‹ Notice sur M. NeckerChapitre 6 sur 12 · SUR H. N£C&£R. CT · texte numérisé non relu

SUR H. N£C&£R. CT

de trois ans , demander raison à un ministre de l'emploi des revenus d'une année.

Lorsque M. Necker entra ^n place, les choses n'étoient , en vérité , guère plus avancées, et les états de finances qui ont précédé le Compte rendu ne sauroient être considérés que comme des aperçus de Fesprit de tel ou tel ministre. Les comptes du trésor royal, loin d'offrir une description fidèle de toutes les opérations financières , ne donnoient à cet égard que les renseignemens les plus incomplets et les plus obscurs : une partie des impositions n'y figuroit point en recette , et un grand nombre de dépenses, étant acquittées par toutes ces caisses dont nous avons fait mention , ne laissoit aucune trace au trésor royal. Les dépôts des chambres des comptes ne pouvoient nullement suppléer à ces lacunes , non-seulement à cause du temps prodigieux qu'exigeoit la production et l'apurement d'un compte, mais parce que les chambres des comptes étant au nombre de onze, l'on ne pouvoit obtenir un résultat •général qu'en faisant à grand'peine le dépouillement d'une masse énorme de papiers. L'on sait d'ailleurs combien, même sous un ordre de choses plus régulier, il est difficile défaire cadrer des comptes admi-

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nistratlfs avec des comptes sur pièces, tels que ceux que Fon présente à une chambre des comptes. M. Necker rettiëdia à une partie de ces inconvëniens, en établissant une comptabilité centrale, et en ordonnait que désormais aucun comptable ne seroit valablement déchargé, qu en rapportant des quittances des gardes .du trésor royal. Ce tiouvel ordre fut un progrès important, et les gens instruits en jugèrent ainsi. Le parlement de Metz , qui faisoit fonction de cour des comptes, écrivit à M. Necker, aij sujet de la déclaration du 17 octobre 1779, concernant le trésor royal : w La com- « pagnie y a reconnu, avec satisfaction, la « supériorité de vues qui caractérise votre » administration. Vous parvenez à recueilli lir tous les avantages d'un plan général j u en même temps que vous continuer à « vous procurer les éclaircissema^isqi^ hs c< connoissances Locales peuvent répandre « sur les diverses branches. On ne peut f( imaginer un système plus sage et mieux K combiné. »

Dès lors , on a fait un grand pas de plus.

Un administrateur, dont le nom est justement honoré, a appliqué à la comptabilité des finances le système des écritures com*merciales, système ingénieux, qui ne tolère

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point de lacune dans la description des faits ; et les divers perfectiorinemens qui sont encore désirables à cet égard , décou* ieront tous de l'organisation introduite par M. le comte MoUien.

Si* Ton compare la France soit à la Hollande , soit surtout à l'Angleterre et à l'Amérique, on est frappé de voir à quel point nous sommes arriérés dans la science des moyens de crédit et de circulation. Tandis qu'à Londres ; par exemple ^ l'art des viremens a été perfectionné au point que les principaux caissiers de k cité font, jusqu'à trois fois par jour, la compensation de leurs mandats, et soldent des comptes énormes par des appoints de quelques livres sterling j en France, tout se fait en argent; tous les banquiers , tous les négocians ont âaus leurs caisses une masse considérable de fonds morts; une grande partie des contributions publiques arrive en numéraire à la trésorerie , et il n'est pas rare que les caves de la banque soient encombrées de plus de deux cent millions d'espèces. Ces inconvéniens tiennent à plusieurs causes , dont les principales sont d'abord une grande abjsence de lumières dans les provinces, ensuite le peu de rapports commerciaux qui exislent entre Paris et le reste de la France,

Cviîj KOTIGE

enfin 5 la terreur que les assignats ont laissée dans les esprits , et qui fait confondre toute espèce de papîer avec le papier monnoie.

Ces mêmes causes existoîént à un degré beaucoup plus fâcheux sous Fancien régime, si ce n'est qu au souvenir des assignats, il faut substituer le souvenir noû moins effrayant de la banque de Law. Aussi le mot seul de banque étoit un épouvantail , et ce ne fut pas sans peine que , sous le ministère de M. Turgot, quelques gens d'esprit pa^-vinrent à fonder à Paris une caisse d'escompte. Mais cette institution resta fort languissante , jusqu'au moment 011 M, Necker lui donna la vie , moins par ses actes comme ministre , que par l'autorité que son nom et ses lumières avoient conservée chez les négocians. Il fit connoître au commerce les avantages de cet iitile établissement, il engagea les principaux banquiers de la capitale à y placer des fonds et à recevoir ses billets dans leurs payemens ^ et enfin , lorsque l'expérience eut démontré que l'organisation de la caisse d'escompte étoit bonne, il se détermina , sur la demande des actionnaires eux-mêmes, à en faire sanctionner les statuts par un arrêt du conseil du 7 mars 1779.

M.JYecker étoit persuadé, du reste , que

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l'îndépendaîice est en général une des conditions essentielles aux succès d'une banque d'escompte , et qu'à moins que le crédit de l'état ne repose sur les bases les plus solides , les établissemens de ce genre doivent éviter de lui confier leurs fonds, M. Necker, pendant son premier ministère , loin de demander des avances à la caisse d'escompte , a souvent employé quelques millions en re- <îonnoissances de cette caisse , afin de tirer parti des fonds morts du trésor royal.

En parcourant les opérations financières .^t administratives de l'année 1779, je ne puis passer sous silence un acte de justice qui fit bénir le nom de Louis xvi et de soti ministre 'j je veux parler de l'abolition du droit de main-morte. Cette servitude^ reste barbare du régime féodal , existoit encore dans quelques provinces , et principalement dans la Franche-Comté, la Bourgogne et le Nivemois. Elle étoit de deux espèces : l'une, de ténement, privoit le main-mortable de la disposition de sa personne et de ses biens; il ne pouvoît ni se marier, ni vendre, ni emprunter, ni même transmettre sa propriété à ses enfans, sans l'autorisation de son seigneur j et pour se racheter de cette condition, il falloit qu'il allâf s'établir dans un lieu franc, en faisant l'abandon gratuit.

ex WOTICJS

de ses héritages. L'autre espèce de servitude , nommée servitude de corps ^ étoit encore plus rigoureuse; le malheureux qui y étoit assujetti pouvoit, lorsqu'il s'ahsentoit de la seigneurie, être imposé à une taille arbitraire , ou même rappelé à la servitude , et tous les biens acquis par son industrie , dans quelque lieu qu'ils fussent situés, der venoient la propriété de son seigneur , comme appartenant àun serf fugitif. C'étoit ce qu'on appeloit le droit de suite. S'étonnera-t-on qu'un pays oii , il y a quarante ans, de semhlablesbarharies existoient encore au . profit des seigneurs de fiefs et des commiinautés religieuses, s'étonnera-t-on , dis-je, qu'un tel pays embrasse avec passion les bienfaits d'un nouvel ordre de choses, et que ses habitans, dans les classes inférieures de la société, soient faciles à alarmer à la moindre apparence de retour vers l'ancien régime ?

L'abolition du droit de mainmorte, telle qu'elle fut opérée par M.. Necker, offre une comparaison curieuse entre son carac^ tère et celui de M. Turgot. M. Turgot ne voyoit pas les restes de la servitude avec moins de douleur que M. Necker; mais son esprit roide se refusoit à toute transaction avec les éirconstances ; et, ne pouvant pas racheter le droit de mainmorte de*

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main^ des seig&eurs de fi^s, ne voulant pas d'ailleurs considérer comme une propriété ce qui n'étok â ses yeux qu'une injustice -y il attendoit que le bien naqutt de l'excès du mal , et que l'indignation publia que lai donnât un jour la Ibrce de triompher de la résistance des privilégiés , et d'abolir d'un seul coup toutes les traces de la féodalité. M. Necker, au contraire , pensoitque ni la prudence; ni même la morale , ne permettoient de différer le bien ^ parce qu'on ne pouvoit l'accomplir dans toute son étendue , et comme la guerre ne iaissoit pas à Sh disposition des fonds suffisans pour racheter le droit de mainmorte , il commença par le supprimer dans les do*maines du roi , et dans les domaines engagés^ se fiant à l'empire de l'exemple pour déterminer les seigneurs de fiefs à l'abolir également dans leurs terres. Il fut plus sévère relativement au dfçit de^te ^ dont l'injustice lui parut si criante , que par le même édit d'août 1 7 79 , il l'abolit , sans compensation , dans tout le royaume- L'espérance de M. Necker ne futpoint déçue j presque tous les propriétaires nobles imitèrent l'exemple du roi, et si un petit nombre de seigneurs ou de chapitres s'y refusèrent, ils furent justement flétris par l'opinion publique*

Cxij BTOTICE

n faut encore mettre au nombre des opérations importantes de Tannée 1779 larrêt du conseil du i5 août, destiné à réduire progressivement ces innombrables péages établis sur les grandes routes et les rivières navigables , au profit de divers propriétaires , péages qui entiravoient le commerce à chaque pas , et dont les tarifs compliqués exigeoient une véritable étude de la part des marchands et des voituriers. Cet arrêt , dicté par les idées les plus justes en économie politique , étoit un premier pas vers l'abolition des douanes à l'intérieur, et vers l'établissement d'un système fiscal uniforme , grand objet que M, Necker avoit constamment en vue , et qui est en effet d'une telle importance , que ce résultat de la révolution, fût-il le seul, suffiroit pour compenser amplement les richesses perdues par vingt années de guerre civile et étrangère.

L'arrêt du i5 août 1779 n'est pas moins remarquable par. le soin avec lequel îl pouiToit aux indemnités dues aux propriétaires dés péages abolis* Jamais M. Necker ne s'est cru permis de supprimer un droit , quelque onéreux qu'il fût pour l'état , sans accorder un dédommagement raisonnable à ceux qui en jouissoient de bonne foi. Les mesures rigoureuses n'a-

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pianissent les difficultés qu'en apparence , et Ton ne tarde pas à voir les prétentions lésées renaître sous mille formes diverses :

réquité seule satisfait les âmes, et garantit la paix de l'avenir.

Quelque nombreuse , quelque active que soit aujourd'hui la race des solliciteurs* l'état actuel des choses ne peut donner qu'une foible idée des demandes dont un ministi^e des finances étoit assailli sous l'ancien régime, et du degré de fermeté qu'il falloit pour y résister. Aujourd'hui , du moins , un homme en place trouve dans quelques lois fixes , et* dans la nécessité de rendre devant une assemblée délibérante le compte annuel de sa gestion , des moyens de se prémunir contre sa propre foiblesse , ou contre l'insistance des demandeurs ; mais lorsqu'il n'y avoit point de bornes à l'arbitraire , lorsque la cupidité ne voyoit d'obstacle à surmonter que dans la sagesse et la conscience d'un ministre, rl.nétoit:

aucun moyen qu'elle ne mît en œuvre pour parvenir à son but. Des places , des pensions , des grâces pécuniaires de tout genre , des exemptions de droits , des concessions, des échanges onéreux pour l'état , des intérêts danç les compagnies financières , é toient demandés à toutes les heures du jour pat

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des hommes qui , non contens des privilèges qu'ils dévoient à la faveur ou à la naissance , vouloient encore que les impots levés sur le pauvre fussent prodigués , pour ' leur i-endre plus faciles toutes les jouissances de la vanité. Les grands airs, Timpertinence recherchée, qui faisoientune partie essentielle de l'éducation des gens de cour, venoient à l'appui de toutes ces démarches dépourvues de sentiment moral et de dignité. Enfin les princes de la famille royale accordèrent leur protection avec une déplorable facilité aux demandes les plus in-^ considérées , et croyoient ensuite leur honneur engagé au succès de leurs recommandations. L'on doit lire *, à ce sujet , le bejau chapitre sur les sollicitations des grande, dans YAdministrationdesjflnànces; et si le ménagement des convenances ne me retenoit pas , je pourrois citer ici quelques correspondances où se montreroient d'un coté larrogance du rang , et de l'autre la fermeté respectueuse de la raison. Plus tard, on a vu des hommes prenant un cynisme subalterne pour du courage , se croire des Romains lorsqu'ils insultoient bassement à des grandeurs déchues. Aujourd'hui , que la marche de la liberté et de la morale tend à diminuer progressivement

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Temphe des distinctions factices, pour faire place aux distijQCtipps naturelles , aujourd'hui jdis-je, il devient facile à un nomme de bon sens àfi concilier les égards extérieurs que l'on doit à de certaines cpnditious sociales avjec la juste appréciation des personnes et de$ choses ; mais on doit sic reporter à l'ancien i^égime, si l'on veut rendre justice à la supériorité de caractère qu'ii falloit, pour opposer à tant de prétentions diverses une résistance toujours inébranlable 5 mais toujours acco^upagnée d'urhajiîté et de oaodération. La pàupart des jninistres succomboient à la tâche ; et tandis que les uns prenoient le parti d'un.e complaisance servile 5 d'autres cherchoiesut à se tirer d'embarras par des promesses dilatoires. Mais de tels subterfuges étoiqnt indignes de l'âme élevée de M. Necker ; car -s'il étoit sujet à l'irrésolution , lorsqju'il ne s'agissqit que de choisir entre dififéreotes vues de l'esprit , il n'y avoit pas d'homme plus décidé lorsque la ligne du devoir étoit -tracée devant lui.

<^u'onmepermettedeciterdeuxtraitsque je choisis entre mille , parce que leur simplicité les rend d'autant plus caractéristiques..

Un grand seigneur, croyant ou feignant 4e croire que M» Necker étoit favorable à

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une grâce qu'il sollîcîtoit avec Fappui de la reine , pensa qu il seroit d'une tactique habile d'exprimer sa reconnoissance au ministre dans les termes les plus obséquieux , comme si Faffaire eût été déjà terminée. M» Necker auroit pu se borner à attendre en silence les ordres du roi, mais il ne voulut ni accepter des remercimens qu'il ne méritoit pas, ni même laisser de doute sur son opinion dans Tes^ prit du noble solliciteur, et il lui écrivit la lettre que voici :

cf Quoique j'attachasse beaucoupdeprix, « monsieur, à votre reconnoissance , je dois a à la vérité de ne point accepter ce qui ne « m'appartient pas. Toutes les fois que ta « reine m'a fait l'honneur de me parler de » votre affaire, j'ai fait, en loyal adminis- « trateur des finances, toutes les observa- «c tions contre , que j'ai cru pouvoir me pei>- <( mettre. Sa Majesté m'a ensuite parlé de (( la volonté du roi , qui me seroit mani- « festée , et de ce moment , je n'ai eu à « montrer que mon respect et mon obéisi< sauce. Vous voyez donc , M. le duc , que (( si le roi me donne des ordres , vous ne « me devrez rien. Après cet aveu , qui me u fait perdre un titre à votre bienveillance, i( je vous prie de croire au d^sir sincère

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tr que j'ai d'en acquérir , et je chercherai « avec empressement les occasions de vouis « en convaincre. «

Une des manières d'accroître leur fortune dont les courtisans faisoient le plus d'usage ^ c'étoit de solliciter à vil prix des échanges ou des engagemens de domaines:

Us commençoient par présenter au roi des états de ces domaines ^ où leur valeur étoit portée fort aunlessons de la réalité j ensuite , comptant sur. la bonté facile de Louis xvi , et 5ur Tappui de quelque personnage éminent ^ ils offroient de ces domaines un prix qui pouvoit à peine paroître raisonnable , en le. comparant avec les états de revenu qu'eux-mêmes avoient préparés.

Voici un exemple assez curieux de cette sorte de transactions.

Le chef d'une famille riche et titrée »

parent et ami de madame de Polignac, et comme tel , vivement protégé par la reine , demandoit la concession d'un duché, avec réversibilité à la couronne^ à défaut d'héritiers mâles. Le duché , selon lui, rapportoit dfe vingt-cinq à trente mille livi'e^ de rente , et il citoit comme un des motifs à l'appui de sa demande, la perte récente d'un pi'ocès qui lui avoit .enlevé la possession d'une baronnie considérable. Louisxvi,

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pressé par les sollicitations de la reine, souhaitoit vivement de complaire à son dësir et à celui de son amie ; mais àtrété par tktt s&tîiintëàt loâable , d'àtdre et de sagesse, il réfi&â de prendre une dëcisioo attàât dTatôllr coùsnltë le tniûistre d^ fidiinces.

M. î^ecker fut donc oharçë de faire nn rap-' port sûr cette étffaiï*é , et voici comment il le teriiiiDOit. Après aVôîr dënfïotittë iEjtte le dorilaine dont on sollicitoît réngagénient y râpfSôrtoit quatré-virtgt mille livrés de rentes ^ et non vingt-cinq ou trente mille, coiiiïïie on VOrfloit îè persuader au i:*oi , M. Nécker ajorrtôit : « Enfin , dans une afcV faire pareille , il faut aussi compter pour <( qtfelque tehoSé l'opinioti publi(5[uti. De « t^ûèlqUe mâiiièt-é ^ue le marche se fasse, « on le verra toujours comme une faveur •f absolumeht en désâdcord avec les pf în- (( tipes que V. M. ôbset^e : et cette «ëtceptiôn majëitt'é^fie itianquetoit pâs tt d^éxcîter des prëtentions de toute es- <( pêce. La perte d'un pi*ocès ne peut pa- « roître une raison plausible pour accot^èr ff tiile pareille grâcfe ; car un procès gagne « où perdu n'fest qu'urté proprîëtë Conter- << vëe h: qui elle appàHient. D'âilleuï*s , les « penéiboS et lés titres que V. M, a accfordës « à cette maison , paroîtront toujours des

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tt faveurs dont il est peu d'apibitions qui (( ue puissent être satisfaites. Il est bon que i< y. M. sache que les plus grandes Tnaison^ i( de France ne cessent de faire des demau- M des à peu près se^J^lables ^ celle-ci. J'ai a 0owt»iamen\ répQndu ^e Y. M. ne veu( {< céd^r aucun dom^^iue. ,$i Ton voit upe si u grande ftxçeptîon y cbacuu n^ u^afiquera «f pas de revenir à h chwge ; çt «ij, après ^ a moi 5 un' no^inistre d^ finaucçs favorise ic cçs deu^n4es, comtne ou (a fait ^qandai< L^na^m^ntau^^fp^s^. on, achèvera fie dë*- « pouiller Y. Mi de s^9 4wn^inies , à l'aide M 4e ces calculs, sf faciles à faire ^ pi^r les- « quçtejes particuliers pat Fai^- d'çtffrir m» ji hQn m^rch^ au roi > eu jgfgpant ceut « pour ^^t. U fi^ut doue qf^ y. ML pai> « doiWQ ftu ^W q^i ?n*çpgage ^ lui direj[a M Mnté^ vckèm^4»f^ 1^ affaire© p^i je j^o^j?

a cpnt2*ariersffîA(feçt^P9s^ ^

^r ce Tapport , 1^ ^oe que l'oji^: mollir citoitiduroi f^fcr^fiu^ë^J,;0^4P'rop^9lS mpr diJfi^ 5 et je la^ à peqf^r c;op^ieu tout jif

J\I, Jgîeckw. M-,4e. fiçfii^vf^i, »yapt;p^é se ftVGxàOnçer en sa faveupjîi^f Yj9ilf^ f^mnxe «voup ^p, hii dit^^ou y^(m Mfl^z, toujours « pris le parti de l'oppositLon* >j Car ce qu'on appeloit preudi» le pM^ib/de^'oppo*-

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sition 5 c etoit soutenir un ministre courageux , et un monarque homme de bien y contre les intrigues des antichambres de Versailles.

Dix-huit mois plus tard, M. Necker chercha à remédier à quelques-uns des abus sans nombre dont les domaines engagés étoient la' source , en obligeant les engagistes à produire devant un comité de magistrats tous les titres sur lesquels se fondoit leur jouissance, et en les assujet*tissant à une redevance annuelle pendant la durée du règne de Louis xvi. (*)

L année 1780 s'ouvrit par une grande opération financière, dont les ennemis mêmes de M. Necker ont à peine osé contester lesr avantages ; je veux parler de la nouvelle organisation des férnàeset régies, et de la^distribution méthodique de tous les impôts indirects entre trois compagnies pf incipàles^. Dès Faùiiée Ï777, M. Necker aVoit opéi^^uné amâioration importante , en* réunissant en une seule régie plusieurs droits^ épars entre 'àeà compâgniêis diverses ; mais il méditoit tltie réforme plus complète,' et i^l attendôit, pour la réaliser, Pèlpiration du bâtt dé la'ferme générale (celui

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(*) V^yè^rarrêC du coD«ai) du j4i^i^^^Cf 176U .'

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de David), qui de voit arriver en 1780.

L'adjudicataire du bail de la ferme ëtoit y comme Ton sait, un prête-nom , dont les fermiers-gënéraus étoient censés les cautions. Il y avoit alors soixante fermiers^gënëraux, outre vingt-sept adjoints, et un nonabre infini d'intëressës. Les fortunes rapides de tous ces traitans s'élevoient à des sommes énormes j et l'on peut voir dans les cëlèbres renîbntrances de la Cour des Aides , par quelle oppression sur les classes infërieures les employés de la ferme se consoleient de leur complaisance servile envers les grands ; et^ quelles insultes journalières les hommes sans protection avoient à souffrir des agens de la finance.

M. Necker se proposoit donc deux grands objets, en réformant l'organisation de l^t ferme générale ; d'une part le soulagement des c<mtribuable&, et de l'autre l'économie qui de voit résulter d'un ordre plus régulier et d'une meilleure division du travail. U distribua la perception d^ tous les droits entre trois compagnies. La première , qui conserva le nom de ferme générale, e^% dans ses àtbûbutions les dojLianés et k yepte ex-clusive du sel et des tabacs. La seconde, sous le titre de régie générale ^ fat chargée du recouvretnent des impôts sur la con-

cxxij iroTiCE

sommation , et en particulier des aides et des droits réunis. Ënfin^ la troisième, souâ le nom à'administmtion générale des da-^ l maines et droits domaniaux ^ eut pour dé«* parlement le revenu des domaines et bois , les dlx)its d'enregistrement et le timbre.

Gette^ivision, introduite par M. Neckcr, est encore celle qui s'observe aujourd'hui entre les trois adminisUrations financières, sauf que la vente des tabacs a passe de la direction générale des douanes à odle dés contributions indirectes.

Le nombre des fermi^rs-géoéraux fut réduit de soixante à quarante , et celui des tnembres de la régi^ générale fut fixé à vingt<-cinq, ainsi que celui lés adgimsiistraoiei:p*s des domaines. Tous \e^ adjoints lèt .tes intéressés furent supprimés *y les nouvelles comp^nies^ fbrent affranebiosvd&ns ocoep*tion , de toute espèce de crdMipes et! de pen>sioiis, de même que des {iots^dè^^ndoiit avoient joui jusqu'alors les ministres- dfes finances. Enfin, les émoiunieris àd«s fer^ miers et des régisseurs. f«:reiit réglés z^w une stricte économie. ' •

L'on discutoit alors dans une foùte de brochures, quel ëtoit, 'dès fermes ou des régies 5 le système le phis avantageux pour les finances de l'état ; <en l'on opposoît ,

SUR M. !9£CKER. CXXllj

ainsi qvTû arrive entre gens qui n'ont que îles connoi^sances superficieUes, des générdiitës yagaes à das considérations tirées de ritLtërét personnel* M. Necker remit ]a discussion sur son véritable terrain , en montrant qne les fermes et les régies^ d Câpres les modificatiofiis qu'elles avoient sa^ bies^ ne difieroient qu^ pour la forme, puisque daàs xm o&&^ Von dîsoit aux rëgis^ sc^rs : vous pariicîpereiJ pour telle proppr*tioti aux bënéfices qui eixoéderont une certaine somme -^ et que dans l'autre , on disoit aux îttmiets : l'état se i^éserve telle part dans les revéïms qui dépasseront le prix de votre bail. .

Lorsque l'état vend à un^ compagnie financière quelque branche des impositions publiques, il fait sans doute l'aveu tacite de son incapacité' pour les recouvrer ; incapacité qu'il paie par ie sacrifice d'une partie dé ses revenus. Mais il y a toujours dans les adfninistralioni^ les ntieux organisées^ wti point où il faut que le gouvei^nement appelle à son aide l'activité ingéaieuse de l'intérêt personndl^ et l'habileté du minière consiste à bien poser les limites*

M.Neckerfixakbaildela ferme générak à un prix a^z modique (1:^^:^5900,0006:.), pour que les fermiers ne pussent avoir au«

CXxiv NOTICE

cune perte à redouter j mais en niéme temps 9 il ne les admit à partager par mioitié que les bénéfices qui excéderoient cent vingt-six millions ; tandis qued'après le bail précédent, les fermiers-généraux s'étoieht réservé trois cinquièmes sur les quatre pre** miers millions qui dépasserôient le prix de leur bail, sept dixièmes sur lès quatre suivans, et huit dixiènies sur tout le reste; en sorte que sur cinquante-cinq millions de bénéfice, il n'en revint que treize à letat.

Par une suite du même système, le produit dé la régie générale et celui de Tadministration des domaines furent fixés à quarante-deux millions ; et Ton admit les régisseurs à participer, pour deux vingtièmes, aux six premiers millions de bénéfice qui excéderoient cette somme, pour trois vingtièmes à «ix autres million^; ^ et ainsi ije suite. Enfin, dans une circulaire qui accompagnoit le département arrêté pour le nouveau bail , M. Necker traçôit aux fermiers-généraux un plan de travail à la fois simple et ingénieux , et il les assujettissoit à un mode dé comptabilité qui lui permît d avoir constamment sous les yeux la situation des produits de la ferme.

Tel est Texposé sommaire d'une opération qui , sans aucune charge nouvelle pour

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les peuples, yalut à Fétat une augmentation de quatorze millions dans ses revenus.

Mais 5 dira-t-on peut-être , pourquoi M. Necker n'a-t-il pas poussé la reforme plus loin ? pourquoi n'a-t-il pas supprimé tous les fermiers-généraux , et réuni leur département aux attributions directes de l'administration des finances ? Certes, ceux qui féroient cette demande n'auroient nulle connoissance des difficultés d'une semblable entreprise, et de la résistance qu'opposoit alors la puissante ligue des financiers. L'opération dont je vais rendre compte en donnera quelque idée.

Aujourd'hui , que la toute-puissance de k révolution a aplani le terrain, aucune entreprise politique ou financière ne semble plus impossible*, mais telle réforme qui devint facile à l'assemblée constituante , exigeoit alors de la part d'un ministre, des efforts et des précautions sans nombre.

M. Necker établit lui-même ce parallèle.

4i Que l'on rapproche, dit-il (^), de cette « force immense de l'assemblée nationale <c les moyens et les tentatives d'un ministre u des finances qui , éperdu , pour ainsi dire , €( au milieu d'une cour depuis long-temps

(*) De radministratiou de M. Necker, par lui-même.

C3CXVJ NOTICE

<c étraai^re aux idées d'ordre et d'écono- (c mie , s'efforce de propager ces roém^es (( idées, et se voit dans la nécessité de com- « battre seul coîxtre tous. On ne saura ja- « mais toute la constance dont j'ai eu be- « soin* Je me rsqppélle encore cet obscur « et long escalier de M. de Maurepas , que je « montoisavec crainte et mélancolie, in- « eertain du siiccès auprès de lui , d'une « idée nouTelle dont j^étois occupé, et qui « tezfedoit le jdus souvent à obtenir un ae- « croissementde revenu par quelque opé- « ration juste , inais sévère. Je me rappdle « encore jce cabinet en entreacd , placé sous ce les toits de Yersailles, mais au-dessus des « appartemens du roi , et qui , par sa petia tesse et sa situation , sembloit véritable-* ce ment un extrait , et un extrait aniperân 4e (( toutes les vanités et de toutes les ambi* c( tîons. C'étoit là qu'il falloit entretenir de ce réforme et d'économie mnmini&tre vieilli « dans le faste et dans les usages ^e la.cour. u Je me souviens de toifôles ménagemens « dont j'avois besoin pour réussir, et corner ment , plusieurs fois repoussé , j'obtenois « à la fin quelques complaisances pour ce la dbose publique; et je les obténois, je « le voyois bien , à titre de récompense des « ressources que je trouvois au milieu de

SUR M. NECKER. CXXvij

<y la guerre. Je me souviens esicore de Tes- « pèce de pudeur dont je me sentois emi< barrâssë , lorsque je ocelots à mes dis*- (( cours ^ et me hasardois à lui présenter c< quelques-unes des grandes idées morales « dont mon cceur étoit animée »

Il y avoit, avant 1780, pcmr les vingtquati*e gés^alités de pays d'ébctions , qiaarante-huit receveurs-généraux des finances^ qui étoient aherpatÎTement en exercice, et qui y de Paris où ils réskLoient , correspon-* doient avec les receveurs particuliers , et versoient au trésor royal le produit des €ontril)iitioas directes dont le recouvrement kur étoit con£é« Ces verse^tiens se faisoient soit en argent^ soit en rescriptions tirées sur leurs commiseta]>lis dams les dif-* férentes généralités. Les receveurs généraux souscri voient au commrencementderamiée des soumissions à échéances fixes, concmie le font eacore aujourd'hui , pour la forme, les receveurs gàiéraux de d^arkement , et on leur accordoit vîngtHun mois pour payer les impositions qu^ils reœvoient en douze.

Leurs occupations principales consistoient donc dans les escomptes et les viremaas., au moyen desquels ils tiroient parti des fonds dont ils disposoient pendant un terme plus ou mioins long. 'Eaàm , ils jouisr

CXXViij N O T 1 C Ji

soient de taxations proportionnées à retendue de leur recelte, et on leur allouoit de plus des primes oudes commissions , à titre de prompt payement.

L'on voit donc qu'à de légères différences près, Forganisation actuelle des recettes générales ressemble beaucoup à ce qu'elle étoit sous l'ancien régime , si ce n'est que nous avons quatre-vingt-six receveurs qui résident dans les départemens , au lieu de quarante-huit établis à Paris.

Je né reproduirai point ici tous les motifs qui engagèrent M. Necker à changer cet ordre de choses ; ils sont développés dans YAdminîstratien des finances. Je me bornerai à présenter un point de vue de la question , qui me semble s'appliquer au système actuel comme à celui que M. Necker étoit parvenu momentanément à réformer.

Les fonctionsdesreceveursgénérauxsont de deux espèces. D'une part, ils rassemblent, comme agens centralisateurs, les impositions perçues par les receveurs particuliers ; de l'autre , ils font office de banquiers pour faciliter les viremens de fonds et aider le trésor de leur crédit.

Sous -le premier de ces rapports , les receveurs généraux ne sont nullement nécessaires, puisqu'il seroit facile , au moyen

iSUR M. IfÉCKER. CXxix

de quelques changeiiiens dans Tordre de la comptabilité ^ de mettre la trésorerie efû ra]pport direct avec les receveurs particuliers , qui ne sont aujourd'hui qu'en seconde ligne.

Sous l'autre rapport ^ l'utilité des rece-* veurs généraux dépend de deux conditions-; premièrement , de la plus ou moins grande facilité qu'ils ont à se procurer dansies provinces du papier sur Paris ; et secondement 9 du degré de crédit dontils jouisSseniT ,auprès des capitalistes*. Or Je çen deitfek'^ lions commerciales qui existe entre Pisiïis et les départemens /oblige , la plupart^U temps , les receveur^ généraux à faire l^H^ versemens ea espèces; et ,d'ùu' autre côlé, la confiance que ces tnétoiss ^receveurs g^i^ néraux inspirent à quelques oapkalbtèâ ^^ tient bien plus à leur place qu'à lerfir'àol:^ vabilité personnelle; c'eât donc ea réa— lité le gouvernement qui pr^te son créditaux receveurs généraux , lors même qu'il semble recourir au leur. Ces observations y que je crois justes pour le moment actuel , avoienfrbien plus de force sous l'ancien régime, puisquejes quarante-huit receveurs généraux résidoient .touis à Paris , qu'ils n'avoient de correspondance avec les provinces que par l'intermédiaire de leurs com* mis, et qu'enfin les relations commerciales

CTXr K O T I C J5

entre Paris et le reste de la France j étoient encore bien moins étendues ayant la révolution qu'aujourd'hui.

1V9!. Necker reconnut que les soumissions signées par les receve^ors généraux n'étoient dans le fait qu'une simple forme de comptabilité , puisqu'il n'y avoit nulle proportion enj;re leur fortune et les engagenaiéns qu'ils prenoient ; il jugea qu'il en étoit de même à l'égard des rescriptions qu'ils tiroieut sur le produit des impositions à venir, puisquie ni la compagnie en masse, ni cliaque receveur géuéral en particulier, ne pouvoit être garant des faits du gouver-* nement. Dè& lors il ne vit plus dans ces quarante-huit caisses établiesàPari&^qu'auliant de fonds morts pour l'état , et autant dç âK>urces de Cbrtunes exorbitantes, pour les gen^ de finance* Il les supprima donc, sans se laisser arrêter par la crainte des ennemis redoutables qu'il alloit avoir à combattre , et il réunit leurs fonctions à une seule compagnie de douze personnes ^ qui furent placées sous l'înâ^ection immédiate du ministère des. finances, et auxquelles on alloua un traitement fixe au lieu dès taxations considérables dont jouissoient les anciens receveurs.

De toutes les réformes , les plus diffi-

StJR M. negKer. cxxxj

ciles sont les économies dans le nombre et les appointemens des employés , parce qu'on a contre soi les regrete de ceux dont on diminue les bénéfices , sans être secondé par Faction de nouvealix intérêts. Personne n'éto'it plus convaincu de cette vérité que M. Necker j mais sa bonté , jointe àii^U conscience de ses forces , lempêcha de prendj e dans cette circonstance toutes les précautions que la prudence auroit commandées.

Dès le comm^oLcemeut de ses njOrnbreuses réformes, il s'étoit prescrit la règle de donner aux employés supprimés la préférence pour toutes les places nouvelles, ou pour celles qui viendroient à vaquer. Il ne voulut pas s'écarter de ce principe équitable •, et quoique dans U recette générale il n y eût point de comparaison à établir entre les travaux et les bénéfices , quoique les préte^^d^s droits des familles de finance fussent fondés , non sur des services, mais sur des profits, M. Necker crut devoir porter à domze le nombre des rece** veurs généraux ^ bien que dans ^n ppinioipt six personnes eussent pu suffire poui^ ce département ^ et il choisit les membres de la nouvelle compagnie parmi ceux de lancienne. Cétoit confier à l'ennemi la garde de la citadelle. En effet, ces douze £nan-

CXiXij NOTICE

ciers regrettant leur situation précédente , et ligués d'intérêts avec leurs anciens collègues , mirent tout en œuvre pour amener la chute d un ministre en qui tous les genres d'abus avoient un ennemi si austère 5 et à peine en furent- ils délivrés , que Ton vit les quarante-huit charges de receveurs généraux des finances rétablies dans toute la splendeur de leur opulente oisiveté. Voici comment M, Necker termine les raisonnemens sans réplique par lesquels il combat le rétablissement des receveurs généraux. (*)

(( Les réflexions que je dépose ici sont , H je crois , un véritable service ; car si elles ' « ne tombent pas dans un profond oubli; ce Ton doutera peut-être un jour que qua- « rante-huit receveurs généraux soient né- <( cessaires au royaume de France. Mais si « jamais on veut revenir à, un ordre plus « simple y je coniseille à celui qui Fentre- « prendra , de profiter d'une faute que j ai « faite , et de n'admettre qu'un ou deux « receveurs généraux supprimés dans l'ad- (c ministration économique qu'il proposera « au roi de former; car l'habitude d'un ance cien état , et le souvenir de plus grands

{^) Admin. des Fin. Liy. i. chap. iv.

SUR M. ITEGKER. CXXXUJ

« bénéfices , sont de trop forts liens à rom- « pre , et Ton ne peut pas compter sur un « pareil abandon de soi-même. Dès lors , y « cependant , rétablissement nouveau qu'on « a fondé se trouve privé de ses défenseurs i( naturels. Cç n est pas qu'un ministre ne « puisse aisément s'assurer du zèle de toutes « les personnes dont il surveille les travaux ; H et c'est par ce motif que je cédai sans « crainte à des égards d'équité pour les « personnes , en proposant au roi d'appeler w à l'administration nouvelle les principaux (( d'entre les receveurs généraux qui perce doient leur état par ce changement. Mais^ w à la vérité , n'envisageant pas alors la fin « de ma <îarrière ministérielle comme si w prochaine, je croyois avoir le temps de w rendre cet établissement indestructible.»

L'on voit avec quelle sagacité d'esprit et quelle franchise de caractère M. Necker reconnoît son erreur. Nous aurons occasion de nous convaincre, par la suite , que c'est presque toujours dans ses ouvrages que Ton a pris des arméS pour le combattre, et que la plupart de ses détracteurs eussent été hors d'état de l'attaquer , s'ils n'avoient pas emprunté à XAdministr'ation des finances des connoissances dont ils étoient entière^ ment dépourvus.

CXXxiv NOTICE

L'ordre chronologiqne me conduit à raconter ici levénement qui changea en une haine actÎYe l'inquiétude jalouse de M, de Maurepas contre M. Necker,

Depuis long-tempsM, Necker voyoitavec chagrin qu'au milieu d'une guerre marîtiitie , le ministère de la marine fût confié è un homme dont l'inaptitude pour cette place étoft reconnue. C'étoit surtout dans la gestion financière de son département que l'incapacité de M, de Sartines se faisoit Sentir^*); et cdmfmè, en refusant à M. Nècker le titre de contrôleur-général , on lui en aroit ôté aussi une des fonctions les plus iiflportantes , celle de contrôler Jes dépenses des ministères ordonnateurs ; cotafime d'aillèuï-s M. Necker nassistoit /j^oînt aux délibérations du conseil, les départemens de la gueiTC et de la marine pourvoient aisément se soustraire à l'inspection du département des finances. Dans les pays où les budgets et les comptes des différons ministères sont soumis à la discussion et à Texamen de la législature , il est naturel que le rôle du ministre des finances se borne à celui de faiseur de fonds 5 mais*

(^) Il étdit dû alors seiie mois de solde à l'escadre de M. d'{)staing, et quatorze à celle de M. d'Orvilliers. .

SUR K. NEGKER. CVXXV

dans un ordre de choses ou il n'y avoit ni publicité ni responsabilité ^ Ton ne sauroit nier que le contrôle du chef de la trésorerie ne fût au moins une garantie nécessaire pour éviter de trop grands écarts.

On doit se rappeler que l'arrêt du conseil du i8 octobre 1778, avoit inta^dit aux payeurs généraux de faire des billets k terme sans y être autorisés par Fadministration des finances : tout à coup M. Nec^* ker apprend que, malgré cette défense , It trésorier dé la marine a fait pour quatre millions de billets à son insçu, et qu'il est obligé de suspendre ses payemens. Gon*»

sterne de cette nouvelle, M. Neckèr se fait représenter lés écritures de M. de Saint- James, et il acquiert la triste certitude que ce â'est pas à quatre millions , mais à vingt que se montent les billets mis en cir* culation par la caisse de la marine. Voici la lettre qu'il écrit à la hâte à M. de Mau*-» repas : « Vous avez vu samedi, M* lecomte^ 4i mon chagrin et mon étonnement de ce (c que M. de Saint-James s'est permis de w faire quatre millions de billets à mon a insçu, et vous avez partagé ces sentimens I « Diaprés une nouvelle conférence que j'ai « eue avec lui , ce n'est plus quatre mil- « lions , c'en est vingt, tant en billets qu'en

« autres ehgagerpens contractés ayec ordre « de les cacher, et qui n étoient point corn- • «; pris dans les états qu'il certifiait vérita-' <<,bles^ Cest un coup de bomhç aussi inat- « tendu qu'incroyable. Le trésorier ne sait cf comment s'excuser, d'autant plus que .«. j'ai maintenant deux états à quatre jours « de distance , qui diffèrent de seize mil-^ ce lions. Je voulois aller vous conter tout i< cela moi-même , mais je suis, si étourdi « du bateau ^ je sais si peu dans ce moment « ce qu'il faut faire , que j'ai besoin de réc< flexion. Qu'il est malheureux de voir tant « de soins et d'efforts compromis , et les w intérêts du roi ainsi violés et contrariés ! » M, de Màurep^, qui assistoit toujours au travail du roi avec les ministres à portefeuille, étoit alors retenu chez lui par un accès de goutte. La circonstance étoit pressante , on ne pouvoit pas laisser à la tête du département de la marine un homme qui toléroit de tels abus , ou en ignoroit l'existence. M. Necker, travaillant seul avec le roi 9 pendant la maladie de M. de Maurepas, u'hésita donc pas à lui demander le renvoi de M. de Sartines, et à faire nommer à sa place un homme éminemment digne de cette confiance, M. le marquis , depuis maréchal dç Castries.

SUR M. NECKER. CXXXVÎj

Cette marque du crédit que M. Necker çommençoit à acquérir sur Tesprit de Louis XVI, fut aux yeux de M. de Maurepas un crime irrémissible, et dès lors tous les moyens parurent bons à ce vieux courtisan pour perdre Thomme dans lequel il croyoit voir un rival , ou du moins un successeur. M. de Maurepas n'avoit plus alors que quelques mois à vivre , et pourtant , loin d'envisager avec calme des intérêts dont il alloit se séparer pour jamais , il sembloit se cramponner aux derniers restes du pouvoir et de la faveur. La vieillesse rapproche du ciel les âmes attirées vers les hautes pensées , mais elle attache de plus en plus à la terre celles qui se traînent dans les basses régioas de Tintrigue et de la vanité.

Pour achever de parcourir les principales économies que Ton dut à Tadministration de M. Necker, jaî à parler maintenant de la grande suppression de charges qui eut lieu dans la maison du roi , en 1780. Plus cette réforme étoit commandée par la raison , pluis elle étoit inabordable à la critique , et plus elle valut d'ennemis au ministre qui eut le courage de Tordons ner. Dès Tannée précédente , nous avons vu que treize offices de trésoriers avoienjt (iké supprimés daiis les maisons du roi et

Digitiz^d by VjOOQ le

CXXXVlîj NOTICE

de la reine. Ce premier pas fut suivi ^ ait iiaois de janvier 1780, de deux édits dont Fun réunit aux parties casuelles , commç appartenant au domaine de la couronne, les charges domestiques dont les grands officiers avoîent disposé jusqu'alors à leur profit j et Tâutre abolit plusieurs places d'intendant et de contrôleurs, dont les fonctions divisées furent remises à un Bu-reau général des dépensés de la maison du roi.

c< Cette première idée , quoique simple . ce et raisonnable , dit M, Necker dans le « Compte rendu f parut d'abord hardie, et « j'ignore si elle m'a fait des etineiiiis , car « je n'ai jamais arrêté ma vue sur ces com- H binaisoDS particulières- J'ai cru que la « seule manière dont Votre Majesté devoit « être servie , et la seule aussi dont il me ^ « convînt de la servir, c'étoit d'étudier mes w devoirs et de les suivre ; qu'il n'y a point « d'autre marche digne d'une grande place K et d'une âme élevée •, et comme de paie reils motifs ont toujours dirigé ma conm duite, j'ai espéré qu'un jour ou l'autre on « y rendroit justice , et qu'on sauroit disa tinguer cette fermeté simple qui conduit « les pas d'un administrateur partout oii « il y a du bien à faire, de ce fol esprit

SUR M. WEGKER. CXXXIX

(( de prétention qui recherche lautoritë « pour le Tain plaisir de la déployer* »

Pour concevoir en quoi cette réforme étoit en effet hardie, il faut se rappeler que les charges subalternes de la maison du roi étoient vendues par les grands officiers, en raison des profits illicites que Fon pouvoit y faire , et qu élevant quelquefois la finance de ces charges à des prix exorhitans, ils se trouvoient engagés à dissi-^ muler les abus les plus scandaleux*

Voici comment s'exprimoit le roi , dans le préambule de Tédit de janvier ; « Nous t< nous réservons d'examiner dans notre « justice quel dédommagement peut être « dû à nos grands officiers , pour la pri- « vation de. ce revenu casuel, qui n'ajoute « rien à Péclat des charges éïnînentes dont « ils sont revêtus; nous en conservons d'ail- « leurs les divers privilèges , et elles seront i< toujours 5 comme aujourd-huî , essentiel-* « lemei)t distinguées par le rang et la dii( gnité des personnes auxquelles nous les « confierons. »

Il n'y avoît pas moyen de se fâcher ou- • vertement contre des expressions si honorables; mais les nobles personnages à qui elles s'adressoient n'en furent pas moins piqués au vif. Ils n'étoîent point de

€xl W O T I C E

Tavis que les petits profits de leurs charges n'ajoutassent rien à leur éclat j et, n'osant pas se plaindre à haute voix , ils firent ligue avec les créatures de M, de Maurepas et les financiers mécontens , pour renverser par de sourdes menées , un homme d'état qu'il ëtoit trop difficile d'attaquer en face. N'oublions pas pourtant qu'à la cour même , M. Necker avoit de vertueux défenseurs , aux séntimens desquels il se plaît à rendre justice dans son ouvrage sur Y Administration des finances.

Cependant, les édits de janvier ayant averti le public qu'une grande réforme se préparoit dans la maison du roi , l'achat des charges subalternes avoit cessé, et quelques mois après M. Necker put accomplir la suppression dès long-temps méditée, de cette multitude dWficiers qui, selon l'expression du Compte rendu, étoient àla fois fournisseurs, apprêteurs et convives.

Voici les titres d'une partie de ces quar tre cents charges, dont quelques-unes conféroient la noblesse , et qui toutes exemptoient de divers impôts , au préjudice des contribuables des provinces. Les noms indiquent assez l'importance des fonctions.

Dix-huit gentilshommes servans.

Seize coûtrôleurs clercs d'office.

SUR M. N£CK£R. Cxlj

Treize chefs et cinq aides de panneteriebouche. ^

Treize chefs et cinq aides de panneterie-* commun.

Treize chefs et cinq aides d'échansonnerie-bouche.

Vingt chefs et douze aides d'échansonnerie-commun.

Quatre coureurs de vin .

Huit sommiers de bouteilles.

Deux conducteurs de la haquenée.

Dix écuyers de cuisine-bouche, et douze ëcuyers de cuisine-commun.

Quatre maîtres-queuxde cuisine-bouchç, et huit maitres-queux de cuisine-commun.

Seize hâteurs de rôts.

Quinze galopins.

Seize porteurs.

Deux avertisseurs.

Douze chefs , et douze aides de quartier pour la fruiterie.

Deux aides pour les fruits de Provence.

Six sommiers des broches.

Six porte-tables, etc. etc.

Pourra-t-on croire aujourd'hui qu'il y avoit alors des personnes qui ne rougissoient pas de soutenir que la suppression de ces emplois burlesques portoit atteinte à la majesté du trône ? et faut-il s'étonner

CXlij l^OTICÉ

qu'une cour livrée à de si déplorables niaiseries , se soit trouvée sans(|brce pour résister à une nation vigoureuse et irritée ?

Après avoir donné quelque idée des prin* cipales réformes par lesquelles M. Necler augmenta les revenus de Tétat , sans accroître les charges des contribuables , il me reste à parler des ressources .extraordinaires au moyen desquelles il pourvut aux dépenses de la guerre d'Amérique, Aucune partie de son administration n'a été attaquée avec autant d'amertume que ses emprunts ; et cependant, quoi qu'on en ait pu dire par ignorance ou par esprit d'hostilité , je ne crains point d'affirmer qu'aucune partie de son administration ne mérite de plus justes éloges , et que si, sur d'autres points, la science financière a fait des progrès , l'exemple de M. Necker, et ses écrits, sont encore une des meilleures écoles ou l'on puisse étudier le maniement du crédit public.

Reportons-nous pour un instant à l'époque oii M. Necker fut appelé à diriger les finances. Une succession non interrompue de banqueroutes, depuis Law, et l'on pourroit même dire depuis Sully jusqu'à l'abbé Terray,.avoient deshonoré l'état et discrédité ses engagemens. Le mot même de banqueroute avoit presque cessé d'être un .

SUR M. J!Y£CK£R. ^ Cxluj

terme de blâme, et Ton eu étolt venu vprs la fia du règne de Louis xy , à considérer comme une des ressources ord^ii^r^s dt)^ gouvernement, ces manques de foi dont l'injustice égale à peine Tabsurdité. Aucune publicité en matière de finances ne permeltoit aux prêteurs de savoir sur quelle garantie reposoit l'argent qu'ils confioient à rétat; aucun ordre dans la comptabilité ne permettoit au ministre lui-même de juger avec exactitude des ressources dont il pouvoit disposer. Une seule chose étoit certainç^ c'est que les dépenses iixes excédoient les revenus ordinaires d'une somme considérable. Telle étoit la situation des finances , après quinze années de paix ; et ce fut de là que partit M. Necker pour faire la guerre sans augmenter les impôts, et sans causer, par ses emprunts, aucune baisse dans le prix des effets publics* Bien loin de 1^9 ils montèrent progressivement depuis l'année 1776 jusqu'en 1781, et pendant la même période , les fonds açglois suivirent une marche inverse, l^es rescriptions suspendues , qui perdoient i6 p. f en 1 7 76 ^ ue perdoient plus que 8 p. | au moment de la retraite de M. Necker , et les 3 p. | anglois,au contraire, qui valoient 83 p. gavant la guerre , étoient tombés à 59 en 17 81.

Cxlît NOTICE

M* Necker à emprantë cinq Cdnt trente millions dans le cours de quatre anfiëe$« Sur cette somme ,

3oo millions sont le {)roduit de l'entes viagères ou de loteries , négociées directement par lé trésor royal 5 97 proviennent d'empriîints faits par Titi-

termédiaire des pays d'états; 36 ont été empruntés sur le crédit de la Ville de Paris, du clergé et de l'ordre du Saint-Esprit ; 9 ont été empruntés à Gênes ; 48 représentent les cautionnemens et les avances de différens employés des fermes et régies ; 40 enfin sont le résultat d'un accroissement des anticipations.

53o millions.

JLes hommes qui ont l'habitude des questions financières , apercevront dans ce simple résumé la trace des motifs qui ont dirigé M. Necker dans le choix de ses moyens de crédit, et celle des obstacles qu'il a eu à surmonter.

La première condition pour emprunter , c'est d'aller chercher l'argent là où il est. Ce principe , dont l'expression est^triviale , n en est pas moins d'une application rare

SUR M. NECKER. * txlv

et dîFficile. Sans doute en vendant des rentes sur Fëtat à tout prix , en faisant du grand lîyre de la dette publique une espèce de planche à assignats , on parvient toujours à tenter des propriétaires d'argent par renormité du taux de l'intérêt , et à faire sortir les capitaux des diverses entreprises commerciales ou industrielles^ où ils étoient plus utilement employés. Ce n'est pas là une oeuvre de beaucoup de génie ; tout le secret est, comme le dit Burke en parodiant la cérémonie du Malade iniaginaire , assignare, et ensuita assignare. Mais attirer dans les caisses de l'état l'argent qui se consommeroit en dépenses superflues , mais recueillir lés capitaux qui cherchent un emploi momentané en passant d'une industrie à une autre , sans jamais arrêter les sources de la reproduction , c'est une tâche plus compliquée , et c'est là ce qu'a fait M. Necker avec une rare habileté. *

Il savoit que les affaires pécuniaires , et surtout les placemens dans les fonds pu*^ blics , qui sembleroient ne devoir être dirigés que par le calcul , sont essentielle* ment soumis à l'influence de l'imagination , et que les nuances les plus subtiles suffisent pour attirer ou pour repousser la confiance.

Il savoit aussi que les capitaux ont, comme

Cxlvj irOTICR

les personnes 5 de certaines habitudes qu'il ~ est difficile de vaincre 5 il pensa donc que la première chose essentielle étoit d'étudier la nature des préteurs auxquels il devoit s'adresser , et il vit bientôt qu'il n y avoit en France que Paris où l'on pût trouver des capitaux disponibles pour les emprunts publics j que le reste du royaume étoit, sous ce rapport , entièrement étranger à la capitale ^ et que s'il avoit quelque crédit à espérer dans les provinces qui jouissoient du bienfait d'une administration indépendante , ce ne pouvoit être que par l'intermédiaire des états de ces provinces.

Les emprunts des pays d'états ne fournissoient jamais que des sommes fort modiques , et n'offroient d'ailleurs que des ressources momentanées. La forme de ces emprunts étoit fixée par l'usage ; c'étoient des rentes à 5 p. -| , avec un fonds d'amortissement égal à une année de revenu , ou, en d'autres termes, c'étoient des annuités de quatorze ans.

M. Necker jugea donc qu'il ne pouvoit

s'adresser qu'aux capitalistes de Paris et de

l'étranger, et que par conséquent il devoit

adopter le genre d'emprunt le plus conve-

. nable pour cette classe de préteurs.

Paris renfermoit alors une véritable na*-

SUR M. iteckër. cxlvij

tion prêteuse , que la révolution et la mobilisation des deux tiers de la dette publique ont à peu près détruite. Elle se composoit de financiers , d'anciens rentiers de profession , d'officiers qui , à raison de leurs charges, avoient déjà des rentes sur letat à un bas intérêt , et qui tous étoient disposés à accroître leurs revenus en achetant des contrats de rentes viagères avec le fruit de leurs économies 5 elle se composoit surtout dune foule d'anciens serviteurs des princes ou des grands seigneurs que la cour attiroit à Paris et à Versailles. Toutes ces diverses classes d'individus , pour la plupart célibataires , avoient des motifs particuliers à leur situation pour rechercher de préférence les placemens en viager. Si . M. Necker avoit voulu emprunter en perpétuel , il n'auroit trouvé que fort peu de prêteurs ; pour les rentes viagères , au contraire , les prêteurs étoient tout trouvés.

En vain objecteroit-on les emprunts en rentes perpétuelles faits de temps à autre par la Ville de Paris , par le Clergé j par l'ordre du Saint-Esprit , ou par d'autres corporations j c'étoient toujours des emprunts pour de petites sommes fournies par des personnes attachées à ces corporations. Si l'on avoit usé fréquemment de

Cxlviij NOTICE

cette ressource , Fintérêt aurait bientôt monté à un taux extrêmement onéreux.

M. Necker avoit en outre observé que le peuple de Paris avoit , plus (ju aucun autre 5 le goût de courir les chances de la fortune ; et c'est ce qui le détermina à employer la forme des loteries , pour faire deux emprunts remboursables à échéances , et un autre emprunt en vingt -cinq mille lots de rentes perpétuelles et viagères (*)• Je n'ai pas besoin de faire sentir la différence totale qui existe entre l'impôt ruineux et immoral de la loterie , et des intérêts distribués soùs forme déprimes à des prêteurs dont le capital étoit toujours assuré.

Les étrangers s'étoient plies aux mœurs des rentiers de Paris , et il s'étoit formé dans différentes villes de Suisse et de Hollande, mais principalement à Genève, des marchés de fonds publics et des associations pour les placemens en viager, connus sous le nom des trente têtes.

Les économistes , les partisans outrés de l'accroissement dé la population , ont fait un reproche à M. Necker d'avoir , par la

(*) Le prix des Obligations de la Ville , comparé avec leur valeur réelle, prouve que le goût du peuple de Paris pour les emprunts en loterie , est resté le même aujourd'hui qu'avant la révolution.

SUR M. NECKER. Cxlix

mulliplîcafion des rentes viagères , diminue le nombre des mariages et favorisé les jouissances égoïstes du célibat. Ce reproche n'a jamais été fondé : le besoin de la durée est si inhérent à Fesprit humain , qu'il est bien peu d'hommes qui prennent de propos délibéré la résolution de consommer toute leur fortune de leur vivant 5 les rentiers sont toujours économes, et pour peu qu'ils aient des parens ou des amis, ils ne manquent pas d'épargner une portion des intérêts élevés qu'ils reçoivent, pour remplacer le capital qui s'éteindra à leur mort. Mais d'ailleurs tous les hommes éclairés savent aujourd'hui , par la lecture de l'important ouvrage de Malthus , que dans la plupart ' des états de l'Europe la population , loin de rester en arrière des moyens de subsistance , menace au contraire de les dépasser , et que, par conséquent, si les gouvernemens ont quelque précaution à prendre à cet égard ^ ce n'est sûrement pai^ d'encourager la multiplication des mariages.

On a fait à M. Necker un reproche d'une nature plus pratique, en disant que les tables de mortalité fondées sur les relevés généraux des naissances et des décès , donnoient pour résultat une probabilité de vie beaucoup moindre que celle d'un certain

cl WOTICE

nombre de personnes choisies avec soin dans une classe exempte des chances de la guerre et de la pauvreté 5 que par conséquent la spéculation des. trente têtes rendoit fort onéreux pour l'état des intérêts calculés d après les chances moyennes de la vie humaine.

L'intérêt de 10 p» ^ en rentes viagères sur une seule tête^ n'équivaut, a-t-on dit 5 à celui de 5 p. |- en perpétuel , qu'autant qu'on place une somme égale sur un grand nombre de personnes de tout sexe et de tout âgej mais en plaçant sur trente têtes choisies 5 ce même intérêt viager de 10 p. f revient à 7 j^ pour f en perpétuel.

Sans vérifier l'exactitude de ce calcul , je dirai seulement qu'il faudroit , «pour que le reproche eût de l'importance , démontrer en même temps que M. Necker piouvoit trouver des prêteurs à des conditions plus avantageuses. Or , la preuve du contraire ressort de deux faits incontestables : d une part , quoique les emprunts ouverts par M, Necker se soient remplis avec facilité , surtout à la fin de son administration 5 les rentes créées par ces divers em* prunts ne se sont jamais élevées brusquement à un prix fort supérieur à celui pour lequel on les avoit aliénées , signe certain

SUR M. NCCKER. clj

que le point juste avoit été rencontré par le ministre. D'autre part , il faut se rappeler qu'en pleine paix, et avant les prenaiers indices de la guerre d'Amérique, les contrats de rente perpétuelle à 4 p* 1^ sur FHôtel de^Ville, les plus recherchés qu'il y eût à cette époque , se vendoient 60 p. f sur la place, ce qui ^porte l'intérêt à 6 f p. f . Le prix de 60 pour les rentes à 4 p* f équivaut ' rigoureusement à celui de 75 pour des rentes à 5 p. ^-^ mais comme dans le premier cas la chance de bénéfice sur le capital est plus forte, on ne peut guère évaluer les 5 p. I qu# 70 ; ce qui porte en résultat l'intérêt à 7 f p. ^ (*). Or, l'intérêt perpé^ tuel de 7 ^ rapproché de l'intérêt viager de 10 p. "I sur une tête , ou de 8 p. |^ sur quatre têtes, suffit pour défendre M. Necker de toute critique à ce sujet.

Du reste, si la spéculation des trente têtes semhloit rendre onéreux à l'état le calcul des intérêts viagers , elle contribuoit réellement à élever le produit des em-

C^) Dans les pays ou il existe des rentes perpétuelles à difTérens taux d'intérêts , on observe constamment que celles dont Tintérét est le moindre sont proportionnellement plus élevées que les autres. On peut s'en convaincre parle prix actuel des 3 p. | en Angleterre et en Amérique , comparé avec celui des 5 p. J dans le premier de ces pays , et des 6"^. | dans le second.

Clij NOTICE

prunts, en attirant les capitalistes étraijgers, et en facilitant les ventes et les achats ';de rentes. Cette vérité nétoit pas reconnue du temps de M. Necker ; peut-être M, Necker lui-même leût-ril misé en doute j mais il n'en est pas moins constant#aujourd'hui que, toutes conditions égales à ailleurs , plus le transfert d'un effet public est aisé , et plus cet effet a de valeur.

M. Necker, a-t-on dit, a fait des emprunts sans leur donner pour gage de nouveaux impôts ; c'étoit tendre un piège aux prêteurs, qui confîoient leurs fonds à Vétat sans avoir d'hypothèque assurée^Non , certes ; car s'il a libéré par ses économies une portion des revenus publics précédemment affectée à des dépenses superflues , où. étoit la nécessité de grever la France d'un surcroît d'impositions ? Il y a long-temps que Cicéron a dit : Optimum et in pris^atis familiis et in republicâ vectigal est par-cimonia. (*)

(*) Pour insister sur ce reproche , il faut n'avoir pas lu les actes de l'administration de M. Necler. Voici comment il fait parler le roi dans les. préambules de trois édits.

Êdit de novembre 1778^ portant création de quatre millions de rentes viagères : « Nous nous serions toute- « fois déterminés à mettre une imposition extraordî- « naire, dti moins )us(ju'à la concurrence de l'intérêt du

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SUR M. N£GK£R. cliij

En assignant , comme M. Necker Fa fait, le payement des intérêts de ses emprunts sur les fonds libres des impositions existantes , il a même rendu la condition des prêteurs beaucoup meilleure qu'en créant à leur profit des impositions additionnelles 5 car le produit d une taxe existante est connu , tandis que celui d une taxe nou-^ velle est incertain.

D'ailleurs les hypothèques spéciales, les

« nouvel emprunt , si d'après la connoissance que nous «c avons prise de la situation de nos finances , nous l'avions «< jugé nécessaire ; car nous envisagerons toujours comme * « une de nos étroites obligations , de ne jamais emprunter « sans avoir assuré l'intérêt des préteurs qui, se fiant à a notre justice et à notre bonne foi , nous dispensent de « recourir à des impositions proportionnées aux besoins « de l'état, et dont le poids seroit trop aggravant pour « nos peuples. »

Èdit de nos^embre 1 779. <« Les principes d'exactitude « et de bonne foi que nousnou^ sommes proposés , et que M nous voulons suivre constamment , nous auroient mis « dans la nécessité d'imposer une somme équivalente « aux intérêts de l'emprUnt que nous Venons de déter- « miner , si nous n'étions pas , des à présent , certains de « nous procurer une augmentation de revenus prbpor- «< tionnée et même supérieure , par l'arrangement pro- « cbain du nouveau bail de nos fermes générales. »

Édit de février 1781. « Autant nous avons à cœur de a préserver nos peuples de nouveaux impots, autant il « importe à notre justice de manifester le soin que nous « prenons de la sûreté des personnes qui , dans des cirt< constances difficiles y nous donnent des pireuves de leur K confiance. »

Cliv , NOTICE

ibnds consolidés , toutes les garanties de cette nature , offertes par les gouvernemens à leurs créanciers,. sont toujours illusoires entre deux contractans dont Fun est toutpuissant par rapport à l'autre. Les seules garanties réelles que le souverain , peuple ou roi , puisse donner aux individus , ce sont des principes d'ordre et de justice, et la publicité , qui empêche que Ton ne soit tenté de s'en écarter. L'observation constante de ces principes est aussi la seule règle à laquelle un gouvernement doive s'astreindre. Les engagemens qu'il prend envers ses créanciers , il faut qu'il les remglisse j mais si une taxe peut être remplacée par une économie , ou par une taxe moinsk onéreuse , il ne faut pas que le législateur s'interdise d'avance les améliorations , en affectant spécialement le produit de cette taxe à tel ou tel de ses engagemens.

Panchaud a prétendu qu'il avoit proposé à M. Necker de lui développer le système de l'amortissement à intérêt composé, plusieurs années avant qu'il eût été introduit en Angleterre , et il s'est plaint d'avoir été repoussé. Je ne puis rien affirmer à l'égard de cette anecdote. On ne sauroit contester à Panchaud du savoir et des idées en finances ^ mais le mauvais succès avec

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lequel il avpit géré ses propres affaires , inspiroit des doutes légitimes sur son aptitude à diriger celles de l'état : d'ailleurs aucun talent ne pouvoit compenser aux yeux de M. Necker des principes équivoques en fait de morale ; et si vune règle austère, à cet égard, peut exclure par hasard quelque conseiller habile ^ de quels bienfaits solides et constans n'est -elle ^as la source? Rien heureusement nest si rare que l'alliance du génie et de l'immoralité.

L'amortissement d'une dette perpétuelle, par l'effet de l'intérêt composé , est sans doute une invention ingénieuse, maïs elle ne mérite pourtant pas un culte superstitieux. Il n'y a point de miracles en fait de ^^ finances ; les gouvememens , comme -les particuliers, n'éteignent leurs dettes qu'en prélevant sur leur avoir une somme égale à ce qu'ils doivent en capitaux et intérêts; et si l'amortissement à intérêt composé est plus rapide qu'un autre, c'est tout simplement parce qu'au lieu de diminuer annuellement les charges de l'état d'une somme égale à l'intérêt de la portion de la dette qui a été rachetée, on conserve les mêmes impôts jusqu'à ce que la dette soit entièrement amortie ; mais les contribuables ne

Clvj NOTICE

payent pas moins dans une hypothèse que dans une autre. On peut même soutenir^ et M. Necker a développé cette idée dans Y Administration des finances y que la valeur relative de l'argent tendant à décroître, un amortissement plus lent est, dans le fait, moins onéreux pour les contribuables.

L'établissement d un fonds d'amortissement a deux objets , l'un de diminuer la dette publique , l'autre de retirer de la circulation les effets qui encombrent la place,, et d'en maintenir ainsi le prix à un taux plus élevé. De ces deux objets , le premier étoit obtenu sous M. Necker, soit par l'extinction naturelle des rentes viagères, soit par des remboursemens annuels : quant au second , dont je suis loin de contester l'importance, on doit reconnoî tre cependant que cette importance est moindre dans un pays qui emprunte seulement pour des cas extraordinaires , que dans un pays comme l'Angleterre , où les emprunts sont la ressource habituelle du trésor. Et d'ailleurs , en se rappelant les motifs qui forcèrent M. Necker à donner la préférence aux emprunts en rente viagère, on reconnoîtra aussi que la classe de prêteurs qui recherche ce genre de placement, attache beau-

SUR M. WECKER. civij

coup plus de prix au payement exact de ses rentes, qu'à la plus ounaoins grande valeur nominale du capital.

En terminant ces réflexions, je dois fixer l'attention sur les préambules dont M.Necker a fait précéder les édits d emprunts , et sur le ton de grandeur et de sincérité qui y règne (^). « Je n'ai lu qu'hier « les lettres patentes pour l'emprunt , »

écrivoit Dalembert à madame Necker, après la création de rentes qui eut lieu à la fin de 1778; « c'est le plus parfait ce modèle de l'éloquence législative, » Il ne sera pas inutile de donner aussi l'idée de l'effet que ces actes produisoient dans l'étranger. Voici ce que le duc de Richmond écrivoit à M. Necker, au commencement de 1779, après avoir fait, dans la chambre des lords , l'éloge de son administration :

ce II est certain, monsieur, 'que je suis « rempli d'adnjiration pour vos talens et « vos ressources. Je serois bien heureux que (^ la seule concurrence entre TAngleterre et « la France , fût pour l'imitation de l'exem- « pie que vous donnez, en rendant le prince •c et le peuple plus heureux par cette sage « économie, qui règle les besoins, anéantit

(*) Voyez Tome m, pages 1 à 36.

Civiij JXOTICE

« le pillage, et ne charge le sujet que du c( nécessaire , par les voies les naoins oné- « reuses. Vous ave:^ trouvé les moyens a d'établir ce système , et de l'exercer même c< en' temps de guerre. Je conserve ledit (( auquel vous avez donné lieu, comme un « monument précieux de ce que peut pro- (c duire le génie. «^

Je ne puis achever lesquisse du premier ministère de M. Necker sans rappeler quelqxies-unes des améliorations opérées par lui , dans les hôpitaux et les prisons.

Lorsqu'il entra en place , les hôpitaux de Paris présentoient le spectacle le plus hideux. A Bicêtre, de malheureux vieillards, atteints d'infirmités différentes, languissoient entassés jusqu'à neuf dans le naême lit, recouverts de linges corrompus. La plupart des hospices destinés à la vieillesse étoient dépourvus d'infirmeries, et lorsqu'un des infortunés renfermés dans ces tristes asiles étoit atteint de ruelque maladie aiguë, il falloit le transporter à l'Hôtel- Dieu, et le plus souvent on le voyoit mourir dans la route. Les infirmeries des prisons étoient si petites et si malsaines, qu'un médecin ou un prêtre osoit à peine y pénétrer.

Enfin, des prisonniers' de tout âge, de tout sexe, ou pour dettes, ou pour crimes, ou

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pour de légères contraventions , étoient souvent confondus dans l'espace le plus étroit.

La première démarche de M. Necker fut d'établir une commission chargée d'exami»ner les moyens d'améliorer les hôpitaux , et de recueillir toutes les lumières à cet égard. Bientôt après il pourvut à l'augmentation de leurs revenus , en les encourageant à vendre tous leurs inlmeubles, et à recevoir en échange des contrats de rente à 5 p, ^ susceptibles d'être augmentés d'un dixième tous les vingt-cinq ans. Il ordonna que les comptes annuels des hôpitaux de Paris fussent rendus publics. Il attribua aux hôpitaux des villes de provinces les bénéfices des croupiers intéressés dans les octrois de ces villes. Il fit construire des infirmeries spacieuses et aérées dans chacune des maisons dont se composoit ce qu'on appeloit à Paris l'Hôpital général. Il améliora la Conciergerie , et fit établir dans le Iqcal de l'Hôtel de la Force , de nouvelles prisons plus saines et mieux distribuées, destinées à remplacer le Petit-Châtelet et le For-l'Évêque. Il supprima dans le Grand-Châtelet les cachots pratiqués sous terre, « ne voulant pas, faic( soit-il dire à Louis xvi , que des hommes « accusés ou soupçonnés injustement , et

Clx NOTICE

ce reconnus ensuite innocens par les tribuce na^x, aient subi d'avance une punition <r rigoureuse par leur seule détention dans (f des lieux ténébreux et malsains* Notre « p^tié jouira même d avoir pu adoucir, a pour les criminels, ces souffrances ince connues et ces peines obscures qui, du (c moment qu'elles ne contribuent plus au <c maintien de Tordre, par la publicité et « par l'exemple, deviennent inutiles à notre « justice , et n'intéressent plus que notre « bonté. » Enfin, le dernier acte de l'administration de M. Necker, qui ne précéda sa retraite que de quelques jours , ce furent des lettres patentes pour l'amélioration de l'Hôtel-Dieu , en y appliquant les fonds abandonnés, ainsi que nous l'avons vu, par l'archevêque de Paris, et les offres gratuites faites par les fermiers et régis- ^ seurs généraux, après la signature des derniers traités.

Lorsque Ton parie des réformes salutaires opérées dans les hôpitaux et les prisons j le nom de madame Necker vient toujours se joindre à celui de son époux. Nonseulement elle partageoit ses travaux dans cette branche de l'administration , mais elle fut elle-même chargée par le gouvernement de la direction d'un hospice normal.

SUK M« NCGKKR. clxj

Cet établissement, fonde par ses soins charitables, et qui a conservé son nom, est le premier qui ait ouvert la voie aux amé-»

liorations que les hôpitaux de France ont dues et doivent encore chaque jour au zèle de plusieurs citoyens vertueux.: Depuis 1778 jusquà la révolution, madame Necker n a pas cessé de diriger cet hospice, et ni l'intérêt des affaires politiques, ni les distractions de la vie sociale, ni 1-étât chan-> celant de sa santé , ne Font. détournée d'en publier les comptes anni^ls, et d'en surveiller tous les détails avec une attention soutenue. '

Jj'hommage public rendu par M Neçker au secours qu'il avoit trouvé dans le zèle éclairé de sa femme , pour toutes les admi^ nistrations de: bienfai&anbe; cetlionimâge si mérité a été l'objet de beaucoup de sarcasmes. Peut-^tre, connoîssant la société parisienne , auroit-il dû éviter/ de prêter le^ flanc à ses plaisanteries sur cette, marque de tendresse conjugale; tuais il est si beau et si rare de rester sensible au milieu. du monde et des affaires ; et il y a tant de gens au contraire qui, par la froide étude des convenances , se croient dispensés de toute affection et de toute vertu ! On trou-

voit simple, en France, que les maîtresses

CÏxij NOTICE

des rois et de$ ministres disposassent des places y dirigeassent par leurs intrigues les affaires de Fétat, et vinssent solliciter pour leurs maris ou leurs amians , ce que ceux-ci auroient rougi .de solliciter pour euxmêmes : mais qu'une femme vertueuse s'associât à des eeitreprises bienfaisantes, qu'après s'être dévouée à ces occupations charitables, aiixquelles les femmes semblent spécialement appelées par la Providence, elle trouvât dans le suffrage public de son époox sa pins flatteuse récompense, cela devoit, en effet, sembler étrange au peuple des salons.

Quatre animées s'étoient écoulées, et la France jouissoit au milieu de la guerre , d'avantages inconnus jusqu -alors en pleine paix. L'ordre«toit rétabli dans les finances ; la guerre avait été soutenue avec honneur, sans acci^oitco les charges deis peuples^ le &Ort des provinces s'amélioroit par des administrations locales , et le gbuvernement coniniençoit à entrer sans setïoasse dans la Tronte tracée par l'opinion. M. Kecker voulut perpétuer quelques-^uas des bienfis^itâ de son administration ; il voulut trouver dans la publicité une garantie contre le retour des abus jil voulut que si la nation ne dis^^ posoit pas libirenae^it de sfcs richesses, elle

SUR M. NECKtn. clxiîj

put au moins en connoître Temploi ; il voulut asseoir le crédit sur une base plus solide , et hâter le retour de la paix , en montrant à l'Angleterre retendue des ressources dont sa rivale pouvoit encore disposer ; il voulut enfin^ car pourquoi le nier, trduver dans la reconnoissance des François le seul prix de ses travaux qu'il ambitionnât. Tels furent les motifs qui , approuvés .^ par Louis XVI, déterminèrent la publication du Compte rendu.

Il seroit difficile de donner une juste idée de l'effet inouï que produisit cet événenement sur une nation fatiguée des honteuses puérilités du règne de Louis xv, et dont lactivité demandoit à s'exercer sur des sujets sérieux (*). On vit avec admiration

(*) Je ne puis rappeler ici les témoignages sans noiU'» bre de respect et de reconnoissance que la publication du Compte rendu valut à M. Necker , de la part des différ€n5<*ôrps constituas, aussi-bien que des hommes les pi us éminens de lia France; mais une lettre du parlement dé Gi^enoble infe parbJt- mériter une exception , à cause du patriotisme sage et éclairé qdi anifnoit le Daupfiiné. '

€c Le parlement de Grenoble a \xi avec le plus grand u intérêt, le compte public que vous avez rendu au roi « de rétat de ses finances. Il a admiré un ministre qui a « levé le voile qui en couvroît Te mystère ; vous ave» i\ associé tous les cœurs françois â Votre administration , «t et ils font tous des vœux pour que , eticouragé par vos N succès et soutenu par TexceUènt prince qui nous gou-

Clxiv BTOTICE

le déficit comble , cinq cent millions empruntes pour les dépenses de la guerre, sans avoir eu recours à de nouveaux inapôts , la somme des revenus annuels dépassant de plus de dix millions celles des dépenses fixes , la comptabilité éclaircie , les prodigalités de la cour diminuées, le nombre et les profits des financiers réduits à de plus justes limites , les charges inutiles supprimées, l'impôt de la taille soustrait au caprice du conseil d'état, les impôts indirects classés dans un ordre plus régulier et plus économique, la vie rendue aux pays d'élection par l'établissement des assemblées provinciales, les restes du servage féodal abolis, le sort des prisonniers et des infirmes amélioré, par une bienfaisance éclairée. De si beaux résultats étoient peu de chose encore , ^ côté de ceux qui étoient indiqués pour l'avenir , et que les travaux

u verne , vous soyez à même de perfectiopner l'orfre et « l'économie que vous avez établis dans If s. finances.

« Ce t^poignage obtenu d'un corps destiné à porter « au pied du trône l'exacte vérité, est Téloge le plus (c sincère que vous recevrez de votre administration , et « la récompense à laquelle votre grande âme sera le plus « sensible.

« Le parlement désire tenir de votre main un exemu plaire du compte que vous venez de rendre au roi ; « son intention est de le placer dans ses archives , « comme un monument qui fera époque dans ce siècle, n

SUR M. NECKER. clxV

de M. Necker avoient déjà préparés, tels que la suppression des douanes intérieures , une répartition plus équitable de la gabelle, qui pesoit alors sur la France d'une façon si inégale, que le prix du sel varioit, suivant les provinces , depuis soixante francs jusqu a trente sols le quintal ; la réforme des droits d'enregistrement^ l'abolition entière du droit d'aubaine , etc. etc. (Voyez à cet égard le Compte rendu et V Administration des finances?) Mais un avenir si j*rospère n'étoit pas réservé à la France , et c'étoit déjà une espèce de miracle qu'un ministère comme celui de M. Necker, eût résisté près de cinq ans aux intrigues de tous ceux qui faisoient cause commune avec les abus.

Une sorte de pudeur m'empêcbe de reproduire les déclamations vides de sens auxquelles les ennemis de M. Necker se livrèrent contre la publication du Compte rendu; il seroit même difficile d'expliquer aujourd'hui comment on pouvoit sérieusement faire un crime à un ministre d'avoir soustrait les finances à cette obscurité ma-jestueuse dont les affaires d état veulent , disoit-on , être enveloppées. Si Ton raisonne selon le sens commun , les nations ont droit àconnoître l'étendue de leurs sacrifices et l'emploi dç leurs richesses j si l'on raisonne

dxvj NOTICE

suivant Fancien régime , la publicMioti du Compte rendu a ëtë permise, elle à été commandée par Louis xvi. Laissons donc de coté un reproche qu'on ne Sauroit réfuter sans faire injure à l'époque où nous vi^vons. Une critique moins dénuée de prétexte a été dirigée plus tard par M. de Galonné contre la forme même du Compte rendu y et je dois encore remarquer ici que c'est M. Necker lui-même qui , en instruisant ses ad Versailles , leur a fourni des armes pour l'attaquer.

Il y a deux manières de rendre un compte de finances , ^insi que le fait observerM. Necker (*) : lune est de mettre en regard l'universalité des recettes et l'universalité des dépenses de toute nature \ l'autre, que You reproche à M. Necker d'avoir adoptée , consista à soustraire des recettes brutes les changes assignées sur les différentes caisses, et à ne porter en recette, que le produit net, et en dépense que les sommes acquittées par le trésor royal. Nul doute que la première de ces méthodes nç soit préférable eu thèse génér^ile, et que ce ne soit celle à laquelle le législateur doive aujourd'hui astreindre les ministres* Ce

. (-**) Compte rendu, pag« lo. .. . i .;

SUR M. NECKER. clxvij

fut aussi celle que suivit M. Necker, lorsque, en 1789, il voulut donner à rassem*^ blëe nationale les moyens d'étudier à fond la situation des finances. Mais deux motifs puissans le dëterroinèrent à donner ^ jpour le Compte rendu , la préférence à la sis.conde. D une part, il importoit à la chose publique que la cdnôance due à ce compte fut établie sur des bases solides, et ce résultat ne pouvoit être obtenu qu'autant que les différens caissiers Seroient en état de vérifier l'exactitude de chaqfue article.

D'autre part , il importoit à M. Necker luimême que des déclara^ons signées en con-^ noissance de causé par les agens com|)ta-^ blés 5 lui donnassent le moyen d'éclaircir tous les doutes. Et en effet, s'il n'avoit pas eu la précaution de conserver ces pièces justificatives , il n'auroit pas pu confondre, comme il le fit quelques années plus taid , des attaques inspirées par Tétourderie au^ tant que par la mauvaise foi*

Nous touchons au moment où les 0nne7 mis dé M. Necker alloietit triompher. Les financiers ligués avec les courtisans^ trou-^ voient un appui chez M. de Maurepàs, dont l'inimitié contre M. Necker s'étoit accrue, en lisant le Compte rendu ^ et en y cher-^ chant «n Yain un éloge que la plus basse

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Clxvîij I^OTICE

flatterie auroit pu seule lui accorder. Mais des intrigues obscures ne suffisoient pas pour renverser un ministre soutenu par l'opinion de la France et de 1-Europe ; oa avoit besoin de manœuvres plus étendues , et l'on alla chercher de nouveaux auxiliaires dans les parlemens , dont l'union avec la cour devoit être fatale à celui que ces deux puissances, rarement alliées, attaqueroient de concert.

LeMémoire sur les assemblées provincia*les, confié sous le sceau du secret à un personnage de la cour, tomba entre les mains d'un M. Cromot , qèi avoit des prétentions en finances, et qui étoit devenu l'ennemi de M. ISTecker , pour avoir rencontré en lui une résistante' invincible à des demandes tout au moins fort déraisonnables. Il crut avoir trouvé l'occasion àe se venger. Le mémoire de M. Necker , destiné à combattre auprès de Louis XVI les objections à l'établissement des assemblées provinciales, tirées de leur prétendu danger pour la prérogative de la couronne, présentoit comme un des argumens en faveur de cette institution , l'espoir que l'autorité royale auroit moins à lutter contre les résistances désordonnées des parlemens, si Ton donnoit à l'opinion publique des oi^anes

STTR M. NECKEB. clxix

plus naturels et plus légitimés que ces cours souveraines. Il étoit facile de pervertir le sens de ce passage , et de faire accroire aux parlemens qu il ëtoit question de leur enlever le droit de remontrance (*).

(*) Deux lettres échangées au mois de juin 1781 , entre M. Necker et le premier président du parlement de Grenoble y jetteront du jour sur la retraite 4e M. Necker, et sur la part qu'y eut le parlement de Paris.

n Je fus chargé , il j a trois ans, par le parlement de u Grenoble , de vous féliciter sur le compte que vous <t avez rendu au roi , de l'état de ses finances. Il étoit dif- « ficile de prévoir que je vous écrirois aujourd'hui , eu « qualité de bon citoyen , pour vous témoigner mes re« te grets de votre retraite. Us ne sont pas suspects de la « part d'un parlementaire , dans les circonstances pré- « sentes. J'ai lu le Mémoire sur les administrations pro- » vinciales , que vous avez remis au roi , et qui est de-<> u venu public , dans lequel vous annoncez une opinion « peu favorable de l'esprit qui gouverne les parlemens. « Il m'a paru qu'elle n'étoit pas établie sur la connois- « sance e:xacte de ces compagnies. Le parlement de Grève noble a donné la plus forte preuve de son désintéres- « sèment et de son amour pour le bien général , en soli( licitant une administration provinciale ^ quoiqu'il préci vit que cet établissement diminueroit son autorité et H son influence dans les affaires publiques. Si les parle- <i mens ne se sont pas montrés constamment plus citoyens « que parlementaires , c'est la faute du gouvernement > u qui n'a pas assez veillé sur la composition de ces com* « pagnies.

« Cependant , si vous aviez le projet d'ôter aux compact gnies souveraines le droit de faire des remontrances , « vous auriez porté un coup funeste à la monarchie. Il u est évident que des assemblées provinciales, composées u de citoyens qui ne sont en place que pour un temps

Clxx NOTICE

Le Mémoire sur les assemblées provinciales fut donc imprimé clandestinement ,

<t limité , qui ont des vues ambitieuses pour eux ou pour m' leurs proches , ne sauroieut avoir une consistance assez u forte pour opposer une barrière aux entreprises in justes (c d'un ministre accrédité. Car , suivant le cours des évé- « nemens ^ à votre administration économe et éclairée , n il peut en succéder une despote et désordonnée , et le « peuple opprimé n'aura plus aucune voie assurée pour « faire parvenir ses plaintes au pied du trône.

K Malgré ces réflexions , qui ne sont pas en faveur de M quelques opinions contenues dans votre Mémoire , je u tiens le parlement de Paris pour atteint des imputations « que vous faites aux cours souveraines ^ s'il a cofitribué à <( vous éloigner des affaires. Il lui auroit été facile de les « détruire par des faits et par une conduite patriotique , « en conseillant au roi de continuer à se servir de vos « talens ^ et en vous forçant vous-même à changer d'o- « pinion à son égard.

M Mais vous, monsieur, vous devez vous justifier d'a- « voir cjuitté le poste qui vous étoit confié ; car si nos cor- « respondans nous ont dit Vrai , vous avez offert votre u démission , sans y être obligé par les ordres du roi. 41 Lorsque vous avez accepté la place que vous occupiez, ' u lorsque vous ave» exécuté les opérations qui vous ont « acquis l'estime du roi et la confiance de la nation , »f vous avea dû prévoir que vous seriez assis au milieu M des cabales et des trahisons, et que vous auriez pour M ennemis les intrigans , et tous ceux qui vivent aux dé- }> pens de l'état. Permettez-moi de vous le dire , un M. noble orgueil a décidé votre retraite ^ l'orgueil est le « défaut des âmes élevées; mais c'est un défaut. Si des » circonstances plus heureuses vous râppeloient au miu nistëre, vous devez l'accepter sans hésiter. Vous étiez « Tiécessaire pendant la guerre , vous serez encore plus « utile pendant la paix ; c'est l'espérance de la nation.

« Ces réflexions , ces conseils vous parottront extraor-»

SUR M. WECKER. clxxj

et distribué avec une extrême promptitude

à tous les membres du parlement de Paris,

« dinaires de la part d'un homme qui ne vous connoit « que par la renommée. Mais apprenez que tous les bons « citoyens partageoient vos peines et vos succès , et que >» nous sommes tous au désespoir de vous voir arrêté au « milieu d'une si belle carrière. »

Voici la réponse dé M. Necker :

te Je suis trës^sensible , monsieur , k la marque d'in- « térêt que vous m'avet donnée pat la lettre que vous « m'avez fait l'honneur de m'écrire , et j'y aurois ré- « pondu plus tôt, si je n'avois pas eu une maladie qui . « m'a distrait pendant près d'un mois.de touteotfcupation.

« Il n'est jamais entré dans mon esprit qu'il put être M du bien de l'état , ni même favorable à l'autorité , que « les parlemens fussent privés des droits dont ils jouissent, a et entre autres , de celui de faire des remontrances. On « a tiré du mémoire que je lus au roi , en 1778 , des conte séquences absolument contraires à mes intentions. Tout « occupé du désir de faire adopter les administrations « provinciales , ma pensée ne.se porta que sur ce qui pouce voit les favoriser , et détruire les objections qu'on leur « opposoit, lesquelles portoient presque toutes sur les « inconvéniens qui résnlteroient de cet établissement « pour l'autorité. Si l'on avoit bien voulu publier le mé- « moire que jç lus au roi , pour le déterminer à souu mettre l'augmentation de la taille k l'eoregistrement « des cours , Ton eût vu clairement mes principes sur les f( parlemens, sur la confiance qu'ils méritent, et sur « l'utilité dont ils sont an souverain , lorsque seuls ils « peuvent lui dire des vérités qui ne sauroient lui parte venir d'une autre manière. Mais toutes ces réflexions ic sont inutiles aujourd'hui; ceux qui ont répandu et M adressé au parlement de Paris le mémoire que j'avois te lu au roi en particulier, en 1778 , savoient bien qu'une (f opinion se prendroit sur quelques paroles, et qu'ils et feroient l'effet qu'ils se proposoient. Il n'y apasd'exen:^*

Clxxij NOTICE

et aux intendans dé province. L'espoir de M. Cromot et de ses instigateurs ne fut point déçu , et Tirritation du parlement ne tarda pas à se manifester par le refus d'enregistrer les lettres-patentes pour rétablissement d'une assemblée provinciale dans la généralité de Moulins j refus qui encouragea M. Guéaux de Reverseau , intendant de Bourbonnois , dans la résistance qu'il opposolt aux intentions bienfaisantes de M. Neaker pour cette province.

Depuis plusieurs mois, M. Necker se voyoit attaqué dans upe foule de libelles , tous favorisés ou publiés par M. de Maurepas , par Sainte-Foix , et par d'autres intrigans plus obscurs dont foisonnoient les maisons des princes. Ces libelles , distribués publiquement par des hommes sûrs de l'appui du premier ministre , excitoient

«I pie d'un pareil procédé , et il n'y a de plus singulier « encore que l'indifférence qu'on a montrée pour l'action « et pour la conduite de son auteur.

tt Je n'ai point à me justifier de ma retraite , puisque « je n'ai remis ma place qu'à l'extrémité , et après avoir « proposé les choses les plus raisonnables pour m'affermir (t dans l'opinion , et me donner les moyens de servir le <( roi. Mais on ne peut avec prudence s'expliquer davan- « tage , et je vous prie , monsieur , que cette lettre en- « tière soit entre nous ; 1& vôtre m'y a entraîné , et enu core plus lessentimens de reconnoissance qu'elle m'instt pire. »

SUR M. TTECKER. clxxHj

une curiosité passagère, qui, cbez les honnêtes gens 5 faisoit place au mépris. Si l'on pouvoit aujourd'hui relire sans dégoût toutes ces facéties grossières , toutes ces plates critiques , où l'ignorance se montroit à chaque ligne, on trouveroit peut-être que M. Necker eût mieux fait de les compter pour rien. Mais je dois à la vérité de dire qu'il en étoit affecté. Madame Necker avoit révélé l'impression qu'il recevoit de ces pamphlets, en s'adressant à M. de Maurepas , à l'insçu de son époux , :et en lui demandant, avec plus de noblesse de caractère que de connôissance du monde , de réprimer des libelles que lui-même faisoit répandre^ et l'op peut croire que dès lors les libelles avoient redoublé. Aujourd'hui que nous avons vu toutes les factions trk)n;ipher tour à tour , et que les hommes ûdèlês à l'amour de la liberté ont eu à essuyer successivement les injures lès plus opposées, il devient facile de, considérer la popularité comme ce qu'elle est, c'est-à-dire ^ comme une force dont* il faut profiter j quand on la riencontre sur sa route, «I qu!un homme de bien doit savoir dédain gner lorsqu'elle l'abandonne. Mais avant toutes les aberrations de ri>pinion dp&t nous avons été les témoins, op conço;»!

cTxïir NOTICE

comment la voix du peuple sembloit vraiment se confondre avec celle de la conscience 5 et comment un ministre qui aimoit la France avec passion , devoit re- • douter tout ce qui pouvoit porter la moindre atteinte à sa popularité. Cette popularité, d'ailleurs , nétôit pas seulement pour M. Necker le prix de ses travaux j elle étoît aussi son principal moyen de faire le bien, et la prudence même conseilloit de la ménager avec le plus grand soin.

Cependant il^voitdédaignédese plaindre deslibellesqui n'attaquoient que sapersonne -, mais un mémoire dirigé contre la fidélité du Compte rendu ^ par un M. Bourboulon, trésorier de M. le comte d'Artois, parut à M. Necker exiger une répression éclatante.

La charge que Fauteur reif>plis6oit auprès d'un prince de la famille, royale j poùvoit donner quelque crédit à ce itiéiïioire 3 et l'intérêt de l'état , oomme le soin de son propre honneur , faisment un devoir à M. Necker de confondre' la ca*onmie. 11 exigea donc que les rmpatistiion& dfe Bourhoulon fussent confrontées idôVatit un comfté de mëfribi^eis du c?cmseîl, avec les pièces Justificatives dii Compte renâu.Qet examen qui eut lieu çn présence detrois ministres , dont deux au moins étoienfi les^ennemis de

SUR M. NECKER. clxXV

, M. Neoker , (M. de Maurepas , M. de Vergennes, et M. de Miromesnil), ne laissa pas Fombre d'un doute sur l'insigne fausseté du mémoire. Après cela, il étoit naturel que M. Necker désirât qu'une marque non équivoque de l'approbation du roi le mît çn état de lutter avec succès contre 'les attaques toujours renaissantes de ses enne^ Df^is. Il demanda donc l'entrée au conseil , trouvant absurde, avec raison ^ que le ministre chargé de pourvoir aux dépenses de l'état, restât étranger à la discussion de ses intérêts politiques. M. de Maurepas, résolu d'avance à refuser là condition quelconque que M. Necker mettroit à conserv^er le ministère , lui répondit que sa religion étoit uxi obstacle invinciUe à ce qu'il prît séance au conseil, et en même temps il ne rougit p9$ de lui proposer d'en changer. M« Nec*^ jt«r, justeweot indigné , offrit sa démission* Cependant, pressé parles feintes in:stances de M. de Maurepas , pressé par sa propre conscience de ne sacrifier qui la dernière ^xtxéiaiii ràe place oii il se sentoit si nécessaire.^ il CQD^nût k renoncer à l'entrée au conseil,: et se bqmaià domand^r trom cboaes qui , diios la situation où. il se trou^' voit alors , étoieot devenues indispensaMe»

pour que ses plans ne fussent pas entravét

ClxXVJ S^OTICE ^

à chaque instant : l'inspection îles marches . de la guerre et de la marine par le ministère des finances , le déplacement de l'intendant de Moulins, qxii rësistoit ouvertement à ses ordres , et des lettres de jussion pour l'enregistrement de l'édit qui ëtablissoit une assemblée provinciale dans le Bourbonnois. Ces trois demandes ayant toutes été refusées , sur des prétextes égaletQcnt frivoles 5 mais avec une opiniâtreté également invincible, M, Necker ne pouvoit plus hésiter, et il écrivit à Louis xvi la lettre que voici :

« La conversation que j'ai eue avec M. de a Maurepas ne me permet plus de différer << de remettre entre les mains du Roi ma « démiiSSion. J'en ai l'âme navrée , et j'ose i< espérer que Sa Majesté daignera garder (c quelque souvenir de cinq années de trace vaux heureux * mais pénibles , et surtout (( du zèle sans bornes avec lequel je m'étoîs <c voué à la servir. ».

La reine qui , à cette époque ,:étoit atHâ'* chée à M. Necker, et qui 'â^rok peut-être sur les conséquences de sa retraite un de ces- instincts prophétiques dont l'imagination des femmes est souvent douée , le fit demander à Versailles , et le pressa avec instances de i^rendre sa démission. La

SUR M. N£GK£R. clxxvlj

conversation duroit depuis une heure ; le jour tomboit , et Tobscurité de Fappartement empêcha M. Necker de voir des larmes qui s'ëqhappoient des yeux de la reine.

i( Je dois rendre grâce à Tobscuritë , dit le « lendemain M. Necker, lorsqu'on lui âpre prit que la reine avoit pleuré en le quit- « tant y car si j avois aperçu ces larmes , j'y M aurois sacrifié ma réputation et mon « bonheur. >> En voyant quel empire les personnes royales avoient alors sur les cœurs , en se rappelant rattachement profond , sincère 5 que M. Necker , exilé trois fois par le roi , abandonné par lui dans toutes les circonstances importantes , a conservé jusqu'à la fin de sa vie pour ce malheureux prince , on ne peut s empêcher de faire un retour sévère sur le parti dont les fautes sans nombre ont détruit si rapidement un prestige d'amour , auquel les âmes les plus élevées n'étoient pas insensibles.

M./ Necker 5 en quittant le ministère, remit au roi un compte particulier dont son successeur reconnut la parfaite justesse , et duquel il résultoit qu'il y avoit cent quatre-vingt millions au trésor royal , en espèces ou en valeurs, que les fonds extraoïdinairesdemandéspour la campagne

clxXVÎij NOTICE

de 178 1 ëtoient rassemblés , et qu'il restoi* encore quatre-vingt-quatre rtiillîons dont la rentrée étoit assurée pour Tannée Suivante.

Tel est le récit fidèle de la retraite àe M. Necker. On peut consulter à cet égard les Mémoires de Marmontel , qui en donnent un compte assez exact. On y verm* que le vieux , le caduc Maurepas, attendoit révénement avec une impatience si folle , qu il n'avoit pas même songé au successeur qu'il devoit donner à M. Necker , et que ce fut le hasard <jui lui indiqua M. de Fleury,

Je voudrois maintenant pouvoir peii^re la sensation que cette retraite produisit en France et en Europe, les citoyens ^è touteîs les classes accourant chez M. Necker, pour lui offrir l'hommage de leurs regrets , la douleur et le respect exprimés dans les lettres des coiçorations et des administrations locales, les moindres allusions saisies au théâtre avec des transports d'enthousiasme j car déjà la puissance de l'opinion publique alloit croissant , et la cour , qui pouvoit encore la heurter, n'osoit plus étouffer sçs plaintes. L'on sait que plusieurs souverains, Jos^h n, Catherine , le roi de Naples , le roi de Pologne , proposèrent à M. Necker de lé mettre à la tête de leurs finances. Le

SUR M. N£CK£R. CIXXIJC

roi de Sardaigne disoit : « Je voudroîs que t< celles de mon royaume fussent dignes que « M, Neckw vînt les diriger » (*). Maïs il refusa toutes ces offres j car il aimoit la France comme une patrie, je dirois presque comme une amie de son choix.

Parmi les lettres innombrables ou , de la France et de 1 étranger, Ton exprimoit à M. Necker la douleur que causoit sa retraite , il en est une dont la naïveté touchante m'a paru digne de remarque. Elle est de Madame Louise , tante de Louis xvi.

Cette bonne princesse , du couvent des Carmélites oii elle est retirée , ne voit dans la démission de M. Necker que la perte qu'ont faite les pauvres. « Votre retraite , i< lui écrit-elle , me désole , ainsi que tout w le monde. Que vont devenir les mal- (c heureux ? L'infortuné N. , que je vous €< avois recommandé , ett est aux dernières ce extrémités ; il est en fuite , sans argent , « laissant quatre ou cinq enfans dénués de ce toute ressource , attendant avec impa* c< tience que la faim termine ses malheu- « reux jours, et tenté d'avancer de ses pro- — ■ > .

(*) Voyez les lettres jdeJî^npératrice Catherine et du baron de Grimm, ciléei dans l'ouvrage de ma mère-, sur le Caractère de M, Necker et sa vie prwée , et ^ans les Considérations sur la résolution frànqoise.

cIxXX NOTICE

« près mains ce déplorable terme. En quel « état, monsieur, avez -vous laissé les afw faires? quelle espérance y a-t-il pour Wi?

({ à qui faut-il que je m'adresse ? Et mon a pauvre grenadier, qui s'est blessé dans « les travaux de notre église , a-t-il perdu « sans retour les charités que vous lui faiw siez , en attendant que vous lui trouvasif siez une place ? Madame Necker a-t-elte ce aussi renoncé au soin des hôpitaux ? n'a- « t-elle plus le moyen de faire du bien aux « malheureux? N'avez-vous pas eu , mon- « siem* , quelque regret de laisser impar- « fait un si bel ouvrage , si bien commen- « ce ? Mais ce que vous n'avez pas fini ne (c nous empêchera pas de recorinoître ce u que vous avez fait. En mon particulier, c< je conserverai toujours tous mes senti- « mens pour vous et pour madame Necker.

« Je vous prie , monsieur, d'en être bien « persuadé. »

La réponse de M. Necker mérite aussi d'être conservée 5 la voici :

« Je suis bien sensible aux bontés que M Madame me témoigne. Ce n'est pas sans (c un véritable regret ,^nt je ne serai pas « sitôt guéri, que j'ai quitté une adminisw tration oii j'avois placé mon unique inté- « rêt , et que je me suis séparé d'un maître

SUR M, NECKER. cJxXXJ

n dont les qualités personnelles m'avoient « sensiblement touché. Je croyois n'avoir (t demande qu une marque de confiance « raisonnable , efficace , à mes yeux , au tf service du roi , et que des attaques de « tout genre avoient rendue nécessaire j « mais sans doute je me trompois , puisque « le roi ma refusé. Ce sera le malheur de « ma vie , et je ne trouverai pas de conso- . « lations suffisantes dans le souvenir de* « tout ce que j ai fait pour servir Tétat avec « un absolu dévouement.

« Le premier commis au contrôle-géné- « rai suivra l'affaire de N, auprès du nou- « veau ministre des finances , et je la lui c< recommanderai. Je ne puis plus rien pour « votre grenadier , madame 5 mais jusqu'à « ce qu'il ait un secours assuré ^ je le com- « prendrai bien volontiers dans mes petites « charités particulières.

w Madame Necker continuera son admiw nistration de l'hospice Saint-Sulpice , con- « jointement avec le curé de cette paroisse , « et nous donnerons tous les soins qu'on « nous pernaettra à l'achèvement des plans c< de bienfaisance que le roi a adoptés pom^ « FHôtel-Dieu, l'Hôpital général et les « prisons. »

Quelle noble simplicité respire dans

Clxxxij ^ IfOTlCE

cette lettre ! et que It douleur siocêre d'un hooime d'état vertueux, obligé de tenoûcer à raccon^plissemeiit de ses vues pour le bonheur de la Frauce j ae distingue bouQ-^ rablemeut de' cet aEoow ridicule de k re*^ traite et de la yie champêtre qu'affectent d'ordinaire les ministres disgraciés!

Ceux; qui , par leur situation , ont été à portée d« suivre la marche des affaires , et que l'esprit de parti i^b'a pas égarés ^ soat de J'avis presque unanime que si M. Necker fût alors resté en place y la révolution françûise n'auroit pas eu lieu ^ ou qi3^ du moins les grandes modifications dans l'ordre so-^ cial que l'état des esprits rendoitinévitaMes, se seroient opérées graduellement et sana secousses. En effet , on peut présumer que M. Neckerauroit hérité de l'empire deM.de Maurepas sur Louis xvi , et que l'autorité royale , dirigée par un homme qui )ugeoit l'état de l'opinion avec une sagacité admirable 5 auroit su accorder progressivement à la France tout ce qui fut bientôt conquis par la force.

Ce fut donc un grand malheur que cette retraite , et M. Necker , dont les scrut» pules étoient quelquefois poussés jusqu'à l'extrême , s'est long-temps reproclié d'avoir cédé trop tôt à un mouvement de fi^:té^

Digitizéd by VjOOQ IC

SUR M. NEGRER. clxxxiij

et de n'avoir pas mis aux pieds de la Fraiice toutes les petites insultes dont la cour Fabreuvoit. J'avoue que je ne partage point ce sentiment , et que la conduite de M. Neckep , en cette circonstance , me pareil avoir été la seule qu'il pût tenir. Sous un gouvernement représentatif, un ministre sûr de la majorité dans les chambres et dans la nation , peut mépriser les intrigues des courtisans, parce qu'il a toujours ^1 Hiain la force nécessaire pour en triompher ; mais telle n'étoit pas la position de M. Necker. Sans doute il étoit souteny par l'opinion publique , mais cetteopinion n'avoit poinrt d'organefs. Les parlemens , qui s'arrog^oient quelquefois le droit de la représenter , et qui se roidissoient contre elle toutes les fois qu'il falloit lui sacrifier quelques privilèges , les parlemens , dis-je, attaqaoient M. Necker (^). Le premier mi-

(*) On trouve ce passage original dans une réponse de Henri iv aux remontrances de la Chambre des comptes , concernant un ëdit qui créoit de nouveaux offices de receveurs : « Vous m'avez dit la charge qu'apporte cet « édit en mes finances , et que vous connoissez ma néces- «c site } mais vous ne m'apportez point de remède pour « m'en tirer , ni de moyen pour faire vivre mes armées. « Si vous me faisiez offre de deux ou trois mille écus « chacun , ou me donnassiez avis de prendre vos gages « ou ceux des trésoriers de France , ce seroit un moyeu

Clxxxiv NOTICE

nistre ëtoit son ennemi déclare ; parmi ses autres collègues , il ne pouvoit compter que sur le maréchal de Castries 5 les maisons mêmes des princes ëtoient Tatelier de tous les libelles qui se rëpandoient contre lui , et Louis XVI refusoit de le soutenir contre sa cour. Que pouvoit-il donc faire , si ce n'est de se retirer ? il le devoit à sa propre dignité ; je dirai plus , il le devoit à l'opinion nationale , qui étoit offensée en lui.

Ce n'est, jamais que sa démission à la main qu'un homme fier peut occuper une grande place. S'il fût resté ministre après un premier échec y l'arrogance de ses adversaires auroit redoublé; ses moyens de résistance se seroient progressivement affoiblis , et il auroit peut-être été obligé de quitter sans honneur un poste qu'il sacrifioit*alors avec gloire.

M. de Maurepas mourut peu de temps après , au mois de novembre 1781 , et il

« pour ne point faire d'édils. Mais vous voulearétre bien « payés , et pensez avoir beaucoup fait , quand vous « m'avez fait des remontrances pleines de beaux discours M et de belles paroles , et puis vous allez vous chauffer, « et faire tout à votre commodité. Car si seulement il y « a vacation , vous ne la voulez perdre pour quelque « affaire pressée que ce soit , et dites : Nous avons accou- « tumé vaquer toujours ce jour-là. 11 vous est bien aisé « d'en parler. »

SUR M. KECKER, clxXXV .

fut question alors de replacer M. Necker au ministère ; il fut question aussi de rappeler M. de Choiseul^ mais ces idées furent bientôt abandonnées , car les hasards qui amènent des hommes distingués à la tête des affaires , ne sont pas de nature à se reproduire souvent dans les gouvernemens absolus.

M, Necker, après sa démission , se retira à Saint-Ouen , et commença le grand travail sur les finances de la France , dont il avoît recueilli les matériaux pendant son ministère. Ce travail, auquel M. Necker consacra près de quatre années , ne fut interrompu que par des voyages aux eaux de Plombières , que nécessitoit la santé chancelante de madame Necker,

Dans un de ces voyages , M. et M°*® , Necker s'arrêtèrent à Montbard. Leur visite, attendue depuis long-temps par M. de Buffon 5 est assez caractéristique pour être racontée , et puisque la retraite de M. Necker détourne maintenant nos regards de la marche des affaires publiques , le récit de cette anecdote me sera peut-être pardonné.

Buffon vivoit alors dans sa terre , entouré dWe cour subalterne , oii la flatterie la plus obséquieuse lui étoit prodiguée , et oii ses moindres paroles, les moindres fragmens

clxXXyj JNOTICB

de ses écrits étoîent écoutés avec uiae admi-' ration souvent méritée, mais toujours de rigueur. Il travailWit à la lumière ^ dangt une espèce de pavillon d'oii il exclwit le jour 5 et àk la vue d'aucun ofej.et extérieur ne venoit le distraire. Là, suivant sa maxime c<Hinue , que le génie n'est que là patience , il méditoit ses descriptions, et arrondissoit à loi'sir ses périodes. « Je trace une première esquisse , disoivil , et je &is ce que cent écrivains en Ërarope saturoient faire ^ je copie , et j'obtiens un résultat auquel vingt pars^onoMS seulement pourroien*^ atteindre ; je recopie une seconde , i»ft troisième fois , et j'acliève eskfin ce d-on* Buffoa seul est capalJ^. >> Telle étoit sa façon de parler de lui-même. Malgré ce tidicuk y son caractère méritoit de Testime y et madame Necker avait liMue ^ra«de admiration pour son génie ^ et une grandie déférence pour ses jugemen$« Buf&îMst na négligea donc rien pour donner au séjour de ses hôtes à Montbard toute k solennité possible y et l'on ne saAiroit nier qu'il ne fit preuve de dignité , en recevant avec uaae distinction marquée un mânistre en disgrâce. Mais voici ce qu'il imagina. Il fit placer dans son salon trois immenses fauteuils de velours pour M. , M"^ çt M"*

SUR M. ir£GK£R. ClxXXvij

lîecker , un quatrième fauteuil moins élevé pour lui*-n3«me y et plusieurs chaises en cercle , où l€S gens de sa cour deyoient se placer , et écouter en silence les questions qu'il lui plairoit de traiter, M. Necker SDurioit de ces préparatifs ; sa fille , bien jeune alors ^ auroit mieux aimé des fau-* teuils moins majestueux , et un entretien plus animé ^ mais il n'y avoit pas i^yen de se soustraire à tant d'honneurs, et sur-* tout il valoit mieux se résigner à quelques jours d'ennui y qu^ d'abréger sa visite , et àa contrister un homme âgé. L'on sait que la conversa^tion de Buffûn n'étoit pas aa niveau de ses écrits, et que, sans avoir l'élévation qui fait le plus gr^ind mérite de son style , elle manquoit de naturel et de vivacité.

Dans l'él^ de 1784, M. Necker se rendît en Suisse^ poua: surveiller l'impression de YAdministradim des finances ^ dont deux éditions dévoient se publier simukanétnent^ à Lausanne et à Lyon. La prudence le vou* loit ainsi ; car il étoit à présumer quô M. de Calûnne , alors conirôleur-général , chercheroît à écarter un ouvrage qui , en rendant les finances populaires, devoit mul« tiplier les juges de sa déplorable adminis** tration.Le gouvernement fit en effet, dans

clxXXViij WOTICE

bette occasion, ce qu il a tant fait depuis; il irrita l'opinion par des demi-mesures de despotisme , et il n eut ni la force ni même la volonté bien déterminée de Tétouffer.

Les principaux libraires de la capitale eurent défense de réimprimer l'ouvrage , et ce ne fut qu'avec peine que Panckoucke obtint plus tard la peraiission tacite de le faire entrer à Pariis. Une réimpression en ayant été faite à Avignon , l'inspecteur de la librairie de Marseille donna ordre aux douanes de ne pas le laisser sortir des frontières du comtat. Mais toutes ces précautions, impuissantes contre l'inexprimable curiosité du public, n'empêchèrent pas que plus de quatre-vingt mille exemplaires de Y Administration des finances ne se répandissent en peu de temps-, succès inouï, surtout à une époque où la classe des lecteurs étoit bien moins nombreuse qu'aujourd'hui. Voici la lettre que M. Necker écrivit au roi en lui envoyant son ouvrage :

(c C'est avec une respectueuse timidité « que je prends la liberté de faire hom- « mage à V. M. , d'un travail auquel je me « suis livré dans ma retraite. Je ne savois , « en l'entreprenant, si je le rendrois public; « et quand il a été lîni , de grands motifs « ont fixé mon incertitude. Je supplie

SUR M. IfEGKER. clxxxix

(c V. M. de ne porter de jugement à cet « égard 5 qu'après avoir lu l'ouvrage en « entier. C'est dans sa manière calme et « supérieure de considérer les hommes et « les choses que je mets ma confiance ^ car c< je n'ai point laissé d'amis autour d'Elle , « quoiqu'il m'eût été bien facile d'en faire.

« Loin de tout, et n'aspirant plus à rien , c( c'est avec un sentiment pur et digne des « rares qualités de S. M. que je désire arec demment son approbation j et c'est avec « un cœur pénétré de sa grande bonté, que « j'ose au moins solliciterson indulgence. »

Une extrême difficulté de se décider par lui-même entravoit chez Louis xvi un sens droit, et de belles qualités morales, en le soumettant à l'influence de tous ceux qui l'entouroient. Cette influence étoit alors exercée par M. de Calonne; aussi le roi trouva-t-il mauvais que M. Necker eût mis la vérité au grand jour, au lieu de lui adresser des mémoires particuliers, qui seroient restés enfouis dans les cartons du ministère j et il se crut généreux en se bornant à faire défendre confidentiellement à M. Necker de venir à Paris, sans l'exiler par une lettré de cachet.

L'effet que produisit V Administration des finances est au-dessus de toute descrip-

CXC JVOÏJCE

tion : d'une extrémité de FEurope à Fautre , les hommes d état Fétudioient avec n^pect ; de vieux commis , des employés blanchis dans la routine, plcjuroient d attendrissement, en voyant présentées sous des couleurs si vives des questions qui ne s etoient encore liées à aucun sentiment moral dans leur cœur , ou à aucune idée générale dans leur esprit ; les littérateurs admiroient le style , si élevé dans certains morceaux , si ferme et si simple dans FensemWe de Fouvrage; les femmes mênie les plus étrangères aux questions de finances ou de politique , s'étonnoient d'être attirées par tant d'aperçus ingénieux et d'émotions généreuses. Plus de trente-cinq ans se sont écoulés 5 et Fouvrage de M. Necker forme encore la base de Fétude des finances françoiscs.

G'est encore à ce livre que Foti a recours , pour résoudre la plupart des difficultés, et pour découvrir la bonne voie. Sans doute, sur quelques points^ la science financière Fa dépassé, mais sur d'auti^es elle est restée ea arrière, et il est bien peu de perfectionnemens désirables qui n'y soient au moins indiqués.

Sous le rapport de l'économie politique aussi , on remarque un progrès très-sensible entre les premiers ouvrages de M. Nec-»

SUR M. MiiCKER./ CXCJ

ker et V Adndmstration des ^nances; soit que les vëritës publiées par Adam Smith fussent déjà devenues plus familières, soit plutôt qtie dix aianées de méditation et cinq de ministère eussent mûri les idées de M. Necker. Je ne saurois même disconvenir qu'il ne rendoit pas entièrement justice aux Recherches sur la ricJiesse des nattions, et je sais que Smith fut blessé de ne pas voir son ouvrage cité dans celui de M. Necker.

Les critiques de V Administration des fintmces sont tombées dès long-temps dans un oubli dont elles ne méritent pas d'être tirées. Oétoient, ^ur la plupart , de fades plaisanteries par lesquelles defe hommes incapables de comprendre l'ensemble de l'ouvrage s'efforçoient d'en persifler quelques détails.

On observa qu'en prenant pour épigraphe un passage du début de l'histoire de Salluste (*), il avoit omis ces vaoisiEtmihi reliquam œtatem à republicâ procul ha-bendam statui. En effet , il eut considéré comme un devoir de reprendre le minis-

(*) TJbi igiiur animus ex mullis miseriis atque périculis requiexnt , . . . . non fuit consiliiim tocordid aiqu^ desidiâ bomtm otium conierere.

CXCij ' ICOTICE

tère, si on Fy eût appelé : je crois même qu'il le dësiroit alors; car, à cette époque, la satisfaction de rentrer en place n auroit pas été troublée , comme elle le fut quatre ans plus tard, par le sentiment que le sacrifice entier de son être à la chose publique, allôit devenir inutile pour le bien de la France.

Depuis la publication du livre de M. Necker, jusqu'à son rappel en 1788, on peut dire qu'il y eut en France deux ministres des finances, celui de la cour, et celui de l'opinion publique. Tous les désirs, toutes Jes espérances de la nation se groupoient autour du nom de M. Neckerj on s'appuyoit de son opinion comme d'une autorité publique ; les parlemens mêmes , qui lui avoient été si opposé^ au moment de sa retraite , prenoient publiquement son livre pour guide. « Consultons, écrivoit le w parlement de Rouen à Louis xvi, au <c sujet de l'arrêt du 3o août 1784, consulce tons un ouvrage récent (Y Administration u des finances ) honoré des regards de V. M^ « et des applaudissemens de la nation , once vrage patriotique, qui ajoute encore à la « haute idée que l'auteUr avoit donnée de « son génie, et qui manifeste avec éclat « toutes les ressources de la France. »

L'unique objet de cette notice étant db

{ SUR M. KEGKER. CXCUJ

retracer les principaux événetnens de la ' vie de M. Necker, je n'ai point à faire Thistoire des fautes commises en finances par les deux parlementaires qu'il eut pour suc- ^ cesseurs, M. Joly de Fleury, et M. d'Orxnesson. Je ne suivrai pas non plus M. de Galonné dans le cours de l'administration la plus dissipatrice qui fut janiais; je dois ïiie hâter d'arriver au moment oîi , après avoir épuise, par des emprunts exorbitans, en pleine paix , le crédit que M. Necker avoit su relever et soutenir au milieu des dépenses de la guerre , M. de Galonné se vit obligé d'exposer la détresse des finances devant une assemblée de notables , et de demander des sacrifices à ces mêmes courtisans auxquels il avoit livré les trésors de l'état.

Depuis six ans le Compte rendu étoit abandonné à la discussion générale ; ce compte étoit présenté sous une forme qui en rendoit l'examen facile à tous les financiers, et cependant, entre tant de gens parmi lesquels M. Necker comptoit de nombreux ennemis , il ne s'^toit pas encore rencontré un contradicteur dont l'opinion eut la plus légère importance. Tout à coup le bruit se répand que , dans son Discours pour l'ouverture de l'Assemblée des no-

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