‹ Notice sur M. NeckerChapitre 9 sur 12 · CCX NOTICE · texte numérisé non relu

CCX NOTICE

connoître la veritë sur le déficit, aroit ordonne à ce ministre d écrire à M. Joly de Fleury , successeur immédiat de M. Necker, et de lui demander une réponse catégorique sur l'état oii il avoit trouvé les finances en 1781. Cette réponse ayant confirmé la parfaite exactitude de toutes les assertions de M. Necker, M. de Calonne inventa mille prétextes pour se dispenser de la communiquer au roi 5 mais M. de Fleury, prévoyant ce manège , avoit adressé une copie de sa lettre à M. de Miromesnil , qui n aimoit pas M. Necker , mais qui détestoit M. de Calonne. Cette lettre fut remise au roi, dessilla enfin ses yeux.

M. de Calonne fui ^-.v Hué, et renvoyé de France; mais, en tombant, il eut encore le crédit d'entraîner M. de Miromesnil dans sa chute. (*)

(*) Voici comment s'exprimoit la Cour des aides de Bordeaux , dans une lettre adressée au roi , à l'occasion du renvoi de M. de Calonne.

n SlRE^

n La gloire de l'état et le bonheur de vos peuples « formèrent l'objet, des premières opérations de votre « règne ; vous aviez ramené les beaux jours de la moq narohîe ; la France voyoit avec enthousiasme son « maître devenu le médiateur des rois , le prolecteur des « nations, et l'espoir de l'Europe contre un ennemi « commun.

u L'élévation subite d'une marine formidable , les

SUR M. X7ECKER. ^ CCXJ

M. de Galonné, aussitôt après sou arrir vée en Angleterre, se mit à Vœuvre pour répondre au Mémoire de M. Necker. Il

w puissaos secours accordés aux colonies , un plan d'ad- « mtnisfratioii sage et profond , l'ordre rétabli daris lés « revenus de l'état , les abus de la finance corrigés , ses « profits excessifs resserrés dans de justes bornes , le cré- « dit national porté à son plus ^haut point ; tous ces « avantages assuroient à la nation une prospjérité qui «répandoit un enchantement, universel. Au milieu, de « la gloire qui vousenvironnoit , votre tendresse pour Iç « peuple ne put être distraite ; la déclaration des tailles , « les rëglemens des prisons et des . hôpitanx , sont des « monumens précieux qui pronvoient que. parmi les « soins et les troubles de la gueçre, V. M. fut plus tou- « chée du désir de soulager les maux de l'état , quesen- « sible'à l'ambition d'en 'étendre les limites.

« Une 51 belle aurore s'est cpnyertie en un jour téné-r « breux. Y. M. , abusée , ^loigna du maniement dei (c affaires un homme sage , amoureux' du bien public, « et lui substitua un ministre connu pat sa. profondé 4c corruption. Des lors une injQluence fatale dirigea toutes « les opérations : de^ emprunts exorbitaris , des altéra- « tions désastreuses dans les mon noies , les domaines dé a la couronne aliénés par des conventions frauduleuses ^ « les propriétés particulières attaquées, mais sauvées par H la généreuse fermelé.de vos magistrats, Jeyinrenij des f( ressources familières. Pour comble de malheur , * des «traités de commerce ruineux, des infidélités daa^ « l'administration des finances, également étranges et «< par leur nature et par la qualité des coupables, livroient « à rétranger la richesse nationale.

« Ces abus inouïs perpétueront le souvenir de cet ad^ « ministrateur , et prouveront à jamais que le bonheur « des peuples tient au ctoix des minisires , puisque , « sans eux , les rois ne conserveroient que le vain désir «{ de rendre leurs sujets heureux, n. '■ . ^

CCXij WOTICE

ëtoit 43Conclé, de Paris, par des hommes dont l'esprit ëtoit plus estime que le carac* tère 5 et que Ton dësignoit alors sou5 le nom. de Comité Colonne. Mirabeaxi, qui ne s'étoît pas encore relevé par la puissance de son talent , de Tëtat d'abjection où son inconduite Favoit plonge, Mirabeau, dk-je, ëtoit Pâme de ce comitë ; Panchaud y jotioit aussi un rôle important. L'archevêque de Sens, lorsqu'il devint ministre, donna ordre que toutes les archives du dëpartement des finances lui fussent ouvertes, pour y fabriquer à loisir des armes contre M. Necker ; et, dans le même temps , on interdisoit les Critiques de l'administration de M. de Calonne, ou du moins on en génoit la publication par mille obstacles ; car les courtisans , même les plus opposes entre eux , ne manquoient jamais de se rëunir quand il s'agissoit d'attaquer l'ennemi commun.

. La rëponse de M. de Calonne parut au mois de janvier ;i788. Il seroit aujourdliui fastidieux de suivre dans ses détails un gros volume de chiffres qui auroient à peine de l'intërêt pour ceux qui font dés finances l'objet spëcial de leur ëtude. Il me suffira de rappeler quel ëtoit lartifice dont avoit use l'auteur , ou plutôt les auteurs de cet

SUR M. XTECKER. CCxiîi

ouvrage. Ils avoient commencé par poser d'une manière dogmatique quelques principes généraux j la plupart incontestables, et à ce début destiné à éblouir le public , ils avoient cousu des calculs dont ils savoient bien que fort peu de personnes seroient en état de vérifier Fexactitude.

Le ton d'assurance qui régnoit dans cet ouvrage , les nombreux tableaux de chiffres qui Faccompagnoient, et qui faisoient illusion aux lecteurs superficiels , imposèrent à M. Necker la triste obligation de repousser encore cette nouvelle attaque. Mais ce ne fut pas sans une extrême répugnance qu'il s'engagea, pour la seconde fois, dans une lutte dont la réputation de ses talens et de ses vertus auroît dû le délivrer pour jamais. Ce sentiment de peine se laisse voir à toutes les pages des Nouveaux éclaircissemens sur le Compte rendu , ouvrage important d'ailleurs pour l'étude des finances françoises^ et remarquable aussi par le talent polémique qui s y manifeste; quoique l'auteur , arrêté par un sentiment délicat de la situation de M. de Galonné, alors sous le coup de Fexil et du blâme public , semble ménager l'emploi de ses forces , et épargner un adversaire dont il est sur de triompher.

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Ce nouvel écrit, qui parut au moment même du rappel de M. Necker au ministère 5 réfutoil kvec tant de précision toutes les allégations de M- de Çalonne; il en montroit d'une manière si évidente Ferreur et la naauvaise foi , que les ennemis mêmes de M. Necker furent réduits au silence et s'avouèrent vaincus. (^)

Ce que les attaques de M. de Calonne avoient eu de plus pénible pour M. Necker, c'est qu elles étoient venues le distraire au milieu d'un travail plein d'attrait pour une âme telle que la sienne ^ je veux parler de son ouvrage sur \ Importance des opinions religieuses. Comme administrateur d'un grand empire, M. Necker avoit étudié les

(*) Voici ce que Tabbe' Maury écrivoit à madame Necker., au sujet des Nouveaux éclaircissemens sur le Compte rendu f et du retour de M. Necker au ministère. Le style de cette lettre est un peu emphatique , mais le nom de l'abbé Maury la rend assez curieuse.

« Le rappel de M. Necker a été celui de Camille. « Dites-lui bien gu'après ces acclamations générales , il w ne lui est plus permis d'abaisser ses regards sur ses vils <i ennemis , ni même de croire qu'il en ait encore. Non « sans doute , il ne doit plus se souvenir de ces malheu- « reux que la joie publique vient de flétrir. Je leur par- « donne à présent à tous , à M. de Calonne lui-même , « qui nous a valu ce nouveau chef-d'œuvre. Qu'on ne « profère plus son Hom devant vous qu'avec reconnoi&- K sauce. Ce n'est pas dans la maison de Cîcéron qu'il « faut maudire Antoine , Verres et Catilina, »

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