu dans votre ville, cependant, œalgr^ K les propos injuriçuf et menaçans qui s'ér u toient tenus autour de ma voiture*, et i< UMilgté 1a violence qui «voit porté à cou^ fc per deux foi$ les traits de mes chevaux , fc nia peine étoit adoucie par le souvenir €i des di$cours , d^ regards d'un petit nom* fc hre de citoyens h^mnétesxjui sembloiiont « r^ett^r de ne pas oser me témoigner u hautement des sentimêns favorables. Mais ti le récit de cens de mes domestiques qui « étoieot séparés de moi par un jour de f( routé 9 VLB me laisse pluâ axkumx dioute sur tt le$ s^ntimens qui vous eaat égarés ^ et sur « les dftPgers que j'ai courus en traversant If avec confiance une ville ou j'avois reçu, {c il y a un an , des témoignages si touchàns a d'affection et de bonté. J'apprends que a vous ave« montré le méconteatenlent le fc plus animé à vos officiers municipaux , « de ce qu'ils n'ont pas fait arrêter ma voi- « ture', et ne vous ont pas donné le temps « d'ejLercer contre moi d'injustes violences j

cccviij irOTICB

ipr j'apprends que vous avez voulu vous ven- « ger de cette occasion perdue en tenant « mes domestiques pendant plus de cinq « heures entre la vie et la mort ; j'apprends a encore , qu'après avoir forcé une cassiette i< oh des registres et des papiers étoient M renfermés, vous y avez cherché împa-^ u tiemment et comme avec avidité, le pré- « texte qui vous manquoit pour vous livrer « à des actes de tyrannie. Que ne les avez <c vous lus en entier ces différens nlanu- H scrits? Vous auriez vu dans les comptes t( tenus parM""*^ Necker, l'emploi détaillé i( de mes revenus depuis deux ans ; vous w auriez vu comment , avec de Tordre et u la proscription de toute espèce de faste^ « j'àvois pu suffire de mon propre bien aux « dépenses qu'exigeoit mon état d'admiii nistrateur public ; vous auriez Vu à quels te actes de charité j'avois encore eu le bon- « heur dé pouvoir destiner une .partie de .(< ma fortune ; et vous auriez vu enfin, que « dans mes rapports de finance avec Tétat , « ce n'étôjt pas moi qui paroissois le rede- » vable. Vous auriez vu eûcdre que j'em- « portois, comme unique récompense de u mes travaux , des lettres de municipali^ ce tés, d'assemblées provinciales et de ci-»

c< toyens françois, lesquelles j'avois choi-

SUR tf. lf£GKEB. CCCÎX

M sies entre uçe foule d'autres pour me rap- « peler, dans ma retraite, les sentimens de c< reconnoissance et d'amitié qui m'avoient a : été exprimés d'une manière remarquable.

« Mais ceux d'entre vous qui fouilloient u dans ces papiers, et qui crioient de temps « à autre à une multitude effrénée qu'on ne « trouuoit rien encore, savoient bien que ce (c n'étoit pas de motifs d'estime qu'elle étoit « impatiente; il lui falloit simplement un K signal pour colorer ses indignes desseins; ic et envers qui ? envers d'honnêtes dômesa tiques, dont le seul crime étoit un attati chement de vingt ans à un ministre qui a a consacré ses travaux et ses veilles au ser* « vice de Fétat,

c< n est bien changé depuis un an, M disoit-on autour de moi. Oui, il l'est, H ingrats, mais c'est pour avoir vécu d'in- <c quiétudes , tantôt pour défendre Paris €< et plusieurs provinces de la famine, tan«* « tôt pour éloigner d'autres malheurs près- « que également redoutables. Mais ce n'est « pas pour moi que je vous écris en ce <c moment, c'est pour essayer de vous préce munir contre les indignes calomnies , (( contre les abominables écrits avec les- « quels on cherche à rendre injuste y vio- K Içnt et criminel un peuple à qui la nature

cccx: nfotiCE

« avoit donné des inclinations si diffé- « rentes.

« Je TOUS conjure , mm pte povir moi ; fc qui ii*âi |4us lien à espérer ni à craindre « de vous , mais au nom de l'honneur na^^ a tional y au nom àe la probité ^ au nom de -« toutes les vertus qui doltent être eu res^ « pect parmi les hommes; je vous co^ure « à tous oes titres dé vous défifir àes poi^ i< sons dont on dierdbe k corrompre vos i< sentimens. Je vous conjure surtout de né t< pas faire haïr la liberté, en en faisant un r( si malheureux usage. Et cependant , j« w m'empresse de déclarer ici , qu'en vous <f adressant en commun ces recommanda^ « tions , qu en vous portant d\xjÀe manière cr générale mes plaintes et mes douleurs , <f je distingue &a fond de mon oœ>ur <;eiâ:

(< de vos concitoyem dont jeconnoisThon^ « nôteté et les sentiinens particuliers de <c bonté et d^'affection pour moi. Je saife tettt « ce que je ieur dois d'estime et de recon^ i< noissance, et je m'en souviendrai tneii K plus long-temps que des injustices dosrt c< ils gémissent peut-être autant etplusque w moi-méme. >>

' Je suis heureux de dire qu'en réponse à cette- lettre, M. Necker reçut de la municipalité de Yesoijd et du département de la

SUE M» ITBGILEII. CCCXJ

Bliute^Saône , lès témoignages de rcgret les plus aifecftueiix. Un honnête homme de Ye- ^raui loi eonvît à eette occasioa pour àéear ¥Ouer les Xotts de «es costeitoyens^ il s'exprimoit avec tme ch^leor éloqutete contre ceux^^ â¥oietit pu msuiquer de re^ct au nom de TUL 9fecler« Cette lettre, ainsi que le rappMte tua mère , adoucissoît pour lui Tainer soufveiur de son passage à Vesoul :

il y attachoit heMUXiup de prix; mais au moment de Teiilréedes François en Suisse^ il craignit que cet homme ne pût être exposé ^ si ou le conuoissoit, et il effaça sa 8ft^t2atu»3 avec tant de soin^ qv!en retrouvaaat cette lettre, il a été impossible de découvrir le imrïx àe celui qw l'aTX)it écrite.

Ce &rt à la fin de septembre 1 790 ^ que M* Necker yiiit s'établir en Suisse : dès lors il ne l'a plus quittée. Des affections de lamille^ des trarauK de politique et des mé-* dilations religieuses «it rempli les quatorze aanées qui se sont écoulées depuis sa retraite jusqu'à sa mort.

Si du point de repos ou nous sommes maintenant parvenus 5 Vou porte ses regards en arrière pour embrasser d'un coup d'ceil général la dernière administration de M. Nedker, on verra que trois grandes pensées n'ont cessé de dominer dans son

CCCxij irOTIGE

âme. Comme ministre du roi, comme miinistre fidèlement et profondément dévoué à Louis XVI , la sûreté dé ce m:onar- , que a été le premier objet de sa sollici-tude; comme Itoninie d'état , Tordre et Ja justice lui ont paru les conditions indispensables de toute iûstîtutioii politiqaé , les conditions auxquelles la liberté même dcvoit être subordonnée ; enfin xomme citoyen , comme philosophe , il a aitné la liberté, il en a désiré les bienfaits pour la France. Ces trois sentimens se rietrouvent dans tous les. écrits que M. Necker a publiés depuis sa retraite ; car il n'a pas cessé de dédier à la France le fruit de ses travaux, et il est resté' homme d'état Éans la solitude* Il n'y a point de vie privée pour les êtres supérieurs ; ils exercent par la pensée une tuagistrature qui s'étend à tous les pays et à tous les siècles •, et l'on peut dire , en revapche, qu'il n'y a point de carrière publique pour les hommes médiocres; car dans quelque situation élevée que le hasard les place , il leur est interdit de sortir de la sphère étroite de l'égoïsme*

Ma mère a donné l'analysé desdifférens écrits politiques de son père; je ne cherch^ai point à glaner après cette riche moisson de pensées. Il suffiira de retracer en

SUR M. HECKER. CCCxiij

peu de mots la marche de la révolution , pour montrer que tous les dangers qui ont menacé la cause de la liherté , toutes les fautes qui Tout compromise , M. Necker n'a j^ais manqué de les signaler, ni hésité à les combattre. Ses ouvrages ont paru à des époques où Fattention étoit absorbée par la violence des événemens. En les relisant aujourd'hui, on se convaincra que son véritable talent, le caractère distinctif de son esprit, c'étoit une connoissance fine autant que profonde de lactiop réciproque des institutions politiques sûr l'opinion^ et de l'opinion ^r les lois constitutionnelles; et l'on trouvera, j'ose du moins le penser, qu'il a plilp de droits encore au titre d'habile publiciste qu'à celui de grand financier. Tant qu'ont duré l'assemblée constituante et l'assemblée législative, tant que tout espoir de maintenir l'ordre public û'a pas été perdu , M. Necker a plaidé la cause de la raison et de l'expérience contre les théories inconsidérées de nos premiers législateurs. Il a mis au grand jour les vices delà constitution de 1791, tantôt en la comparant avec les lois politiques de l'Angleterre et de l'Amérique, tantôt en analysant ses principes avec une profonde ^sagacité. Tel a été Follet de son livre intitulé:

CCCXIV irOTICE

sur V Administration de M. Neokery par lui-même (^)^ et swlioiit de celui qui a pour titre : du Pouvoir eç^oéculif dans les ^^mnds éUits(^^\o\k\t^idttênm^saàtt^ blés de la FrcMîce nonX paBlaîâ^é apprécier à $a juste valeur. La e^ostîtiiliQu de 179 1 ^t tombée^ cette «œuvre superficielle a laièsë peu de traoes;^ l'ëciU de M. Necker restera comme un momiment de sagesse , et loug-tempa ea<)oiie il pcMunn serVir de gijude aux hommes d'iétat*

Lorsque la: vie d|i m fut xu^oacés , M*. Decker se mit des preœîesîs en avant pour le défendre 9 et il faillit payer parla perte de toitte sa ibrtime ^ «le iOMUveiiietit d une 4me ^n^reuae. 6an plaidoyer pour Louis xvx parut au moi$ d'ôct<>bre 1792 ^ sous le titre de Réjleaoions présentées a la nation françoise i imniédîirtement après ^ $o& nom fut inscrit mt là liste desmaigtoes ^

• ■' ' I ■ ■ . .11 ■ II. Il ■ ' .t >ii»» m iiT j . m m

(*) M. Necter écrivoît à Louis xvi en lui envoyant ce livre publié en 1791 t « Je désiré avec arJeuf que cet u ouvrage, absolunaent nécessaire ipvfvii tna défense,» « obtienne l'approbation de V* M. Ëlley «rerrai}iiell[4ie«^ « fois l'expression des sentimens que je professerai pour M «a personne j^squ^à I^ fin de ma vie } et il n'est aucun f( instant du jour ou me^ regards atlendi^b ne jse tour-» « nent vers Je plus vertueux ^es piinc^, et le plus mal- M heureux des monarques. Je partage tous les d tfails de h «a* situation avec la plus profonde dotrlear. »

(^^) Imprimé au comi»eQcemeBt'de 179s-

SUR M. V£GE£R. CCCXV

^t tous ses biens furent séquestrés \ sans en excepter son dépôt de deux millions, quoi^ que dmn& la Convention même, des dé^ puibâs eussent réclame contre la violation d'une dette aussi sacrée.

Après la chutede la Convention, l<»*sqne la voix d'un homme de bien put de nou^ veau se faire ent^idre , M. Necker éprouva le besoin de tracer l'histoire d'une révolution dont il avoit pu, mieux que personi^e , étudier les causes et les premiers dévelop^ pemens (^). Mais il ae Se borna peint à raj^^er le passé , il voulut rendre son expérieiMe et ses lumières utiles à l'avenir de la France. C'est dans ce but qu'il ter*mine son liviis par tm esmmen de la constitution directoriale , et que tout ^i reconnoissant qu'elle est supérieure sous quelques rapports, non-seidement au gouvernement informe de la Convention , mais au gouveknement monarchique , tel que l'assemblée constituante i'avoit combiné , il censure les vices de la constitution nou-velle , et indique , avec une admirable certitude de jugement , les causes qui ame* neront sa chute.

(*) De la Révolution frmqoise , par ibf . Necker. Cet ouvrage ëtoit terminé à la fin de 1795^ mais ne parut cfu'en 1796.

CCCXVJ irOTiCE

En lisant cet ouvrage , si fort de pensée , si brillant d'expression , Ton est frappé de la profonde indignation qu'il respire contre les excès de la rëvolntion , de Fironie mordante avec laquelle y sont traitées les doctrines et les discours des déma-* gogues; et on pourroit le croire écrit pdr un des royalistes les plus attachés à l'ancienne monarchie , . si des réflexions pleines de sagesse et de philosophie né venoient pas rappeler que l'auteur est un ami éclairé dé la liberté. Pour apprécier dignement le degré de courage qu'exigeoit la publication de ce livre , le plus offensant pour le parti jacobin qui ait jamais paru , il faut se lyppeler que M. Necker étoit ;alors sur la liste des émigrés , que tous ses biens en France étoient séquestrés , et que la terre qu'il habitoit touchoit à la* frontière.

Ici se présente un rapprochement digne de remarque. Peu d'hommes ^ parmi ceux dont l'opinion mérite d'être comptée , ont jugé avec autant de sévérité que M. Necker les commencemens de la révolution françoise et les fautes de l'assemblée constituante : en réfléchissant même à l'immensité de l'œuvre que cette assemblée a entreprise saiis le secours d*aucune expérience

SUR M. NECKER. CCCXVij'

antérieure , en songeant aux obstacles de tout genre qu'elle a eus à surmonter; en voyant par notre propre expérience com-^ bien est tenace la ligue de l'aristocratie , . on trouvera peiit-être que cette assemblée mérite plus d'indulgence que ne lui en a accordé M,- Kecker. Et cependant cet botnme d'état n'a point cessé d'être consi-^ déré comme un partisan des principes de la révolution; il est placé par l'opinion , il sera placé par l'histoire au premier rang des défenseurs de la liberté. C'est que la France nouvelle souffre avec patience que ses fautes lui soient reprochées ^àr ceux dont elle se isent aimée , par ceux qui , tout en dé(;estant les crimes de la révolution j approuvent son but et ses principes ; tandiâ que cette même France récusç , avec raison y ceux qui ne voient dans la révolution, qu'une rébellion punissable , et qui ,^ar là, font preuve ou d'un (esprit sans étendu^, ou d'une haine aveugle pour la liberté.

Enfin lorsque parut Bonaparte , et que le besoin de l'ordre précipita les esprits vers la servitude , M. Necker fut le premier à élever la voix contre le despotiismè naissant , il fut le prenotier à signaler les pièges que receloit la constitution de l'an viii , et à défendre les vrais principes de la répu-

CCCXviij ifOTlCK

blique , contre cette repidblique mensdn* gère cpaï n'étoit que le prëamlmle de rômpire. Les dernières vues de politique et de finances ( imprimées en 1802 ^s sont à la fois \m ouvrage et un trait de caractère bien remarqoabl» (*). M. Necker ayoit soixante-dix ans lorsqu'il les a publias ^ à cet âge les écrits y m^ne les plus distin<->

. (^) « M. Nêdktr , dît ma mère , dans ses Considéra-' «c lions sur la révolution, eut un entreUen avecBona— « parte à son passage en Italie par le mont Saint-Bernard, « peu de temps avant ïa bataille de Marengo. Pendant n cette conversation , qui dura deox bectres , le premier «I consul fit à mon père une impression assei agréable , « par la sorte de confiance avec laquelle il lui parla de M ses proj'et^ futurs. Ainsi donc aucun ressentiment périt sonnel n'animoit'M. Necker contre Bonaparte , quand « il publia son livre intitulé : Dernières vues de^ poli-* M tique et de finances. La mort du duc d^£nghiea M n'avoit point encore eu^ lieu ; beaucoup de gens espé- <t roient un grand bien du gcm^^ernement de Bonaparte, « et M. Sbcker étoit sous deux rapports dans ^a dqpen-^ « dance ) soit parce qu'il vouloit bien désirer que [e ne « fusse pas bannie de Paris , dont j'aimois beaucoup le «« séjour ^ . sdit parce que son dépôt de deut millions étoit «• encore entre les mains du goy^veraement> c'est-à*d|re , a du premier consul. Mais M. Necker s'étoit £ut dans « sa reti-aite une magistrature de vérité , dont if ne « négligeoit les obligaticms par aucnn motif : il soufaai- « toit pour la France l'ordre et la liberté , la n^onarchio « et le gouvernement représentatif ; et , toutes les fois u qu'on s'écartoit de cette ligne , il croyôit de son devoir M d'employer son talent d'écrivain y et ie^ connoissances « comme^homme d^état ; pour essayer de ramener les

SUR M. NfCKER. CCCxix

guës y sODit ^'ordinaire inaccessibles à un nouvel ordre de pensées , le cours de Fexpërience setùbUé achevé y le terme de la vie approche y et son intérêt n'est plus assez vif pour que ïott veuilles admettre des idées dont on n'est pas destiné à voir s'accomplir le déireloppement. Mais Tesprît de M. Nwkj^r , constâminent fortifié par les méditations religieuses , rafraîchi par une imaginàtioii vive , est resté jeune jusqu'au dernier )0«ir 5 il s'est enrichi de ses souvenirs , sans perdre la souplesse nécessaii'e pour feeevoir des impressions nouvelles*

Penddtrt fe cours de sa carrière publi-* que, il n'avoit pas cessé de donner la préférence à la monarchie tempérée, telle que l'Angleterre en offre le modèle; il avoit jugé ce genre de gouvernement peut-être 1^ meilleur en lui-même, mais surtout le phis adapté à l'état de la France, Cependant

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« e^rit3 vers le but. Toutefois ^ regAndtant Bonaparte €c alors comme le dëfenseur de l'ordre , et comme celui «t qui préservoit la France de Tanarchie , il l'appela « rixomme aéceasaire y et revint, da^s plusieurs endroits <f de son livre , à vanter ses talens avec la plus haute tf estimé. Mais ces éloges n'apaisèrent pas le premier H consul. M. Necker avoit touché au point sensible de « aon ambition , en discutant le projet qu'il avoit fin-mé M d'établir une monarchie en France , de s'en £aire le^ « chef, et de s'entourer d'une noblesse de sa propre «création.»

CCCXX KOTIGB

lorsque les élëmens^ nécessaires d'an tel gouvernement lui parurent détruits , ou du moins inconciliables avec l'existence de Bonaparte , il ne resta point attaché avec superstition à une forme politique devenue impossible à réaliser ; et l'esprit républicain se présentant à lui comme la seule digue que l'on pût encçre opposer, à l'invasion de la tyrannie militaire , ce fut principalement à combiner le plan d'une république qu'il appliqua lasaga^cité mer-* veilleuse de sa raison.

Qu'on me permette de citer ici un pas- §age de son livre ^ oii sont résumées avec une concision bien frappante les diverses difficultés que présente l'organisation de notre état social.

« Il y a plus d'une sorte de republique ^ <( plus d'une sorte de nionarchie : ainsi , a après avoir examiné la monarchie héré- « ditaire et tempérée , et la république une it et indivisible, ces deux gouvememehs cf entre lesquels l'opinion de la France « semble partagée , j'ai dû fixer mes regards « sur quelques autres systèmes politiques ; « et je l'ai fait rapidement, lorsque des « motifs décisifs ont simplifié pour moi « les questions.

« Il est une pensée qui m'est revenue

SUR H> HECKEfiJ CCCXXj

te swiyent dans le cours de mes mëditaw dons ^ c'est que les obstacles apportés par '^ les, circonstances à rétablissement d'un ii bon gouvemenient constitutionnel, n'é- H 'toiênt ni connus, ni pressentis par les perce sonnes même habituées à la réflexion.

:..« Cependant dç$ difBcnltés redoutables « se "présentent pour tout : un^ république fc une et indivisible, au milieudpn vaste « pays , agrandi encore chaque ; jour par « des conquêtes ! une république fédérac( tive, aja .milieu dune nation qui v)eut se « mouvpir à, grands flots vers la gloire et « Ja renonaméé ! une monarchie, hérédice taire, quand les accompagnemens de la « royauté n existent pins ; quand les élé»- « mens d'opinion nécessaires à lexistence, a à l'ascendant des pairs et des. grands seî- .« gneurs., soiDit prîQsque dissous I une mo- « narchie militçiire , au milieri deis lumières ù de; notre siècle ! "une aristocratie pa^tri- « ô^ne, avec le goût présent des JFran- ..M- çoiç pour Végalité ! une aristocratie bour- « geoise , avec leurs dispositions rdpdai- « gneuses pour toutes les supériorités faites -« à la main ! Voilà , tout au.moins., de « grands sujets de réflexion. ' :

. « J'ai trouvé , en les étudis^nt , la plupart « des vérités que j'ayois consacrées dans

CCCXXij • ÎTOTKSB

Xi mes premiers écrits politiquas : mais « une suite d'éTëuemen» ^tiB pareils ayant «^ fait de k FVance un ffîoiuie nouveau ^ je T( sëroi^^stë^ro^ «Il ^rriière'âe ses intérêts « pi^ésteitis«eldesoîi esprit publié, *i je nV « vois pB^ tëpti^ pl«isi^iifs «^ciei^iôfiis^^ si je tï tféitois pas srtfti du mieui absiïait^ pour 'i( consid^tér iéâ choses initéè ^ kH k« c^boses « pôssibtes^

« La téEifàK^té ^cldisîVe à Wib iseuié idée ^< dottôeiîftÈ^dfefefoW^jtetaf^ H YBLtikenmii>'tnhïs elle ne Tflitit rien pour ic l^Cltiiil!e^ockte:^ ^ ià iV>û deisii^ ^{tte la -H ^ui^ehemppmché^è raotîon^ouidoit % snaivtë (60fi3^U€ilëfl^B»; le mouveîneitt « «des tcWiflaeS, teneurs de lôus^sopitxions, « la >Èfai^atfoe fet t'aëet^dsesaevit dé >leufô

Siëasî M. l^tScé^ ia dëlenéa IVndire ^u^

i^lic 'Cmittr^ l%tte&përieo€edenosdeuic^re-

-t«)$^eS^MgiS)WtîiiFe^9 Irouis xvt ccAâti^e la

<limv€«ritofe)4tf*ii5n«rt*îhte tfetapérée^coôtre

ie©ii<Wt<jk<è^, e^ltfUytMs^i^^^

^re ies |>retîlïèpès terftatiyes dix despoiigoïe

-îm|>erïâ. Mïiffe à ^ravefps toutes ces ^^lases

de wSisfë ^éPéivÈàon ,- il ^sft Teisté invariable*^

ment fidèle à '4a -devise qù^iLavoit choisie

dès Ferittëé^e sa 'carrière. « Toute la li-

« bertë qui, 'dans ufu gi^nd pays , pèiit se

SUR M- NKCKER. CCCXXUJ

ff concilier ayec le rpaintien de roidf<ç pUf i< Wic : toiate? les concessions favorables au ce peuple , qui peuvei^t s accorder avec la « justic/e. Principes, ajoute-t-il, 4 une yajste « étendue l'un let lauirç , et qui , cependant, if sont contenu3 eux-mêmes dans deux (c idées plus grap^^ epcore, Iqi mQral* jet « le bojil^uf. »

Il y a de? bopjj^jies qpi dpgiap^eplt k U liberté la g^rfgatiç de tel i9i;l te^ pr^rp 4mr térêt$^ d'aijUreys jCu ^tt^indeut la ^é^lis^tiop de cierta^ns sySitèn^es / î*^cçon^pli§seï^^^ de certaines vfljes .dç i^W pspRit j 4'?#;:es y cjb.ercl^^ut de vive? éçio^ti^çfli?, des Jçuis- S^nqe? i4^i^^ 4^? ^fff^ f^^^\^è fit gçç§r Tef^i^$. ^- ÎSeck^f- * a^flf^^ lia là>ftit« )ÏW' des motifs J^us purg jÇ^ .plus éley,és : fflle ji iëté ppur lui utte i4ée fljiçf^Ae, je ^ijrois ^r^^^e ,^pç idée r€^igiei;isç. ^trangçr ftw .psçï^ions^çiQiitLques^ftt jà J'çs|)iit,4e ;syjStièi?aç, i^ur ie ^cajœe de sc^u ap^ et par ji'^^ndjM^ ;de ^a jnai^QU^ ^Sjil fiyoît^q^u que lî^rd^e, Ijl ^tice , la C^licité pubJiq!u\e p^issetnt .^p ists&lirés s^î^s Jle secours â,es iiistitutiçijy? jlibre,s, j)eut-êti;e ,ïjie î^es fint-^ poipjt f^çfemées pqur |la FTfuicej wftjs i'PÏ>§firy»tîdji Mtentive 4es hanam^jxla jRçdjitatiqr^QQo- ^tai^te ^des ,y,éi;ités yfpn^ftWÇigtteiçs ^ur J0s- .quejli^s repose ,1^ SftÇifilP ? .V^.?!* conduit k

CCCXxiv NOTICE

recoanoître que la liberté étoit la seiile garantie efficace de la moralité "des gouvememens et des nations. Voilà pourquoi ^ malgré les vicissitudes de la vie publique de M. Necker , son exemple et ses écrits ne cesseront pas de servir de consolation et d'encouragement aux amis de lliumanité. Si la liberté n'étoit qu'un système politique préférable à un autre , qiii ne se. sentiroit pas quelquefois rebuté par les obstacles que lui opposent les préjugés , les passions , régoïsnae ? Mais elle est d'une pilus ha:ute origine , elle se lie intimement à tous les devoirs, à toutes les vertus sociales j et dès lors un sentiment supérieur aux intérêts de la terre ne permet plus de désespérer jamais d'une si belle cause.

Chaque honime a en lui un centre d*où émanent toutes ses pensées^ auquel se rapportent toutes ses actions; ce centre, pour M. Necker, étoit la religion : elle s'étoit alliée danis son âme aux intérêts les plus actifs de la vie publique; elle lui devint plus chère élicôre dans la retraite. Les discours qu'il a publiés en iSod, sous le titre Ae^ Cours de Momie religieuse, le placent dans le prenàîér rang des orateurs chrëtieaiS j et le sublimé langage de la religion semble acquérir tik'Woiiyeau degré d'àutof-

SUR M. NEOKER. CCCX^V

rite dans la bouche d'un honame qui a connu toutes les émotions de la gloire y et traverse toutes les vicissitudes de la fortune.

Les ouvrages de M. Necker , dont j'ai parlé jusqu'ici , sont les seuls qui aient été publiés de son vivant. Des pensées détachées, et une nouvelle qu'il a composée dans la dernière année de sa vie, ont été imprimées depuis par ma mère. Dans une discussion sur le roman de Delphine , on avpit soutenu que l'affection conjugale pouvoit, aussi -bien que tout autre amour, donner lieu ^aux situations les plus tragiques : cette opinion , appuyée par M. Necker, fut combattue, et, par une sorte de défi , il écrivit les Suites funestes d'une seule faute, nouvelle dont une anecdote arrivée en Angleterre lui fournit le sujet.

En songeant qu'il avoit soixante*onze ans lorsqu'il l'a composée , on sera étonné sans doute d'une telle jeunesse de cœur et d'imagination; mais si l'on réfléchit que cette nouvelle est du même auteur que \ Administration des finances f et le Pouvoir exé-cutifdans les grands états , on ne pourra refuser son admiration à la réxmion étonnante de facultés si diverses.

Sans contester à M. Necker un rang

CCCXXVJ NOTICE

ëminént parmi les écrivains fraûçois, on a reprdcHë à son stylfe rinè halTlàônie trop CC^tlâtâmihfetit sëtitëHife , ^i ; èti bërfeant l'oreille, distrait l'attention et empêbhè qu'orl iië saisisse toutes les liiiâiifcès de jpenê^ dont ses oùrràgfeà aBdtident; Mon opinidh né àetdit ici Ûe nulle valeur ^ niais il aie âfemblë que Ai ce teptbbHe èài ap{)licâble à qufeltjueà passages de ses ëëtitS 5 il J^ en a d'ailtrés àh Ik Vervfe de liï-bHié et Id fifaesse dfe^ dBsfeHàtioiis fëVeilleht le lecteur le mdiiis attentif. M; Neckër avoit l'usage de lire haut ses biivrâeës en Ifes écrivant : et cette habitude devoit lui doiitter lé besoin d'iitte Sorte dTxariiiohié tnusîbaîe dans ses périodes, Quelqties-uns de seis morfceaux léà plUs ëloqpéhs btit ëtë composés dans ses prôriiienàdés solitaires , éh jpréseiice dii magtiiflc^ûe spectacle des Alpes et du lac de Gfehève; l'œil d'ub littérateur exercé pourroit même disteertier les passages qui ont élé écrits isoùs l'influence de cette insjpiràtïon.

Jédevroii maintenait chèi'chéf à donner une idée des vertes de M. NedcèV âàtis sk rétVàitè , de ces Vélrtus tjm %i 6ht ïhérité îè respect de ses enn^riiîs mêmes , et qui font de sa mémoire un objet 'àe ctitté poïiîr i»

famille. Mais je ne^^ôurroîs qu'àlïbiblîtpar

SUR M. NEGKER. CCCXXVij

ujQ extrait le» impreâsibûs profondes que lé taJil^aii de sa vie privée, par ïwa roère^ produit sur toutes les âmes capables de le comprendre*

a Ce fut, dit ma mère , pendant la ma-^ (c ladie de sa femme , et depuis sa mort « surtout, que le caractère de M. Necker , a comme homuie privé , se fit le mieux ic connoître/ Il lui prodigua, pendant sa « longue maladie , des soins dont rien ne t( peut donner Tidée, Fatiguée par de fréu quentes insommes, elle s endormoit quel- K quefoîs pendafnt lé jour, en posant sa tête « sur le bras de son mari. J ai vu mon père K rester immobile des heures entièies , de- « bout, datas la même position , de peur de « la réveiller, en faisant le moindre mop.- « vement^etléàsoinsquil lui prodi^oit, (( pe n'étoient pas ceux que la vertu seule « peut inspirer ; c'étoieùt des soins pleins ce de tendresse et d'émotion, animées par ce « rayon d'amout que les cœut^ purs conu servent encore à travers les souffrances « et les années. » (*)

{*) Madame m^cker seetant ses forces diminuer ^ et m oialadée tlevenir morteUe , voulut préparer elle^jx^xue 4 es consolations relîgi^pcîes à «011 ép/^ux, en lui écriy^ut lies lettces des^itsbées à .«-être lu^s par {uir^fi'pii^rjbs qu'eUe •mrtdt cessé d£ vÎYre* Ces lettres sae p^uroi^ent si belles ,

tccxxvîij W O T i C E

i( Ma tnère aimoit a entendre de la musî-^ c< que pendant sa maladie ; et chaque soir elle

elles donnent une si touchante idée de l'union de ce^ deux êtres supérieurs , que )e crois pouvoir en dter quelques passages.

« En quittant ce monde , unique et cher objet de « toutes mes affections , l'idée de la solitude oii je te « laisse est la seule qui vienne troubler mes derniers n instans. £n efÇet , mon cher ami , considère quel est « mon sort , et bénis l'Être suprême de toutes les faveurs « dont il n*a cessé de me combler. Je ne puis m^empên cher de regarder comme une des plus grandes que « j'en aie reçues , le bonheur que j'ai de te précéder, tt mon Dien , vous avez eu pitié de ma foiblesse. « Vous avez vu qu'il n'étoit point de terme à ma soun mis»ion , mais qu'il en étoit un à mes forces- Être « dont la bonté est égale à la grandeur , daignez verser « vos puissantes consolations sur le cœur désolé auquel je « m'adresse. Vous lui avez ordonné de m'aimer ; aidez- 4( moi ,à soulever à présent le poids de l'affliction qui « tombe sur lui. C'est vous qui ne dédaignerez pas de u lui tenir lieu de l'épouse fidèle qui avoit mis ses plai- « sirs dans ses plaisirs , son bonheur dans son bonheur', « son amour-propre dans son amour-propre. Prêtez à M mes paroles la force de l'autorité. Donnez->moi le cou- « rage et le talent de panser ses blessures. Qu'il soit « adorateur de Dieu avant tout , et que , prosterné aux « pieds de^son Créateur, il lui fasse, le sacrifice de sa « douleur , en se souvenant que c'est à lui que nous « devons le Ions cours d'une union si fortunée.

« Â présent , mon ami , souffre que j'use de cette u autorité que tu m'as donnée dans notre dernière con- « versation. Tu m'as permis de dicter ta conduite , et je (c vais te parler sans crainte de m'égarer ; car j'espère K que le sentiment le plus pur ne cessera point de m'in-

SUR M, ISTECKER. CCXxix

a faisait' venir dès musiciens , afin que Finir n pression 9 causée par les sons, entretînt

« spirer. Tu auras soin de mes cendres ; mais tu n'iras « point dans un désert t'enfouir avec elles. Tu te livre- « ras , au contraire , à toutes les distractions tant pu- M bliques que particulières. Le monde est tellement « changé, que je ne te donne pas le conseil de rentrer û dans leis fonctions publiques , lors même que rx)rdre « se rétabliroit , et qu'on te rappelleroit a la tête des «( affaires ; mais je te demande instamment de faire «€ usage des talens que tu as reçus de la nature , et de « les employer toujours ^ comme tu l'as fait jusqu'à « présent , pour la gloire de celui qui te les a donnés , « et pour le bien de l'humanité , dont il t'a si souvent « confié la cause. Je veux que tu cherches dans ces « douces et sublimes occupations , un soulagement à tes <( peines 3 et toi qui , pendant ta vie , m'honoras si « souvent dans tes écrits , tu trouveras peut-être encore n l'occasion de m'y faire revivre pour les autres et pour ««toi. Adresse -moi tes ouvrages ; je serai encore ton « juge , ton tendre juge. »

ISfMI.

. c« Ta pleures , cher ami de mon cœur ; tu crois qu'elle «c ne vit plus pour toi , celle qui avoit réuni dans-tous les (f points son existence à la tienne. Tu te trarapes : ce

>« Dieu qui avoit joint nos deux coeurs , ce Dieu , bien?- »t faiteur de toutes ses créatures, et qui me combla de « ses faveurs , n'a point anéanti mon être. Quand j'écris « cette lettre , un seutintrent secret , un instinct q.ui ne u m'a jamais trompée , répaild. un. calme imprévu dans (« mon àme. Je crois voir que cette âme veille encore sur u ton sort , et que , dans le sein du Dieu que je ne .cessai M jamais d'adorer , je jouirai encore de ta tendresse pour •« moi. Mon ami , je te parle dans un moment où tous les <« cœurs sont à découvert. .Vierge et pure , qul^nd.je fis a h serment de t'être fidëK, j'4i tenu.j94>P.<si^cm^Pty

CCCXXX irOTICB

fx son âme dans ces pensées ëlevëes qui y u sèalto^ donnent à la mort un caractère

«c clans toute sa délicatesse ; et , je n'ai pas besoin de te « le dire , c'est un foible mérite , que celui d avoir vécu « dans l'innocence avant de se marier , et d'être restée « parfaitement chaste dans le cours d'une longue union^ « Mais l'attachement dont je suis pénétrée pour tout ton <c être, mais ce sentiment qui avoit transporté mon « amour-propre dans le tien , mais cet effroi , avant- « coureur des horreurs de la mort , qui ^làçoit tout t< mon sang au moindre danger que je te voyois courir ; « mais cette seconde vie que Je tronvois auprbs ie toi , « cette existence confondue avec la tienne , nç se retrouve vera plus pour toi , et mérite de ta part des sentimens « au-delà du tombeau ; et tu verras combien mon âme « est sûre de la tienne , puisque je vais te donner des « ordres , en comptant sur l'empire de mon amour pour « toi.

« N'ayant aucune idée des formes à observer dans un « testament , et ma fortune ne valant pas la peine d'être « considérée , j'ai cru devoir satisfaire mon cœur et le «c tien , en t' abandonnant sans réserve tout ce qui restera « de moi 6%r la terre , satts «» ^ia>epter ma dépouille « morteUe^ Oes restes bid^ux , sans doute , doivent te « rappeler cependant que dans la âeur d« Jtt jeiin^Bse et ^ de la beauté » tu fus seul maître <(i<è la pérstmi^ sàos <i tadie qai étoit alors «iti objet ^îgne ^Vstime et d'ân- « térêt. Yoîdéonc «ine espièce de testament séparé , qui , « je A'en €atl« , sera respecte par les lois ^ s'il ne Tétoit « pas 9 ma volonté An moins reste tout entière , et si ton « cœur'est satisfait , lé resté e^t pfeti de chose fo^t toi.

u A côté de ce testament ta en trouveras un autre « d'an genre lioavea^ ^ ^e sé<nt les ôharges que )% te « laisse. 'Nous tiou6 coïinoissons trop pour qâé j'aie besoki H de te demander grâce sur cet acte singulier , «t si j'ai « moâ^« toutes mes dematndes^ , ce n'e^ pas que j^ orai-

SUR M. WECKER. ^ CCCXXXJ

(c de mélancolie et de paix : le dernier ]ûut w de sa TÎe, deà instrùihèris à Tfent jotioient « fenedrë daùs la chambre à Coté de la ^< sienne 9 et je ne puis exprimer cfe qu'il y « avoit de sombré daas ce contraste etitre « les différentes expressions des airS; et f< rririîfbrme sentiment db tristesse dont la M mtirt tëmpliàfeoit lé ccfeur. Une Ibis, pferi- ^ u dant le cours de sa Inaladié ^ Ibs mtisi- « cieiis mâh^èrènt, et ihotl père tn'or- « donna diè jouer du piàîio : après avbit

«< gnissè le moindre refus ou la moindre épargne de ta «( part j c'est simplement parce que plus de fortune « étant plùb hùisiblé qu'utile aux personnes dont je ih'of^tf cupe j mou coeur jouira beaucoup davantage v ^^ « pensant que tu conserveras à ta disposition la somme « que je ne te demandé pas mal à propos.

« Suit encore line autre l\èttrè quicôhtibnt lesévis qi^ « j'ai crus nécessaires à tqn nkoindre malheur après m^ « perte. J'exige que tu les suives , si tu n'y trouves rien (4 de contraire à ta conscience et aux idées que tu t'es a formées de la pliis saine Morale. Tù sais , lAoà atni , « que dans mou coeur ton dtevoir et le mien vont toujours « avant tout, et c'est là ma première volonté , à laquelle s (( je sacrifie toutes lés àùtnes.

u Vientkent éufin mes instructiônis sur mi ifépifthuiiè. M Cette partie de mes dernièk*és volontés me tient telle- (I ment à cœur , que la crainte de la moindre négligence H tù'occupe douloureusement

n TùVoiSy mon fttoi, que tu !|pteux eàipHoyer^eilGOre, « pour ton amie, une partie de Jâ vie qui le reste. Je « t'ordonne donc de vivre pour obéir à ton Dieu, et de « vivre et de te swènér pomr neàipiir mes lôfëntions. >»

ÇCCXXxij NOTICE

f( exécuté quelques pièces, je me mis a ç( chanter Fair d'OEdipe à Colonne, de (( Sacchini , dont les paroles rappellent les ce soins d'Antigone :

Elle m'a prodigué sa tendresse et ses soîïis 3 .

Son zèle dans mes maux m'a fait trouver des charmes, etc.

ce Mon père, en l'entendant, versa un ce torrent de pleurs ; j^ fus obligée de m'arc< rêter , et je le vis pendant plusieurs heures c< aux pieds de sa femme mourante , s'aban-ce donner à cette émotion profonde , à cette ce émotion sans contrainte , qui faisoit d'un ce grand homme , d'un homme si rempli de ce grands intérêts et de hautes pensées^ seulece ment un cœur sensible, seulement un cœur ce tout pénétré d'affection et de tendresse.

ce Ma mère mourut : ce ne fut point par ce l'égarement du désespoir que se peignit ce une douleur qui devoit durer autant que ce la vie : mon père exécuta dès le premier ce moment les dernières volontés de ma ce mère pour sa sépulture , avec une préce sence d'esprit qui appartenoit sûrement ce à une sensibilité bien plus profonde, que ce celle qui se manifesteroit seulement par ce le trouble, à une sensibilité qui concence troit toutes les forces pour accomplir ce tous les devoirs.

ce On a beaucoup parlé des soins que ma

SUR M. K£Ck£R. CCCXXxiJj

*f mère avoit apportés à son tombeau. Elle « avoit vu , en s'occupant des hôpitaux , « d'affreux exemples des inhumations ptét( cipitées , et son imagination en avoit été a frappée ; elle attachoit d'ailleurs un prîi w extrême à la certitude que ses cendres et seroient réunies à celles de mon père, et « sa passion pour lui embrassoit aussi cet <c avenir : rien ne peut étonnw, ce me <c semble , dans ce genre , si Ton a l'âme Vc assez rêveuse pour concevoir toute l'idée « de la mort au milieu de la vie.

« C'est madame- Necker dont j'explique « ainsi lés dispositions testamentaires; car « un seul sentiment dèvoit guider son « époux , c'étoit de suivre en tout ses dé^ (( sirs. Il n'a rien fait à cet égard ni pour a elle , ni pour lui , qui né fût dicté par ic elle ; et pendant dix années , gardien d'iin « tombeau, les intérêts prëséns ne l'ont ja- « mais distrait de ce stfuveùir. Je p<>ssèdë « deux écrits de mon père , composés pour « lui seul au moment dé là nidrt'de ma « mère : l'un dans lequel il se retrace tous i< les motifs qu'il a de la regretter, et l'autre « dans lequel il s'interroge sur les preuves « de sentiment qu'il lui a données pendant w qu'elle existoit, afin de combattre en luia même rin^concevable crainte qu'il éproiïr

cccxxxiv iroTiCE

« voit de n'avoir pas assez fait pour soqi c( iK^Etheur. Il se représeïite lpute$ les cir— « consf^Qupes passibles d^ixis jies^^gcuslles il i< ^J^i^ft pu Taffliger ou la reçidre |bLeur^u$e ^ (c et sa rassure pu s'inqujiète selon qj^'it^eçt a satj^^it <)u ^60(^^1^; 4e sa pçsitio^ ^ura tux^ ^ il est ficrupuleiix enyer$ çpu ji^pagi- « u^tipu cojOQLi^ae envers s^s «o^y^uiir^ j le» M Acl^ns^ Jes parf^ 9 la ]^ie ^jf^tièr^ ^ lui M suffiseut pas; ç'esjt daus Je ^nctwiiffe du 4r cœur qu'U se r^pfe p^o^ l^S^ ^\^^^Ç^^ (c qu'il a reçseiptie* j^

. Dans tout^$ L^ 4>irooa^taiiç;es ii[^)|)p/1;an:- .^s dje ^ vie,, 1^. J^eiçke^ ^yflit Tjliiabjjfude deiTij^t^M^epar-e^^ Les pensée ^i doxi^i- JM>|^ en jbi^ s^it pouf ^ ffs^àr^^ ^aisou av^ec ^u^ d.^ e^ips/^ ^es içLÇitifp ^ ses 4^]W?ii«a|i9(nS|,rS9^ppji?r se pi^iç^^nir ççnb?e le^ 8cri^u^es,^;Kçess;^f de^s^n imaginalioipi et de ^s^^î^sciiefK^. Ma a;)[ière^ a j^at |w4>lie le^ ré$te^ij0^s,d4iii;it pfyfilte idj san^ 4pvkte |KHir ^^fiys^^ft^î^ï^trîla^^ .4? sflçiiQffiw;; imajs aujpwrd'hpi j;psç n^e ,€rpirç |>€fmiis ^lep fitirerOpijftf^tre, ^Ç,ei^t î^in si' biçau qpept^çle ^e ,ce^e:|^^^e fVql^ni^e dlune^é^mesensi^^etjçe^^^^ .

:i((.:Si le temps , isi h mM^^ iM^ftjç«^t

suit M. aiSCKER. cccxxxv

K fonde douleui* et de mes justes sujets de i( regrets et de larmes , que jd les trouve « retracés ici isn peu dis mots*

(c Absent d'elle pendant quelques {usures « de somnieil , je demandai à ses i&mmes « si pendant mjon aibseace elk maviott « noDûimé ; «lie ne poœmit presdpie plus « parler ^ et elle fit un effîirl; poar djre^ oui, 4( oui. Elle me dit : Nous nous rewerrons <c dans lé ciel. EUè le ite^anliok^ o» del ^ de <r la majaière la plusiïÀcichainte^eapoétaDt -« l'oreillie A noua prière. ËUe xemutoit en s( aïiaura&t le dioigt ide sa maôn gaandoie oii ^ étoîtl'anneau qm^e lui ^rvois tdciiaaé , «fin « de le redemaindear. -Sur oet aaneanuétoîent -« jgravëes ces paroles : jS m-MÙnem iou- « jours.

,i< Le testament dou die me recomitoande a qiiudqiies di^osîtions eaoL faveor de sa « famille^ <est xempii ide la dâscrëtôcm la €c plus tendre et la pKus ââieaste|i0ur moi*

it Ses coi^erls à 6a. fiUe ae simt presque H fdieatinxsSiquà lui ])e&€>naaapbaDder^t)lawkilr ^(•«esse^

(c Les pleurs qui couloient de mes iJ^uK H pendant sa imaladîe ^ )l9 arendoient sjl malc( lieuréuse , qu'au axioment oii jene ipuB jme (f jcontenir , ette poussa des cris db àé^ a espoir. . > .

CCCXXXV j K O T I G Ë

« Elle prioit Dieu^ elle învoquoit ses « parens avec un soa de voix si touchant, (c que le cœur le plus dur en eût été dé- « chiré.

• (c Elle aimoitDieu avec une pureté de « sentiment sans exemple : et jamais pour « entretenir sa dévotion elle na eu besoin « d'autre sentiment que de la reconnois- « sauce.

« Elle n'oublia jamais un seul instant K l'amour et la vénération qu'elle avoit tes- « sentis pour ses dignes parens, et ces sen- (c timens étoient aussi prononcés en elle, « après trente ans d'intervalle, qu'au pre*- « naier temps de leur mort.

(C Elle. s'est. décidée dans toutes les ac*- « tions de sa vie' par des principes dp mo- «raie. Elle n'a jamais eu d'autre guide , et « le moindre remords eût été pour elle un « tourment plus cruel que la roue.

(f Elle m^a sacrifié Iç désir naturel qu'elle « auroit eu de s'illustrer par des écrits, (( ayanttontl'esprit ettoûs lés talens néces- (( saires pour s'élever très-haut dans cette ce carrière. .

« Quel' calme, 'quelle beauté dans son (( lit de.mort ! quelle résignation à la vot< lonté de Died' pendant rses souffrances !

i< Elle opposoit toujours à ceux qui la [dai-

SUR M. NEGKER. CCCXXXvij

« gnoient les trente années de bonheur « qu'elle avoit tenues de la bonté céleste.

« Elle avoit une peur manifeste de me « survivre j c etoit un malheur qu'elle « considéroit comme au - dessus de ses « forces,^

c( Elle me rendoit la tranquillité dans ce tous les genres d'alarmes ; elle savoit parie 1er à mon cceur, à mon esprit, à mon « imagination. Elle étoit mon bouclier <c contre moi-même. Elle a toujours parce tagé mes succès, et ce second amource propre avoit pris la place du sien.

ce O mon amie, j aurois mille choses à « dire encore. Je te regarde au ciel , tu es ce mon espérance.

ce Elle fixoit les indécisions qui sont un eic défaut de mon caractère. Elle me préce servoit des regrets, en me rappelant touce jours que le passé est hors de notre atle teinte, et en justifiant tout ce que j'avois ce fait par un sentiment élevé.

ce Elle croyoit à raffection pour elle j <e elle croyoit aux professions de morale et ce de vertu, signes certains d'une âme sim- <e pie et vraie.

<e Elle ne s'est jamais permis le menée songe le plus indifférent.

ce Elle soignoit ma santé avec autant

CCCXXXviij NOTICE

(c d'intérêt que d'intelligence. Son humeur c( étqit d'une égalité parfaite. Est-ce lui ? « disoit-elle avec charme , toutes les fois c( qu'elle entendoit mes pas. Tous les mac( tins on yenoit me dire : Madame vous (c attend. O parole que je n'ontendrai (( plus ! Mon Dieu ! ell^ est heureuse dans c( ton sein.

<( Elle me dit un jour dans les deraier&s « temps de sa maladie : Dieu nous béîdra, (( je ne sœiffrirai plus. Et en effet, depuis u cet instant, elle n'eut plus de douleurs.

(( Ses rapports avec le ciel par sa vertu (( et par sa piété , m'ont souvent frappé / et t( mon tendre respect y croyoit très-«sou«« <( vent»

a Hélas ! je n'ai plus ce compagnon ^ cet a ami qui faisoit route avec moi dans la « vie.

a Elle se hâtoit de me faire dire qu'elle (( étoit mieux lorsqu'elle étoit soulagée par a quelque crise. Elle savoit qu'elle avoit « besoin d'apaiser les inquiétudes d'un auce tre elle-mêmte. Pauvre amie ! hélas ! tn « n'es plus.

(C Sur la fin de ses jours , elle ne pouvoit <( souffrir que j'étayasse ses espérances par a l'idée de la justice de Dieu ; c'étoit tou- (( jours de sa clémence et de sa bonté qu'elle

SUR M. ITECKER. CCCXXxix

fc voTïlprt que je lui parlasse- Oh ! ëloit-elle « tourmentée par quelque crainte , par <( quelque scrupule dont je n aurois pas eu « le bonheur d'être le confident et le couce solateur? Chère amie ! une seule de te$ ti pensées que j'aurois manque Foçcasion €( d adoucir , seroit un sujet de peine et de ce remords pour mon cœur^

« Que je suis malheureux encore de tou- « tes les difficultés que présentent le mo- C( nument et ses dernières volontés à cet c( égard ! mais je ferai mille efforts pour les c( surmonter. O que de choses je ne lui ce ai pas dites l que de sentimens dont la a privation vient cruellepient m*ayertir !

« Dans quel état je fus lorsqu'elle me fit c< appeler une heure -après avoir couru le ce plus grand danger par le feu qui avoit ce pris à ses cheveux ; et avec quelle douce ceur, avec quelle reconnoissance envers C( le cielelle parloit de sera accident !

« Je crains la mort , me dit-elle une ^ fois}, f aime let vie avec toi. Nous pas-^ c< serons encore quelque temps ensemble, ce me ditrcllç , après une crise heureuse ai* ce commencement de sa maladie.

ce Avec (juel intérêt^ avec quelles douces ce exhortations elle elistribuoit chaque mois ce ses charités. Priez Dieu pour M. Neç^.

CCCXI TTOTICB

rc ker] disoît-elle toujours. O mon Dîeu ,

<( que ses vertus me servent de protection

a auprès de vous ! C'est quielcjùe chose que

ce vous m'ayez choisi pour garder son bon^

^e heur sur la terre- '

■ (( Qiie de fois elle ma dit : Le ciel nous

V( aidait faits Vun pour Vautre h '

a Quand je Fëntrètënoîs de quelque soin

« à prendre pour àà santé , de quelque in-

« convénient à éviter, C'est ton affaire , di-

« soit-elle toujours. ^

(( Ah ! que dé sentimens dont je regretté

(( de ne lavoir pas entretenue! Mon Dieu !

<( arriveront-ils aujourdTiui de mon cœur

« jusqu'à elle ? O source inépuisable de

ti regrets et de larinès !

' a C'est à elle, c'est a ses instances que k je dois d'être sorti de France. Un peu a plus tard ^ j'eusse été la victime des 1y- «rans , et peut-être elle-même. Je ne pui^ (c exprimer cette idée. Ah ! le ciel Feût tou- « jours protégée. ' r v .

(( Pensée cruelle! C'est sûrement vers là a fin de sa Vie' que son âme étoit le plus « remplie , le plus agitée ,; et alors elle ne <( pouvoit s'expliquer 5 ses forcés lui man- (( quoient , et je n'osois approcher la cona versalion de son danger; ainsi c'est lorsa qu'elle avoit peut-être le plus besoin d'é^

SUR M. NECKER. CCCxlj

« païu^hement qu elle n'a tire aucun secours « de son ûdèle ami.

a Gomme elle parut ëmue ce jour oii je « revins à elle en larmes, après avoir fait ce un dîner seul pepdant qu'elle étoit ma-r ce lade !

« Je voudrais, disoit-elle à ses femmes ce dans les derniers temps de sa maladie , c( qu'il ne suis^ît pas mon corps a Cappet ; c< mais il le voudra. Ah ! qui , il le voudra , c( il y sera toujours.

Xi Elle se seroit laisse manquer de tout, <( si je ne lavois pas prévenue. La plus pe« c( tite absence , elle ne pouvoit en supporter « ridée. Notre union étoit celle de la nâc( ture. Elle est finie sur la terre.

<( Disposé à me tourmenter, et n'ayant c( plus mon amie pour me soutenir contre c( moi ■'même, et pour défendre la vérité c( contre les inquiétudes de mon imagina-* ce tion , je suis obligé de converser avec c( moi - même , mais toujours sous les rcr c( gards de mon amie.

ce Je me suis dit cent fois cpie si en revecc nant d'un voyage , j'avois appris que par ce une conduite inconsidérée elle avoit ce perdu toute ma fortune , je Taurois emce brassée avec transport pour la consoler ,

CCCXlîj NOTICE

« et que si cet accident in*avoît valu un « degré d'affection de plus de sa part , j'aui< rois gagne en bonlieur.

« J'eusse donné tout mon bien sans hé-i ff sîter, et je me sèrois déterminé à faire « tel métier qu'on auroit voulu pour pro-^ w longer sa vie de quelques jours.

« J'adore son image, et mon amour poui* « elle est un mélange de culte , dont Fitn- « pression passe toute idée. Je la regrette , « je la pleure, je la prie, je l'invoque.

a D'où vient donc qu'il nie reste une agitar u tion, une sorte de mécontentement de « moi-même ? Ce sentiment porte sur ce <r que , pendant son danger, pendant sa tna- « ladie, je n'ai pas été aussi malheureux « qu'à présent. N'est-ce pas mon imaginatc tion , cette terrible ennemie , qui fait nlon « principal tourment?

(c Combien de fois à la fenêtre de ma t< chambre , et prêtant l'oreille aux prières « de ma tendre amie , n'y ai-je pas réuni « les miennes avec ferveur ! Je n'ai jamais « pleuré auprès de son lit aussi amèrement, « aussi continuellement que je pleure ; mais a cela vient de ce que je me contenois au ff premier essor, pour ne pas lui faire de u là peine j cela Vient de ce qu'elle ne m'a .K presque jamais dit alors un mot sensible^

SUR M. NSCfi.ER. CCCxHij

w etque dans notre nature nous avons be- M soin de ces mots pour rassembler en un « instant toutes nos affections. Je suis sûr ^ m qu'un seul de ces mots m'auroit ouvert <c le cœur y m'auroit inonde de larmes.

« Quand ma fille chanta sur le clavecin €< lair d'OËdipe à Antigone, je versaides «( torrens de larmes , et cependant ma pau-^ « vre feibipe, déjà im peu changée par la « maladie 9 ne pleura point.

« Je suis naturellement distrait, et fai « besoin de me rassembler ou d être rasi< semblé par une circonstance pour être « en entier à un sentiment ou à une penu sée. Enfin y n'est-il pas d^^ns la nature des « hommes que la privation , en réunissant ce toutes nos pensées vers la même idée, u nous pénètre davantage,?

« Non, je ne dois pas, je me le dis au « nom de ma bienfaisante amie , je ne dais i< pas joindre des reproches à mf s regrets.

H Combien de fois cette incomparable H femme ne m'a-t-elle pas averti , en d auce très circonstances, que je n avois pas de ce plus grand ennemi que mon imagination !

ce combien de fois n'est-elle pas venue effi- « cacementàmon secours! Ab, mpnange !

c( que ton souvenir soit mo;i consolateur !

c( J'implore la miséricorde divine sous tes

CCCxliv iï'OTICE

t( auspices. Mon amie, si tu le peux, fat6 (f que ma nature morale apurée puisse être « jugée digne d une seconde association « avec toi ! Crâcë, grâce , et toujours ton ce amour, toujours ton souvenir, toujours ce ta pitié!

« Ah! si sur cette terre même et tel que c< je suis, le ciel te rendoit à mes vceux, « chaque instant maintenant que je passe- « rois près de toi me paroitroit un rayon « du paradis; et c'est ce mouvement pasce sionné qui me désole, en m'apprenant i< que je n'ai pas été constamment à la « même hauteur de sentiment lorsque je fc te possédois. ,0 fatale leçon qui nous w est donnée par la privation ! Est-ce ma (f faute ? est--ce une circonstance attachée « à la nature humaine ? Mon ange , mon « ange, prends-moi dans mon dernier w amour , dans ce sentiment sans bornes cf et sans distraction qui, te montrant à w mes yeux dans toute la beauté de ta na- « ture morale , me laisse le plus profond ce regret de n'avoir pas joui autant que je le « pouvois , d'une faveur sans égale.

w Ah ! si j'avois lu ces adorables écrits « que. tu m'as adressés et que j'inonde de w mes larmes, que j'eusse été heureux, que H j'eusse été à tes genoux à chaque instant

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STTR M. SISCKER. CCCxlv.

« de ma vie! Hélas! pourquoi ne les ai-je « pas lus dans le fond de ton cœur, ou pourr< quoi tes paroles r)endoient--elles si briècc yement tes sentimens ? O mon amie , tel a est aujourd'hui mon malheur, que tout fc ce que j'ai fait pour toi, tout ce que j'ai w senti pour toi , et dont tu as toujours parlé t< avec tant de contentement, me paroît <c mille fois au-4essous de ce qui sortiront c( de mon âme en ce moment ! Est-ce ma c( faute, est-ce l'effet inévitable de notre H foible nature? Chère amie , chère amie î c( je suis insensé peut^-étre dans mes inquië* « tudes , mais j'adresse à ton ombre, à ton « âme céleste les élans d'un cœur que tuas (i tant de fois calmé. »

Madame Necker mourut au mois de mai 1794 9 dans une habitation près de Lausanne , où elle étoit venue s'établir pour être à portée des soins du docteur Tissot.

M. Necker suivit les restes de sa femme à Coppet,etdès lors il ne s'est plus éloigne de son tombeau.

En 1798 , à l'approche de l'invasion des François en Suisse, il étoit encore inscrit sur la liste des émigrés, et, comme tel, exposé à une condamnation capitale, en restant sur le territoire occupé par les

CCCXhj NOTICE

armées de là république : ma mère fit donc les plus grands efforts pour rengager à quitter Coppet; mais il ne voulut point y con^ sentir : A mon dge^ dit4l ^ on ne doit point errer sur ta terte. Il secont^ita de bràler tous les papiers qui auwîeiït pu compromettre dfô personnes rest^as ^n France; et dans sou scrupule^ 41 fit même le sacrifice de toute la CK)rrespondance de sa fille. C'est une perte irréparable , car toutes les fois que ma mère a étëv absente de son père^ elle n'a jamais laissé passer un seul jour sans lui écrire , et sans lui rendre compte de tous les événemens dont elle étoit témoin. Du reste, la conduite pleine de délicatesse du général Sucbet et de son étatmajor, prouva que ces précautions étoient superflues \ et dès la même année , ma mère obtint du directoire la radiation de M. Necker. ^

Lorsque le gouvernement consulaire rétablit en France l'ordre, ou du moins cet ordre apparent qui consiste dans l'obéissance passive aux commandemens du pouvoir, plusieurs des amis de M. Necker, et entre autres son ancien collègue l'archevêque de Bordeaux , le pressèrent de ^•evenir à Paris. Il y étoit sollicité par un sentiment bien plus puissant sur son coeur, le désir de

SUR lUT. KÏGKEA. CCCXlvij

n'être jamais séparé die sa fille chérie ; mais ce sentiment même ne put balancer les considérations de tout genre qui l'atta** choient à sa retraite. Dans cette circonstance, il écrivit, selon sa coutume, les motifs de sa résolution : ces notes destinées pour lui seul se sont conservées parmi ses papiers 9 et fy trouve le passage que voici:

<c N'est-il pas naturel que je répugne à « me replacer au milieu d'un pays oit a t< péri d'une mort tragique et par des mains If a*imineUes, le prince dont J'étoîs le mifc nistre; au milieu d'un pays oii d'autres « personnes encore que j'aimois , que j'es- « timois 5 ont été les victimes des fureurs cf du temps ; et cette indifférence de ma « part ne seroit-elle pas jugée très-sévèrecc ment ? Quelle idée se feroit-on aussi du w retour volontaire d'un ami de la liberté n sous une autorité despotique , et d'un ce serviteur du dernier roi sous le règne ce d'un homme élevé sur les débris du trône ce des Bourbons ? Et si dans la société je ne ce pouvois éviter de rencontrer des homcc tnes marquans du temps du procès de a Louis XVI , à quel déshonneur ne m'excc poserois-jepas?>>

Si après avoir lu ces lignes, quelques--

Digiti^ed by LjOOQ IC

CCCxlviij IfOTiCE :

uns des détracteurs de M. Necker fon^t un retour sur leur propre conduite^ je doute qu'ils osent lever les yeux.

Les dernières, antiées de M. Necker ont eu le caloie et la dignité qpui convienneni:

à la vieillesse. Le souvenir dp sa femme ne s'est janciais effacé 4^ son cœur ; mais ses regrets ont été adouci^ p&r jla tendresse incomparable de sa fille; c'est pour elle et par elle que la vie a consc^rvé k^fis yeux de l'intérêt et du charme : tine p^irf^ite sympathise de caractère et d'esprit ^(^ml^loit faire disparoître la distance de leurs âges. Dans le inonde, en voyage , ma mère n'étoit occur péequ'à rassembler les faits et WréfLexions qui pourroiait captivQr l'Attention de son père ; ses lettres et sa conversation lui offroient tout l'intérêt de la vie sociale , et lui en épargnoient la fatigue. Si quelque chose peut donner l'idée de cette relatioi;!

unique au monde , c'est le tableau qu'en â fait madame Necker de Saussure (^), qui elle-même a tant contribué au bonheur dont a joui M. Necker dans les derniers temps de sa vie.

L'emploi de* ses heures étoit réglé avec

{*) Notice sur le Caractère et les écrits de madame de .Staël.

SUR M. NECKER. CCCxlix

beaucoup d'ordre et de méthode , mais sans pédanterie : dans cjuekjue moment que sa fille entrât <;hez lui , elle ëloît sûre de le rendre heureux , et ses petits-ônfans mêmes, lorsqu'ils venoient interrompre son travail , ëtoiént toujours reçus avec bonté. H cher- <îhoit à développer leur esprit par des plaisanteries à la portée de leur âge , et ne perdoit pas une occasion de leur faire concevoir quelques-^unes des grandes pensées morales dont son cœur étoit animé.

Rarement il laissoit passer un jour sans aller visiter le tombeau de sa femme, ce tombeau où il répose maintenant avec les premiers objets de sa tendresse. Il revenoit de cette promenade, triste, mais* serein, et se livroit' ensuite' sans effort au travail ou à Ja conversation. . .

- On Vest étonné quelquefois de voir qu'il admit dans sa société habituelle , des homtties d'un- esprit extrêmetnent inférieur au sien ;' mais cette circonstance ne tenoit de sa part^à aticun- goàt pour la complaisance ou pour la flatterie. Les personnes dont je parle, quoique peu distinguées par leur esprii , avèient dumouvëment dans le cajacterie, de l'intérêt pour les nouvelles de politique ou de société , et les petits faits qu'elles savoient. recueillir, piquoient sa

ceci WOTlC£

curiosité. Mais N, , lui disoit-on , comment peut-il vous amuser? ses nouvelles ne sont jamais exactes, h N*importe, rëpondoit w M, Necker ; il fait du moins preuve de a bonne volonté, et une nouvelle fausse i< vaut encore mieux qu'une pensée com-> « mune, » En effet , il n'aimoit les idées générales qua une très -grande hauteur , et à moins qu'il ne rencontrât des hommes capables de le suivre dans ces ré* giens élevées, il préféroit les plus petits faits , les moindres observations pratiques, à des réflexions qui ne pouvoient avoir rien de nouveau pour un esprit aussi fécond que le sien.

Ce fut en i8o3 que commença l'exil de ma mère, et qu'elle fut séparée de son père pour ne plus le revoir. La santé de M. Necker étoit meilleure alors que depuis plusieurs années; les infirmités de son âge sembloient presque suspendues : il engagea lui-même sa fille à voyager, etàchercfaei^ en Allemagne des consolations, contre l'injustice dont elle étoit l'objet dans sa patrie. Sa fille reçut encore sa bénédiction ; mais pour la dernière fois : et ce fut à Berlin que le plus horrible des malheurs lui fut annoncé.

Le 3o mars 1804^ M. Necker tomba

SUR M. NëCKKR. CCClj

malade , et la fièvre se déclara avec une telle violence ^ que dès le premier instant on désespéra de sa vie. Il perdoit fréquemment connoissance ^ mais aussitôt qu'il recouvroit Tusage de ses sens, il imploroit l'indulgence du ciel , il invoquoit sa bénédiction sur sa famille 5 pendant le délire même , toutes les paroles qui luiéchappoientn'étoient que des prières ou des expressions de tendresse et de bonté. Plusieurs fois il mit la main sur son cœur, en répétant d'une voix entrecoupée : Je bénis ma fille chérie : elle m'a beaucoup aimé} elle rna rendu bien heu-reux ! Enfin, dans la nuit du 9 avril, on l'entendit prononcer distinctement ces paroles :

O mon Dieu! mon juge , mon saw^eur, reçois ton sen^iteur qui s'as^ance s^ers la mort h grands pas. Dès lors il ne souffrit plus : peu d'heures après il avoit cessé de vivre , et sa physionomie conservoit encore l'empreinte du calme religieux de son âme.

FIN J)E LA irOTICE.

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