‹ Notice sur quelques empreintes de cylindres du dernier empire de ChaldéeChapitre 1 sur 2 · DCCC 1,\XI · texte numérisé non relu

DCCC 1,\XI

DE

CYLINDRES ASSYRO-CHALDEENS.

J*aî déjii signalé ces eniprcintcs comme la preuve irrécusable (le Tusage auquel ces bijoux étaient employés. A cette époque 9 les exemples étaient peu nombreux; aujourd'hui, grâce à des découvertes nouvelles et à des acquisitions incessantes, le Musée Britannique possède des milliers de docuuKmts d*intérât privé sur lesquels on voit des empreintes de toute nature; un grand nombre proviennent de l'emploi des cylindres.

Dans un récent voyage que j'ai fait à Londres, j'ai été à même de consulter au Musée Britannique tous ces documents, et j'ai bientôt reconnu qu'on pouvait trouver dans l'étude des empreintes une base sérieuse pour déterminer l'époque de l'emploi d'un grand nombre de cylindres par la date précise du monument sur lequel les cylindres-cachets sont apposés. Il y a là, en eiïct, une limite que les découvertes ultérieures pourront modifier, mais qu'il est déjà permis d'accepter comme un élément incontestable d'appréciation.

Je ne saurais dans cette communication vous faire part des nombreux renseignements que j'ai recueillis et qui m'ont permis de remonter à l'origine d'un grand nombre de types (ju'on pouvait croire d'une époque relativement moderne. J'ai reconnu, en effet , des empreintes de cylindres sur des contrats de toutes les époques. Les uns remontent à l'occupation touranienne, d'autres appartiennent au premier empire de (Ihaldée. J'ai trouvé sur des contrats du Grand-Empire d'Assyrie l'existence d'empreintes en parfaite harmonie avec les bas-reliefs des rois assyriens. Toutes ces observations feront l'objet d'un long travail auquel je consacre tous mes soins et dont il est facile de comprendre l'étendue. J'ai cru devoir me circonscrire ici, parce que j'ai pensé que quelques exemples précis suffisent pour faire connaître la nature des documents que j'ai observés et la voie dans laquelle je poursuis mes recherches.

Je me bornerai donc maintenant à l'examen de quelques contrats du dernier empire de Chaldée, et encore en m'arretant particulièrement à quelques empreintes parce qu'elles permettent de préciser la provenance de certains types pour lesquels on n'avait jusqu'ici aucune indication.

Ces contrats sont tous passés à Babylone ou en Chaldée et datés des règnes de Nabuchodonosor, de Nabonid et des rois de Perse, qui prirent le titre de rois de Babylone après la conquête de Cyrus. Ils sont rédigés en assyrien; aussi nous pouvons constater, en passant, que la langue des Achéménides ne paraît pas avoir pénétré comme langue vulgaire dans la Mésopotamie. Du reste, ils sont tous datés, suivant la coutume antique, d'après les années de règne des princes qui ont établi à Babylone le siège de leur empire.

Leur forme matérielle diffère peu de celle qui était consacrée depuis une haute antiquité pour tous les documents écrits qui nous parviennent de ces contrées. Ce sont des tablettes d'argile de i5 à 90 centimètres de hauteur et d'une épaisseur de 3 centimètres environ. C'est sur cette épaisseur que les cachets sont apposés; quelquefois sur la tranche supérieure et sur la tranche inférieure, on aperçoit trois coups d'ongle à chaque extrémité. (Voy. pi. I, iig. 1 ^)

Les empreintes des cylindres ne permettent pas toujours de saisir l'ensemble de la scène qui est gravée sur le monument, mais souvent l'empreinte se répète plusieurs fois et alors il est possible de la reconstituer. Enfin, à défaut d'indication sur le cachet lui-même, une mention spéciale nous avertit que telle empreinte est celle du cachet de un tel. Nous n'avons pas besoin de dire qu'il est facile de distinguer ces

* Ces chiffres renvoient aux planches qui accompagnent cette communication. Les indications données sur les planches se rapporloni aux luunoros de la collection du Musée Brilanni(|ue.

montions de colles qui figurent sur les cachets. Celles des cylindres sont naturellement on relief et toujours en caractères nrrlini(|uos; relies des tablettes sont en creux et toujours en cnrnrtfTos cursifs comme le reste du document.

Los KcènoH que nous voulons faire connaître s(fnt assez simplos : ollos ne comportent qu'un seul personnage : il est dobout, do profil, la main droite élevée dans la pose de Tadoration, la muin gauche immobile le long du corps. Il est v^tu (ruiK* robo longue ornée de franges dans le bas, et il fait une invocati(m devant un ou plusieurs autels sur lesquels reposent des figures sacrées. 11 existe deux types de ce personnage : l'un est imberbe, la tôte rasée, le profil est alors tourné h gaurliiî; l'autre est barbu et a les cheveux bouclés et rejetés en arrière». Los symboles font seuls la variété des scènes que nous allons décrire.

dos dcîux types, du reste, se trouvent indiqués sur un fraipnc^nt manpié S* dont malheureusement la date a disparu (pi. I, fig. 9).

Nous allons maintenant signaler les empreintes qui reproduisent ces ty|)es sur les documents que nous avons indiqués.

nfSGNE DE NABUCHODONOSOR.

I . — J'appellerai d'abord votre attention sur un contrat du rftgn(î de Nabuchodonosor (pi. I, fig. 3) daté, à Babylone, du 90" jour du mois de Tisri (septembre) de la deuxième année de ce roi (6o3).

Sur les deux tranches à droite et à gauche, on voit la môme empreinte deux fois répétée. Elle nous montre le personnage barbu en adoration devant deux autels. Sur le premier, s'élève un symbole qui supporte le disque du soleil; sur l'autre, le mémo symbole qui supporte le disque de la lune.

Celle disposition est très-fréquente et un grand nombre de fragments de contrats portent les mêmes empreintes; malheureusement la partie de la tablette où Ton pouvait lire la date a été brisée et perdue dans les ruines.

9. — Le document suivant est daté de la vingt-sixième année de Nabuchodonosor (679 ). Sur la tranche à droite, on aperçoit le personnage barbu dans la pose que nous connaissons déjà et trois fois répété (pi. I, fig. 4).

Il serait téméraire de dire que la scène est complète, et plus téméraire encore de la compléter. Une indication en caractères cursifs, sur le haut de la tranche, nous fait connaître le nom du propriétaire du cachet :

Kunuh Bel - kar - ni tip - sar,

ff Cachet de Bel-karni (ou plutôt Bel-edir*), scribe. ?>

Sur la tranche à gauche, on ne voit que deux empreintes, mais elles présentent un certain développement (pi. 1, fig. 5).

C'est encore le même personnage barbu en adoration devant un autel qui supporte un symbole assez mal indiqué, peut-être la tige à deux branches qu'on trouve sur un grand nombre de monuments, et un chien accroupi. Derrière cette scène, pour remplir la surface du cylindre , on voit une inscription de sept lignes en caractères archaïques du style de Babylone ; malheureusement, le commencement et la fin des lignes n'ont pas été reproduits sur l'empreinte; il ne reste que quelques signes qui ne se prêtent pas à leur restauration.

^ Depuis que ces iignes sont écrites, M. Pinches a bien voulu vérifier ma citation surToriginal et rectifier la forme du signe ^^ m, qui doit être lu ^ yyy tr. C'est par suite de cette rectification que je propose pour ce nom propre la lecture Bel-edir.

L'inscription en caractères cursifs, qui renferme le nom du propriétaire du cachet, est ainsi conçue :

Kunuk Itti-Mnrduk'baîat tip-snr.

ff Cachet de lUi-Marduk-balat, scribe.^

Ce personnage est très-connu à cette époque; il figure à différents titres sur un grand nombre de contrats, et sa fdiation nous est donnée dans la liste des témoins : il est fils de Nabu-ahi-idin , lequel est fils de Egibi.

RÈGNE DE NABONID.

3. — Nous signalerons un premier contrat daté du ai*' jour du mois d'Elul (août) de la deuxième année (554) de ce roi, et qui nous présente, sur les deux tranches, l'empreinte que nous donnons ci-après (pi. II, if 6).

C'est le même personnage barbu, appartenant évidemment à des cachets différents; malheureusement, les empreintes sont peu apparentes et disposées de manière à se nuire réciproquement. Le nom des possesseurs devait cîtrc également sur la tranche , mais il n'y a de visibles que les deux caractères :

t^^li.l ^^^ j iijhêar, « scribe, w

C'est tout ce que ce monument peut nous fournir.

4. — Nous nous arrêterons davantage à l'examen d'un document daté du 2 4* jour du mois de Tisri (septembre) de la troisième année de Nabonid (553). La tablette est d'une belle conservation et les empreintes sont intéressantes à étudier.

Nous voyons, d'abord, sur la tranche à droite, l'empreinte de quatre cachets (pi. II, fig. 7).

Les deux premiers représentent le personnage imberbe , et les deux derniers le personnage barbu. Il ne faut pas songer à restaurer la scène, car il est évident que les cachets sont différents. Les mentions des deux premiers, en caractères cursifs, sont ainsi conçues :

^B^Hn y :-Mti^ -<^ ►jz^KTtiE

Kunuk Nabu - zir - damak

!^T lia

tip - sar.

(T Cachet de Nabu-zir-damak , scribe, n

Ce cachet était répété deux fois, puisque les indications sont les mêmes.

Les deux dernières empreintes ne sont pas accompagnées de légendes en caractères cursifs , mais la mention du nom du propriétaire se trouvait sur le cachet lui-même; l'empreinte ne nous en a révélé que quelques caractères dans le style archaïque, bien entendu, et ces caractères suffisent pour nous faire connaître le nom tout entier. Nous y lisons :

kunuk li

Le contrat nous présente une longue liste de dix témoins parmi lesquels doit figurer le possesseur de notre cachet. Si nous rapprochons de cette liste les courtes indications qui précèdent, nous voyons bientôt, d'une part, que le nom indiqué sur le cachet et dont on aperçoit les traces dans la première ligne commence par un nom divin. Ce nom doit être Nébo

ou Marduk, car ce sont les seules divinitt^s qui figurent à la première place dans les noms des témoins. D'un autre côté, le nom du père qui figure à la deuxième ligne de Tempreinte doit renfermer l'articulation li; or les mentions relatives au cinquième témoin satisfont parfaitement à ces deux conditions. Nous lisons, en effet, ainsi le nom de ce témoin : cdVfarduksum-usur, fils de Mûsallim-Marduk , fils du Gal-su-ha. » Le nom du grand-père est indiqué par sa profession.

La tranche à gauche nous donne les indications suivantes (pi. Il, fig. 8) :

Le premier cachet, celui du haut, nous présente une scène assez complète. Nous voyons le personnage barbu dans la pose ordinaire; devant lui, un symbole ^ qui peut être désigné sous le nom de «massue,» puis le laharum c^, le symbole de Téternilé, qui n'est autre que le prototype de la croix grecque; un croissant; enfin, au-dessous, un oiseau. Il ne nous est pas permis d'affirmer que la scène est complète; il peut, en effet, manquer quelque chose aux pieds du personnage; mais si la circonférence n'a pas été entièrement déroulée dans cette première empreinte, en revanche, nous trouvons dans la seconde l'inscription en caractères çirchaïques, gravée derrière le personnage qui lui appartient :

et la mention en caractères cursifs, répétée deux fois pour nous donner la certitude qu'il s'agit bien toujours du même cachet, nous permet die la compléter:

hunuh Kaptuv - Ht - Marduk tipsar,

tr Cachet de Kaptuv-ili-Marduk, scribe, t)

Cette lecture offre un certain intérêt paléographique que

nous relevons, en passant, à cause de la forme qui répond à l'archaïque <^^>^, et qu'on aurait pu prendre pour deux signes <^ ^ mi et ►— ina, lorsque, en réalité, c'est un monogramme dont la lecture kaptuv est assurée et conGrmée dans notre passage par celle des noms des témoins, où nous lisons le même nom, écrit en caractères phonétiques :

kap - ti - m - Marduk.

Je dois ajouter que nous trouvons deux témoins qui portent le même nom , de sorte qu'il nous est impossible de savoir auquel des deux attribuer le cachet. Ils sont, du reste, tous deux tipsar. L'un est fils de Sukhaï, c'est le septième témoin; l'autre est fils de Nis-abu-bit, c'est le neuvième.

5. — Un contrat daté du 1 1' jour du mois de Tisri (septembre) de la treizième année de Nabonid (543) nous présente, sur la tranche du haut, où l'on voit figurer ordinairement des coups d'ongle, l'empreinte de deux cylindres (pi. II,

C'est toujours le même personnage barbu, dans la pose

que nous connaissons, mais avec des attributs différents : d'abord, l'autel sur lequel s'élève le croissant, puis un autre autel sur lequel s'élève le symbole fourchu que nous ne pouvons encore désigner autrement. L'autre empreinte nous présente une scène analogue; seulement, sur le second autel, nous voyons une étoile. Le nom du possesseur du premier cachet est mutilé; il ne reste plus que le dernier signe. Bel, et sa qualité, nis dayan, «juge.»

Le nom du second possesseur est plus complet , mais tout aussi difficile à restaurer; il commence par le nom du dieu Nébo. Il n'y a encore que sa qualité qui soit nettement indiquée; il est, comme le précédent, dayan, «juge.»

—'*■>{ 10 yt-i —

Sur la tranche à droite, on trouve une autre empreinte

(|)1. II, fi(J. 1 o).

(J'est le [ïcrsonnage imberbe, en adoration devant un autel qui supporte le croissant; à la place de l'autre autel, on voit un drajjon. (]ette empreinte n'est pas complète; il pouvait y avoir encore (|uel(|ue chose sur le développement de la circonf<^rence; c'est le cachet, dont on lit ainsi la désignation :

KnnuU Nnhii - halatu - su - ik - bi

nié dayan.

ff Cachet de Nabii-baiatusu-ikbi , jugo.*^

11 (îst à remarquer qu'il y a huit témoins sur ce contrat; ils sont tous dayan, «r juges, » excepté le dernier, qui est tipsar «scribe.??

G. — Nous mentionnerons ici un fragment d'un contrat sur la tranche droite duquel on voit l'empreinte dont nous connaissons le personnage et le symbole (pi. Il, fig. 1 1 ), et qui ne nous présenterait pas d'autre intérêt, si ce n'est que la date de ce contrat nous est conservée et que nous savons ainsi qu'il a été passé le 90* jour du mois Elul (août) de la quatorzième année de Nabonid (54i ).

Le dernier contrat du règne de ce roi qu'on trouve dans la collection du Musée Britannique est signé à Babylone, au palais du roi, et porte la date du 5 Elul (août) de la dix-septième année (538) de Nabonid. Quelque temps après, dans l'automne, Cyrus se rendait maître de la ville et étendait ses conquêtes sur toute la Ghaldée.

RÈGNE DE GYRUS.

Le premier contrat du règne de Cyrus est passé à Borsippa, l'un des faubourgs de Babylone; il est daté du 16^ jour du mois de Kislev (novembre) de l'année de son avènement au trône de Babylone (538). Depuis cette époque, la suite des contrats se succède comme précédemment, et nous allons rencontrer les mêmes types sur les cylindres, la même forme pour les contrats, comme si ce grand événement de la chute de Babylone n'avait apporté aucun trouble dans les relations civiles.

7. — Nous retrouvons nos empreintes sur un contrat daté du 1 3' jour du mois d'Arah-samna (octobre) de la sixième année (533) de Cyrus, roi de Babylone (pi. II, fig. 12).

Il nous présente sur les deux tranches , à droite et à gauche, le personnage imberbe que nous connaissons trois fois répété. La première empreinte, sur la tranche à gauche, nous fait voir ce que les autres ont d'incomplet. Nous y remarquons, en effet, une partie du sujet gravé sur le cylindre, le croissant de la lune y et le symbole divin Cî^p dans son expression abstraite.

Les indications de la tranche nous apprennent ainsi le nom du propriétaire du cachet :

Kunuk Li - bu - ru tip - sur,

ff Cachet de Liburu , scribe. »

Nous devons signaler ici une particularité intéressante : nous trouvons sur la tranche supérieure et sur la tranche inférieure les trois coups d'ongle avec une mention spéciale (pL III, fig. i3).

— w< 12 >« — Nous lisons, en effet, entre les deux marques:

flu - pur Su " zu ~ bu na - di - in

kim " ma kunuku - su,

tr Ongle de Suzubu donné comme la marque de son cachet.))

RàGIfB DE GiMBYSE.

8. — Je n'ai trouvé qu'un seul contrat du règne de Cambyse (pi. 111, fig. i4) avec l'empreinte d'un cylindre, il est daté probablement de la deuxième année de ce roi (5â8).

Cette empreinte laisse voir le personnage barbu en adoration devant deux autels supportant le symbole du croissant et une étoile à huit branches; de l'autre côté, le dragon dont nous avons déjà signalé la présence sur les contrats du règne de Nabonid. La tablette est en assez mauvais état , et la date de l'année manque.

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