‹ Notice sur M. NeckerChapitre 11 sur 12 · SUR M. NECK£R. CCXXXIX · texte numérisé non relu

SUR M. NECK£R. CCXXXIX

importante , celle du nombre respectif des députés des différens ordres , étoit déjà décidée dans l'opinion. Cependant , pour donner le moins possible à, l'arbitraire, M. Necker crut devoir proposer au roi de réunir de nouveau les notables , et de prendre leur avis (*). Certes, ce n'étoit pas une conception fort démocratique , que celle de consulter une assemblée composée d^e princes du sang, d'évéques , de grands seigneurs et dé magistrats ; et si , comme le prétend le parti de l'émigration , M. Necker ayoit eu d'avance la volonté arrêtée de doubler le nombre des députés du tiers , il auroit eu une manière bien simple de parvenir à son but ; c'eût été de réunir à Paris des délégués de toutes les assemblées provinciales , oîi la question du doublement se trouvoit dé}à résolue par l'archevêque de Sens lui-mêttie. Au reste', à quoi serviroit l'expérience , si , après trente années , et dans l'état actuel de la société en France , on se crayoit d^Ugé d'expliquer les motifs qui faisoient désirer à M, Necker que les quatre-vÎQgt-diiX-neuf centièmes d'une nation eussent une part égale à celle d'un centième de privilégiés? Je renverrai donc mes

(*) Arrêt du conseil du 5 octobre 1788.

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lecteurs aux éclaircissemens lumitteux que M. Necker lui-même donne à cet égard dans son ouvrage sur la révolution Françoise , et je doute qu il existe aujourd'hui des préventions assez opiniâtres pour ne pas se rendre à une telle force d'évidence, (*)

La seconde assemblée des notables s'ouvrit à Versailles le 6 novembre 1788.

M. Necker, dans un discours plein de sagesse, développa les raisons qui rendoient impossible de s'en tenir à la forme des

{*) S'il ëtoît nécessaire de démontrer par de nouveaux raisonnemens l'indispensable nécessité de la double représentation du tiers , l'on pourroit alléguer à bon droit la disette d'hommes éclairés qui se faisoit sentir dans les classes privilégiées. Je trouve ce passage remarquable dans une lettre écrite à madame Necker par l'abbé Maury , pendant les élections de 1789.

« Au milieu des gémissemens causés par la famine , «( j'ai la consolation d'entendre souvent proférer le nom •^( d« M. Necker , avec les plus touchantes bénédictions. « Je suis persuadé que la confiance universelle va le « rendre l'oracle de la nation. Les représentans du peuple, M eux-mêmes , auront grand besoin d'un tel régulateur. « Il n'y a ici ( en Picardie ) quelques hommes que dans u le tiers-état , qui se dispose à faire de bons choix ; ce « sont des subdélégués, des jurisconsultes , des négo* « cians , de riches tenanciers , qui doivent figurer avec <c distinction dans une assemblée provinciale , mais qaî u ne peuvent faire aucune sensation dans une assemblée tt nationale. Cependant, quoique leurs idées ne s'élèvent « point au-dessus des intérêts locaux , ils n'en sont pas « moins infiniment supérieurs aux deux autres ordres. »

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ëtats de 16145 €ît indiqua les diverses questions sur lesquelles l'assemblée auroît à délibérer, relativement à la composition des états-généraux , et au mode d'élection des députés des différens ordres.

Le travail des notables ne fut point dépourvu de toute utilité; ce travail , résumé et mis en ordre par une commission de quatre conseillers d^état , aplanit plusieurs points difficiles. Mais, des deux questîonsles plus importantes (le nombre général des députés et le nombre respectif des députés des trois ordres), Tune ne fut point traitée par les notables , l'autre fut résolue par eux de la manière la plus diamétralement opposée au vœu national. L'on sait que le bureau présidé par Monsieur (aujourd'hui XiOuis XVIII ) fut le seul entre six qui se prononça pour le doublement du tiers.

Le mécontentement universel qu excita la décision des notables, traçoit de reste au gouvernementlamarcbequ'ilavoitàsuivre.

Le parlement de Paris lui-même , ce défenseur imperturbable de la routine et des préjugés, vaincu alors par la force de l'opinion, rétracta ses délibérations précédentes , et déclara que le nombre des députés respectifs des trois ordres n'étant déterminé par aucune loi , ni par aucun usage

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constant y onne poiwoit que s^en rapporter h la sagesse du roi pour pan^enir aux mo-* dijications que la raison^ ta liberté, la justice et le vœu général pou^oient indiquer. Cependant M. Necker ne voulut rien précipiter, et , pendant près de deux mois , il s'appliqua sans relâche à étudier avec impartialité ce qu exigeoit letat de l'esprit public. Enfin , à là suite de longues et mûres délibérations , la mjajorité des ministres se prononça en faveur du doublement du tiers j^et la reine ^ qui assistoit alors pour la première fois au conseil , sanctionna par son assentiment celte importajite mesure.

Le résultat du conseil, du 37 décembre 1788, ordonna que les députés aux étatsgénéraux seroient au moins au nombre de mille , et que le nombre des députés du tiers seroit égal à celui des députés des deux autres ordres réunis. A ce résultat du conseil étoit joint un rapport au roi par le ministre de ses finances, où se trouvoient développés quelques-uns des principaux motifs qui avoient entraîné la détermination du gouvernement. Ce rapport auquel on a constamment attaché lé nom de M. Necker , et qui lui a valu tant d éloges et tant de haines, n&lui appartient pas exclusivement. « L'ordonnance et le style , dit

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et 'M. Necker (*) , ne composent un titré w de propriété que pour les ouvrageis âcaw démîques ; il n'en fut jamais de même pour « les arrêts d'un conseil politique , et pour w les préambules qui en exposent les mo* w tifs—. Le mot de nécessité ne se tï'ouve f( pas dans le rapport fait en moû» nom , w comme ministre d'ëtat, et cette seule ce remarque doit faire présumer que le rap- « port ne disoit pas tout, et qu'il avoit été « précédé dWe discussion plus étendue.- ^ Une autre observation achève de démontrer que M. Necker étoit loin de pouvoir faire triompher alors toutes ses idées ; c est •que le résultat du conseil du à 7 décembre ne prononce point sur la délibération par'Ordre ou par tête j et cette observation importante Tsert en même temps de réponse à Ceux qui ont fait un reproche à M. Necker de n'avoir pas proclamé , avec le doublement dii tiers , iadivision en deux chaB4%res ^ qui eri étdit ^à conséquence naturelle. A cette époque, ni ie roi y ni le conseil/ ni les ordres privilégiés n auroient consenti à cette innovation salutaire. Après le ^3 juin, l'assemblée nationale s'y est orgueilleusement refusée ; car, dans un pays étranger c;ncoreauxver-

(*) De la Révolution françoîse , Tome i.

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tus de la liberté y le langage de la raisôb be peut jamais se faire entendre du parti qui se croit le plus fort.

Gepeudant Te rapport joint au résultat du conseil du 27 décembre indiquoit pour l'avenir la suppression des lettres de cachet^ l'affranchissement de la presse , et le retour périodique des états-généraux. Ces concesr sions , qui forment les premières bases de toute liberté, jointes au doublement du tiers 9 valurent à Louis xvi, et à son mir nistre , des témoignages passionnés de reconnoissance (^). « Les communes , dit « M. Necker , reçurent une justice comme « un bienfait. Cette méprise des âmes sen-* u sibles est la consolation des bons rois. »

Les mêmes personnes qui ont fait un crime à M. Necker de s'être écarté de l'opinion des notables sur le doublement du tiers, lui ont répçoché de l'avoir suivie^ en ne fixant aucune condition pécuniaire pour l'éligibilitédes députés des communes.

Mais ses réponses à cette objection sont pé-»

{^ M Jamais , écrivoient les états de Dauphîné à u M. Necker , on ne parla des droits des hommes et des R projets du meilleur des rois avec plus de sentiment et M de dignité. Quelle sublime fonction que celle d'être tt ainsi près du trône Torgane de la vérité ^ et de la dé- « feudre avec un si noble courage I »•

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remptoires. Si le gouvernement pouvoit et devoit même repousser lavis des notables ; lorsqu'il étoit contraire au vœu national^ il n'en étoit pas ainsi lorsque leur avis se trouvoit conforme à ce vœu, aussi-bien qu'aux anciens usages. Or, Ton sait que jamais on n avoit imposé de condition de propriété aux députés du tiers-état. D'ailleurs, exiger de ces députés la preuve d'une fortune territoriale , c'eut été exclure précisément les hommes les plus marquans et les plus éclairés de l'ordre du tiers ; car les roturiers qui avoient de la fortune et de l'éducation évitoient d'acquérir des terres , afin de se soustraire aux impôts bumilians delà taille et du droit de franc-fief. Et quant à la richesse mobiliaire, on manquoit d'échelle pour en fixer la quotité. Car la capitation, qui seule aiUroit pu servir de base, n'étbit point établie dans toute la France , et dans les provinces mêmes oii elle existoit, elle étoit sans rapport certain avec la fortune des contribuables. Enfin , la condition de propriété, supposé que l'on en eût exigé une, n'àuroit certainemenjt pas excédé la fortune de la grande majorité des députés du tiers , et auroit eu par conséquent très-peu d'influence sur la composition de l'assemblée. A çesremarqifes,pui-

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s^es dî^ns Tétat de la France d'alors, on peut ajouter qu en thèse générale rien ne semble plus superflu ,que de circonscrire le cb^ix des électeurs, lorsque le législateur a pris soin de restreindre le corps électo-^ rai aux - honjnoies qu'il a jugéis capables d agir avec sagesse et discernement.

Les états-généraux s'ouvrirent à Versailles , le 5 mai 1789. A son entrée dans la salle , M. Necker fut couvert d'applaudfssemens. Il étoit alors l'idole de la nation française 5 les factions n'avoient pas encore perverti l'opinion publique. Cependant, loin de rechercher pour lui-même une popularité qui lui promettôit des triomjrfies faciles, il ne sembloit occupé que de re-»

porter sur Louis xvi les hommages qui s'offroient àlui. Sondiscours avoit été remis au roi plusieurs jours d'airance : Louis xvillavoitexaminé attentivement ; il y avoit même j oint plusieurs notes écrites de sa main , etaa a lieu de croire qu'il consulta , dans cette cir-* Constance, d'autres personnes que les membres de son conseil. M. Necker enfin lui avoit soumis ses dernières corrections , et le roi les avoit trouvées conformes à ses vues (*). Je me plais à insister sur ces dé*-

(*) Voyez le billet de-Louis xvi publié par M. Necker^ dam s&a ouvrage sur la Révolution françoûe , Tome i*

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tails honorables pour Louis xvi, parce qu'ils montrent avec quel soin M. Necker évitoit^dans son discours ^ toute expression qui ne fût pasd'accord avec la pensée royale. Se renfermant autant que possible dans les attributions de son ministère , M. Necker commença par diriger Tattention de l'assemblée sur les moyefts de rétablir les finances. Il développa l'état général des revenus et des dépenses fixes , qui fut rendu public peu de temps après, état dont la sincérité n'a peut-être jamais été égalée, et dont l'exactitude est sortie victorieuse des recherches malveillantes des divers comités de rassemblée nationale. Il naontra que le déficit 5 bien que considérable , pouvoît être comblé sans recourir à des impositions nouvelles , et qu'ainsi la réunion des états-généraux n'étoit point un résultat forcé de la délre§se financière, mais un hommage libre rendu à des principes de justice et de liberté. Il s'efforça d'inspirer à l'assemblée une juste horreur de toute espèce d'infidélité dans l'acquittement de la dette publique, et cette portion de son discours n'étoit rien moins que superflue ; car déjà les députés des provinces , étrangers aux intérêts des capitalistes de Paris, commençoient à murmurer que la ban-

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queroute étoit le moyen le plus simple de diminuer les charges de letat.

^S'élevant ensuite à des considérations d'un ordre supérieur, il présente à rassemblée l'esquisse des travaux auxquels elle va se livrer ; il indique aux classes privilégiées les sacrifices que leur prescrit la prudence autant que l'équité j il recommande aux députés de tous les ordres l'observation constante des préceptes de la raison. « Vous écarterez , « leur dit-il, tous les systèmes exagérés; « vous réprimerez tous les abus de Timagî- (( nation ; vous ne croirez pas que Tavçnîr (f puisse être sans connexion avec le passé j « vous ne préférerez pas les projets et les « discours qui vous transporteroient dans <( un monde idéal, à ces pensées et à ces i< conseils qui , moins éclatans , mais plus (( praticables , exposent à moins de com- « bats , et donnent au bien qu'on opère un « caractère de stabilité et de durée. Enfin, « Messieurs, vous ne serez pas envieux des i< succès du temps , et vous lui laisserez « quelque chose à faire ; car si vous entre-^ « preniez à la fois la réforme de tout ce qui (( vous paroît imparfait , votre ouvrage le (( deviendroit lui-même. » Paroles remarquables , et qui semblent une censure prophétique de cette assemblée constituante ,

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si grande par l'impulsion qu'elle a donnée à Tesprit humain , si vaniteuse et si superficielle dans les institutions qu'elle a prétendu fonder.

Le discours de M. Necker fut reçu avec unç froideur marquée par les hommes placés à l'extrémité des deux opinions opposées. Les aristocrates , en apprenant que les finances pouvoient être relevées sans le secours des états-généraux, conçurent une nouvelle irritation contre le ministre qui les avoit convoqués. Les chefs du parti populaire souffrirent avec humeur que cette convocation fût signalée à la France comme un acte libre et spontané; ils arrivoient plus disposés au blâme qu'à la reconnoissance , et les plaisirs violens de la victoire avoient plus de charmes à leurs yeux que .

les conquêtes paisibles de la raison. Ils se plaignirent de ce que M. Necker n'abordoit pas les grandes questions constitutionnelles, comme si tel avoit pu être alors le rôle d'un dépositaire de l'autorité royale.

Peut-être enfin virent-ils d'un œil d'envie ce qu'un ministre seul avoit déjà fait pour le rétablissement des finances, et dès lors on put apercevoir le germe de cette jalousie contre M. Necker, qui s'est montrée depuis avec tant de petitesse et de dureté.

CÎcl irOTICE

. La question du vote par tête et ij.u vote par ordre, s'engagea dès la vérification des pouvoirs ; et Taveuglemeiit des ordres privilégiés 5 dans cette circonstance, .est inoipos* sible à caractériser. Au lieu d'aller au-devant de la nécessité , et de se faire un xnérite de sacrifier des prérogatives qui alloient lui être arrachées sans retour, la noblesse sembloit prendre à tâche d'amasser sur sa tête la colère du peuple. Uaigreur augmentoit de jour en jour. M. Necker crut opérer un rapprochement , en réunissant chez le garde des sceaux des commissaires des trois ordres. La conférence eut lieu en présence des ministres; mais les débats se prolongèrent sans résultat. Enfin M. Necker résuma les difficultés ^ et proposa un plan d'accommodement qui sembloit au moins pouvoir amener une trêve. Les trois ordres dévoient convenir qu'ils s'en rapporteroient les uns aux autres pour la vérification des pouvoirs sur lesquels aucune objection ne serôit élevée, et qu'ils se communiqueroient leurs actes de vérification -, que les élections contestées seroient renvoyées à 1 examen de commissaires pris dans les trois ordres; que lavis de la commission seroit soumis aux chambres respectives ; que si cet avis étoit adopté j tout seroit terminé j que si,

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an contraire, les trois ordres ne s'accordoient pas, l'affaire seroit portée au roi, qui prononceroit en dernier ressort •, qu enfin ces conventions pour la vérification des pouvoirs, ne préj ugeroient rien sur la grande question du vote par ordre ou par tête.

S'il y avoit Une objection à faire au projet de M. Necker, c'étoit qu'il devoit paroître trop favorable aux deux premiers ordres :

aussi le ckrgé se hâta-t-il de laccepter ; mais la noblesse le repoussa , et jamais pa-^ reiUe faute n'a été commise par l'esprit de p^rti. C'étoit là tout ce que désiroient les communes ^ bientôt le nœud gordien fut trancbé par Sieyes ; les députés du tiers se proclamèrent Vassemblée nationale , et dès lors l'ancien régime cessa d'exister.

Uétoit indispensable que l'autorité royale intervînt dans une si grande crise , et qu'elle parut au moins marcher volontairement au but oix l'entraînoit la force irrésistible des circonstances j c'étoit le seul moyen d'obtenir encore quelques concessions en sa faveur. Ce fut alors que M. Necker conçut le projet d'une séance royale , projet que ses collègues accueillirent avec une admiration unanime*.

J'ai fait de vains efforts pour retrouver le "^ manuscrit de M. Necker j l'exemplaire qu'il

Cclij KOTÏCE

s*en éloit réservé a été détruit pendant la révolution ; les autres sont restés entre les xnains des princes ou des ministres d'alors, et je n'ai pu découvrir s'il en existe encore quelque copie. Mais toutes les conditions du plan de M, Necker sont connues par son ouvrage sur la Révolution Françoise , et je ne saurois assez recommander à Fattentiôn de mes lecteurs , le chapitré où il retrace les circonstances relatives à la séance royale du 23 juin.

« Il y eut , dît -il , des comités régu- «t liers chez le rôi, où toute laffaire fut « discutée, et une approbation pleine et w entière dé la part du prince se réunit à « la voix, alors unanime, de ses minisw très. Un conseil d'état fut assigné pour « la dernière lecture , et ce conseil se tînt « à Marly , où le roi venoit de se rendre, fc Là lecture se fit, et un accord d'opinions ce presque parfait ayant régné pendant la « séance , on s'occupoit des mesures d'exé- 4( cution. Il ne restoit plus qu'à fixer le jour, « et le surlendemain étoit presque indiqué.

« Un dernier mot du roi terminoil le conw seil , et déjà les portefeuilles se refer- « moient, lorsqu'on vit entrer inopinément « un officier de service : il s'approcha du « fauteuil du roi * lui parla bas , et sur-le*

SUR M. iteckër. ccliij

<( diamp S. M. se leva, en ordonnant à ses « ministres de rester en place , et d'attendre i< son retour. Ce message dut nous sur- « prendre tous, M. de Montmorin, assis « près de moi , me dit sur-le-champ : Il n'y « a rien de fait ; la reine seule a pu se per-^ « mettre d'interrompre le conseil d état ; c< les princes l'auront circonvenue, et l'on « veut, par sa médiation^ éloigner la dëci- « sion du roi. Cette présomption de M. de 4< Montmorin n'étoit que trop naturelle;^ « car déjà des murmures confus avoient « averti qu'on avoit décidé le voyage dç .

« Marly, pour être plus à portée d'envi-- M ronner le roi , et de combattre dans son « esprit les plans du ministère. Cependant, « je doutois de ces rapports, et, comme il « arrivoit souvent, je me fiois à la force de « la raison du soin de combattre etd'écarter < toutes ces tentatives intérieures, toutes i( ces tentatives que d'autres pppeloient inr « trigues , en croy^t bien- connoître et « leurs premières causes et leurs premiers ce mobiles. »

Au bout d'une demi-heure , le roi rentra au conseil , et prorogea la délibération , malgré les prières instantes de M. Necker et de ses collègues. Le nouveau conseil d'état se tint deux jours après à Versailles; les

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princes y furent appelés, avec quatre magistrats qui n'y avoient jamais eu sëaiîce j et il devint manifeste qu'un plan ëtoit formé pour faire échouer celui du ministère. En effet, les dispositions essentielles du projet de M. Necker furent écartées; mais tout en le dénaturant, les nouveaux rédacteurs s'efforcèrent d'en adapter les expressions à . leurs vues : soit qu'ils crussent que des phrases pouvoient agir par elles-mêmes et indépendamment du sens qu'elles renfermoient ; soit plutôt qu'ils voulussent compromettre le ministre en faisant acci^oire qu'il s'étoit associé à leur traviail.

Convaincu des dangers auxquels s'exposoit l'autorité royale , convaincu que son projet lui-même étoit une démarche har* die qui n'avoit de chance de succès que par la popularité de l'auteur, M. Necker résista ae tout son esprit et de toute SÀ conscience 5 mais ses efforts échouèrent ; ses adversaires furent seuls écoutés. On connoit le résultat de leurs conseils.

Je ne m'arrêterai point à justifier M. Neckefr de n'avoir pas assisté à la séance royale du a3 juin , et de s'être refusé à sanctionner par sa présence une mesure qrfil avoit combattue jusqii'à la dernière extrémité, Ppur quiconque a lu le discours que Ton

SUR M, N£C«l£R. Cclv

fit ternir à Louis xvi dans cette dëplorable journée, toute explication seroit superflue.

Aussitôt que le bruit de la démission de Ml Necker se répandit à Versailles , il y icausa une commotion tmiverselle. Louis xVi, effrayé de l'exaltation des esprits, fit appeler M. Necker, et lui demanda, au nom du^lut de Tétat, de conserver sa place ; la reine ajouta que la sûreté même de la per** sonne du roi y étoit intéressée , et ce motif ne permit plus à M. Necker d'hésiter. En sortant du château, il fut reconduit chez lîii en triomphe par le peuple entier de Versailles, aux cris mille fois répétés de vice M. Neùker! Mais ce mouvement populaire , que de méprisables ennemis ont osé l'accuser d'avoir préparé , loin d'augmenter sa force , l'empêcha d'insister auprès dû roi sur le renvoi des nouveaux conseillers , dont l'influence venoit d'être si funeste. Et ce fut au moment même oi^ il pouvoit tout exiger , qu'une générosité , l'on doit le dire, exagérée, lui ôta le courage de vaincre sur ce point la résistance de Louis xvi. M. Necker savoit si bien dès lors qu'il faisoit k sacrifice de sa po^ pularité et de son bonheur, que, le soir même , il dit à quelques amis réunis chez

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lui : « Je reste ; mais vous voyez ce jpeuple « et les bénédictions dont il m'accompa- <ï gnej eh bien! avant quinze Jours peutc< être , c'est à coups de pierre qu'il me « suivra. »

L'assemblée nationale, presque entière , se rendit chez M. Necker , à son retour da chez le roi. « C'est là, dit ma mère, qu'on H voyoit ce qu'il y a de vraiment aimable « dans le caractère des François, la viva- (c cité de leurs impressions, leur désir de « plaire, et la facilité avec laquelle un goûte vemement peut les captiver ou les révol- « ter, selon qu'il s'adresse bien ou mal au « genre d'imagination dont ils sont suscep- « tibles. J'entendois mon père conjurer lès « députés du tiers de ne pas porter trop « loin leurs prétentions. Vous êtes les plus H forts maintenant , leur disoit - il , c'est ce donc à vous que convient la sagesse. Il a leur peignoit l'état de la France , et le (te bien qu'ils pouvaient faire ; plusieurs ce pleuroient , et lui promettoient de se laisce ser guider par ses conseils; mais ils lui ce demandoient aussi de leur répondre des ce intentions du roi. La puissance royale ce inspiroit encore , non-seulement du resce pect, mais un reste de crainte : c'éloient ce ces sentimens qu'il falloit ménager. »

Sur m. îfRtikER. cclvij

Le premier usage que fit M* Necker du tetour de son crédit, fut d*engager le roi à ordonner au clergé et à la noblesse de se* réunir à rassemblée nationale. Cette mesure étoit forcée ^ et néanmoins elle fut encore reçue avec des transports de joie et de reconnoissance, A Paris, à Versailles et dans toute la France, la réunion des ordres fut célébrée par trois jours d'illuminations« Cependant, loin que la cour profitât des leçons de Texpérience , loin qu'elle rendît grâce à M. Necker d'avoir tiré Louis xvi de la situation périlleuse oii elle lavoit engagé , elle ne s'occupoit que des moyens de renverser ce ministre , la dernière sauvegarde du trône* Il n'étoit plus que le chef ostensible de l'administration ; un conseil secret dirigeoît toutes les démarches du roi. M. Necker ne pouvôit pas l'ignorer; mais d'autres soins absorboient ses pensées , et l'empéchoient de s'occuper de son propre danger.

L'on n'étoit plus séparé de la moisson que par quelques semaines; mais ces der* niers momens étoient ceux oii la disette se faisoit sentir avec le plus de rigueur, et là mauvaise apparence de la récolte annon-* çoit que les souffrances du peuple n'étoient pas près de finir. Les magasins étrangers

GcWiij iroTiC€

S etoieût successivement épuises 5 les farines avoient atteint en Angleterre le prix oii leur exportation ëtôit prohibée , et M. Pitt, malgré les instantes sollicitations de la France, se refusoit à obtenir du|)arlément une permission de sortie même fort limitée. Un jour on écrivit d'Amsterdam, ce grand marché de l'Europe , qu'il n'y restoit pas un setier de blé à vendre, et qu'on attendoit de nouveaux convois de la Baltique. Le crédit dés maisons de commerce qui avoieut été employées jusqu'alors touchoit à son terme^ et il falloit recourir à de nouve^^us; intermédiaires; ce fut dans de-telles circonstances que M. Necker étfrivit à MM- Hope, pour leur demander de se charger des approvisionnemens destinés à la ville de Paris- Et comme la situation pïécaire de la France ne pouvoit insq^r^r aucune confiance à cette célèbre qijstisQn de commerce , il lui offrit sa caution particulière sur toute sa fortune.

« De quels moyens n'ai-je pas fait usage, K-secrie-t-il! (*) c'étoit l'occupation de a tous ittes jours et de tous mes instans ; << car , indépendamment de la situation <c critique de Paris , les courriers arrivoient « de toutes pai'ts pour m'annoncer des be-

(-*)»De l'Administration de M. Necker, par lui-même.

SUR M, ïfECKER. CcUx

tr soins îmminens , tantôt dans un lieu et u tantôt dans uîi autre. Un jour , après trois w heures d^absence^ et en descendant de ff chez le roi , ma cour m'en parut remplie^ (( ils s'empressèrent tous ensemble de me i( remettre les dépêches dont ils étoient c< chargés, et leurs mains me semhloient a armées d'autant de poignards. Je rentrai i( dfins mon cabinet pour les lire, et, après i< avoir essuyé mes larmes , certain d'ae^ fi. croître le mal en montrant l'excès de tf mes inquiétudes , je parus au milieu d^un « cercle nombreux avec toute la contrainte « d'une sécurité apparente. Mais un pareil « effort , en me coûtant beaucoup , ne trom- <( poit jamais parfaitement ceux qui comce mençoient à jouir de mes peines , et j'ai a souvent aperçu que leurs regards étoient a plus pénétrans que l'œil de nres amis.

(c Dans le cours de la nuit, on venait mç î< réveiller , pour -signer , pour dicter ui^e « instruction pressante , pour donner les « ordres qu exigeoit un secours indispen*i( sable 5 pour faire cesser par quelque voie « d'autorité ^interception d'un cpnvoi ; « pour suppléer , par une disposition exce traordinaire , à des fonds qui avoient i( manqué dans un lieu oii des achats (c avoient été commandés j enfin pour écar-

Cclx NOTICE

ce ter de diverses manières ou un malheur « vraisemblable , ou un péril imminent.

« C'est surtout l'idée d'une grande ville (c telle que Paris , venant à manquer de ce pain vingt -quatre heures ^ qui agitoit ce mon âme et troubloit mon imagination, ce Je dominois cette terreur pendant le jour , i( notais elle reprenoit sa force au milieu de ce mes songes ; et, le matin , pendant plu- « sieurs mois ^ je fus réveillé par des palpi- (c tations de cœur. Tune des causes de la ce maladie que tant d'inquiétudes et de sence timens pénibles m'ont donnée. »

Tels étoient les travaux et les sentimens de M. Necker , pendant que le parti de la cour ne songeoit qu'à le faire mettre à la Bastille, à cette Bastille déjà chancelante, et qui devoit s'écrouler dans si peu de jours. Je suis heureux de dire que Louis xvi repoussa avec fermeté cette stupide injustice : que n'a-t-il eu de même la force de résister au perfide conseil d'exiler son ministre!

ce Le roi , dit M. Necker , ne m'ordonna ce pas même de quitter le royaume , il l'exi- (C gea; car dès ce temps, il eût douté s'il ce avoit le pouvoir d'exercer un tel acte ce d'autorité envers personne ^ mais il étoit ce bien sûr de mon entière obéissance à seg ce désirs, comme à ses volontés. »

SUR M. WKOKEB. Cclxj

Le 1 1 juillet , M. Necker reçut du roi une lettre conçue en ces termes : « Depuis « que je vous ai engage, monsieur, à rester « dans votre place, vous m avez demandé « de prendre un plan de conduite vis-à-vis « des états-gënéraux , et vous m'avez montré « plusieurs fois que celui de condescen- « dance extrême étoit celui que vous pré- « feriez, et que, ne vous croyant pas utile « pour d autres, vous me demandiez la « permission de vous retirer, si je prenois , K un parti différent. J'accepte la proposiez tion que vous m'avez faite de vous retirer (c hoars du royaume , pour ce inoment de « crise 5 et je compte que , comme vous me ce l'avez dit , votre retraite soit prompte et w secrète. Il importe à votre droiture et à K votre r^utation de ne donner lieu à aui« cune commotion. J'espère qu'un temps « plus calme me mettra à portée de vouis (c donner des preuves de mes sentimens « pour vous. »

En lisant cette lettre, M. Necker fut uniquement frappé des dangers auxquels le roi s'exposoit par une résolution si inconsidérée. 11 hésita même s'il ne lui demanderoit pas une dernière entrevue , pour le supplier de s'arrêter au bord du précipice ; m^is il fut retenu par la crainte que l'on

Cclxij NOTICE

ne pût attribuer sa détharclie aux regrets de l'anibitioD ; il craignit aussi que le moindre délai ne divulguât le bruit de son exil , et voici la lettre qu'il répondit à Louis xvi:

« V. M. perd Fhomrne du monde qui a lui étoit le plus tendrement dévoué, et je « vous le jure, sire, le plus honnête homme, « Daignez conserver ùd souvenir favorable cf de moi ; et si l'on me fait le moindre re- « proche , que V. M, me mette à portée de « me justifier. Ahl je ne craindrai jamais « que la calomnie. Je. tombe à Vos pieds, i< sire , avec tous les- sentimens qui ne s'efcf faceront jamais de mon cœur. Je partirai « seul, sans passer par Paris, sans en ouvrir c( là bouche à personne j et je demande inw stamilient à V, M. le même secret, »

Si M. Necker eût dit un seul mot ^ s'il se fut nlontié à Paris, s'il €Ût laissé deviner la nouvelle de son départ , toute la population se fût soulevée en sa faveur, on l'eut ramené avec éclat au poste d'où le parti de la cour vouloit le précipiter, et il est difficile d'assigner le terme oii se fût arrêté un pareil triomphe. M. Necfcer reçut la lettre du roi âu moment oit il alloit se mettre à table , et il fit de tels effoils pour se contraindre , qu'aucune des nombreuses personnes qui dînoient ce jour-là chez-loi, ne

SUR K. NECKF.1\. Cclxiij

«•aperçut des sentimens dont il étoit agité.

En sortant de table , sa femme seule reçut sa confidence ; ils montèrent en voiture sans changer d'habits ^ sans faire aucun ^réparatif de voyage, sans prendre aucun genre de précaution , et , prétextant une promenade, ils se dirigèrent vers la première poste, et de là surBwxelleSj, àfifa d'être plus tôt hors de France, et d'éviter la Bourgogne et là Franche-Comté, provinces où ^ les esprits étoietot le plus exaltés pour là cause populaire. En partant de Versailles ^ M. Necker ne demanda pas mêm^ un patsseport 5 il prit en route un nom supposé , et arrivé à Valenciennes, pour obtenir du commandant la perniission de continuer son voyage , il fut obligé de lui montrer la lettre du roi. Le commandant lut cette lettre , compara les traits de M. Necker avec une gravure qu'il avoit à sa cheminée , et le laissa partir en gémissant de la faute irré- •parable que venoit de comnriettre la cour.

Deux gardes du corps, qui avoienteu ordre de suivre secrètement la marche de M* Necker, purent à peine arriver aussitôt que lui à la frontière.

Ma mère, elle-même, ne fut informée de

l'exil de son père, que par une lettre qu'il

, lui écrivit de la route, et où il lui recom-

cclîiv iroTicE

m^indoit d'alleir immédiatement à la cam-^ pagne pour se soustraire aux hommages publics qu'on voudroit lui rendre. En effetj^ pendant le peu d'heures qu'elle resta à Paris avant d'aller rejoipdre ses parens , des députations de tous les quartiers de la ville arrivèrent en foule chez elle ^ redemandant avec ardeur le ministre citoyen dont la popularité étoit alqrs sans bornes.

Trois ministres justement honorés de l'estime publique , M.deMontmorîn , M. de La Luzerne et M, de Sa^nt-Priest , furen t renvoyés en même tenîps que M. Neçker ^ ôt un nouveau cabinet se forma sous les auspices du baron de Breteuil (^). Par ua hasard singulier, là première lettre que re^ çut le baron de^xèteiiil, en entrant au con^ trole général , fut la réponse de MM. Hope à rpffre que. M. Necker leur avoit faite de j^caution« Cette lettre fut remise au nou^- ^VeaU ministre par M. Dufrêné de Saint- Léon ^ premier commis des dépêches, au départemeiit des finances , homme dont M. Nècker appréçioit beaucoup l'esprit

(*) Je regrette que le défaut d^espace nexn^ permette pas de transcrire ici Tadmirable discours de M. de Lally^ après lequel l'AssemUëe vota des remercîmens à M. Necker , et déclara qu'il emportoil les regrets et Testime <}^ Içi nation.

SUR M. KECKÈR. CcixT

ferme et éclairé. Que signifie cette lettre ? demanda M. de Breteuil. — Vous le voyez , repartit M. de Saint -Léon j ce sont MM. Hope qui acceptent la caution personnelle de M. Necker, et lui demandent ses -engagemens : dois-je leur écrire que vous leur donnerez la garantie promise par votre prédécesseur? — Non certes : qu'a de conxmun la fortune particulière d'un ministre avec les intérétsde l'état ? — - Que dois-je donc répondre? — Mais.... répondez à ces messieurs qu'ils doivent me connoîtrc.i,

qu'ils savent qui je suis..^.enjSn, qu'ils seront payés. Cette conversation se prolongeant, le ministre dit d'un ton dégagé à M. de Saint-ïreon : Yous devriez m'amener quelquefois à dîner des membres de l'assem-blée, même des députés du côté gauche^ je ne suis pas fâché de connoître cette sorte de gens-là. — Vous auriez tort, monsieur, répondit M. de Saint-Léon , de croire que la commission dont vous me chargez soit facile à remplir; M. Necker étoit plus en fiaveur que vous auprès de la majorité de l'assemblée , et cependant il étoit loin de croire que Ton pût en user si légèrement ; il avoit soin de s'y prendre à l'avance, et de réunir des hommes d'opinions analogues. — Soyez sur , repartit M. de Breteuil ,

CCÎXVJ NOTICE

qu'un député de province est toujours charnaé de venir dîner chez un ministre.

Allez ce matin aux états-généraux, et vous me rendrez coitapte de ce qui s'y passera.— M. de Saint-Léon y alla en effet, et entra dans la salle au moment même ou l'assemblée déclaroit les ministres indignes de la confiance de la nation , et demandoit le rappel de M. Necker. Il ^sortit pour instruire M. de Breteuil du décret qui venoit de passer. Ce ministre si sur de son fait s'étoit déjà enfui du contrôle général.

Le minîstèi;e du baron de Breteuil ne dura que trois jours*, mais ces trois jours suffirent pour renverser la monarchie. La Bastille fut détruite , tout le peuple ne Paris , toute la France prit les armes jet les régimens avec lesquels du prétendqit comprimer l'essor de vingt-cinq millions d'hommes, purent à peine servir d'escorte aux premiers carrosses de l'émigration.

Arrivé à Bruxelles, M. Necker se ressouvint de la caution qu'il avoit offerte à MM. Hope , et craignant que la nouvelle de son exil nari*êtât leurs opérations^ il se hâta de leur écrire que sa retraite ne changeoit rien à ses' intentions, et que les deux millions laissés par lui au trésor royal restoient garans de l'approvisionnement de

Sun m; fecker. ccbcvij

Paris. Je ne sais si le respect filial m'abuse, mais une vertu si pure, un tel dévouement à la France., me paroissent sans exemple,

M. Necker partit de Bruxelles^ avec son gendre pour se rendre à Baie par l'AUeniagne 5 et de là dans sa terré de Goppet. Mardame Necker, déjà atteinte de la majàdie à laquelle elle succomba peu d'années après , les suivoit à qiielque distance avec ma naere- A Francfort elles furent rqointes par M. Dufréne de Saint-Lëoh qui avoit suivi leurs traces , et qui leur apportoit la nouvelle des événemens deParis.M, Necker étoit déjà arrivé à Baie , et il aVoit été confondu d'étonhement en y retrouvant madame de Pdlignac, qui payoit par l'exil le, triomphe éphémère de sDn parti. Ce fut là qu'il iieçut la lettre du roi et celle de l'assemblée 5 qui lé pressoienl de venir reprendre sa place;

Jamais' circonstance plus solennelle ne s'est présentée dans la vie d'un homme d'état. M. Necker touchoit au port ; sa gloire^ étoit à son comble*, sa popularité ne pouvoit plus s'accroître; et, s'il n'eût consulté que son bonheur, nul doute qu'il n'eut suivi ses projets de netraite. L'on peut voir dans les détails de sa vie privée, publiés pat ma mère , ayec quel profond sentiikientde tristesse il se

CclxVÎij ' WOTICE

résolut à retourner à Paris. Maïs il préféra les périls aux remords. « J'obéis , dit-il , /( aux lois du devoir, en me rapprochant ce d'une cour dont j'avois éprouvé les ca- « priées, d'un peuple dont j'aVois épuisé H là faveur, et d'une assemblée représen- « tative qu'un triomphe éclatant venoit i< de rendre encore plus superbe. J'obéis « aux lois du devoir, en me rapprochant, « comme administrateur public , d'un « trésor où il n'y avoît plus d'argent, et i< d'un pays, d'une capitale surtout, où H la dîi^ette devenoit chaque jour plus me- (c naçahté. Oui, j'obéis au devoir, en rè- « toul:nant vers le lieu' de l'orage , lors- 'i< qu'un événement indépendant de moi (f m'en avoit écarté. Mais pouvoîs*je, il est « vrai, me conduire différemment, sans (c m'exposer à des remordis • continuels?

(( J'eusjée imaginé, dans ma retraite, que H telle ou telle faute auroit été prévenue (< par mes soins , telle autre pôr mes con- « seils, telle autre par ma vigilance , et je « me serois ainsi dévoré moi-même. Il est « des situations où l'on n'a pkis que le choix « des peines , et c'est alorâ que Ton sent « avec force de quelle utilité sont pour le (( cœur de l'homme ces principes de morale « qui vous guident impérieusement, et qui

• SUR M. NECKER. Ccixix

i( VOUS préservent des tourmens de l'incer- <( titude, au moment de la résolution, et w des tourmens du repentir après l'évë- « nement. »

Le voyage de M. Necker, de Baie à Paris 5 fut une marche triomphale. Les acclamations les plus vives retentissoient à son entrée dans chaque ville ; le peuple se.pressoit autour de lui ^ on dételoit ses chevaux j des citoyens de toutes les classes ^ traînoient sa voiture , aux cris de vwe M. JNeckerï les femmes de la campagne se mettoient à genoux sur son passage :

jamais un ministre n'a inspiré de tels transports.

Loin d'être enivré de tant d'hommages , M. Necker ne s'occupoit que de calmer les esprits, de recommander le respect des propriétés , de prêcher au parti vainqueur la justice ef la modération envers les vaînjCus. Plusieurs de ceê premiers émigrans , la fleur de la sottise aristocratique , humiliés alors par leur défaite , venoient lui demander des lettres de sa main pour n'être point arrêtés à la frontière , et il n'en refusoit à personne 5 n'hésitant jamais à se compromettre lorsqu'il pouvoit adoucir quelques malheurs individuels.

Arrivé à Nogent, il reçut une lettre

cclxx JsroTice

du baron de Besenval que Ton vetioît d'arrêter à Villenaui , et que Ton conduisoit à Paris, Exposé comme Tétoit M. de Besenval , à toutes les fureurs populaires , c'étoit le conduire à la mort. M. Necker écrivit sur-le-champ à la municipalité de Villenaux qu'il se rendoit garant que M, de Besenval quittoit la France avec Tau* torisation du roi , pour passer en Suisse sa patrie -, et il prit sur lui de suspendre l'exécution des ordres donnés par la commune de Paris. Démarche généreuse et hardie, qui sauva la vie de M. de Besenval.

Après avoir vu le roi , M. Necker se rendit à l'assemblée : il exprima en peu de mots sa reconnoissance , et reçut avec dignité et modestie les honneurs qui lui étoîent préparés (*). On le pressoit d'aller à Paris , et de paroître à l'Hôtel-de-Ville devant l'assemblée générale des électeurs ; il y consentit 5 mais ce*fut dans l'espoir de rendre son triomphe profitable à la cause des opprimés , et de réveiller dans les cœurs

(*) Les personnes que M. Necker désigna au roi pour former le nouveau cabinet ', furent , outre les trois ministres qui avoient été renvoyés en mçme. temps que lui , Tarchevêque de Bordeaux (M. de Cicé), Ip maréchal de Beauvau , M. de Latour-du-Pin-Gouvernet , et l'ancien archevêque de Vienne.

SUR M. WECKER. Cclxxj

des senlimens de paix et d'humanité. Bailly, alors maire de Paris , instruit de son projet 5 en fut effraye j il le pria d^y renoncer , et de se borner à offrir des remercîuiens aux représentans de la conamune , sans compronaettre sa popularité par des efforts inutiles. Mais rien ne pouvoit arrêter M. Necker dans sa noble entreprise , et , ne suivant que l'impulsion de son âme, il prononça d'une voix émue 0€S touohantes paroles :

a Au"nom d^ Pieu , messieurs , pjus de i( jugemens de proscription , plus de scènes « sanglantes! Généreux François, qui êtes « sur le point de réunir à tous les avantages u dont vous jouissî^z depuis long-temps , le i< bien inestimable d'une liberté sage , ne « permettez pas que de si grands bienfaits « puissent être mêlés à la possibilité d'au- <( cun reproche. Ah ! que votre bonheur , « pour devenir encore plus grand, soit pur « et sans tache, Surtout conservez, res- « pectez même dans vos momens de crise « et de calamités , ce caractère de bonté , i< de justice et de douceur qui distingue la c< nation françoise , et faites arriver le plus « tôt possible le jour de l'indulgence et de <( l'oubli : croyez, messieurs ^ en ne coui< sultant que votre cceuii, que la bonté est

cclxxij îroTiCÊ '

t( la première de toutes les vertus. Hëlas î a nous ne connoissons qu imparfaitement « cette action , cette force invisible qui (c. dirige et détermine les actions des (( hommes ^ Dieu seul peut lire au fond « des cœurs et juger avec sûreté , juger en « un moment de ce qu'ils méritent de « peine ou de récoijupense ^ mais les homc( mes ne peuvent rendre un jugement , les « hommes , surtout , ne peuvent ordonner (( la mort de celui à qui le ciel a donné la « vie , sans l'examen le plus attentif et le « plus régulier. »

Après cet exorde , M. Necker exposa les motifs de sa conduite relativement à M. de Besenval, et, secondé par les efforts de M. de Clermont-Tonnerre , il obtint nonseulement la grâce de cet officier , mais une amnistie générale (*). Pendant qu'il

(*) L'arrêté de l'assemblée générale des électeurs est un si beau titre pour ma famille , qu'on me pardonnera sans doute de le transcrire ici.

Dû 3o juillet 1789.

M Sur le discours vrai , sublime et attendrissant de « M. Necker , l'assemblée des électeurs , pénétrée des « séntimens de justice et d'humanité qu'il respire , a « arrêté que le jour oii ce ministre si cher , si nécessaire , « a été rendu à là France , devoit être un jour de fête ; « en conséquence , elle déclare , au nom des habitans de (« cette capitale , certaine de n'être pas désavoitée /qu'elle

SUR n, iteckbr. « cclxxiij

prtfnonçoit ce discours dans la grande salle de THôtel-de-Ville , une foule immense, rassemblée sur la place , demandoît à grands cris qu'il se montrât au peuple 5 il parut sur le balcon , et deux cent mille voix firent retentir jusqu'au ciel les mots de grâce ^ pardon y amnistie. « Heureuse et grande <c journée pour moi! s'écrie M.Necker(*), « belle et mémorable époque de ma vie !

<c oii après avoir reçu les plus touchantes rc marques d'affection de la part d'un peuple a immense , j'obtins de ses nombreux déi< pûtes rassemblés à l'Hôtel-de- Ville , et « de lui-même ensuite, avec des cris de « joie , non-seulement l'entière liberté du ce prisonnier que j'avois défendu , mais une <c amnistie générale , un oubli complet des i< motifs de plainte et de défiance , une a généreuse renonciation aux sentimens de

« pardonne à tous ses ennemis , qu'elle proscrit tout acte w de violence contraire au présent arrêté, et qu'elle M regarde désormais comme les seuls ennemis de la na- « tion ceux qui troubleroient par aucun excès la tran- « quillité publique.

tt Arrête en outre , que le présent arrêté sera lu au

' « prône de toutes les paroisses , publié à son de trompe

« dans toutes les rues et carrefours , et envoyé à toutes

«< les municipalités du royaume. Les applaudissement

« qu'il obtiendra dktingueront les bons François. »

(^) De l'administration de M. Necker, p^r luî-mêm^.

CClxxiV IfOTICE

c( haine et de vengeance dont on éioît si w fortement animé j enfin , une sorte de i( paix et de réunion avec ce grand nombre u de citoyens , qui , les uns avoîent déjà « fui de leur pays ^ les autres étoient prêts

ce à s'en éloigner Peuple françoîs , que

« vous fûtes grand ce jour-là ! combien les « sentimens de magnanimité que vous fîtes « paroître vous rendoient digne de la lijK berté et vous élevoient à sa hauteur î « combien vos diverses impressions , vos « mouvemens successifs li^appeloient à FEuc( rope attentive, ce qu'il y eut long-temps K de si beau dans le mélange heureux de i< vos mœurs douces , et de votre ardent w caractère!»

Ces émotions généreuses furent de bien courte durée.' Dès le soir même, les chefs du parti démocratique et Mirabeau^ à leur tête y parcoururent les différentes sections de Paris •, ils peignirent l'arrêté des représeiitans de la commune comme un excès de pouvoir; ils cherchèrent, par des insinuations perfides, à rendre suspectes les intentions du premier ministre^ et, peu de jours après ^ ils obtinrent de Vassem- JAée natiopiale la révocation de lamnistie :

faute impardonnable que hs principes de la politique ne condamnent pas moins

SUR M. K£CK£B. CclxXV

que ceux de la morale. M. Necker, en apprenant ce décret , fut sur le point de donner sa démission ; mais un scrupule vertueux l'en détourna : il étoit revenu à son poste €n martyr du devoir ^ il voyoit encore du bien à faire, des maux à soulager , et il ne se crut pas permis de se retirer du champ de bataille.

De ce moment , sa carrière publique n'a plus été qu'une suite de souffrances qu'on ne peut se retracer sans une profonde compassion. Des travaux inouïs , des sacrifices de tout genre, payés par la plus dure ingratitude , des efforts toujours renouvelés et toujours infructueux pour faire entendre la voix de la raison aux passions déchaînées , ou à l'ignorance présotnptueuse ^ et , au milieu de tant de soucis, deux' maladies graves à peu de mois de distance , voilà le triste tableau que présente le troisième ministère de M. Necker. Ce n'est plus que dans la retraite , en présence des grande3 pensées de la religion, qu'il aretrouvé du calme et du bonheur.

En revenant en France, il n'avoît pas tardé à s'apercevoir que tout le système social étoit changé, que le pouvoir avoit passé en d'autres mains, et que c'étoit désormais contre les écarts de l'assem-

cclxxvj irÛTIC£

Hée que les amis éclaires de la liberté auroient à se mettre en garde. Tant que le danger étoit venu des prétentions injustes des privilégiés , on avoit pu s appuyer de Topinion publique pour les combattre j mais il n'y avoit plus qu'une manière de résister aux aberrations de la nouvelle puissance, c'étoit d'opposer les intérêts éternels de la liberté à ses' caprices passagers , et d'en appeler avec calme aux lois immuables de la raison. Fermeté et franchise, tels furent les conseils que M. Necker ne cessa de donner à Louis xvi ; mais par un aveuglement déplorable , ces mêmes courtisans qui avoient résisté avec tant d'opiniâtreté aux demandes les plus justes de la nation^ poussèrent le roi à céder sans prudence comme sans dignité à toutes les fantaisies de l'assemblée j espérant constater ainsi que la volonté de Louis xvi étoit captive , et se flattant que le désordre leur offri- . roit des chances de ressaisir le pouvoir»

Rien n'a plus contribué aux malheurs de la révolution françoise que cette fausse et <:oupable tactique de l'esprit de parti.

M. Necker compte avec raison , au nom-> bre des services qu'il a rendus dans son dernier ministère , l'opinion qu'il a émise dans la grande question du veto. Plus un pays.

SUR M. NEOKER. Cclxxvîj

manque de lumières politiques , et plus on sy attache avec fanatisme à de certains mots d'ordre que Ton répète sans les comprendre : c'est ce qui arriyoit pour le veto. Les uns réclamoient avec ténacité le veto absolu comme indispensable à la royauté ^ d'autres se révoltoient à Vidée que le roi pût résister un seul instant aux volontés de l'assemblée nationale j et le peuple , selon l'expression de ma mère , parloit du veto comme d'une espèce de monstre qui devoît dévorer les petits enfans. M. Necker savoit bien que le vrai remède à cette difficulté étoit la division du corps législatif en deux cbambres, qui épargne au roi Fusage d'une prérogative toujours délicate et souvent dangereuse; mais cette division ayant été repoussée alternativement par les deux partis extrêmes , il n'y avoit plus à offrir que des palliatifs. Dans les pays même où il existe une chambre des pairs, la réalité du pouvoir réside toujours dans la représentation nationale , et ce n'est qu'avec une extrême prudence que le roi , aidé de la chambre haute, peut quelquefois résister à la majorité de l'assemblée élective ; mais il eût été impossible de mettre la volonté d'un roi isolé en opposition directe avec une chambre unique, investie de pouvoirs

CClxXVÎij ÇOTICE

aussi redoutables que ceux de rassemblée constituante. Ce fut donc une idée sage et ingénieuse que le veto suspensifs tel qu'il * fut proposé par M. Necker «t adopté par rassemblée. Cette arme étoit foible , sans doute j mais si le roi en eût fait usage avec constance , et si des soupçons trop légitimes ne s etoient pas élevés sur la sincérité de la cour, rien n étoit encore désespéré.

L'on sait avec quel enthousiasme furent accueillis en France les décrets de la fa^ meuse nuit du 4 août, qui abolirent dun seul coup les droits féodaux, les justices seigneuriales , les dîmes , la vénalité de^ offices, les privilèges de classes et de pror vinces, etcM. Necker approuyoit fort la tendance générale de ces décrets ; mais il dour toit que des réformes ;^i nombreuses pussent être sagement s^ccomplies avec une telle rapidité ; il pénsoit surtout que de$ droits possédés de bonne foi ne doivent pas être supprimés sans dédommagement^ et que toute déviation des règles de la justice,, même pour uu but salutaire, devient tôt ou tard une source de troubles et de difficultés dans Tordre politique. Ces idées, les mêmes qui , plus tard, firent blâmer à M. Necker la vente totale et ipiT médiate des biens du clergé , rengagèrent

SVK M. ITECKKR. CClxxîX

alors à proposer au roi de ne sanctionner les décrets du 4 août qu'en y joignant qilel-^ ques observations pleines de sagesse. Mais ^ l'assemblée^ devenue toute puissante, avoit d^à pris les mœurs des souverains absolus, elle ne tolérôit plus la vérité 5 elle s'irritoit de la moindre résistance , de la moindre objection à ses désirs, et le 20 septembre , le roi fut contraint de promulguer sans réserve toUs les arrêtés du 4 août.

Lorsque la Déclaration des droits et les premiers articles constitutionnels furent présentés à lacceptation royale , M. Neckei* fut d'avis que des principes généraux, des idées abstraites, ne pouvoient pas être sanctionnés indépendamment de toute application législative, w Je dois Vous avouer « avec franchise , fit-il dire à Louis xvi ^ <f que si je donne mon accession aux divers rt articles cônstitutionnels^e vousm'avez « fait remettre , ce n'est pas^'ils me pré-' « sentent tous indistinci;em6nt l'idée de la ce perfection 5 mais je croîs qri'il est louable <( en moi de ne pas différer d'avoir égard <c au vœu présent des députés de la «ation tf et aux circonstances alarmantes qui nous H iûQvitent si fortement à vouloir, pai*-des- « sus tout, le prompt rétablissemeirt de la K paix, de l'ordre et de la confiance.

CClxXX NOTICE

' w Je ne m'explique point sur votre dé- « claration des droits de Phomme et du «citoyen; elle cimtient de très -bonnes w maximes^propres à guider vos travaux; \< ïnais des principes susceptibles d'appli- « cations et même d'interprétations diffë- « rentes , ne peuvent être justement appré* « ciës , et n ont besoin dé rètrc iqu au mow ment où leur véritable sens est fixé par « les lois auxquelles ils doivent servir de « première base. »

Ce langage., tenu le 4 octobre 1789, étoit celui de la sagesse ; mais rien qu'une obéissance passive ne pouvoit contenter les chefs du parti populaire, et leâ cruelles journées du 5 et du 6 octobre ne laissèrent plus à Louis XVI et à ses ministres aucun moyen de résistance.

On a reproché à M, Necker de s'être opposé dans le consul à ce que le roi partît de Versailles paur se retirer dans une pro^ vince : c'est ainsi que les dangereux amis, dont les fautes ont tant contribué à la chute de ce malheureux prince, cherchent à rattacher à quelques événèmens isolés une responsabilité qui pèse si gravement sur leur tête ; mais , sans parler de l'extrême répugnance que Louis xvi lui-même res-^ sentoit.pour le parti de la fuite, il suffit d&

SUR M. NECKEB. Cclxxxj

se retracer 1 état des choses" et des esprits pour voir qu'il ne lui restoit pas même la possibilité du choix. Le peuple de Versailles avoit dételé ses voitures , le régiment de Flandre refusoit de prendre les armes; il n'y avoit pas dans Tarmée un seuL corps sur lequel on pût compter avec certitude 5 la disette d aiUeurs ne permettoit pas de concentrer les troupes; le roi étoit sans argent , et les fonds qui se trouvoient en caisse à Paris eussent été saisis au premier bruit de son départ; Versailles eût été livré au pillage , Paris seroit devenu le théâtre des scènes les plus sanglantes. Que de motifs sans réplique pour la détermination qu'adopta Louis xvi !

. Une fois le roi et l'assemblée transférés à Paris et placés l'un et l'autre sous la domination de la multitude , la position des ministres devint chaque jour plus difficile.

La sûreté de Louis xvi, dans les premiers momens surtout ^ dut être leur plus grand intérêt. Cependant M. Necker étoit d'avis que le roi ne cessât pas de résister avec franchise et d'Opposer son veto aux me-^ sures condamnées par la raison ; il pensoit que cette marche, la plus noble et la plus courageuse, étoit aussi lapins sage, et que le système de soumission absolue adopté

Gclxxxij TffOriCE

par la cour, faisoit perdre au rôi la défnîère force morale qpai pût encore le soutenir.

Toutes les fois que M. PTeckér obtenoit quelque crédit sur FesjM'it durai, ITieuret^sfe influence sfen faisoit sentir. Le dis(!;ours ^enu par Louis xvt dans là séance du 4 février 1 790 , discours conçu et rédigé* entièrement par M. Nîecker , fut célébré dans toutes les parties de la France 5 il fut gravé en lettres d'cnr à FHôtel-de-Ville, et pour uû moment encore, en lisant ce beau langage , en voyant les trant^rts qu'il exckdit, oii put croire que l'opinion publique allott rafifermir ie sceptre entre les mains^ de Louis XVI. Mais dès lesoîi'Même du 4 f^-^ vrier,le roî sembla vouloir dEétruirè l'impression salutaire qti'avoit produite sein discours , en affebtanit de ne |»as àdresseif là parole aux députës^^du côté gËiuche^, e« Aé témoigner plus d'empressement que de coutume aux dBtefs- du parti opposé.

M^ Necker n'hési toit jamais à se présenter à I2 brèche*,' mm-sèulement il sacrifioit pour la défense ^ iroi le^riéstéd àë sâ po^ pularké , mais il alloit hii^mèi»é lau^evant du danger ; et lorsqu'il ne parvenoit pas à în^iaoer à Louis xvr assez- de. fermeté pour résister soax volontés capricieHises de ras-*

SUR M. N£CK£R. Oclxxxilj.

semblée , il lui demandait rantorisation de publier ses propres opinious^ afin qaune voix sage protestât du moins contre les théories turbulentes qui deyoient bientôt replonger la France dans le despotîsme, Lutter contre un gouvernement avec lappui de la faveur publique., c'est up couragq facile ; mais combattre le pouvoir lorsqu'il est paré des couleurs de la popularité , le combattre en restant fidèle à la cause da la liberté et des lun^ières, c'est la une vertu d'un ordre plus rjelevé ; et combien cette vertu n'étoit-elle pas plus graûde encore dans celui dçnt Tunique ambition y 1 unir que bonheur étoit la reconnoissance de9 François !

Cest ainsi que M. Necker résista de tout son pouvoir à la publication du livre rouge, et qu'il en prit ensuite la défense contre Camus et les autres membres du comité des finances ; quoique ce livre non-seule-r ment ne renfermât rien 'qui put donner prétexte à la plus légère critique de sa gesr tion , mais que , bien loin de là ^ il fît ressor-* tir le contraste de son administr^jtion éco^ nome et austère avec le$ prodigalités de»

autres contrôleurs-généraux.

Cest ainsi qu'il combattit l'esprit d'hosr tilité contre Tautorité royale qui présidoit

cclxîxiv iroTiCE

à l'œuvre de la constitution ^ sachant bien que lorsqu'on ne règle pas avec équité la part du pouvoir exécutif, il trouve tôt ou tard le naoyen d'agrandir son domaine par la force , et que la première condition de la durée d'un édifice^ c'est l'équilibre de toutes ses parties.

- C'est ainsi enfin, qu'il osa manifester son opinion contre l'abolition des titres de noblesse. Rapprochement bizarre ! Tandis qu'une cour *imbue de tous les préjugés de la naissance poussoit Louis xvi à sanctionner, sans réserve , le décret le plus contraire à ses habitudes et à ses idées, M, Necker, étranger par sa situation sociale , supérieur par ses lumières aux petitesses de l'aristocratie, s'élevoit contre la suppression violente et soudaine d'une institution dont le législateur pouvoit alors tirer parti , puisqu'elle agissoit encore sur l'imagination des hommes.

w La véritable manière de faire tomber ce tous les hochets de la vanité, dit M.Necw ker dans son Mémoire , ce n'est pas de les tr proscrire avec inquiétude; on y réussit « mieux en les considérant avec calme et w avec indifférence, on y réussit mieux en a portant simplement toute son estime vers te les talens, les vertus et les services de

SUR M. IffiCKER. CClxXKV.

« tout genre rendus à la chose publique.

« Ce n*est jamais par une loi que Ton peut « détruire les antiques opinions dans un u royaume aussi vaste que la France; ces « opinions sont Touvrage du temps, et le « temps seul peut les renverser. »

Toute la science du publiciste consiste à suppléer, par des ressorts moraux , à l'emploi de la force , et à faire servir les passions des individus au Lien-étre et au perfectionnement de la communauté. S'il existoit une société exempte de vices et de passions , et dont tous les membres fussent doués d'égales lumières , cette société pourroit se passer de gouvernement : si au contraire on pouvoit se figurer un gouvernement qui eût par lui-même et indépendamment de ses rapports avec ses sujets une force assez grande pour n'avoir à craindre aucune résistance , un tel gouvernement n'auroit pas besoin de combiner des institutions; toutes les manières d'intimer ses volontés lui seroient également bonnes.

C'est entre ces deux limites qu'est placé le domaine de la politique. Plus un pays est éclairé, moins il a de sacrifices de liberté à faire au maintien de Tordre ; et ce régime. . est le plus doux, où la force publique est.

remise à ceux qui exercent une action natu-

CClxXXVJ NOTICE

relie sur Topinion. Tout gouvernement raisonnable est donc en réalité une aristocratie, c'est-à-dire que le pouvoir doit appartienir aux membres les plus distingués du corps social. Or, à mesure que l'espèce humaine se perfectionne, les besoins intellectuels de l'homme deviennent d'un genre plus élevé, les distinctions factices perdent de leur prix , et les véritables supériorités morales se développent. Mais supprimer par un commandement arbitraire des distinctions sociales , qui tfont pas encore perdu leur influence sur les esprits , c'est introduire des lois somptuaires dans Fempire de l'imagination ; et il est fort imprudent de détruire l'aristocratie artificielle du rang, avant d'être assuré qu'elle sera remplacée par l'aristocratie naturelle des lumières.

« Il est évident que les lumières sont « d'autant plus indispensables dans un pays, w que tous les citoyens qui l'habitent ont tx une part plus immédiate à l'action du « gouvernement. Mais ce qui est également <c vrai , c'est que l'égalité politique , principe « inhérent à toute constitution philosophi- « que , ne peut subsister, que si vous classez ic les différences d'éducation avec encore « plus de soin que la féodalité n'en mettoit

SUR M. KEGKER. CClxXXvij

«r dans ses distinctions arbitraires. La^pu- H retë du langage , la noblesse des exprest( sions^ image de la fierté de Pâme, sont (c nécessaires , surtout dans un état fondé « sur des bases démQcratiq]ues. Ailleurs y « de certaines barrières factîqes empêchent i( la confusion totale des diverses éducaw tiôns 5 mais lorsque le pouvoir ne repose « que sur la supposition du mérite person- « nel , quel intérêt ne doit-on pas mettre à <c conserver à ce mérite tous ses caractères A extérieurs!

« Dans un état démocratique , il faut i< craindre sans cesse que le désir de la po- ¥ pulanté n'entraîne à Fimitation des K mœurs vulgaires; bientôt on se persua- « deroit qu il est inutile et presque nuisi- « ble d'avoir une supériorité trop marquée « sur la multitude qu'on veut captiver. Le ce peuple s'accoutumeroit à choisir desma- (f gistrats ignorans et grossiers ; ces magi-^ « strats étoufferoient les lumières^ et, par « un cercle inévitable, la perte des lu- Cl mières ramèneroit l'asservissement du (f peuple. » (*)

Autant le sentiment de l'égalité est digne

(*) De la liîttérature considérée dans ses rapports avec l9S institutions sociales. Dtf cours préliminaire.

CclxXXViij NOTICE

d'estime lorsqu'il se rattache à des idées»

philosophiques , et qu'il naît dans Fâme de chaque citoyen dune juste appréciation de ses droits et de ses devoirs , autant ce senti-» ment devient étroit et subalterne ^ lorsqu'il n est que l'expression d'une vanité haineuse 5 et quel penchant seroit plus méprisable que celui qui feroit préférer un esclavage uniforme sous le sabre d'un pacha ^ à la gradation de rangs qui se concilie en Angleterre avec tous les bienfaits de la liberté!:

Si c'étoit de la part de l'assemblée consti-* tuante une conception étroite que de sup« primer par une loi des titres qui n'ont de valeur que dans l'imagination , ce fut uneœuvre à la fois absurde et coupable , que^ d'entreprendre , comme le fit Bonaparte , quelques années plus tard, de ressusciter à plaisir des préjugés vaincus par la marche du temps 9 et de fonder sur la vanité des spéculations au profit du pouvoir absolu. Ce même M. Necker, que des publicistes novices accusoîenten 1790 de manquer de philosophie, a été le premier à combattre la contre-révolution préparée par Bonaparte, et à montrer le ridicule et le danger de l'établissement d'une féodalité nouvelle.

Je m'arrêterai peu à parler de l'état des

SDR H> NllGKEil. CClxXXÎX

ilaancte pendant la dernière administration de M. Necker ; elle n'a été , à cet égard , ,qu une époque de transition , sans intérêt pour Fétude de -la science. Les troubles politiques attirent vivement lattention des penseurs, parce que des lumières et des vertus jaillissent du choc des passions humaines; mais les temps de désoi-dre en finances ne sont que du chaos. L'office de M. Necker étoit de soutenir les affaires jusqu'au moment oii l'assemblée nationale les préndroit sous sa garde : il devoit être , ainsi qu'il l'a dit lui-même , le berger fidèle en attendant l'arrivée du maître;^ et nous avons vu comment il a rempli cette obligation. Mais depuis sou retour de Bâle y il n'a plus été en son pouvoir de suivre aucune marche régulière; il s'est trouvé djans une position oîx l'esprit le plus systéniatique n'auroit pu former d'autre plan que celui de faire vivre le gouvernement au jour le jour ; ses efforts constans ont à pejne. réussi à suppléer par des ressources momentanées au dépérissement de toutes les branches du revenu public , à pallier leà maux causés par l'anarchie , ou par l'inexpérience orgueilleuse des députés. Et si sefs, Mémoires à l'assemblée constituante sont, une lecture digne de la plus grande atten-

• êCXC HÔTICE

f ion 5 c^est moins par les {jlans de finance qui y sontdëveloppés, quepar les sentîmens vertueux , par les conseils de sagesse et de morale que Ton y retrouve à chaque page»

A Touverture des ëtats-généraiix , M. Necker avoit démontre que Foti pouvoit parvenir sans peine à rétablir Téqiiilibre entre les revenus et les dépenses. La tâche étoit do^enue bien plus facile encore depuis l'abolition des privilèges : il âuroit îsuflfi que rassemblée nationale y consacrât quelques instans d une attention sérieuse , qu^elle fît quelques efforts pour maintenir Tordre jusqu'à rëpoque ou Un nouveau systèixie d'impositions seroit introduit ; mais les représentations , les prières instantes de M. Necker à cet égard, restaient sans effet auprès des membres de l'assemblée. Lœ uns j et c'étoit Ife plm grand nombre , iregardoitent comme au-dessous d'eux de s'océuper de finances , avant que le grand œuvrfe de la constitution fût achevé j ils croyoient. avoir beaucoup fait en plaçant /la dette publique sous la sauvegarde de l'honneur et de la loyauté françoise , et en décrétant que le déficit seroit comtlé j avides d applaudissemens , ils prononçoient d'un ton sentencieux quelques itiaximes graérales , mais ils se retiroient prudemment de toutes les

SUR M. K£CK£R. CCXCJ

difficultés réelles. D'autres pensoient que le délabrement des fiaaqces rendant le secours de rassemblée plus nécessaire au gouvernement , il ne falloît pas se presser dy porter remède. (< Le désordre et letat «r désastreux des finances , dit" naïvement « Duportdans ïa séancedu i®"^ octobre 1 789, « ont été considérés par nos commettans a comme les moyens les plus efficaices d'asit surer la constitution. Adopter le plan du « ministre 9 c'est établir dans les finance^ u un ordre qui nous ôtera ces moyens : je i< soumets cette observation à la sagesse de €< rassemblée. » D'autres , enfin , et ceux-là passoient pour les plus profonds politiques -, vouloient séduire le peuple par i'abseilce d'impôts 5 et gagner des partisans à la cause ^e la révolution par la vente à vil prix des biens du clergé. M. Necker , au contraire., vouloit que l'on procédât au rétablissement i^es finances par des mesures graduelles et modérées ; il ne croyait pas plus vrai en politique qu'en littérature 5 que frapper fort vaille mieux que frapper juste ; il pensoit que la nation avoit sans doute le droit de disposer des biens ecclésiastiques , mais que l'équité vouloit qu'on en laissât jouir les titulaires jusqu'à leur mort ; il pensent^ surtout 5, que Tordre et la morale sont , pour

ccxcij iroTiCE

la libertë , de plus sûrs alliés que Fintérét personnel. Toutes les fois , en effet, que Ton recourt à des mesures violentes en politique, on crée par cela même deux classes d'hommes , diversement mais paiement dangereuses pour la liberté : celle qui a souffert de l'injustice sacrifie tout à la soif de la vengeance ; celle qui en a profité ne demande à un gouvernement que de protéger ses intérêts , et, à ce prix , elle se résigne sans peine au despotisme. Grande vérité , dont letat actuel de là France offre plus d une preuve.

M. Necker , à son retour au mois de juillet 1 7 89 , trouva le trésor vide , et l'organisation financière détruite : les impôts, dont la réforme étoit promise , cessoient d'être payés ; le produit des autres branches de revenu étoit presque nul. Un emprunt devenoit donc indispensable pour faire face aux dépenses urgentes ; et M. Necker, qui sentoit l'importance du premier essai de là confiance publique , combina cet emprunt avec tout le tact d'un homme versé depuis long- . temps dans la science délicate du crédit. Il en irôma la somme à 3o millions , en billets au porteur ou en contrats au choix des capitalistes j il fixa l'intérêt à cinq pour cent , et pour exciter le patriotisme des préteurs,

SUR M. NECKER. CCXCfî]

il proposa que la liste de leurs noms fût inscrite sur les registres de rassemblée.

A peine la discussion fut -elle ouverte sur cet emprunt , que de toutes parts éclatèrent les objections les plus absurdes. Les uns se retranchoient derrière leurs many I dats , qui leur interdisoient de s'occuper ^ de finances j d'autres débitoient des lieux communs sur ce que les emprunts nécessitent tôt ou tard des impôts : enfin la raison éloquente de M. de Lally se fit écouter j mais tout en reconnoissant la nécessité dW emprunt, l'assemblée réduisit l'intérêt à quatre et demi \ et trouvant que c'étoit déjà beaucoup d'honneur pour les capitalistes que de conijer leurs fonds à sa périlleuse parole, elle supprima toutes les conditions accessoires qui étoient destinées à assurer le succès de l'opération , sans daigner même débattre avec le ministre les motifs de ce décret. (^)

ir arriva ce qui étoit facile à prévoir, l'emprunt manqua \ et ce premier échec fut fatal à un second emprunt de 80 millions , moitié en argent et moitié en effets publics, que M. Necker se vit contraint de proposer bientôt après.

(*) Voyez le rapport de M. Kecker à rassemblée ' nationale , du 27 août 1789.

éCXCiv NOTICE

Lauéanlissement du crédit étoit^dësôi^ mais constaté , rassemblée se refasoit nuk tnesures indispensables pour assurel* le recouvrement des impôte èrdinsLires (*) 5

. ('*') rt Je ne puis voir sans une mortelle pçîne^ dit « M. Necker dans son Mémoire du a4 septembre 1789^ « que les Tiieflleurs amis de la Kberté publique ctn»pro- «« mettent le sucx%s die la plua ncAiJbe enta*«prise, en «9 tf s'occupant pas assez de Ja gravité des circonstances « actuelles ; comme s'ils J)ouvoient détacher l'avenir du « présent j ctfmme s'il suffisoit d'appliquer tonte hipaîis* « stnce de leur esprit à fermer uai édifice tkouvéau ^ et « qu'il Tie £aMut pas en.mâme tçmps exapiineir siia mai- «t sou qu'on habite encore , n'est pas prête à tomber en « ruine et à nous ensevelir sous ses débris. Pardonne^ , M messieurs, «i«je votes parl'e^ainsi : il n'est rieu, sans « doute 9 de si imposait ^que le respect, dû à une assem- « blée telle que la vôtre ; mais .il y a peut-être quelque « chose de plus j^rand encore , c'est l'indépendance et la H di^té: d'un seuMiœtinie , animé par la seule id^e^e 1*. SCS' devoirs, et fièrement soutenu par la pureté de ses « intentions et l'approbation .de sa conscience. Vous ne « vous blesserez point d'un pareil sentimewt, puisquetrha*' « cun de vous , messieurs , peut également y pi:dteiKdrê« « Ce u'est pas, dit plus loin M. Necker , ce l'est « pas sur des décombres et au milieu des clameur^ 4^ « tous les citoyens , que vcrus Aëverez solidement Tédi- <« fice de notre bonheur : la vie est trop courte , les p|Bii<^ et sées des hommes sont trop circonscrites pour qu'os <t puisse leur offrir , en dédommagement de leurs maux , «la satisfaction* incertaine ^es ^énératîoBS suivantes. H « faut donc unir tout ensemble l'avenir «t fe 'présewt ^ « les spéculations et les réalités^ ia libéralité des priu* « cipes et la justice pratique et positive , le ménagement M des espérances et la garantie de ce qu'on possède ^

SUR M. HKCKER. ÇCXCV

^ i^dile ressource restoit-il , si ce n est de ^ro^ter du ipouvement des esprits pour rpcourir à u»e contributioa patriotique ?

.Hambourg , et d auti^ viJles libres ^ pffrenjt 4e& exempies de <îes iicpdts volontaires , dont h swl rjBgulateur i^st la honpe foi des citoyens 5 mais le langage républicain s'acquiert plias vite qofi les vertus répnblic^neç; €t quoique M. Necker donnât luir^wéœ^ l'exemple du dévonement , en versant in trésor public upe somme fort supérieure à la proporjtion usée par rassemblée naiijQpâle , son zèle eut peu d'imitateurs (*). ïl ne se d^ssimuloit pas que ce résultat étoit probable , mais il n avoit pas le choix des expédient, et d'ailleurs des avantages poUtiques pç^uvoient naître d'un appejl au pa,triotisme 4es François.

Jj$i discussion sur c^ prpjqt de finances fut ufte des plus curieuses de cette époque.

Mirabkcau , le rival y l'ennemi de M« Neckei^,

M enfin restîme de la lil]|erté , et le soin Qootinuel de <( l'ordre public. »

(*) Je crois devoir rappeler ici que noh-seulciment, en rentrant au ministère , M. Necker avoit refusé de nouveau les appointemens de sa place , mais qu'il avoit été oUigé de se constituer cent mille ïivxes de rentes viagères , afin que ses revenus pussent suffire aux dépenses énormes qu'entratnoit pour les ministres la réunion des états-généraux.

CCXCVJ NOTICE

prit la parole, et avec son éloquence ton- ; nante, il peignit les horreurs de la ban^ queroute , il combla d éloges , bien mattendus de sa part , rhomme d'état qui ea avoit préservé la Fratice, et il finit par adjurer rassemblée d'adopter les projets du ministre avec Une confiance aveugle. Le vicomte de Mirabeau , qui recherchoit volontiers les occasions de déjouer son frère, lui succéda à la tribune^ et dit en.

peu de mots : « Adopter sans disctission « le plan du ministre , c'est s'isoler de lui ^ u c'est lui imposer une responsabilité im- « possible à 'soutenir 5 c est lui faire perdre « la popularité qu'il a acquise par tant « d'années de services^ » Ces paroles cpnteooient tout le secret des louanges perfides que Mirabeau l'aîné venoit de prodiguer à l'administration de M. Necker. Par une •étrange combinaison , on vit dans le reste de la séance les amis du ministre insister poœ- que ses plans fussent soumis à la critique du comité des finances , tandis que ses détracteurs demandoient qu'ils fussent adoptés sans discussion, i

Mirabeau l'emporta, et à peine eut--il fait passer le décret dont M. Necker avoit indiqué les bases, qu'il commença à Fattaquer avec anciertume. Le ministre étçit en

SDR M. NECKER. CCXCVÎj

hutte à des chicanes de tout genre, la ccès de la trihune étoit ouvert à ses ennemis j chaque jour, à chaque instant il se voyoit expose à leurs coups , et ce n'ëtoit que de loin , ce n'ëtoit que par des mémoires écrits qu'il pouvoit se défendre. L'assemblée paroissoit prendre à tâche d'accumuler sur lui tous les genres de peines et de contrariétés (*). Elle passoit sous silence le nouveau sacrifice pécuniaire qu'il faisoit pour la contribution patriotique ; elle rejetoit avec sécheresse une offre gratuite de la république de Genève , parce que cette .

offre avoit été sollicitée par M. Necker 5 et

('^) Des témoignages sincères de la reconnoîssance des bons citoyens venoient quelquefois encore consoler JC. Necker dans ses chagrins. Il s'est souvent rappelé avec bonheur une adresse de la ville de Besançon , qu'il reçut au mois de décembre 1789.

« Au milieu de l'anarchie générale, lui écrî voit-on , « vous nous conservez le seul pouvoir qu'on n'ait pu « détruire , l'empire de l'estime et de la confiance. Au «I milieu des récits altérés par l'esprit de parti ou de la «( calomnie , vous êtes à nos yeux le garant des inteb- « tion^ du monarque et des décisions de l'assemblée na- « tionale. Vous veillez ^ur le temps présent tandis qu'on « prépare l'avenir, et, soigneux du bonheur de cette u génération , en adoucissant les maux inséparables « duhe rés^olution > vous valez plus d'amis à la Ur" «c berté. » Cette dernière phrase me paroît renfermer tout le secret de la haine du parti aristocrate contré M. Necker. .

ccxcviij jfOTic fi

dans le même temps , elle prodiguoit dc^ éloges ajoipoulés à )ç 00 f»i9 qnel hoiomi^ iaconnuy qui yeoôit dçjpose^ mr Tautel i|« la palarie qodques bouclé» d'argent, ow qiiel^ que Ymlle eneimee saws yaJeur.

Lorsque ^'âs&çmîhiée jugiea aes Jraw^au^it 9i8^z aTane^ pour qu dila pài s'ewxp^xer bîeotét de Fadministratm du ti^sor pu-r Mie, elle se r^udil; ia Isiesogue facile, ^ créant pour quatre oeaM tmllions de papier monnoie. M. STecker trouTok avec raison fort dangereiuse celte suasse enoime d'assiT ^al6 ajoutée à ceM sioixante nûllions Ât billets âjd lai^aisse d^escompte , qui javoient déjà un cours forcé. Il aurpit désiré du moins qu'on en facilitât la circulatiou ^en hux attinl^uant un intérêt ^ ^ jçxa 5 pow cent 5 mais la ressource du papier «noanoie étoît trop coïnmode pour que Ton Consentit k y r^aoncer^ « C!e»t wu hon i< temps pour f adniimstration , dk M. Née* c( ker (^3, ^ue celui où, k l'aide d'une .(f somu^ îUimitée de hilleiSHOPtoonoie , ou ^ peut, ûon-seulement ^iatisffaire à tous les ]i( besoins connus et inconnus, mais avoir c< encore ides Ibnds prits au §our et à Theure it dont on a fait eboix. Il suffît aiors de

'• V ■'- " ' I ■ -^ ■■ ..II...I-I.. ■ I I I m ^ yi - . , i ■■■ I ^ 1,11.1

{*) Sur rAdministratioQ de M. Necker /par liïÎHoaéxp^.

SDR W. lf£CK£A. CCXCix

ff départir aux uns la papeterie, aux au- « très l'estampille ^ ^ux autres la gravure « et l'imprimerie 5 pour asmirér lé service ' « du trésor public , et promirer à ses adjmF- <c nistrateurs wi calmé doux et un repos (f beureux*. »

Et cependant , ces assignats mêmes dont laer^tton coûtoit m peu de chose , ces assi- ^ gnats 4ont on Et bientôt lun incroyaUe abus 9 M. Necàer n'obtenéit quavec une peine extxèmequ'on en mît .à sa dispoe^tion la somme indispensable pour le courant des affaires. L'assemblée a£fectc^l; de lui monti^r une défiance pancimonieuse^ à lui^ qui pendant tant d'années avoit été le seul gardien de k.fortune publiqiie , et dont la caution venoit d'être préfàrée à celle êfi rassemblée 9 par le bon b&ms éclainé du commerce hollandois.

. Au mois de mars 1 790 , M. Neoker proposa rétablissement d'un ccmiîté de trésorerie qui seroit chargé de diriger toutes les opérations du trésor pûUic, et dont les membres devoi^it être choisb dans |e sein de l'assemblée. Cette inslîftutiim qu'il ja^ geoit l>onne >en elle-même , hû pavoissoit surtout salutaire dans les circonstances 4hi on se trouvoit alors , comine un mor^en d'entretenir quelque union enti« le corps

CCC jrOTICE

législatif et radministration^ mais Fassem-^ blée, qui ne vouloit d'auc)Lia genre de responsabilité tant que les difficultés siibsistoient y se retira derrière Tincompatibilité du caractère de député avec celui' de fonctionnaire public. Et cependant, aussitôt qu'elle eut obligé M. Necker à se retirer, et que la création d'une niasse considérable d'assignats eut réduit la direction du trésor public à une simple distribution de fonds , le limité des finances se rendit maître ab* 5oIa de l'administration.

Chaque jour on demandoit au ministre de nouveaux comptes , de nouveaux états de finance; on s'indignoit du moindre retard , et lorsqu'à force de travail, M. Neckw parvenoit à rassembler toutes les informations circonstanciées qu'on exigeoit de hii , l'assemblée , distraite par d'autres soins , ne se souvenoit pas même de les avoir reçues , €t persistoit à accuser le ministre de vouloir dissimuler l'état des finances.

Au mois de juillet 1790, M. Necker remit à l'assemblée un compte qui coïnprenoit l'universalité des recettes et des dépenses de l'étadi, depuis le i*' de mai 1789 jusqu'au i**^ de mai. 1790. Au milieu d'un torrent d'affaires dont rien ne pouvoit arrêter le cburs, ce compte immense fut

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