‹ Notice sur quelques espèces d'oiseaux actuellement éteintes qui se trouvent représentées dans les collections du Muséum d'Histoire naturelleChapitre 5 sur 11 · NOTICE SUR QUELQUES ESPECES D OISEAUX. M · texte numérisé non relu

NOTICE SUR QUELQUES ESPECES D OISEAUX. M

Temminck qui, par suite d'une confusion plus excusable avec le Founingo'^', lui assigna, en outre, pour patrie, la grande ile de Madagascar.

La Columha batavica de Bonnaterre la Columha jubata de Wagler doivent encore être assimilées à la même espèce que G. R. Gray^^^ prit pour tvpe d'un nouveau genre, en ra[)pelant Alectrœnas nituhssma. C'est sous ce dernier nom qu'elle figure aussi dans le Conspectus Avmm de Ch. \j. Bonaparte'*^', dans les Etudes sur tOrnillioIogie de Madagascar du docteur G. Hartlaub'^^ et dans un Mémoire spécial de M. Alfred Newton^^l

La description que Temminck a donnée de la Colombe hérissée étant généralement très exacte et ayant été rédigée d'après rexem|)laire de la collection du Muséum que nous avons sous les yeux, nous ne croyons pouvoir mieux faire que de la reproduire, en y ajoutant quelques détails et en l'accompagnant de quelques observations.

rrCe magnifique Pigeon, dit Temminck, se distingue de toutes les autres espèces de la famille columbace (sicj par la forme singulière des

plumes du cou Des plumes étroites et lustrées ornent sa tête; il

porte sur le cou une large touffe composée de longues plumes qui se dessinent élégamment sur le haut du dos où elles paraissent former une espèce de manteau nuancé île teintes d un blanc argentin. Cette couleur opère un contraste admirable avec les diverses teintes de bleu foncé répandues sur les autres parties du corps; lorsque les doux feux de l anioui' viennent, au renouvellement de la saison, aiguillonner le désir des jouissances, ou bien lorsqu'un objet imprévu inspire la crainte à cette Colombe, elle s'embellit encore en redressant et en faisant revenir par-dessus sa tête toutes les longues plumes dont le cou est décoré. 17 En lisant ces dernières lignes, on croirait vraiment (jue Temminck a eu sous les \eux

Histoire naturelle générale des Pigeons, avec figures, par M"' P. de Courcelles, in-lol., Paris, 1808, t. I, p. 5o et pl. XIX.

Funivgus mudagascariensis L.

Tahlean eiicycloj)édi(jue et ni)''thodi<juc ( lùicifcl. méthod.), 1790-1893, p. 'ï.V.\.

Syst. Avium, 1897, Columha, sp. 29.

List of Gênera <>[ Hirdn, 1860. p. 58.

— Au nom «jV'iicriquc à' Aleclneiias , Agassiz {Nomenclator zoologiciis, p. ,'5 8) (loiiiia la Tonne, sans doute plus correcte, (ï ileclorœnas.

('■I T. Il, 18 ,-,7, p. :.,).

Beitràge z. Fauua Madaga^carx , p. (JB, cl Vdgel Madagasrars , 1877, p. '^G3 . n " 1 G'i.

Procecd. /ool. Soc. Loitd., i87<), |). •?.

llli'AlMCniC HirilJ.tALC

Ivl MM. A. MILNE-EDWARDS ET E. OUSTALET.

non pas un spécimen empaillé et rigide, mais un oiseau vivant! C'est évidemment en s'inspirant de cette peinture enthousiaste que l'artiste, M"'' Pauline de Courcelles''^, a représenté la Colombe hérissée avec les plumes du camail hirsutes, le bec entr ouvert et les ailes soulevées.

Toutes les plumes de la tête, du cou et de la poitrine, dit encore Temminck, sont longues, étroites et se terminent en pointe. Leur forme est extraordinaire; l'extrémité est dure, cartilagineuse et polie; elle paraît former un prolongement aplati de la baguette; sa substance ressemble aux appendices lustrés qui terminent quelques plumes alaires du Jaseur (le Bohême, ainsi qu'à ces larges lames cartilagineuses dont est pourvue une espèce de coq sauvage des Indes. r>

Les plumes du camail de VAlecIrœnas niddissima présentent, en effet, une structure particulière; mais il n'est pas tout à fait exact de dire, comme le fait Temminck, que l'extrémité de leur tige s'aplatit en une palette comparable à celles qui terminent certaines plumes alaires du Jaseur ou les plumes du camail du Coq de Sonnerat; en réalité, c'est sur la plus grande partie de la longueur de la plume que la tige se modifie, prenant l'aspect d'un demi-tuyau transparent, d'une moitié de tube corné, fendu longitudinalement. Ce demi-tuyau est plus ou moins effiloché, et ce sont ces fdaments latéraux qui représentent les barbes, au moins sur les plus longues plumes du camail, car les premières plumes, voisines du menton ou insérées sur la gorge, offrent une conformation moins anormale. Nous ne connaissons, ni parmi les Funingus qui, comme nous le verrons tout à l'heure, ont des affinités très étroites avec VAlectrœnas niUdisstma, ni parmi les Pigeons des autres groupes, aucune espèce qui possède des plumes de cette nature.

IjAlecIrœnas nilidissima mesure, ainsi que h; dit Temminck, environ 19 à i3 pouces de long (anciennes mesures françaises), c'est-à-dire o m. 35o*^); mais ses ailes, lors(ju'elles sont ployées, dépassent un peu le milieu de la queue et ont o m. 235 de long; la queue, un peu usée et

Qui devint plus lard M'"" Knip. — Cesl bioii à toii que Sonnini {Voya,<re de Sonnerat, édit. 180G, t. IV, p. 3o2) décrit le Ramier hérissé comme étant beaucoup plus grand que le ï\amicr (ï Europe.

incomplète, devait être formée de pennes ayant à très peu près toutes la même longueur, c'est-à-dire o m. i35; le ])ec a o m. oaB le long du culmen et o m, 028 de la pointe à la commissure des mandibules; le tarse, o m. 020; le doigt médian sans l'ongle, 0 m. 082. Les côtés de la tête, depuis la base des mandibules jusqu'à o m. oo5 ou o m. 006 en arrière de l'œil, sont complètement dénudés; il en est de même de la partie du front immédiatement contiguë à la mandibule supérieure, mais peutêtre dans cette région quelques plumes sont-elles tombées. Toutes les parties nues, de même que la peau dans laquelle sont percées les narines, paraissent avoir été d'un rouge vermillon, comme cela a été représenté dans la planche de M'^^ P. de Courcelles. De même, les pattes, qui sont coloriées en noir bleuâtre sur cette planche et que Sonnerat indique comme ayant été noires, doivent avoir été plutôt d'un violet rougeâtre ou même franchement rouges dans l'oiseau vivant. Elles sont emplumées presque jusqu'à la naissance des doigts, qui sont robustes et armés d'ongles recourbés, de couleur brune. Le bec est jaune à la pointe et un peu noirâtre au mibeu, et, d'après Sonnini*'', les yeux auraient été rouges.

Le camail qui couvre le sommet de la tête, la nuque et le cou est, dans le spécimen que nous avons sous les yeux et dont les teintes paraissent avoir été altérées, d'un blanc jaunâtre, un peu tacheté de noir sur la gorge et sur les côtés du cou, mais dans l'oiseau vivant il devait être en majeure partie d'un blanc argentin ou grisâtre, et certainement d'un blanc moins cru que sur la figure de l'ouvrage de Temminck; le dos, les épaules et les parties inférieures du cor[)s, depuis la poitrine jusqu'à la région souscaudale inclusivement, sont au contraire d'un beau bleu indigo, à reflets violacés, rappelant beaucoup la teinte du manteau du Funingus madagascaricnsis, mais de nuance un peu plus foncée. Les grandes pennes alaires tirent au noir sur leurs barbes internes et les pennes caudales sont en majeure partie d'un beau rouge carmin, un peu plus vif que chez les Fiinmfrm maflagnscnn'msis ; toutefois, absolument comme chez ce dernier, il y a aussi du bleu foncé le long de la tige des rectrices médianes et sur les

Vo)ja{re de Sonnerai, (h\\{. 1806, t. IV, p. Zo'.S.

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quatre cinquièmes environ des rectrices latérales, dont la portion terminale seule est d'un rouge cramoisi.

11 suffit de jeter un coup d'œil sur les figures de XAlectrœnas nitîdmima qui ont été publiées antérieurement et sur celle que nous donnons aujourd'hui pour se convaincre que ce Pigeon n'a absolument rien de commun avec les Ramiers dans le groupe desquels Levaillant avait cru devoir le classer et qu'il offre au contraire une grande ressemblance avec les Founingos {Funmgus) de Madagascar et des Seychelles*''. Comme ceux-ci, il a des formes ramassées et un peu massives, le bec court, renflé dans son tiers terminal, déprimé à la base, les pattes robustes, les côtés de la tête dénudés, le cou revêtu d'un camail dont les plumes contrastent par leur aspect et leur mode de coloration avec celles du reste du corps. Par les teintes générales du manteau et de la queue, il rappelle même singulièrement le Founingo de Madagascar ou Funingus madagascariem{s^^\ dont il se distingue cependant aisément par sa taille plus forte, par sa queue relativement un peu plus développée et surtout par son camail dont les plumes offrent une structure tout à fait anormale. Ce dernier caractère est même à vrai dire la seule particularité extérieure qui permette de séparer génériquement YAloctrœnas nitidissi'ma des Funingus, qui eux-mêmes ont des affinités évidentes avec les Pigeons verts ou Plilopus.

]j Alcctrœnas niiidissima n'est j)lus re])résenté, à l'heure actuelle, dans les collections publiques, que par trois spécimens, savoir:

1° Un spécimen au Muséum d'histoire naturelle de Paris. Ce spécimen, provenant du voyage de Sonnerat, est le seul et unique individu que ce naturaliste ait rapporté (le catalogue manuscrit de sa collection en fait foi*^').

" Ces analogies avaient déjà été reconnues par Sonnini ( Voyage de Sonnerat. édit. 1806).

('^' A. Milne-Edwards et Alf. Grandidier, Hist. phys. , nal. et polit, de Madagascar, Oiseaux, p. /l'yG et pl. 193, 19^, 195. Le Fu7iingus madagascariensis a été menlionné sous le nom de Fanou Manghc par Flacourt ( Histoire de la grande isle de Madagascar, 1 G G 1 ,

p. 1 G.*}), qui la comparé à un Biset ou à un Ramier.

Ce catalogue, conservé dans les archives du Muséum, ne mentionne qu'un spécimen. C'cstévidemmentparerreur queTemminck [IHst. nat. des Pigeons, t. I, p. f)!) et, d'après lui, M. Alfred Newton (Proceed. Zool. Soc. Lond. , 1879, p. 3 ) disent que Sonnerat a rapporté </cH.r ^pécimens (ÏAlectrœnas.

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et presque certainement le seul exemplaire qui ait jamais figuré dans les collections du Muséum. Ce spécimen est malheureusement dans un état de conservation qui laisse à désirer, quoique depuis longtemps il soit l'objet de soins exceptionnels. De même que le Perroquet mascarin, il a été , à la fin du siècle dernier, victime de fumigations qu'on avait eu la malencontreuse idée d'employer pour combattre les ravages des insectes et qui ont eu pour effet de ternir les couleurs des oiseaux, d'altérer ou de ronger leurs plumes '^^ ;

9° Un spécimen au Musée de Port-Louis (île Maurice). Ce spécimen provient sans doute de l'ancienne collection de M. le docteur J. Desjardins, qui, après avoir résidé à Flacq, dans l'ile Maurice, mourut à Pans le 18 avril 1860. Dans le catalogue manuscrit de cette collection, catalogue que possède l'un de nous, nous trouvons en effet sous la rubrique Columha Franciœ Sonner., suivie d'une courte synonymie, cette indication précieuse : Individu tué dans les forêts de la Savane, en 1826, par E. Geoffroy. Il m'a été donné par sa veuve le 22 mai 1829. Il est bien facile à distinguer par les plumes de la tête et du cou, qui sont blanches et d'une nature différente des autres plumes. Tout le reste de l'oiseau est en général d'un beau bleu noirâtre et une grande tache rouge sur la queue. Longueur totale, i3 pouces. 77 Cette courte description ne laisse aucun doute sur l'exactitude de la détermination de l'espèce ;

3° Un spécimen au Muséum of Science and Arl, à Edimbourg. Ce spécimen, qui demeura longtemps ignoré, fut présenté à la Société zoologique de Londres, le 1 k janvier 1879, P^'" docteur Traquair, et donna lieu à d'intéressantes observations de la part de M. Alfred Newton D'après ce dernier naturaliste, il aurait été acquis vers 1816 par l'Université d'Edimbourg avec ce qu'on appelait la collection Dufresne, et quelques années plus tard 11 fut transporté au Muséum of Science and Arl, où il se trouve actuellement. L'étiquette porte : The Hackkd Pigeon, Plilopus nilidissimus Scop; Loc. IsU de France, Columha Franciœ Dufresne, et sur la face inférieure du support de l'oiseau on lit ces mots : The Hackled Pigeon, 219. Columha

Du temps fie Temniinck, en 180S, quel([iies s|)(''timens et enire aulres VAlectra'nas «îtaient déjà ainsi détr-riorés. — Proceed. Zool. Soc. Lond., 1879, p. 3.

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Franciœ L. M. Newton se demande comment ce spécimen et les autres objets de la collection Dufresne sont parvenus à Edimbourg, Pour répondre à cette question, nous rappellerons que, dès l'an vu (i 798-1 799), Dufresne était attaché au Muséum d'histoire naturelle de Paris, où il s'occupait alors du montage des animaux, et qu'un peu plus tard, sans quitter le Muséum, il devint conservateur du Cabinet d'histoire naturelle que l'Impératrice Joséphine avait établi dans sa résidence de la Malmaison. Après son divorce, l'Impératrice paraît s'être désintéressée de la collection qu'elle avait formée, en partie avec des objets qui lui avaient été offerts, en partie avec des spécimens qui lui avaient été donnés par le Muséum , vers 1798 ou 1799, pour la plupart en échange d'autres exemplaires. Nous avons trouvé, en effet, dans un ancien registre une note de la main de Dufresne constatant, à la date du 1 3 mars 1811, qu'à la suite d'une lettre reçue par M. Geoffroy Saint-Hilaire et transmise par M. Bonpland, le 1 1 mars, rrles professeurs l'ont autorisé à choisir parmi les oiseaux que possède S. M. l'Impératrice et dont il est le dépositaire tous ceux qui manquent dans les galeries (du Muséum) 7?. Une autre note nous apprend que Dufresne fit choix de 1 9 spécimens dont il donne l'énumération et parmi lesquels ne figure point la Columha Franciœ ou Akclrœnas nitidissi'ma. On ne peut en conclure évidemment que l'espèce n'ait point été représentée dans les collections de la Malmaison, puisque Dufresne a dû se borner strictement à choisir les espèces manquant au Muséum. Or VAIedrœnas n'était point dans ce cas, j)uisque alors déjà figurait dans les collections le spécimen rapporté par Sonnerat.

Mais si, ce qui d'ailleurs est une pure hypothèse, un exemplaire Akclrœnas nitidissima donné à l'Impératrice par quelque voyageur faisait partie des collections de la Malmaison, particulièrement riche en oiseaux exotiques et en coquilles, cet exemplaire a dû partager le sort desdites collections ou plutôt du reste de ces collections, soit que celles-ci aient été dispersées au moment du pillage du château par des soldats des armées alliées en 181/1, soit plutôt qu'elles aient été vendues entièrement par les soins de Dufresne. D'une façon ou de l'autre, un exemplaire Akclrœnas aurait j)u , précisément vers 1 8 1 G , parvenir en Écosse et y être incorporé dans la collection publique comme acquis de Dufresne. Toutefois une autre sup-

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