LA HUPPE DU CAP
(FrEGILUPUS VARIUS.)
Planche IL
Dans ï Histoire naturelle des Oiseaux de Buffon^'', Guéneau de Montbeillard décrivit, sous le nom de Huppe noire et blanche du Cap de Bonne-Espérance , une espèce qu'il rapprocha de la Huppe d'Europe, tout en constatant qu'elle différait de celle-ci par son bec plus court, par sa huppe formée de pennes moins longues et effilées comme celles du Coucou liuppé de Madagascar''^', par sa queue composée de douze pennes seulement, par sa langue allongée et pénicillée à l'extrémité et par sa livrée blanche et brune. Il lui assigna pour patrie Madagascar, l'ile Bourbon et le Gap de Bonne- Espérance. Bientôt après, dans les Planches enluminées de Buljon^'^\ Daubenton donna une figure de l'oiseau qui fut appelé plus tard Upupa varia par Boddaerl'^ , Madagascar Hoope par Latham*^ , Upupa capensis par Gmelin'*^', Huppe (p'ise par Audebert et Vieillot*^', Mérops huppé par Levaillant'*', l pupa mada-
(') Édil. 1779, t. VI, p.
Probablement le Coua cnstaia L. (A.
Milne-Edwards et Alf. Grandidier, Histoire phys., nat. et polit, de Madagascar, Oiseaux, p. 1 6."} et pl. liU).
(3) T. VI, pl. 697.
Tableau des Planches enluminées de Bujon, 1 78."5 , p. 'i3.
Gêner. Synopsis, 1783, t. II, part. 1, p. 690.
'''' Systema Naturœ, 1788, t. I, p. ^466, n» II.
Hist. naturelle des Oiseaux dores, 1 802 , t. I, Supplément, Promérops, p. 1 2 et pl. III.
Histoire naturelle des Promérops et des Guêpiers. 180, Promérops. p. /i3 et pl. 18.
pascariensis par Shaw Coracias livoucli et Coracia crisfaia par Vieillot Ces différents auteurs publièrent des descriptions et des figures dont les meilleures sont encore, en laissant de côté quelques erreurs de détail, celles qui ont été données par Levaillant.
A partir de 189 3, la Huppe du Cap de Bonne-Espérance {IJpupa capensis Gm.) fut signalée ou décrite de nouveau par une foule d'auteurs qui lui donnèrent des noms divers et lui assignèrent, comme nous le verrons tout à l'heure, des places très différentes dans leurs classifications. Ainsi Wagler'^' crut devoir la nommer Pastor upupa, tandis que Lesson'''' et Ch. L. Bonaparte*^* l'appelèrent Fregilupm capensis; Beichenbach G. Hartlaub'^', Schlegel et Pollen'^', Fropilupus madagascarimsis; Vinson substitua à ce nom celui de Frcgilnpus borhonicus que Sundevall^*^', à son tour, remplaça par Lophopsarus varlus; enfin G. B. Gray'"^ employa la dési- {•nation de Frcgilupm varia, qui fut adoptée sous la forme plus correcte de Fregilupus varius par Mûrie par G. Hartlaub^'"'' et par B. B. Sharpe''^'.
Le Muséum d'histoire naturelle de Paris possède actuellement quatre spécimens de cette espèce de Passereau, dont la synonymie est si variée, savoir: deux spécimens montés, dont l'un, de provenance inconnue, a servi de type pour la description et la figure publiées en 1802 par Audebert et Vieillot, tandis que l'autre a été envoyé au Muséum à une date plus récente, en i833, par M. de Nivoy, et deux spécimens dans l'alcool, envoyés au Muséum, en 1839, par M. J. Desjardins.
General Zoologij, 1812, t. VIII, part. 1, Recherches sur la Faune de Madagascar,
p. 1 ho. 1 8G8 , p. 1 0^4.
(-) Nouveau Dictionnaire d'histoire naturelle , C^' Bull, de la Société d'acclimatation, 1868,
1817, t. VIII, p. 3 , et Tahl. encijcl., 1893, p. 900.
p. 697. Methodi naturalis Avium dispon. Ten-
Sijst. Avium, 1827, Pastor, sp. i3. tamen , 1872, p. io.
''') Traité d'Ornithologie, i83i,p. 32^i. Handlist Gênera and Species of Birds,
Conspectus Avium, i85o, t. I, p. 88. 1870, t. H, p. 28, n° 63f)8.
C"') Handbuch Scansor., i85i, p. 32 1, (i'^' Proceed. Zool. Soc. Lond. , i8~j U , p. li-jU
pl. DXCVI, Tiff. /i()39. et pl. 61 et 62.
Si/st. Uebers. der Vo'gel Madagascars , Die ]'6gel Madagascars , t S'j'], \). 'io'.) ,
in Journ. /'. Ornithologie, 1860, p. 88, el n" 125.
Ornith. Bcitràge zurFauna Madagascars ,ilnd. , Nature, 1869, t. XL, p. 177, el Cal.
iHOi, p. .rj3. B. Brit. Mus., 1890, t. Xlll. p. 19/1.
En étudiant ces spécimens qui ne sont pas tous exactement du même âge et dont l'un, celui de M. de Nivoy, est aussi frais que s'il venait d'entrer dans les collections du Jardin des Plantes, il nous a été possible de rédiger la description et de faire exécuter une figure plus exacte, croyonsnous, que celles qui ont été publiées jusqu'ici.
La prétendue Huppe du Cap est de taille un peu plus forte que la Huppe d'Europe et surtout de formes plus massives; elle rappelle davantage, à cet égard, le Martin triste [Acridolhorcs IrisU's L.), dont elle a les pattes vigoureuses, garnies de larges scu telles le long de la face antérieure du tarse et terminées par des doigts robustes, aux ongles solides et fortement arqués. Son bec d'ailleurs, au lieu d'être grêle et affilé comme chez les Huppes où les mandibules atteignent à peu près deux fois la longueur de la tête, ressemble aussi beaucoup par sa forme à un bec d'AcridolItcres, tout en étant relativement un peu plus allongé. Il est assez épais à la base et va en s'amincissant graduellement jusqu'à l'extrémité, la mandibule supérieure ayant son arête supérieure régulièrement, mais faiblement arquée et présentant, près de la pointe, une très légère écliancrure. Les narines s'ouvrent tout près du front, à la moitié de la hauteur de la mandibule, dans une fossette que recouvre un rudiment de membrane et sur laquelle s'avancent un peu les plumes frontales.
Les ailes arrivent, lorsqu'elles sont ployées, au tiers de la queue. Elles sont médiocrement j)ointues, la quatrième et la cinquième rémiges dépassant les autres pennes, la troisième étant de o m. 002 plus courte que la quatrième, la seconde de o m. 01 plus courte que la troisième. Quant à la penne bâtarde, elle est relativement assez développée et mesure de o m. o3 à o m. o35. La distance entre le bout de l'aile et l'extrémité des pennes secondaires est de o m. 098.
La queue est formée de douze pennes également allongées, de telle sorte qu'elle paraît coupée carrément à l'extrémité. Elle est relativement beaucoup plus développée que chez les Martins tristes, que chez les Etourneaux ordinaires et même que chez les Podocca, où les rectrices présentent la même forme, mais où les ailes n'ofl"rent pas exactement les mêmes rapports de longueur des rémiges.
L'oiseau adulte a les parties supérieures du corps d'un brun cendré qui se nuance de roux sur les reins, le croupion et les sus-caudales, la queue et les ailes d'un brun plus franc et plus foncé, tirant au noirâtre, les pennes caudales offrant, quand on les regarde sous un certain jour, de nombreuses raies transversales un peu analogues à celles des Podoces Pandcr 'i et Hendersoni, et les ailes présentant un petit miroir blanc formé non pas seulement, comme on l'a dit'"', par des taches occupant une faible portion des rémiges, mais encore et surtout par les couvertures des primaires, qui sont largement marquées de blanc. La tête est d'un gris cendré clair, contrastant avec la teinte du manteau et surmontée d'une huppe ou plutôt d'une sorte de crinière formée de plumes à barbes très écartées, qui, lorsqu'elles sont dressées, élèvent leur pointe à près de o m. o5 audessus du vertex. A la base de cette huppe, sur les sourcils et sur les joues, le gris passe au blanc pur, qui s'étend également sous le menton, tandis que les côtés du cou et la région des oreilles sont un peu nuancés de gris. Il en est de même des côtés de la poitrine et de l'abdomen dont le milieu est d'un blanc presque pur. Au contraire, toute la région postérieure de l'abdomen, à partir des pattes, et les couvertures inférieures de la queue offrent une teinte roux cendré, isabelle, qui disparaît facilement sur les spécimens exposés à l'action de l'air et de la lumière. Les couvertures intérieures des ailes et les plumes axillaires sont au contraire d'un blanc immaculé. Le bec et les pattes sont d'un jaune citron vif, même sur les exemplaires qui figurent dans les galeries depuis plus de soixante ans, et étaient sans doute d'une couleur plus intense encore pendant la vie (le l'oiseau. Les yeux, d'après Vieillot, auraient été d'un brun bleuâtre'"'.
Chez l'individu qui a servi de type à la description de Vieillot et qui paraît être un peu moins adulte que le spécimen de M. de Nivoy, le manteau est d'un brun plus terne, la crête d'un gris moins pur et formée de plumes
Levaillanl [Hist. nat. des Promérops, mêmes plumes ont la portion terminale
loco cit.) et Yicillol [Oiseaux dorés, loco cit.) blanche [white for tlie terminal half) , ce qui
disent que les pennes primaires ont une est évidemment un lapsus, tache blanche vers le milieu, ce qui n'est Nous ignorons où Vieillot a pris celte
exacl; Shnr[tc (Catalogue qf thc Birds of indication. L'iris est bleu cendré sur la
the British Muséum , t. Xiil, p. que les [)lanche.
un peu plus courtes^''; mais tous les individus adultes semblent avoir exactement la même livrée, quel que soit leur sexe'^l La longueur totale de Toiseau adulte est de o m. 990; Taile mesure 0 m. i 'i8; la queue, G m. 129; le bec (culmen), o m. 098; le tarse, o m. o/io; le doigt médian (sans l'ongle), o m. 098; le doigt postérieur (sans l'ongle), o m. 01 5, et l'ongle de ce doigt, o m, 01 3 Ces dimensions ne varient que très légèrement d'un spécimen à l'autre''*' et les différences qui avaient frappé Vieillot, lorsqu'il avait comparé avec la description de Guéneau de Montbeillard l'oiseau qu'il décrivait lui-même sous le nom de Huppe grise, proviennent assurément de ce que le collaborateur de Buffon a mesuré la longueur du bec, non pas en suivant l'arête supérieure, mais de la pointe à la commissure, et de ce qu'il a eu sous les yeux quelque dépouille fortement distendue, à moins qu'il ne faille lire rr 1 3 lignes?) au lieu de cf 16 lignes?) dans l'évaluation de la longueur totale de l'oiseau. Les autres dimensions indiquées par Guéneau de Montbeillard conviennent en effet parfaitement aux spécimens du Muséum, de même que la description du bec, des pattes, de la queue et des ailes.
Levaillant, le premier, critiqua le nom de Huppe noire el blanche du Cap de Bonne- Espérance, employé par Buffon ou plutôt par Guéneau de Montbedlard. rrll auroit dû voir, dit Levaillant*^', que cette espèce ne pouvoit être comprise dans le genre de notre huppe. Un oiseau qui, en effet, a la mandibule supérieure du bec échancrée du bout, la langue cornée, pointue, divisée en plusieurs filaments, et de la longueur à peu près du bec; qui a les pieds extraordinairement forts, relativement à sa taille, et les ongles grands et arqués, quoiqu'il dise qu'ils sont semblables à ceux de notre huppe, et qui enfin se nourrit de fruits, n'est bien certai-
Les teintes, d'ailleurs, ont pu être légèrement altérées chez cet individu, dont l'état de conservation laisse à désirer.
Le sexe des spécimens conservés dans les musées n'est généralement pas indicjiié; maison ne peut admettre qu'ils soient tous mâles ou tous femelles.
Ces dimensions dilTèrent très légère-
ment de celles qui ont été indiquées par M. Sharpe (Calai. Birds Brit. Mus., t. XII 1, p. 19/4).
Le spécimen décrit et figuré par Buffon ne mesure, il cslviai, que o m. ^îyo du bout du bec à l'extrémité de la queue; mais ses pennes caudales sont un peu usées.
Op. cit., p. h'S.
•20 i\IM. A. MILNE-EDWARDS ET E. OUSTALET.
rieinent pas un oiseau qui appartienne au genre de la huppe, ni à celui (les autres promérops, qui tous ont des caractères très différents, comme on Ta vu, et ne se nourrissent que d'insectes. Pourquoi encore nommer cet oiseau huppe noire et blanche, lorsqu'il n'a pas un atome de noir dans son plumage, ainsi qu'on le voit, au reste, d'après la description queBufTon lui-même donne de ses couleurs???
Un peu plus loin, après avoir parlé du nom vulgaire que la Huppe noire et blanche porte à l'de Bourbon et avoir constaté qu'en l'appelant Marlm, les habitants de cette ile semblent avoir saisi d'étroites analogies entre l'espèce en question et les Martins de l'Inde, Levaillant ajoute : rrPour peu du reste qu'on veuille faire attention, en comparant cet oiseau aux conirostres et aux différentes espèces connues de Martins, on saisira d'abord et du premier coup d'œil l'analogie qu'il montre avec ces derniers, dont il a toutes les formes extérieures, à la seule différence du bec, qui est ici plus allongé et un peu plus arqué, mais qui n'en a pas moins pour cela beaucoup de rapport avec celui des Martins. v
En résumé, on voit que si Levaillant plaçait la Huppe noire et blanche, sous le nom de Merops huppé, dans son groupe d'ailleurs tout à fait hétérogène"' des Promérops, il avait parfaitement reconnu des affmités entre ce Mérops huppé et certains oiseaux de la famille des Sturnidés, et que, s'il l'avait maintenue dans le voisinage de certains Méliphages, c'était unicpiement parce que Guéneau de Montbeillard avait attribué à la Huppe noire et blanche une langue assez allongée et divisée en plusieurs filets. Or, conmie nous le dirons plus loin, l'indication fournie par le collaborateur de Buffon n'est pas tout à fait correcte.
Dans la première édition de son Règne animal^^\ G. Guvier plaça la Huppe du Gap de Gmelin ou Huppe noire et blanche de Buffon tout à côté de la Huppe vulgaire d'Europe, tout en lui trouvant des liens de parenté avec les Fregilus. crEUe se lie, disait-il, plus particulièrement aux Graves, parce que les plumes antérieures de sa huppe, courtes et fines, se dirigent en avant et couvrent les narines.?? G'est là du reste,
LevaillanI, faisait entrer dans ce groupe des Paradisiers, des Huppes, des (îrimpereaux, des Molios, etc. — 1817, P- 'i^^V-
nous 1g dirons en passant, une assertion qui n'est pas tout à fait exacte, car les narines ne sont pas entièrement recouvertes, en réalité, par les plumes frontales, qui se dirigent plutôt en haut qu'en avant et ne retombent pas, comme on pourrait le supposer d'après certaines figures. Quoi qu'il en soit, c'est d'après ce prétendu caractère que plus tard Vieillot crut devoir éloigner la Huppe noire et blanche des Huppes ordinaires et des Promérops, pour la classer parmi les RoUiers (^Coracias), non sans quelque hésitation, il est vrai, à cause de la structure de la langue signalée par Guéneau de Montbeillard. En même temps, Vieillot accepta le rapprochement, indiqué par ce dernier auteur, entre le Tivouch de Flacourt dont nous parlerons plus loin et la Huppe du Cap, et il désigna celle-ci sous le nom de rcRoUier tivouch-^ (^Coracias tivoucli ou C. cn'stata).
Quelques années plus tard, Wagler^'^' mit cette même espèce parmi les Martins-Roselins en la nommant Pastor npupa, tandis que, bientôt après, Lesson'^^ la prit comme type d'un genre particulier, qu'il nomma Cravuppe {Fregilwpus) et qu'il considéra, suivant les idées de Cuvier, comme un groupe de transition entre les Huppes [Upupa) et les Graves (Frcgilusy Ce nom générique de Frepilupus, formé d'une manière tout à fait incorrecte, fut adopté d'abord par Ch. L. Bonaparte'''', qui maintint le genre Fregilupus dans la famille des I pupidœ, puis par G. Hartlaub, qui, après l'avoir classé entre les Huppes et les Falculies'^', le rangea parmi les Etourneaux (^Sturnidœ) , à côté des Harllauhia'^\ et par G. R. Gray, qui lui assigna dans son Catalogue la même position systématique Enfin Sundevall le rapprocha des Martins-Roselins, à l'exemple de Wagler, mais créa en sa faveur le nouveau genre Lophopsarus^^'' . Tel était l'état de la question lorsque, en iSyB, M. le docteur James Mûrie eut la bonne fortune de pouvoir, grâce à l'obligeance de M. le professeur Newton, étudier le sque-
(i> Som. Dict. dliist. nul., 1817, t. VIII, p. 3, el Tabl. cncycL, 189 3, p. 65-.
Sijst. Avium, 189.-], Pastor, sp. 17.
'3' Traité (l' Ornithologie , i83i, p. 323.
Conspfctus Avium, i85o, t. I, p. 88.
Op. cit. , Joiint. f. Ornith. , 1 866 , p. 88. Die Vdffel Madagaficars , p. 90 9.
Handlist, 1870, t. II, p. 98.
Methodi naturalis Avium disponend. Tentamen , 1 872 , p. 60.
lette d'un Fregilupiis varius mâle, donné à ce dernier naturaliste par feu J. Verreaux'^^, et en publier une description détaillée, accompagnée de ligures ^'^l Nous résumons ici les résultats principaux de cette savante étude, que nous avons vérifiés et auxquels nous ajoutons quelques observations nouvelles.
Le sternum du Fregilupus est beaucoup plus large que celui des Huppes , surtout dans sa région postérieure, et rappelle singulièrement par sa forme générale le sternum de VHarllauhtus madagascar'iensis^^\ offrant, comme ce dernier, deux échancrures postérieures plus larges et plus profondes que celles de la FalcuUa paUiata^^^ et limitées latéralement par de grandes branches hyposternales. Ce bouclier est muni d'un bréchet peut-être un peu moins élevé que chez les Huppes, mais prolongé antérieurement en un rostre plus aigu, plus accusé aussi que chez VHarllauhius. L'apophyse épisternale est plus saillante que chez les Huppes et plus bifurquée que chez XHartlauhms, rappelant ainsi davantage la disposition que l'on observe chez les Etourneaux ordinaires et chez les Ictéridés. Les pièces hyposternales sont plus larges que chez la FalcuUa, remontant aussi haut que chez YHarflaubius. La fourchette est munie d'une apophyse furculaire qui manque chez les Huppes, mais que l'on observe chez la FalcuUa et chez YHarllauhius, où elle se dirige également en arrière. L'omoplate, au lieu d'être presque droite comme chez les Huppes, se recourbe en faux comme chez VHarllauhius et la FalcuUa, et les coracoïdiens paraissent relativement un peu plus grêles et plus allongés que dans ces deux derniers genres et surtout que chez les Huppes.
Le bassin est fortement rétréci en avant et dilaté dans sa région postérieure, la différence de largeur des deux régions étant beaucoup plus accusée que chez les Huppes et un peu plus que chez VHartlauhius. Les lames iliaques, très écartées en avant de la crête du sacrum, laissent à
(') J. Verreaux avait lue lui-même à Tîle Bourl)on, vers i839, l'oiseau duquel lui lin'' ce squelette.
Proceedings Zool. Soc. Loiid., \S-jf\, p. /17/1 et pl. LXl et LXII.
A. Milne-Edwaids et AU". (îrandidier, Ilisl. phijs. , nat. ci polit, de Madagascar, Oiseaux, p. ^iT) et pl. 116.
('') A. Milne-Edwards et Alf. (irandidier, op. cit., |). 307 et pl. 119, fi{j. 3.
découvert les gouttières vertébrales, et, sur lecusson pelvien, les trous sacrés sont béants comme chez YHartlauhius. Les fosses iliaques externes sont étroites et allongées; les ischions se prolongent davantage en arrière et les pubis sont moins développés que chez les Huppes et chez la Falculia^^\ et même que chez VHar(Iaubms^^\ de telle sorte que les extrémités postérieures de ces derniers os ne dépassent guère les tubérosités ischiatiques.
Le crâne présente, toutes proportions gardées, à peu près la même forme générale que chez XHarllauhius. Il se dilate dans la région occipitale et s'arrondit en arrière. Les fosses nasales, de forme ovalaire très allongée, communiquent largement entre elles sur le squelette, la cloison internasale n'étant pas ossifiée; le vomer est court, tronqué en avant et (èndu en arrière. La cloison interorbitaire est percée, exactement comme chez XHarllaubim, de deux fenêtres superposées, et comme chez VHartlauhnis encore les prolongements internes des maxillaires (os maxillo-palatins de Huxley) sont très développés et ne se soudent pas sur la ligne médiane; les os palatins sont grêles en avant, dilatés en arrière et un peu échancrés sur leur bord postérieur, l'angle postéro-externe étant toutefois plus émoussé que chez VHartlaubius et surtout que chez la Falcnlia. Les mandibules, sans être aussi grêles que chez les Huppes, sont plus allongées et plus arquées que chez ÏHartlaubiiis.
Les os de l'aile sont robustes. L'humérus est de forme trapue et très élargi à son extrémité supérieure, où l'on distingue une double fosse et une double ouverture pneumatique; le cubitus est faiblement arqué, un peu plus cependant que chez VHartlaubius, et ne présente pas de saillies aussi marquées que chez ce dernier pour l'insertion des grandes plumes de l'aile. Le radius est grêle et comprimé, et les os de la main sont au moins aussi allongés que chez YHarlIanbins et relativement aussi i-obustes.
Les pattes sont proportionnellement moins courtes et plus fortes que chez XHarllaubim. Le tarso-métatarsien, au lieu d'être, comme dans cette
A. Milne-Edwai'ds et Alf". (Jrandidier, IHst. phi/s., mil. et polii. de Madagasear, Oiseaux, pl. 1 19, fi{j. 7. — (■-' A. Milne-Edwards et Ail". Ciandidicr. op. cit., pl. 1 lO, fijf. 7.
30 MM. A. MILNK-EDWARDS ET E. OUSTALET.
flornière espèce, à peu près de la longueur du fémur, est notablement plus allongé et offre la même forme prismatique que chez la FalcuUa; il est fortement comprimé d'avant en arrière dans sa portion inférieure et s'épaissit vers le liaut, où l'on aperçoit en arrière la gouttière profonde qui logeait les puissants tendons des muscles fléchisseurs des doigts. Sa surface articulaire supérieure présente cinq pertuis disposés absolument comme chez VHartIaubius. Le fémur est plus robuste, le tibia plus allongé que dans cette dernière espèce, mais les doigts offrent à peu près les mêmes proportions, le pouce étant presque égal au doigt interne (sans la phalange unguéale).
En résumé, le squelette du F régi lupus varius offre certaines analogies avec celui de la Falculia pnJhala et des ressemblances beaucoup plus fra[)pantes avec celui de VHarllauhius madagascarîensis que M. le docteur Mûrie n'avait pas eu l'occasion d'étudier, mais qui a été décrit d'une manière complète et figuré dans VHIstoire physique, nalurcUe et politique de Madagascar Dans cet ouvrage, l'un de nous a montré qu'au point de vue ostéologique, VHarllauhius s'écartait notablement des Sturnidés ordinaires et se rapprochait à certains égards des Turdidés : il n'est donc pas étonnant que M. le docteur Mûrie ait constaté également de fortes dissemblances dans la conformation de diverses pièces de la charpente osseuse chez un Etourneau, d'une part, chez un Fregihpus, d'autre part. Les différences résident principalement dans la forme des échancrures postérieures du sternum et des lames qui les limitent extérieurement, dans la forme du bréchet et de l'apophyse épisternale, celle-ci étant beaucoup plus fortement bifurquée chez les Etourneaux que chez le Frcgilupus et ïHartlauhius, dans les proportions des différentes pièces de la boîte crânienne, etc. En revanche, M. le docteur Mûrie a constaté de grandes ressemblances entre le Frcgilupus , d'une part, le Pastor roseus et YAcridotheres cristatellus , d'autre part, aussi bien dans la conformation du sternum et de la ceinture scapulaire que dans celle du bassin et du crâne.
Le tube digestif du Fregilupus varius , dont nous n'avons pu faire mal-
!'l Oheanx, p. Wih et pl. i iG.
heureusement qu'une étude rapide et sommaire sur un individu conservé dans l'alcool, nous a paru assez semblable dans son ensemble à celui de la Fakulia paUiata''^^ et de ÏHartlaublus madagascariensis. Le ventricule succenturié n'est pas nettement séparé de l'œsophage dont il semble une simple dilatation. Le gésier est globuleux, à parois musculaires très résistantes et garni en dedans d'une épaisse couche cornée qui peut se subdiviser en deux Feuillets et dont la surface intérieure offre des plis et des rides correspondant à ceux de la couche musculaire sous-jacente. Sur les deux tiers supérieurs de la hauteur du gésier, les plis affectent en général une direction longitudinale, tandis que, dans le dernier tiers, ils dessinent des zigzags, ils deviennent confluents et donnent à cette partie l'aspect rugueux d'une coquille de noix. L'intestin, d'un calibre à peu près uniforme sur la plus grande partie de son étendue, mesure environ G m. 9 5 de long. Les cœcums existent à peine et ne sont représentés que par deux petits prolongements atteignant au plus o m. ooi, c'est-à-dire aussi rudimentaires que chez la Falculia palliata et à peine plus marqués que chez VHartlaubius madagascariensis , où nous avons eu beaucoup de peine à découvrir des indices de ces prolongements en faisant l'autopsie d'un spécimen conservé dans l'alcool. La langue ressemble exactement à celle de VHartlauhlm madagascariensis Elle n'est pas subdivisée immédiatement en plusieurs filets dans sa portion terminale, ainsi que le disait Guéneau de Montbeillard, mais elle est partagée au sommet, par une légère incision, en deux lobes pointus qui sont euxmêmes effilochés sur les bords. Elle est assez rigide, en forme de lamelle triangulaire et assez longue, sans dépasser la moitié de la mandibule inférieure
La trachée-artère est d'un calibre moyen et à peu près uniforme, sans circonvolutions, et le larynx inférieur ou syrinx a son extrémité inférieure en partie cachée sous les muscles longs releveurs, formant deux masses contiguës, comme chez la Falculia et chez VHarllaubms.
>'* A. Milne-Edwards et Alf. (Jrandidier, (^l Voir Muiie, o/;. t//. , Proceed. Zool. Soc.
Hist. de Madafrnscar, Oiseaux, pl. 120. l.ond., \S-]h, p. hHa et Ù83, el pl. LXII,
Ibid., op. cil., pl. 1 iG, fig. 9. fig. 10.
3l> mm. a. milne-edwards et e. oustalet.
Ces renseignements sur le squelette et les viscères du Frogilupus comblent en partie certaines lacunes signalées par M. le docteur Mûrie el n'infirment nullement les conclusions auxquelles ce naturaliste était arrive relativement à la parenté de l'espèce de Bourbon avec les Martins-Ro- Selins.
Si la Huppe noire et blanche du Cap ne peut être placée, comme le voulait Wagler, purement et simplement dans le genre Pastor, si elle mérite de constituer le type d'un genre particulier, elle offre des affinités incontestables avec le genre Pastor et le genre Acridotheres. Elle en présente de plus étroites encore avec V Harllauhius , qui constitue dans la grande famille des Sturnidés un groupe un peu aberrant, et elle se rattache intimement à l'espèce éteinte de l'de Rodrigue, ou Necropsar rodericanus. Nous ignorons si elle offre, d'autre part, des relations avec les Scissirostrum , auprès desquels M. R. B. Sharpe a cru devoir la ranger, mais, en tout cas, il nous paraît désormais nécessaire de rapprocher, beaucoup plus que ne le fait cet ornithologiste distingué, les Frcgihipus des Pastor, des Acridotheres et même des Sturnopastor, et de les mettre immédiatement à côté des Hartlauhius. On peut remarquer d'ailleurs que ces affinités sont traduites en quelque sorte par l'aspect extérieur des oiseaux, car les Sturnopastor ont les pattes robustes et les formes un peu lourdes du Frel'ilupus et portent souvent une livrée variée de noir et de blanc grisâtre, les Martins-Roselins offrent, avec une huppe de forme différente, un ensemble de teintes distribuées à peu près comme chez l'oiseau de Bourbon, etc.
La prétendue Huppe du Cap constituant désormais le type d'un genre, le genre Freiphpus, son nom spécifique doit être formé par J'adjonction au nom de ce genre de l'épithète varius qui a été employée dès 1783 par Boddaert et qui a d'ailleurs l'avantage de ne pas consacrer une erreur manifeste comme les épithèles capensis ou madagascaricnsis employées plus tard par Gmelin et par Shaw. Le nom de Fregilupus horhonicus proposé par M. Vinson serait évidemment préférable, mais les lois rigoureuses de la j)riorité s'opposent à son adoption. En tout cas, il est absolument certain que ce nom équivaut rigoureusement à Frc-
gihipus varius et ne désigne pas une deuxième espèce, distincte de la précédente, comme Ta indiqué Giebel Enfin, toujours en vertu des lois de priorité, le nom générique de Lophopsanis Sund. doit être également rejeté.
Du temps de Levaillant, c'est-à-dire en 1806, les Fregilupus varius n'étaient pas, à beaucoup près, aussi rares dans les collections qu'ils le sont aujourd'hui. Ce naturaliste avait pu, en effet, étudier jusqu'à huit exemplaires de cette espèce, savoir : deux au Muséum d'histoire naturelle de Paris, d'autres dans les cabinets de MM. Gigot Dorcy, Mauduyt, l'abbé Aubry et Poissonnier, un autre chez son ami M. Raye, à Amsterdam, et un dernier dans sa propre collection. Nous ignorons absolument ce ([ue sont devenus les exemplaires de Levaillant, de M. Raye, de MM. Gigot Dorcy, Mauduyt, Aubry et Poissonnier, et nous ne savons s'ils ont été anéantis ou s'ils ont passé en d'autres mains. Un des deux spécimens du Muséum, profondément altéré, sans doute par de maladroites fumigations, a dû être réformé il y a plus de soixante ans. Il a été remplacé, comme nous l'avons dit, par un magnifique spécimen, actuellement monté, donné par M. de Nivoy, et par deux spécimens dans l'alcool reçus de M. J. Desjardins. Un exemplaire de la même espèce, provenant de la collection de feu M. le comte de Riocour, dans laquelle il était entré en i833 , a été acquis récemment par le Musée britanni(jue. Trois spécimens, fort bien conservés, se trouvent, d'après M. G. Hartlaub*^^, dans les Musées de Florence et de Pise; un exemplaire très ancien et en assez mauvais état figure dans les collections du Musée de Leyde; un autre au Musée de Stockholm'^'; deux spécimens sont conservés, dit-on, au Musée de ïroyes; enfin un autre encore existe au Musée de Port-Louis, dans 1 ile Maurice. Tels sont, à notre connaissance, les seuls vestiges qui subsistent de cette espèce qui manque au Musée impérial de Vienne, au Musée de Berlin, au Musée de Dresde et dans beaucoup d'autres grands établissements scientifiques de l'P^urope.
Thésaurus ornilhologicus , 1876, t. II, ('-> Sijst.UebA'n(r. Madafr. ,Joiirn.f.Ornitli. ,
p. 192. Cette erreur a été relevée par M. le 18G0, [). 807.
docteur Mûrie (op. cit., Proceed. Zool. Soc. D'après M. Mûrie cit., Prorocd.
Loiid., 187'!, p. /180). Zool. Soc. Lond., 187A, [). ^175).
3'i MM. A. MILNE-EDWARDS ET E. OUSTALET.
Le spécimen du Musée de Port-Louis est probablement celui que M. le docteur J. Desjardins mentionne en ces termes dans son Catalogue manuscrit('):
^rUn individu envoyé de Bourbon où il habite par M. Lepervenche Mézières en juin i83i^. Il est conservé en peau, mais non pas monté», et dont il donne une description succincte.
Le Fregilupus varius, dont le squelette a été décrit par M. le docteur Mûrie, avait été tué par J. Verreaux à Tile Bourbon vers iSBa. Le passage ci-dessus, extrait des notes de M. Desjardins, montre que des Fregilupus existaient encore à Tile de la Béunion en i834. L'espèce n'avait pas disparu en i835, comme en témoignent les bgnes suivantes, de la plume du même naturaliste : rrMon ami Marcelin Sauzier m'en a apporté quatre vivantes de Bourbon en mai i835. Elles mangent de tout. Deux se sont échappées quelques mois après, et il pourrait bien se faire qu'elles peuplassent nos forêts.» Le fait s'est-il produit? On serait tenté de le croire, car M. Desjardins ajoute : rr A la séance du 5 janvier 1837 il en a été présenté un individu empaillé par M. Liénard père, qui le tenait de M. Autard qui l'avait tué à la Savane. Ce dernier l'a assuré en avoir souvent vu en troupes considérables. » S'il s'agit bien ici de la Savane dans 1 ile Maurice, les Fregilupus varius auraient donc fondé une colonie dans cette île où elles ne se rencontrent plus à l'heure actuelle, et où elles n'existaient pas originellement, puisque M. J. Desjardins écrivait en 1896, à propos de cette espèce : rr II n'y en a pas à l'île Maurice.»
La présence des Fregilupus à l'île Bourbon est d'ailleurs attestée par d'autres auteurs : ainsi Levaillant dit avoir appris d'un habitant de l'île que cette espèce (le Mérops huppé) vit en grandes bandes à Bourbon où elle fréquente les lieux humides et les marais, et cause de grands dommages aux caféiers. D'un autre côté, nous trouvons dans la Belation déjà
O Le Catalogue et ies Notes de M. ie docteur Desjardins, mort à Paris en i84o, ont été rédigés à l'île Maurice, de i83o à i838. Ces manuscrits soni actiiellenient la propriéléde Tun d(! nous (A. Milnc-Edwards).
Ou Lepervanclie-Mézièrc, uieuibre de la Société d'histoire naturelle de l'île Maurice.
De la Société d'histoire naturelle dû l'île Maurice.
citée du voyage de du Bois^'^ la mention suivante ^"^^ concernant des oiseaux de terre : rr Huppes ou Callendres, ayant un bouquet blanc sur la teste, le reste du plumage blanc et gris, le bec et les pieds comme un oyseau de rapine; ils sont un peu plus gros que les Pigeonnaux; c'est encore un bon gibier quand il est gras, v Les Huppes dont il est question dans ce passage sont évidemment des Fregilupus, de même que celles dont parle du Quesne dans un Rapport dont Léguât a donné un extrait rr Outre les Oiseaux communs dans cette isle (Bourbon), dit du Quesne, je nommerai les Perdrix, les Tourterelles, les Ramiers, les Bécasses, les Râles, les Merles, les Grives, les Huppes, les Oyes, les Butors, les Canards, les Poules d'eau, Iqs Perroquets, les Aigrettes, les Géans, les Fous, les Frégates, les Moineaux et quantités d'autres petits oiseaux, v
M. Alfred Newton avait cru découvrir encore une allusion, sinon au Fregilupus varius, du moins à une espèce du même genre, dans les lignes suivantes extraites d'un manuscrit datant de 1760 et intitulé Relation de Vile Rodrigues^'^^ : rrOn trouve un petit oiseau qui n'est pas fort commun, car il ne se trouve pas sur la grande terre; on en voit sur l'ile au Mât, qui est au sud de la grande terre, et je crois qu'il se tient dans cette île à cause des oiseaux de proie qui sont à la grande terre, comme aussi pour y vivre avec plus de facilité des œufs de ces oiseaux de pêche qui y pondent, car ils ne mangent autre chose que les œufs ou quelques tortues mortes de faim qu'ils savent assez bien déchirer. Ces oiseaux sont un peu plus gros qu'un merle et ont le plumage blanc, une partie des ailes et la queue noires, le bec jaune aussi bien que les pattes, et ont un ramage merveilleux; je dis un ramage quoiqu'ils en aient plusieurs, et tous diffé-
Le voyage fait par le sieur D. B. aux isles Dauphine ou Madagascar et Bourbon ou Mascarenne es années 166^, iSjo, iGj 1 et iGjù.
Voir A. Miine-Edwards, op. cit., Ann.
des Se. nat., Zoologie, 1866, 5' série, t. VI, p. i3 et liU (note).
Le voyage et les avantures de François Léguai, Amsterdam, 1760, t. I, p. 55.
Ce manuscrit a été découvert dans
les archives du Ministère de la marine à Paris [Isle de France , Correspondance générale , t. XII, 17G0) par M. Rouiiiard, magistrat de l'île Maurice, qui en a pris copie qu'il a communiquée à M. Edouard Newlon. Le frère de ce dernier, M. Alfred Newton, en a publié des extraits dans les Proceedings de la Société zoologique de Londres en 1870 fp. /..).
rents et chacun des plus jolis. Nous en avons nourri quelques-uns avec (le la viande cuite hachée bien menu qu'ils mangeaient préfërablement aux graines des bois. ^i
Ce que l'auteur anonyme de cette Relation dit de la taille de l'oiseau, de son plumage, de son régime et de son chant semble indiquer qu'il a voulu parler d'une espèce de la famille des Sturnidés. On sait en effet que les oiseaux de ce groupe sont de la grosseur d'un Merle ou un peu plus forts, qu'ils portent assez souvent une livrée de deux couleurs, qu'ils ont fréquemment le bec et les pattes jaunes, qu'ils se nourrissent principalement d'insectes et de fruits, mais que certains d'entre eux dévorent au besoin des charognes, et qu'enfin ils ont un ramage varié et quelquefois très agréable. Les couleurs et les dimensions assignées à cet oiseau de Rodrigue sont même à très peu près celles du Frogilupus varius; toutefois, comme on a trouvé, il y a quatorze ou quinze ans, à l'ile Rodrigue les restes d'une autre espèce éteinte de la famille des Sturnidés, espèce que MM. Giinther et Newton ont décrite sous le nom de Nccropsar rodcricaniis^^\ il est probable que c'est plutôt de cette dernière qu'il est question dans le passage précité. En tout cas, il est bon de noter que cette espèce, quelle qu'elle fût, n'a pas été mentionnée par François Léguât, qui séjourna cependant pendant deux ans à l'ile Rodrigue, à une époque antérieure où fut écrite la Rclalion découverte par M. Rouillard. Léguât, qui était un observateur des plus consciencieux, dit expressément^^': rrA Rodrigue, il n'y a qu'une seule sorte de petits oiseaux; ils ne ressemblent pas mal aux Serins de Canarie, nous ne les avons jamais entendu chanter, encore qu'ils soient si familiers, qu'ils viennent se poser sur un livre qu'on tient à la main. y> Evidemment ces petits oiseaux plus ou moins seml)lables il des Serins ne pouvaient être des Fregilupus ni des Necropsar Peut-être ces derniers, habitant déjà à cette époque, non la grande terre,
Philosophicnl Trans. , 1879, t. CLXVIII , oiseaux ne convient pas même au Foudiajîavi-
p. ^^27, pl. XLII, fig. A. (i. m/is ni à la /)rymoicrtrof?eràa»a, les seuls Pas-
'-^ Le voyage et les avaiitures de François sereaux que Ton U'ouve aciucllemeni dans
Léguât, Amsterdam, 1750, t. I, p. 107. Tîle. (iles deux espèces, qui se sont établies
Comme Ta fait observer M. Newton, |)eu(-être à Rodrifjuo aune date relativement
le pol irait que Tje{{uat a laissé de ces petits récente, ont en elîet un cliant très agréal)lc.
mais un îlot voisin, sont-ils demeurés inconnus de Léguât et de ses compagnons.
L'indication de la présence du Frc^ilupus variiis à Madagascar provient certainement du rapprochement établi d'abord par Guéneau de Montbeillard, et ensuite par Vieillot, entre cette espèce et le Tiuouch ou Tivoucli de Flacourt, qui n'est probablement autre chose que la Huppe bordée, Upupa marginata Peters'^^. Flacourt dit en effet, en parlant des oiseaux de Madagascar qui hantent les bois*"^^ : rr Tiuouch, c'est la huppe; il est tacheté de noir et de gris, et a une belle crête de plumes 55, ce qui ne signifie pas que l'espèce en question n'ait eu sur son plumage d'autres couleurs que le noir et le gris, mais simplement que la livrée offrait des marques noires et grises. Or la Huppe commune de Madagascar, ÏLpupa marginata, offre on effet, sur les épaules, sur les ailes, sur la queue et sur la huppe des taches et des bandes, les unes noires, les autres d'un blanc sale'^l Peut-être même, dans certains cas, la confusion a-t-elle été établie non seulement entre la Huppe noire et blanche et la Huppe bordée, mais entre cette même espèce et la Falculia palUala, autre oiseau de Madagascar qui rappelle un peu les Huppes par son bec recourbé et qui porte une livrée de deux conieurs^''^ En tout cas, on peut affirmer que le Frogllupus n'existe pas et na jamais existé à Madagascar. Il ne se trouve pas davantage, il est pres(pie inutile de le rappeler, au Cap de Bonne-Espérance. Levaillant avait déjà, au commencement de ce siècle, déclaré qu'il n'avait jamais rencontré 1 espèce dans ses pérégrinations à travers l'Afrique australe et avait indiqué lile Bourbon comme étant l'une des contrées habitées par l'oiseau. Enfin c'est par suite d'une erreur plus grossière encore et tout à fait inexplicable que Bowdich a indiqué l ile de Porto-Santo comme lieu d'origine de la prétendue Huppe du Gap.
Dans {'Histoire physique , naturelle et politique de Madagascar (Oiseaux, p. i63), le Tivoucli a indicfuô comme identique au Couacristata, ce qui maintenant nous semble douteux.
Relation de la grande isle de Madagascar. Paris, 1661, p. 166.
(■') Voir A. M line-Edwards et Ail", (irandidier, Ilist. phijs., nat. et politique de Madagascar, Oiseaux, 1879, p. 270 et pl. f)3 à 95.
A. Milne-Edvards ot AU". (M-andidicr, op. cit., p. 3o't et pl. 117 à 120 inclusivement.
Le Frogilupus varius avait donc pour patrie i'ile de la Réunion et était très probablement propre à cette île, d'où il paraît avoir complètement disparu à l'heure actuelle, les derniers individus ayant dû être tués de i838 à i858, époque à laquelle, chose curieuse, d'autres espèces intéressantes ont été rayées de la faune contemporaine. Dans les Recherches sur la Faune de Madagascar, de Pollen et Van Dam, publiées en 1868, M. Pollen disait en effet : rr Cette espèce est devenue tellement rare à la Réunion qu'on n'en a pas entendu parler depuis une dizaine d'années. Elle a été détruite dans toutes les parties du littoral, même dans les montagnes peu éloignées de la côte. Des personnes dignes de foi m'ont cependant assuré qu'elle doit exister encore dans les forêts de l'intérieur, près de Saint-Joseph. Les vieux créoles que j'ai consultés à ce sujet me disaient que, dans leur jeunesse, ces oiseaux étaient encore communs et qu'ils étaient tellement stupides qu'on pouvait les tuer à coups de bâton. Les créoles de l'île lui donnent le nom de Huppe. Ce n'est donc pas à tort qu'un habitant distingué de l'île de la Réunion, M. A. Legras, s'exprimait sur cet oiseau dans les termes suivants : rrLa Huppe est devenue tellement rare qu'à r peine nous en avons vu une douzaine dans nos pérégrinations à la dérr couverte des oiseaux; nous avons même eu la douleur d'en chercher rr vainement un spécimen dans notre Musée,
Ce n'est donc pas d'après un exemplaire de ce Musée, mais d'après un spécimen d'une collection particulière que doit avoir été exécutée la planche insérée dans V Album de ïîle de la Réunion^^l
Le Fregilupus varius a dû être précédé dans la tombe par le Necropsar roder icanus, placé dans des conditions encore moins favorables, tandis que YHartlauhius madagascariensis , ayant un domaine beaucoup plus vaste, des ressources plus variées, des retraites mieux assurées, s'est perpétué jusqu'à nos jours.
Quelles sont les causes de la disparition du Fregilupus? C'est ce qu'il est assez difficile de déterminer. Faut-il l'attribuer, comme on l'a fait quelquefois, à l'introduction à l'île de la Réunion du Myna de l'Inde (Àcridotheres
P. lolx. Voir A. Mûrie, Procecd. Zool. Soc. Lond., 1876, p. ^119 (noie). — P. 5o.
tristis), qui aurait exterminé et supplanté l'espèce indigène? Peut-être en partie, quoiqu'il semble que cette introduction, faite par Poivre en lySB, aurait dû produire plus tôt ses effets. Faut-il admettre que les Rats, qui se sont rapidement multipliés dans les îles Mascareignes , ont été les auteurs de la destruction des Fregilupus, dont ils détruisaient les œufs? Nous avons quelque peine à l'admettre, les Fregilupus ayant dû nicher sur les arbres ou dans des cavités peu accessibles aux Rongeurs. Faut-il enfin supposer que les Fregilupus ont été exterminés par les colons, en partie à cause des dégâts qu'ils causaient dans les plantations, en partie à cause des qualités de leur chair? Cette explication nous semble de beaucoup la plus vraisemblable , d'autant plus qu'à une date récente , les Mynas eux-mêmes ont failli être définitivement proscrits, en dépit des services qu'ils rendaient comme destructeurs d'Acridiens.
Guéneau de Montbeillard et Levaillant nous apprennent que les Huppes du Cap causaient des ravages dans les ])lantations de café et que, dans l'estomac d'un individu de cette espèce, on avait trouvé des graines et des baies de Pseudohuxus; mais, à l'exemple des Mynas et des autres Sturnidés, les Fregilupus devaient aussi faire la guerre aux Insectes et mêlaient sans doute des Orthoptères, des Coléoptères coprophages aux fruits et aux graines de diverses plantes sauvages ou cultivées Tel est, du reste, le régime des Hartlaubius Malheureusement l'autopsie de deux Fregilupus n'a pu nous fournir à cet égard aucune indication, ces individus ayant le gésier et l'intestin complètement vides. Comme les Etourneaux et comme les Hartlaubius, les Fregilupus fréquentaient les endroits humides et vivaient en troupes, ce qui rendait leur chasse et leur destruction plus faciles. Nous ne possédons malheureusement aucun renseignement sur leur mode de nidification, sur le nombre et la couleur de leurs œufs, dont il n'existe, à notre connaissance, aucun spécimen dans les Musées de l'Europe.
Toute incomplète (pi'elle est, cette notice; apportera, nous l'espérons.
Le docteur Desjardins constate en effet, dans ses notes, qu'un Fregilupus, {fardé en cage, mangeait de tout.
A. iMilno-Edwaids et Alf. Grandidicr,
op. cit., |). Dans le gésier d'un Hart-
laubius dont nous avons fait Taulopsie, nous n'avons trouvé cependant (jue do petites graines i\ onvelo|)pe dure et velue.
/lO MM. A. MILNE-EDWARDS ET E. OUSTALET.
quelque lumière sur des points encore obscurs de l'histoire du Fregi lupus varkis; elle fournira de nouvelles preuves à Tappui de lopinion exprimée j)ar M. le docteur Mûrie, relativement aux affinités zoolog^iques de cette espèce et, par le rapprochement que nous établissons avec la Falculia palliata et YHartlauhms madagascaricnsis , contribuera à resserrer les liens qui unissent la faune de 1 ile Bourbon avec celle des autres îles Mascareignes.