Notice sur quelques monumens anciens situés dans les environs de Genève
I I ans presque toutes les contre’es de l’Europe, mais surtout dans quelques provinces de la France et des îles Britanniques , on rencontre des monumens qui different egalement de ceux qu’élevoient, pour l’admiraiion des siècles, les Grecs et les Romains, et des constructions moins nobles, moins élégantes, mais quelquefois aussi imposantes, du moyen âge. Nul art , nul ornement, nul signe religieux; des pierres brutes d’une dimension toujours grande, souvent énorme, comme si l’on eût voulu remplacer tout ce qui atteste l’adresse et l’industrie, par les témoignages irrécusables d’une force gigantesque : voilà ce qu’ils présentent à l’oeil étonné. Ce caractère qui leur est propre , induit le vulgaire à leur assigner pour auteurs des êtres doués d’un pouvoir surnaturel , des saints, des démons , et surtout des fées, comme l’indique sonvent le nom qu’il leur impose. Avec plus de vraisem-
blance , l’antiquaire croit y reconnoilre l’ouvrage drs indigènes de ces pays. Sans entrer dans des details que les Mémoires de l’académie Celtique , et les Recherches de Cambry ( 1 ) offrent aux curieux, Bous devons observer que les principaux monumens attribués aux Celtes, aux Gaulois, et à leurs prêtres les Druides, sont des pierres droites , des tombeaux et des autels.
Les pierses droites ne sont que des roches perpendiculairement enfoncées en terre , souvent à une grande profondeur, et presque toujours dans le Voisinage d’un ruisseau ; mais assez bien orientées pour que la partie élevée au-dessus du soi ait pq servir de gnomon t. et indiquer par son ombre le cours diurne du sqleil , à qui la tradition nous enseigne que ces piçrres éloieut consacrées.
Une table ou plutôt un large bloc , que l’art n’a point dégrossi, est supporté, horizontalement par deux pierres brutes posées de champ. Les fouilles pratiquées sous les monutuens ne laissent point de doutes sur leur destination tous recouvrent ]es restes de quelque guerrier , ainsi que l’attestent souvent des débris d’armes qui, de ces sé-: pultures , passent dans les cabinets des curieux. J’ai vu , sur divers points du Département de
* (■) Cambry , Monument, Celtiques , ou Recherches sur. le culte de ces pierres (iu-8.° Paris i8o5).
l’Aube (i), plusieurs de ces tombeaux ; quel que (Vit leur nombre, ils étoient disposés sur un seul rang , an bord d’nne petite rivière ou d’un ruisseaui Les autel * diffèrent des tombeaux par des dimensions plus grandes, et parce que la table est soutenue par un troisième bloc, placé de cltnmp perpendiculairement aux deux autres; mais qui ne s’en approche pas assez pour ne point permettre de pénétrer, au moins d’un côté, dans l’espèce de cellule formée par la disposition des pierres. C’est par-là, du moins on le pre'snme, que les Druides y entroient, tandis que le peuple, dans un silence respectueux , sa tenait debout devant la grande ouverture que laisse vide l’absence d’un quatrième support , et qni est toujours exactement orientée.
Ces'divers motmmens sont quelquefois entourés d’une enceinte de pierres plus petites , et circulairemeut rangées. Quelques-uns reposent sur des tombellei, ou monticules artificiels , qui , d'après de nombreuses observations , paroissent avoir servi de séphlturé, sans doute à des personnages élevés en dignité.. »u j ■■■'•• > t
L’un des monumens les plus curieux dont on puisse faire rânionter l’origine au culte Druidique,
*t (i) J’ai décrit les monumens celtiques des environs de tiogent-sur-Seine et, de Poqt-sur-Seine (département de l’Aube) , dans une notice lue à l'academie celtique, mais uou encore publiée.
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est celui que l’oo voit à trois mille toises an sud de Genève, entre Troinex et Bosaey , ce village auquel l'enfance elles récits de J. J. Rousseau ont Attaché un intérêt si durable. A l’eitrétuité d’une petite prairie s’élève un monticule circulaire : soit diamètre est d’environ douze toises, et sa plus grande hauteur au-dessus du sol, de seize à dix - huit pieds. Le chemin de Troinex à Boasey le borne au nord; et tournant subitement, le coupe du nord yu midi, presque en suivant son diamètre, en sorte qu’au delà du chemin, on en reconnoît encore une partie. Sur la portion qui subsiste en deçà , et au pied de laquelle coule du sud au nard, un petit ruisseau , est couché un bloc quadraDgulaire ; il a dix pieds sept pouces de longueur , deux pieds deux pouces dans sa plus grande largeur , sur une hauteur qui décroît de l’ouest à l’est depuis trois pieds et demi , jusqu’à moins de deux pieds. Ce bloc est dirigé de la manière la plus régulière vers l’orient équinoxial. Celui de ses côtés qui fait face au midi paroît sensiblement aplati. Dans le dernier tiers de sa longueur , il a été creusé d’un pouce : sur sa surface ainsi préparée , on voit quatre figures de femmes , grossièrement taillées , mais reconnoissables , et qui ont fait donner au rnonu-. ment le nom de Pierre aux dames , Pierre aux demoiselles. La première est la plus hante , elle a deux pieds detix pouces ; la suivante, deux pieds
an plus; les deux autres décroissent encore (1) : mais leur diminution paroît à l’œil plus grande qu’elle ne l’est en effet; le bloc, par sa pesanteur, s’e’tant enfoncé dans la terre vers le point où le chemin a coupé le monticule.
Rien n’annonce que ces quatre figures aient jamais été plus élégamment sculptées : elle ne sont donc point le produit des arts perfectionnés que les Romains apportèrent avec eux aux bords du Léman. Les signes religieux et les autres marques auxquelles on reconnoît les monumens du moyenâge , manquent également à celui-ci. Si l’on croit pouvoir lui donner pour auteurs les Celles, les Albroges, il offre , par les figures dont il est décoré, une singularité dont, je crois, on citeroit difficilement un second exemple (a).
(t) La quatrième figure a été mutilée ; et , pendant la belle saison, elle est presque entièrement cachée par le buisson dans lequel s’enfonce , au-dessus du chemin , l’extrémité de la Pierre aux dames.
(a) M. de Fréminville Ç Mémoires de la Société des Antiquaires de France, Tom. I., pages 44i , 44a) cite trois monumens celtiques qui portent des inscriptions, mais aucun sur lequel on voie des figures. Il y en a sur quelques-unes des pierres représentées dans l’ouvrage de Cambry ; mais ces pierres appartiennent toutes aux Scandinaves et non aux Celtes, comme le prouvent les caractères runiques dont elles sont chargée» , et surtout les lieux où elles sont situées.
Avant de fixer notre opinion sur l’origine de ce monuroeut , examinons ce rjui l’entoure.
1 . * Le monticule qui le supporte paroh être une tombelle, ouvrage de la main des hommes. L’aspect de la terre coupce à droite et à gauche par le chemin, offre les caractères d’une terre rapportée. La facilité avec laquelle la Pierre aux dames s’est ahaisse'e au-dessus du chemin , indique aussi une terre mobile et peu solide. La régularité de la forme du monticule, et la petitesse de ses dimensions sont encore des indices qui repoussent l’idée d’une formation naturelle.
2 . ” L’existenoe d’un ruisseau, au pied du moa-r ticule, n’est point une circonstance indifférente, dès tjn’il s’agit de reoonnoître un monument Celtique.
3. ” La Pierre aux dames n’a souffert aucun déplacement : cela est démontré par l’exactitude avec laquelle elle est orientée, et par la pose naturelle des figures.
4. ” Au nord de Cette pierre, sur un point un peu plus élevé , gît un autre bloc , long de cinq pieds sept pouces , et large de deux pieds deu* pouces. Aucune de ses faces ne présente de figures, *1 n’est point orienté ; il a donc pu être déplacé , x>n plutôt renversé. Qu’on le relève perpendiculairement , sa place naturelle sera au sommet du fliomiculc, S’il a en effet occupé cette place, jusqu’au moment où l’a fait tomber quelque accident,
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aussi récent peut-être que la construction du chemin, c’élôit une Pierre droite éleve'e atl sommet de la iombelle, derrière la Pierre aux dames avec laquelle elle ne formoit qu’un seul monument.
Ces témoignages muets ne fournissent encore que dès probabilités : pour suppléer à leur insuffisance, interrogeons la tradition populaire qui souvent est j à la fois, bien ridicule et bien instructive.
Elle s’exprime uniformément sur l’antiquité immémoriale de la Pierre aux dames. Ce bloc , ajoute-t-elle , couvre la sépulture de quatre amantes infortunées qui, éprises du même amant, én furent tôur-à-lour chéries et délaissées, et l’une après l’attire empirèrent consumées de regrets. Suivant quelques récits, l’amant perBde repose lui-même à côté de ses victimes. La place de son tombeau est marquée parle sécond bloc de pierre, dont la destination se rattache ainsi à celle du premier.
Que le monticule couvre une sépulture, cela, nous l’avons vu, n’a rien d’impossible. Maison n’adinettra pas aussi facilement, au moins dans le sens littéral, le reste de la légende.
Si, au contraire, on veut la considérer comme une allégorie ; si l’on songe à la position orientée de la principale pierre , à la possibilité apparente que la seconde ail été une Pierre droite, un monument solaire; si l’on se rappelle que, chez presque toutes Tes nations, le soleil, sous différens
noms, a en tantôt des tombeaux, et tantôt des Cénotaphes, représentations roylérieuses de la Gin et de la renaissance de l'année ; que seront les quatre amantes tour-à-tour chéries et délaissées ? Les quatre saisons qui , aux termes Clés par la nature, se ravissent tour a tour, et se lèguent, ’en expirant , les faveurs du Dieu de la lumière. Et près de leurs emblèmes , dirigés vers le point du ciel d’où part sa chaleur la plus féconde , le Dieu loi— même aura trouvé son emblème dans cette Pierre droite, dont l’ombre fidèle indiquoit aux regards la Olÿrche du jour et les diverses époques de l’année.
Si celte explication ne paroit point forcée à ceux qui connoissenl le génie allégorique dont l’empreinte subsiste dans les traditions du çulte des Druides, un autre monument, appartenant au meme culte , et placé dans le voisinage du premier , peut eu augmenter la vraisemblance.
A cinq cents toises environ , au sud de la Pierre aux dames , près d’un ruisseau qui se jette dans la Derixe, on voyoit encore, il y a peu d’années, une Pierre droite , connue sous Je nom de Pire grand ou Pierre grand. Sa hauteur, m’a-t-on dit, étoit de vingt-cinq pieds. Sa base à la surface du sol, n’a pu avoir moins d’une toise carrée. Elle a été renversée, et ses débris vendus ou employés dans quelque construction; mais la portion enfoncée en terre subsiste, et indique la place où elles’élevoit...
Faisons des vœux pour que Je proprietaire de la prairie où l’on voit la Pierre aux dames , sente mieux le prix d’un monument, peut-être unique en son genre, et qui ne pourrait même être dé- : placé sans perdre de l’intérêt qu’il inspire.
Nous formons les mêmes souhaits pour un monument situé de l’autre côté du mont Salève. Non loin du village de Reigny, l’amatenr de sites pittoresques rencontre une plaine , intéressante pour l’histoire de la superstition par une pierre sur laquelle la crédulité' retrouve des vestiges du passage de l’Esprit malin (1), intéressante pour les natu-^
(l) On montre aux curieux la Pierre du diable. C’est un bloc qui s’est fendu en deux lorsque le diable a passé dessus. On observe sur la pierre les traces de ses pied» et des pieds de son mulet , ou , suivant d’autres récits , de sa femme et de ses eufans. Un cultivateur âgé , qui me parloit de ce prodige, ne me parut embarrassé que d’expliquer comment la pierre, aujourd’hui si dure, fut autrefois assez molle pour recevoir toutes ces empreintes. J’auroîs pu lui répondre que le fait du moins,' n’éloit pas nouveau. En Sicile, non loin d’Argynnée , ont monlroit un chemin taillé dans le roc , où le « vaches d'Her ■* cule imprimèrent leurs traces comme dans de la cire. Le miracle, cette fois, loin d’étre attribué à un mauvais génie, fut regardé comme une preuve que, suivant les promesses du destin , Hercule devenoit dieu. Il persuada aux Léonlins de lui offrir des sacrifices en cette qualité, et à lui d’accepter leur hommage ( Oiod . Sic. IV , 6).
rnlistes qui , dans sa vasie étendue , semée partout d’innombrables fragmeus de rochers., contemplent les débris d'une montagne éboulée dont ils cherchent en vain à assigner la place. C’est à l'extréîji] lé orientale de cette plaine , qu’ombragé d'un vieux noyer, bien jeune en comparaison de lui t Subsiste , dans un état parfait de conservation , un autel druidique. Sa table a neuf pieds de large t sur quatorze de long. La cellule qu’elle recouvre pourroit contenir sept ou huit personnes assises. Lite a sa grande ouverture tournée vers l’orient de l’équinoxe ; près du fond, et du côté du nord) on remarque le vide par lequel nous supposons que les Piètres s’y introduisoient. Du même côté s’élèvent quelques chênes , derniers restes Sans, doute d’utie forêt qui servit d’asile aux Druides , et de théâtre à leurs plus secrets mystères... Entraînée par la puissance des souvenirs, l’imagination se plaît à recréer et à étendre ali bord cet épais rideau, si propre à accroître la sauvage majesté du site, à rendre l’aspect de l’autel plus auguste et les cérémonies plus imposantes. S’emparant des fragmens d’un bloc considérable , gisant près de la grande ouverture, elle crée, ou plutôt elle relève , au sud de l’autel , une Pierre droite (1),
(i) Il n’est pas vraisemblable que l’on eût laissé ce b)oc obstruer l’entrée de la cellule ,• il sc lioit donc , par quelque
qui, pat- son utilité quotidienne , rappeloit aux adorateurs le pouvoir ei les bienfaits de la Divinité'» Elle voit la multitude religieuse se presser devaut la cellule / les Druides y sont assis ; leur chef, debout sur la table de l’autel, salue l’astre du jour dont les rayons naissans viennent illuminer son front ve'ne'rable. Et tandis qu’il ce'lèbre le père de toute fécondité , derrière lui s’élève et s’étend cette plaine hérissée de rocs qui semblent tombés des cieux, emblème de la désolation et de la stérilité, citée plus d’une fois peut-être comme un témoignage de la vengeance divine, et où des traditions, conservées jusqu’à nos jours , rapportent que le génie du mal a promené ses pas destructeurs.
La vue des monumens que nous venons de décrire nous inspiroil à la fois le désir et l’espérance d’en découvrir quelques autres du même genre. Parlerons-nous des vestiges d’un cercle druidique ou enceinte de pierres , que nous avons cru apercevoir à droite du grand chemiu de Douvaine à Tliouoo ? L’incertitude d’une observation trop rapide ne nous le permet pas. Parlerons nous de la Pierre ci Popée t située au pied du Grand- Salève , derrière le château de Crévaiu? Sou nom
usage , au monument dont il est si voisin : pour admettre que c’éloit une Pierre droite, il suffit de supposer que la forêt ne s'étendait pas de ce côté, de manière à lui dérober les ravons du soleil.
singulier, sa position perpendiculaire , sa blancheur même qui la distingue des roches grisâtres confusément éparses autour d’elle , autoriseraient bien des conjectures : mais , interrogées sur l’origine de son nom , sur sa destination primitive , les traditions restent muettes. . . nous devons imiter leur silence. Ce sera avec moins de défiance , quoique sans rien affirmer positivement , que nous appellerons les regards sur la Pierre de Moille-seule. Ce nom désigne le point où la roule qui sort de Cliêne-Thone* , se partage en deux branches (l) , dont l’une se dirige vers Puplinge et l'autre vers Ambilly. On n’y trouve pas d’habitations ; mais une pierre brute que l’on aperçoit d’assez loin , parce que , là précisément , le chemiu se trouve un peu exhaussé; sa forme, que le ciseau h’a point arrondie , rappelle , au premier coup d'œil , la forme d’une meule de moulin. De Cette apparence et de sa position , est dérivé son nom , Moilleseule , Mola-sola , Meule solitaire , isolée. Pour communiquer ce nom à un point , qui d’ailleurs n’a rien de remarquable , ne faut-il pas que cette pierre l’occupe depuis une époque reculée , et que , jadis , de puissans motifs aient fixé sur elle l’attention des habituns de cette contrée? Au milieu de la pierre , est un trou carré qui ne pénètre pas
(i) A. ü5oo toises à l’est sud-est de Genève.
jusqu’à la moitié de sa profondeur , et où , pendant long-temps--, a été implantée une croix, aujourd'hui détruite. La croix n’auroit - elle pas donné son nom à Ce lieu , bien plutôt que' la pierre qui lui servoit de support , si celle-ci n’éflt pas été connue et môme révérée avant l’érection du monument chrétien? Essayons encore d’éclaircir nos doutes en consultant la tradition. . . — -La pierre a occupé de tout temps cette place. On affirmoit' jadis sérieusement , et l’on répète aujourd’hui t pour s’amuser, qu’elle jouit de Bétonnante propriété de se retourner à l’heure de minuit. Oa ajoute que des curieux , dignes peut-être d’une autre épithète , ont apprêté à rire , en voulant vé-'
rifier par eux-mêmes cette merveille — Moins
crédules qu’eux , nous ne rejetterons pourtant pas la tradition. Bien des fois déjà nous avons entendit raconter le même prodige de pierres druidiques consacrées au soleil , et destinées à indiquer sâ marche parla marche de leur ombre. Dire qu’elles se retournent à minuit ou au point du jour , c’est exprimer, dans la langue des allégories, langue si chère à toute l’antiquité , que leur ombre , au malin^ se prolonge dans nn sens opposé à celui où elle se projeto’lt la veille au soir , et qu’ainsi elle a fait une demi-révolution complète (t); c’est attribuer
(i) Far une allégorie dont le sens n’est pas moins facile à saisir, on rapporte de plusieurs Pierres droites, qu’au
au monument ce que fait, pour nos yeux, l’asirc dont il est l'emblème. Il est donc vraisemblable que cette pierre, objet immémorial d’une attention particulière et d’urie tradition dont mille autres exemples nous réyèlent le sens, fut jadis une pierre druidique (1). Des exemples non moins nombreux autorisent à penser que si l’on y érigea une croix , ce fut pour détourner vers un but religieux l’antique habitude de vénération superstitieuse , autant que pour clevcr en triomphe , sur ce monument d’un culte détruit, le signe, révéré du Christianisme.
Si on est fatigué de (a réserve , de l’ipçertitude qui régnent dans ces explications ; sj on s’étonne du petit nombre des monumeus que nous avons pu observer , et , parmi eux , de l’abseuce totale de ces tombeaux que l’on a dû élever souvent à des braves , au milieu dç la population belliqueuse qui couvroil Içs rives de l’Arye et du Lémau ; nous
point du jour elles font entendre des sons semblables an chant du coq, ou même qu’un coq vient s ’y percher pour annoncer le lever du soleil. De là les noms de Pierre-au coq f Pierrc-au-pouUt , Pierre-de-chante-coq } de Chante poulet , donnés à quelques-uns de ces monumens.
(1) La pierre, de JlIpilUrSHule n'est plus orientée avec précision. Cela n’çst pps suj-prenaut : elle a dû être renversée pour servir de support à la croix; et dans cette opération, on s’est peu occupé delà direction qu’elle prendrait. Mais si 91} ),a relevoij perpendiculairement, sa face la pins large sc trouveroijt exposée à l’orient équinoxial.
qui les cousacroient, ces ouvrages informes de nos aïeux ne sonl plus défendus de la destruction que par leur masse , el non par des ornemens qui invitent à les conserver et marquent d’un sceau pré* çieux jusqu’à leurs moindres débris. L’ignorant jette sur eux des regards indiflerens ; le curieux est satisfait de les avoir vus une fois ; las de les interroger sans fruit sur les siècles et les hommes qui les virent ériger , l’érudit s’en éloigne avec dédain. Cependant , à mesure que la valeur de la terre augmente , que les communications s’étendent et se multiplient , le laboureur, dont ils gênent la marche , s’efforce de reconquérir le sol qu’ils dérobent à la culture ; leurs blocs massifs se trouvent être des matériaux tout préparés pour des constructions importantes; mi pont, un chemin, s’enrichissent de leurs vastes débris. Le temps enfin triomphe d’eux, sans même avoir besoiu d’alterer l.eurs roches indestructibles : que les années , dans leurs cours', dérangent le Cercle de Pierres , séparent de ses appuis la Table du Tombeau ou de Y Autel, repyer^eql 1 a Pierre droite , ou seulement obscurcissept la tradition qui lui imprimoit un caractère religieux ; à l’instant , les niontim^ns ont cessé d’exister, on ne voit plus que des pierres
brutes éparses à terre Sont - ce les restes
d’un roeber écroulé , ou ceux d’un grand ouvrage
de» hommes? Qui le dira désormais? Ainsi dis— paroissent autour de nous , sans rpie leur perle «5\ eillc notre attention , les ttionuntens du culte et île la gloire d’un peuple immense , doué par la nature et la civilisation de tout ce qui semble donner des droits à une immortelle célébrité'. Ainsi est dc'çu l’espoir de ces guerriers qui se consoloient de mourir par la pensée que , dans les siècles futurs, le chasseur, en voyant la pierre élevée au-dessus de leur sépulture , s’écrieroit : Ici repose la cendre d’un brave, (i)
Tel est donc le néant de nos espérances , quand de notre existence éphémère nous nous élançons dans uu avenir sans bornes ! S’il falloil en relever la preuve par’uu contraste , deux mouumens, récemment découverts près de Genève (a) , nous en donneroient la facilité. Les inscriptions qui les décoroicnt , encastrées aujourd’hui dans le mur de l’église de Carouge , y sont , pour bien des années, à l’abri des ravages du temps. L’une nous apprend que Julius Mociestinus mérita, par sa bienfaisance, les regrets de ses affranchis. L’autre contient l’histoire et les dates successives de l’élévation militaire de M. Carantius qui , de simple soldat , devint Centurion de la première Cohorte Urbaine.
(l) Poëmes cPOsaian. Passïin.
(a) Voyex la note A.
Ces inscriptions sont lues des passans ; elles seront copiées, étudiées , publiées pai les antiquaires qui trouveront, dans la seconde, quelques notions sur la hiérarchie des grades milil aires chez les Romains. Exhumés après dix-sept cents ans , 1rs noms de deux particuliers obscurs seront ainsi recommandés à un long souvenir. . . Et les noms des Celles qui firent trembler Rome et couvrirent de leurs armes victorieuses l’Europe et l’Asie , les noms des héros qui ont élevé de si grands monumeus, ne sortiront point de la nuit de l’oubli , où sont tombés , dès long -temps, et leurs exploits, et les chants des Bardes destinés à en transmettre le souvenir aux derniers de leurs descendans.
. Note A .
Sur l’ancienne route qui conduisoit de Pinchat à la rive gauche de l’Arve et, par un pont détruit depuis jôb'*, aboulissoit à l’extrémité du Chemin des Philosophes , des fouilles ont fait découvrir en i8o5 deux monumeus romains, (i)
Le premier est un Cippe sépulcral , encastré aujourd'hui dans un mur de l’église catholique de Carouge. Ou lit sur une des faces :
(i) Les renseignemens relatif» à la decouverte <lr ce monument m’out été conuuuuiqués par M. I’errej' , pay eur à Carouge.
D. IVLIO. D.