SUR M. NECKER. CXCV
(t assuré M-*le maréchal de Castries que Je v « uavois nulle envie d*attaquer le compte ce que vous avez rendu au roi , en 178 1 , et « que j'éviterois d'en parler. Vous voulez u que ^i j'ai des doutes , je les éclaire en i( vous les communiquant 5 mais je n'en ai <c point; le travail que j'ai été obligé de» « faire m'a fourni des preuves incontesta- « bîes^ Le roi ayant voulu prendre une « cdnnoissance approfondie de la situation « de ses finances , j'ai dû, pour remplir ses « intentions 9 lui rendre compte du déficit' i( annuel, de ses causes, d^ son origine et i( de ses progrès, depuis le moment de»
i< son avènement au trône jusqu'à présent. •- « J'en ai formé le tableau d'après les coinp-» « tes effectifs de chaque année, qui , seuls, ce peuvent faire connoîtiie la réalité; et si^ ce je n'ai pu dîssimulerau rôi qu'ils ne s'ac-^^ ce cordoient pas avec lesétais de situation > <e qui lui avoient été remis à différentes^ ce époques par les ministres de ses finanofô, ce loin d'accuser aucun d'eux, d'avoir man- <e que dé soin dans la. confection de ces»
ce états, j'ai expliqué à S. M. ce qui rend ee très-difficile de faire une application juste ce et distincte des recettes et des dépensfes» (e pour chaque année , de former des étâX9' a de situation tels qà'ils piuissent cadrer-
CXCVJ KOTICE
« avec les comptes effectifs qui se rendent « postérieurement, et de présenter une cf balance exacte pour une année ordi- « naire. »
« Je dois, répondit M. Necker à cette « lettre si pleine de suffisance, me conten- « ter des assurances que vous avez bien ce voulu me donner relativement à Fasu semblée des notables 5 mais je ne puis t( être indifférent à ce que vous me dites i( d une*discordance générale entre les états « fournis au roi par tous vos prédéces- « seurs , et ceux que vous lui avez présentés, « puisque cette assertion comprend néces- « sairement le compte que j'ai rendu au i< roi en 1781. Vous n avez, monsieur^ c< pour arriver à la vérité , aucun moyen u que je n aie eu , et dont je n aie fait usage ; « et comme j'attache un prix infini à avoir M justement obtenu et la confiance du roi a et l'estime publique, permettez -moi de « vous confirmer la proposition que je vo;ds « ai faite 5 ou , si vous persistez à ne vàur a loir point discuter l'exactitude du Conipte « rendu y je vous offre, avec bien moins w d'avantages de situation que vous n'avez, fc monsieur , de discuter vos propres cal- <f culs 5 et je ne crains point d'assurer d'à- (f vance que si les bases dont vous avez
SUR M. ITKCKER. CXCvij
fc fait choix sont justes , et si les dépouillece mens qu'on a faits par vos ordres sont a exacts^ les résultats de votre travail de- « vront s'accorder avec le mien. Observez, <c monsieur, que c'est uniquement la partie « de vos; comptes relative à mon adminiu stratioQ , que je vous proposerois de me « comixiuaiquer, époque qui ne peut rien te présenter dont je n'aie déjà connois- « sance. »
M. de Galonné laissa cette lettre sans réponse 5 et trois semaines après ^ par un raffinement d'impertinence^ il envoya à ML Necker un exemplaire de son Discours à l'Assemblée des notables , en l'accompa* gnant d'un billet où il se faisoit valoir de n'avoir pas prononcé le nom du Compte )renduy qtioique dans le fait il l'eût désigné et attaqué à chaque ligne*
Ce Discours offre une lecture fort curieuse. M. de Galonné commence par faire 4111 tableau pompeux, des bienfaits sans nombre que la France doit à son admi-* nistration , et de ceux qu'il lui prépare pour l'avenir. 11 se complaît à mettre en parallèle l'économie aimable dont il se pique , cette économie facile sur toutes les choses qu'il appelle de peu d'importance, avec l'économie austère de M. Necker , qui
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rebutoit toutes les classes de demandeurs.
L'économie qui dissipe les trésors de l'état -est , eu jÉîffet , d une nature IrèsJifférente de .celie qui les aménage , et l'oti ne tarde pas à s'en apercevoir, iquatid'y après ce préambule, M. deCalonneaxriVqau triste aveu fque/les dépenses fixes surpassent d'une :6omtne énorme les revenus owdinaires 5 •m^s il ajoute que l'origine de ce déficit est antérieure à son administratioi*,. et quHl ^'a pas cesse de s?accrbhre 4Ïeptiis iPavénexnent ^ç Louis xvi; enfin il propose, pour remédier à I9 pénurie des finàmcés, diverses ressources phis ou moins bien combinées, dont les principales élbient' l'impôt du timbre , et une subveritiôn territoriale , en liialiire ou en argent, répartie sur tous ks hâbitans de la France, saps^d^tînïDtion de classes. L'abolition des privilèges^ ea Hidtilère d'impôts j étoit, ili est Vrai, le sneilleuf* moyen; de rétablir^ lés. finamoes , mais ce n'étoit pas d'une assembléeli^oiiiposée j^res [UOiemièrement de privilégiés qu'qn pouvoit attendre cette réforme 5 et d'ailleurs , celu»i 4e tous les* boïnmes qui ée^ yic^t le moins se flatter de^obtedii^ , c'étoit le 'ministre même éont tes ft>tles prodiga-^ lités^avoient amené Ife dékbpeniëjQit de la fortune publique.
SUR M. NECKER. CXCÎX
Devant FAssemblée des notables , M. de Calonne avoît évité d'indiquer la somme à laquelle selevoit le déficit; maïs au grand comité qui se tint chez Monsieiit, il se prononça plus nettement , et déclara que le dëfifcit étoit de rioà ii5 millions, et i voici comment il expliquoit ce déplorable résultat :
Depuis 1776 jusqu'en 1786^ il avoitété ëmpruûléydisoit-il, i25o millions, dont 440 appartenoietit à Tadmîtiistratiôn de M. Neckér. En 1776, le déficit annuel ctoit, selpn lui, de 87 millions; les éinprùnts idie 'M'. Necker Tavoient accru de 40 millions , mais en méêttïé temps ce rninîstreavoit augmenté les revenus de fétat de ï6 à 17 milKoiis , d'où il résultoî^t qu'à sa retraite le déficit mràtotoit à 56 ou 60 ùïîHi'ôns! Quelque temps après M. de (Jalonne âHa plus loin eticôre , et prétendit qu'en r78r le d^cit étdit réellement ^e 70 millions. Or, commeïe CùmptÈreïtân ànnonçôît'un excédant de lo rtiiiïioïis des recettes sur les dépenses , Fassertîon de M. de Calomie supposait de là part 'iié M. Necker une étféuï- de 66 niilliôlos,* dans une îiypothësë, où de 8b datts une autre. Nous verrons bientôt comment M. Necker réduisit à leur juste valeur ces
ec NOTICE
prétendus calculs qui, dès lôrs , eurent de sévères critiques à subir de la part de plusieurs membres de l'Assemblée des notables, et en particulier de l'archevêque de Bordeaux, M. de Cicé, qui, plus tard, devint le collègue de M. Necker dans le ministère.
K Rien ne peut égaler , dit M. Necker (^), (c l'agitation dans laquelle j'ai vécu depuis ce la lecture du discours de M. le contre- « leur-général. Excité^ retenu tour à tour « par toutes sortes de considérations, j'héw sitois sur le moment où je devois à tout i( prix publier ma défense, lorsque j'appris « la dénonciation précise faite par M. de u Galonné au grand comité des notables y « tenu chez Monsieur, frère du roi; et, « ^nimé par l'espoir de pouvoir être en-^ (( tendu dans les mêmes lieux où mon ada ministration ayoit été si outrageusement H inculpée , je pris la liberté d écrire au roi « la lettre suivante :
«c Je supplie V. M. de daigner lire la cor- « respondance dont je joins ici une copie.
<( V. M, verra tout ce que j'ai fait pour « prévenir que M. de Galonné,, par aveu- « glement pu par un mouvement de pa£H
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(♦) Mémoire d'uvril 1787.
SUR H. irSCKER. CCJ
« sion contre moi , ne se rendît coupable « d'une injustice éclatante , et ne me conte traignit de cette manière à sortir de ma « vie paisible et retirée, pour me livrer à ce l'agitation d'une défense publique. Tous « mes soins ont été inutiles; M. le contrôc( leur -général n'a pas. jugé à propos de a s'éclairer j il n'a jugé à propos d'entrer i( en aucune explication avec fnoi , ni avec (( M. le maréchal de Gastries, et, par un « contraste inouï , il s'est permis cependant « d'annoncer à l'Assemblée des notables w qu'il y avoit en 1781, époque du Compte (c rendu, une difTérence immense entre les « revenus ordinaires et les dépenses ordi-- « nairesdeV. M.
a M. le contrôleur-général vient de con- H firmer la même assertion dans le grand u comité qui s'est tenu chez Monsieur , et « il a, de plus, donné à cette assertion « une consistance précise, en articulant « que la différence étoit de 56 millions en « déficit*
a Je serois l'homme du monde le plus (c digne de mépris , si une pareille inculpa- <c tion avoit le moindre fondement. Je (f dois la repousser au péril de mon repos « et de mon bonheur, pt je viens supplier w humblement V. M. de vouloir bien me
CCÎj WOTICE
« permettre de paroître devant mon accuc< satèur public, ou k TAssemblée générale i< des notables , ou dans lé^ grand comité i( de cette assemblée, et toujours en prét< sencede V. M. La scrupuleuse éqtiité du « roi lui persuadera sans doute que ma u justification ne peut ^tre ensevelie dans « robscurîfcé^, laujourd'hùi ^^ue les asser- V c( tions injurieuses de M. de Câlonne' soiit
« répandues par toute rEui*ope.'.
« M. de Calbnne , en atta(^;âîit par de sîm- « pies assertions^ un c&mpié îpùHic , appuyé f( de pièces" 'justificatives y. 'à là bonté de << ni'èfjfrir pour issué^ !es eri*;ètlrs dont PKu- (t maûrté e^t ^uisceptiMe ; mars je n^açcépte i< point cette retraite. Je n aurbîs pasrottgî, if si', centime hïa persuasîbtr, je lii'etois *(c trompé de trois ôu quatre liiiliions dans -w le compte Sèi» 'finàricfes* dû pfttâ gr^fud H monarque âe fEttt&pëyet; énsàppbâaii^ c< que tel eût été ïe tiéiuîîk'ées^^V^ « de M. le eoritrîôliêtir- gênerai , j'aurbffe H avoué sans honte les erreurs qu'on tti'aiiw roit fait a^èi^cteVœf, et j^rtois eu ràiîion K peut-être de pieii^er' que sortir ainsi d*uà a examen feit avèd des dispositions si "peu « fàvoi^abïes , c'étoit acquérir une nouvelle W preuve die* niés soins et de mon attention « dans la formation du compte de 17&1.
SUR M. ]f£CK£R. Cdij
'ccMais Tadministrateur 4^s finances le « plus igncœant et le plus léger ^ cjui se <( troniperoiti^<non de 5o à 6b millions^ ^ coiQnie ose le dire M. de ^Calonne^ mais s< dunesomine infiniment moindre y seroit •«à coup sur un malhonnête homme. Je «me crois souille, en arrêtant un moment c( 'mon attention sur une semblable image.
« Sire 5 je vous ai bien servi ^ cependant k' Tàmour que vous. avez pour la justice. et « la protection que vous accordez aux opi< primes , sbnt les seuls titres que j'invoque w en cet instant. »
; Quelque foiidëes que fusisent t$s plàintef; expHmées dans cette lettre ^ quelque inté^ rêt qu eût le i^oi lui-mê»ie à constater Texactitudé d'un oori>pte qui a voit reçu sa saiïctien de la manière la plus authentique^ la demande de M. Necker fut refusée , et dès lors il ne Ivii fut plus permis* d'hésiter à prendre l'bpinion publique- pour^ fu^^* U técrivit doi»c j au mois d'aVril ï 78^; , un Mémoire où toutes les asssertions de M. de Gaibnne. sont pulvérisées. ••
Ce Mémoire com^mencé par rappeler que le déficit sous M. êùeChif^ étoh de ^4 millions , et non. de 3^7 •, ensuite y avertissant M. de Galonné qu'il se trompe au détvi-^ meurt du sy^tènie d'accusation qu'il a élëVé
cciv iroTiciz
contre le Compte rendu, M. Necker lui déclare qu'il a emprunté 53o millions y et non 44^9 il 1^ déclare aussi que les 53o inillions ont produit dans les charges an-^ nuelles un accroissement de 4^ millions^ iCt non de 4û : « Car, ajoute-t-il , en déve- « loppant moi-même le plan d'attaque de «c M. de Calonne, je ne dois pas profiter de « ses erreurs. »
,Pour faire face à ^4 millions de déficit antérieur, et à 4^ millions de charges an«-> nuelles, il falloit une augmentation de 69 millions dans les revenus, M. Necker prouve que les économies permanentes djaes à son administration se sont élevées à 84 millions , somme plus que suffisante pour couvrir une somme de 69 millions , en supposant même que quelques articles dé recettes fussent susceptibles de légères réductions.
Après avoir montré la liaison entre le compte de M, de Clugny et le Compte rendu, M. Necker entreprend de faire voir aussi le rapport qui existe eub^ le Compte rendu et Tétat des finances présenté par M. de Galonné lui-même. Pour cela, il forme d'une part le tableau des augmentations de revenus obtenues depuis 1781 , et il trouve qu'elles montent à 80^200,000 fr.
SUR M. rrECKEA. CCT
H forme d'autre part le tableau des augmenta-^ lions de charges survenues depuis la même époque , et qui s'élèvent à igi^goo^ooo fr.
Prenant la différence entre les deux sommes 5 il trouve qu'elle est de i u millions^ c'est-à-dire, précisément égale au déficit annoncé par M. de Galonné. D'où il résulte avec évidence que ce déficit est en entier l'œuvre des six années qui çé sont écoulées depuis Ja publication du Compte rendu.
Enfin 5 pour achever de mettre au gran^ jom- l'étourderie deison antagoniste,M. Necker démontre que les emprunts faits depuis 1776 jusqu'à la fin de 1786 se sont élevés à 1 ,5765000,000 f. , au lieu de i ,25o,ooo,ooo f. annoncés dans le Discours du contrôleurgénéral , et que par conséquent M. de Galonné a fait sur cet article une erreur de plus de 300,000,000 fr.
Tel est le sommaire d'un écrit où la sécheresse des questions financières est rachetée par des vues élevées d'administration, et où se montre à chaque ligne la noble fierté dun homme de bien qui rougit d'être obligé de descendre dans l'arène contre un adversaire indigne de lui. Ge Mémoire, lu avec avidité par lés notables, ne laissa aucmi doute dans leur esprit.
Gependant le roi, instruit queM. Necker
ccvj irOTlCK
préparoit une réponse aux inculpations dé M. de Galonné 5 lui avoit fait savoir indi-i rectcment qu'il en blâmoit la publication y mais que d'ailleurs il étoît convaincu de Texactitude du Compte rendu, et que son approbation devoît suffire. « Dans le;5 gou- K vernemens arbitraires, les rois, même w. les meilleurs, ont de la peine à compren- (c dre rimportance que chaque homme « doit attacher à l'opinion publique. La a cour leur paroit le centre de tout, et ils i( sont eux-mêmes , à leurs yeux , le centre « de la cour (*)- » C'étoit trop de refuser à M. Necker un moyen officiel de combattre son adversaire , et de lui demander encore le sacrifice de sa réputation ; aussi ne se crut-il point tenu d'obéir à l'injonction du roi , et , en publiant son Mémoire , il écrivit à Louis XVI la lettre que voici :
te Je tombe aux pieds de V. M. pour la <f supplier de ne pas désapprouver le parti « qne j'ai pris de défendre mon honneur « et ma réputation ; ce sont des biens plus « chers que la vie. Le roi , souverain pro- « tecteurde la justice, daignera, je l'espère, (( considérer dans sa bonté la position ex- (1 teéme à laquelle j'ai été réduit , malgré
(*) Considérations »ur la Révolution françoise.
SUR M. nëckër. f ccylj ,
« tous les efforts que j'ai faits pour éclairer . 4€ M. le coutrôleur-général , et pouy prçve-\, « nir ainsi son attaque outrageuse et pu-^> « blique. Que lui çn aurait-il coûté cje> cr m'entendre avant de nl^aecuser? que lui ce eu auroit-il coûté de rapporter ensuite> « mes observations à V. M. ? G'étoit tout, « ce que je souhaitoiç j c ëtoit tout ce que je H demandois. J'ëtois bien sûr que V. M. , « en se faisant rendre compte des objections « de M* le contrôleur-général et de mes, ce réponses 9 auroit prompten^^t distingué ce la vérité : m^is il a plu à M. àjd Galonné ce de rejeter cette manière de procéder , si « ^imple et si raisonnable , entre deux serce viteurs du miênae maître. Il a mi^ux aimé c4 que la France et^ la postérité fussent téec moins de son inj.uste accusation.
ce Le cœur magnanime de V. M. Favercc tira sans doute qu'il étoit impossible que ce je. restasse sous l'affront inouï que j'ai ce reçu ) il ét<)it impossible que je laissasse* ce en doute si j'avois pu être capable de ce tromper le meilleur, le plus vrai , le plus ce loyal des princes ; et si j etois insensibles ce à une pareille situation, je pae montrece rois indigne des bontés dont V. M. m'a ce honoré. Vous jugerez, Sire, après la lecc< ture de mon Mémoire, si M. de Galonné
ÇCVllj " KOTICE
c( a été injuste envers moi j et cependant , « V. M. verra que, blessé, offensé autant ce qu'on peut Têtre, jai conservé, en me ce défendant , la modération la plus parfaite, u et que je ne me suis jamais écarté un mocc ment de l'objet qui devoit m'occuper uniic quement.
« Je réclame avec instance la bonté de (c V. M. , et ses nobles vertus , gravées au « fond de mon cœur, m'inspirent une ence tière confiance. »
Ce fut le 1 1 avril 1787 que parut le Mé* moire de M. Necker; et, deux jours après, il vit arriver chez lui M. Lenoir, lieutenant de police, lui apportant une lettre de cachet qui Texiloit à vingt lieues de Paris. (*)
Du reste, M. Necker trouva dans les té-
(*) Tant de personnes ont entendu parler de lettres de cachet , sans en avoir lu , qu'on sera peut-être curieux d'en voir un échantillon.
« Mons. Necker , je vous fus cette lettre pour vous « dire qu'a^ussitdt qu'elle vous aura été remise , vous ayez « à sortir de la ville de Paris , et à vous retirer dans le « lieu que vous choisirez , à la distance au moins de vingt « lieues de ladite ville ; vous enjoignant d'instruire le « sieur baron de Breteuil , secrétaire d^état y du lieu que « vous aurez choisi , aussitôt que vous y serez arrivé , et K vous faisant défense d'en sortir jusqu'à nouvel ordre. <t Si n'y faites faute , à peine de désobéissance.
« Fait à Versailles , le i3 avril 1787.
« Signé LOUIS , « et plus bas ^ le baron de Breteuil. m
SUR M. NEGKER. CCÎK
moignages d'affection et de respect qu il reçut en cette occasion , de quoi se dédommager amplement des inconvëniens d'un exil. Pendant les vingt^juatre heures que durèrent les préparatifs de son départ , il eut la visite de tout ce que Paris renfer- Hioit de plus marquant , et entre autres celle de Tarchevéque de Toulouse , qui aspiroit à remplacer M. de Cçtlonne, et à qui l'intérêt même de son ambition dicta cettç démarche-
Ma mère, en racontant ces événemens , met en contraste la douleur et l'indignation qu'elle éprouvoit avec le calme que conserva son père. Il est certain que M. Necker , loin de garder le moindre ressentiment contre Louis xvi , a souvent cite comme une preuve de sa bonté la courte durée de cet exil (*), motivé par une sorte de désobéissance ; et les lettres qu'il éorivoit à sa fille, pendant son absence de Paris, nnontrent une âme également exempte d'amertume contre la cour et d'enivrement de sa popularité.
L'on sait de quelle manière M. de Galonné fut renvoyé. Louis xvi , voulant enfin
(*) M, Necker eut , dès le 4 juin 1787 , la permissioa de revenir à Paris.