JOSEPH GRIVEL
Il a paru a Kribourg (Suisse) deux biographies de J. (îrivel, intitulées toutes deux : Lr pic/niri- (issi/rtohi^iic suisse. \ji première, qui a vu le jour en 1879, est celle de F. X'igouroux (Frib<uirg, Imprimerie Catholique), l'autre, de l'année 1904, est \\\.\c X la plume de Hubert Savoy, qui l'a insérée dans la iiii'ffc t/r riihunii!; \ La Ite^'iic de Frih(mr<^ a succédé en 1903 a la liecue île l<i Suisse C(ttlutlif/tN\ dont (îrivel tut un des fondateurs; elle a eu une durée de 32 ans. C'est dans ce dernier périodique qu'ont été publiés deux mémoires de Grivel sur l'un desquels nous reviendrons plus loin. Nous exprimons notre reconnaissance a M, Max de Diessbach, conseiller national, qui nous a donné l'autorisation de consulter les papiers Grivel, conservés a la Bibliothèque cantonale de Fribourg.
Joseph Grivel est né à Chapelle sur Oron, paroisse de Promasens, le 30 août 18 10. Ses ctudes classiques terminées, il remplit successivement les charges de greffier, receveur d'Etat, et notaire a Châtel-Saint-Denis. Après un séjour de quelques années a Genève et a Lyon, il revient se fixer a Fribourg. En 1856, il est nommé trésorier d'Etat et reste en fonctions jXMidant douze années. Il est mort a Fribourg
' Con<;ulter aussi J. Mcnanl: Lea lanmiex perdues de la Perse et de FAssyrie. p. 3 12.
le 4 juillet 1876. Il aborda l'étude des langues orientales à l'âge de trente-huit ans et se prit de passion pour l'assyriologie. C'était l'époque où le sanscrit des langues sémitiques, après avoir subi le baptême du feu de la critique, commençait a s'imposer lentement au monde savant et allait devenir le point de départ de recherches toujours plus précises et de découvertes toujours plus fécondes. En Angleterre, en Irlande, en France, une phalange d'esprits hardis s'étaient efforcés jusqu'alors de convaincre les philologues timorés, que troublait l'apparition d'une langue nouvelle, écrite avec des caractères singulièrement rébarbatifs. La polyphonie des signes excitait une méfiance quelque peu justifiée. Les sceptiques élégants préféraient ne pas y croire, c'était plus scientifique et peu compromettant. Grivel ne tarda pas a se mettre en rapport avec Jules Oppert, auquel il soumit son premier travail, qu'il ht lithographier en 1867, sous ce titre : Inscription cunéiforme du Musée de Zurich. Il avait reconnu que le document en question était une réplique d'un monument du roi Assournazirabal, conserve au Musée Britannique (voir plus haut, p. 6), qui est la € Standard Inscription >, et qu'en outre la Glyptotheque de Munich en possédait également un duplicata. Ces constatations ne furent point du goût de l'allemand Gaugengigl, qui les discuta de la façon la moins aimable dans la liuijrische Zeitung \ Il en résulta une polémique assez vaine, mais qui attira cependant l'attention de Haug, l'éminent orientaliste ; dans une lettre du 20 janvier 1869, il sollicite Grivel de répondre a son acharné contradicteur, par l'intermédiaire
' Dans une lettre du 24 octobre is<'>s, l'Anijlais Norris écrit jGrivel : » I am much oblij;cvi to you for tlie copy of tlie Inscription you sent me, which contains soine variants from that one publislicd in Vol. I of the Ctincif. Inscript, of Western .\sia, wliich \\c call tlie «Standard Inscription» bccause of the many examples of il thaï hâve been found.»
de YAlli^vmeine Zeiliifig, L'érudit modeste Zùiidel ' de Berne, qui suivait avec intérêt la marche de Tassyriologie, faisait part à Grivel des doutes que lui inspiraient les déchiffrements d'Oppert. N'avait-il pas vu un professeur de Gottingue, Stern % hébraïsant et mathématicien distingué, qui étalait un scepticisme dédaigneux a Tégard des travaux d'Oppert et de Menant? Et son ami Scheuchzer de Zurich, influencé peut-être par les Gaugengigl et consorts, ne lui avait-il pas maintes fois fait part de la fragilité des résultats proclamés par les pionniers intrépides? A ce point, qu'il donnait à entendre que les lectures de Rawlinson étaient purement et simplement arbitraires, que l'abus de la polyphonie attribuée aux signes assyriens ne pouvait qu'infirmer les recherches philologiques de la langue nouvellement reconstituée. Et il ajoutait, avec une iiaïveté déconcertante, que le livre de Stcrn, Die drille (uittu/ig dcr achwmeni' sclicn Keilinschrif'ten ^ était supérieur au glorieux mémoire de sir Henry Rawlinson, qui avait paru dans le Jour~ nul of ihe Royal Asialic Socicli/, tome XIV. Ces puérilités, qui jettent un jour navrant sur la mentalité de personnes honorables après tout, parvenaient aux oreilles d'Oppert, qui, dans ses lettres à Grivel, déchaînait son ironie virulente et faisait appel à un vocabulaire expressif. M. Hu-
• Zûndel s'intéressait vivement à l'cgyptologie. M. le prolesseur Edouard Naville a hérité de ses papiers. Le Rheiniscfies Muséum /ùr Philolof^ie de l'année 1847 renferme un mémoire de lui, intitulé : «Aesopin Aegypien». lia cherché à démontrer l'origine égyptienne des fables d'Esope, et cependant nous avons un passage d'un écrivain ancien, Babrius, qui indique comme point de départ les régions mésopoiamienne et chaldéenne :
Svptov za>,aitX»v lo-.u £'3p£}i' ivOptÛTTWv
ol rpiv cot' r,îav âd Nivoj '.z '.ai li-f^kov.
• Stern paraît avoir exercé un certain prestige sur quelques savants, parmi lesquels de Saulcy, qui !e consultait volontiers. Voir iMénant : Les langues perdues, p. 145.
3 Gottingue, Dietrich, i85a
bert Savoy a produit une missive du 24 juillet 1867, où Schcuchzcr est terriblement malmené, et nous regrettons que les convenances nous empêchent de la citer iii c.rfr/iso. M. Savoy lui-même a dû l'expurger. Grivel avait raison quand il écrivait : « Scheuchzer n'a pas la compétence pour discuter les travaux des assvriologues et sa défiance est non moins légitimée. > Et Oppert n'avait pas tort quand il répondait : « Quaiït à votre contradicteur zurichois, permettezmoi de lui contester le titre de savant, dont vous le gratifiez.
Certainement, il juge sans avoir suffisamment étudié la
question. Il appartient probablement à cette classe d'individus doctes qui n'admettent que ce qu'ils ont trouvé euxmêmes et qui voudraient réfuter ce qui ne leur va pas. Q^ant aux bases du déchiffrement, il vient trop tard pour les contester. Qu'il étudie les inscriptions, et il verra que les faits énoncés ré-sultent des textes mêmes. Les objections que Brandis a faites sont depuis longtemps retirées par leur auteur, mieux instruit. Quant à la traduction proposée (il s'agit du travail de Grivel sur l'inscription de Zurich), elle est aussi sûre que la légèreté de votre contradicteur ; on pourrait y trouver quelques choses dans le détail à retoucher ', mais je sais que Rawlinson, par exemple, n'y lit autre chose que ce que vous y voyez ».
Ijc docteur Ferdinand Keller de Zurich, qui était en relations {Personnelles avec lady Rawlinson,^ — il avait été pendant quatre ans précepteur de son frère, — avait en effet fait parvenir une copie de l'inscription à son illustre époux. Sir Henry Rawlinson ne paraît pas avoir communiqué son travail a Keller.
' Opp«rt faisait allusion à certaines défectuosités de transcription, en ce qui concerne les sifllantes, que Grivel n'avait pas suflisamment distin;;uées.
' Lettre de keller à Grivel, 14 septembre iSôj, Bibliothèque cantonale de Fribouri;.
M. S.ivov, Jans sa brochure, rapporte que G ri vel, satisfait de l'accueil que son meiiiou-e avait rei^u auprès de ses collègues étrangers, le remit sur le chantier et y ajouta un commentaire justificatif, qu'il publia en allemand '. t* Parce que — dit-il dans son introduction — le contrôle du texte est à la portée des philologues allemands et parce que cette étude contribuera peut-être a dissiper les doutes qui existent encore en Allemagne sur b. solidité des interprétations des assyriologues anglais et t ranimais. >
On nous permettra de souligner — avec M. Savoy — la noble ambition de notre compatriote et l'eftort qu'il fait en vue d'écarter les suspicions mal fondées des savants d'Outre-Rhin. De tous les travaux de (jrivel, celui qui est a notre avis le plus important a paru en 1S71 dans la lir\'iir (le la Suisse C<it/ioli(jitc. Il fait honneur à son sens d'analyse et a son indépendance de jugement. Peu de professionnels en ont eu connaissance, et il est regrettable que M, Weissbach, un des assyriologues les plus autorisés, ait dû s'en remettre au témoignage seul de I^normant ^. « Der Vollstiîndigkeit haJber sei hier noch eines Aufsatzes von J. Grivel gedacht, den ich nicht zu Gesicht bekommen habe. Nach dem Titel zu schliessen, enthalt er wohl die Bearbeitung einer zweisprachigen Liste. > L'appréciation du savant frani^ais était connue en ces termes : < L'auteur (M. Grivel) ne semble pas avoir eu connaissance de l'écrit de M. Sayce ni avoir poussé aussi loin que lui la connaissance intime de l'idiome. (Il s'agit de la langue non sémitique des inventeurs de l'écriture cunéiforme, qu'on désigne aujourd'hui du nom de sumérien et qu'on appelait alors accadien.) Mais son travail est peut-être jusqu'à présent le
' Nou5 empruntons ce^ détails à la bio^jraphie de .M. Savoy. ' Die sumerische Frj^e, Leipzig. iS<^'i.
meilleur a lire pour une première initiation à cette étude. S'il ne renferme qu'un petit nombre de faits, ils sont bien observés, exposés clairement et avec méthode. Seulement, les considérations générales qui précèdent les tableaux philologiques n'ont pas la même valeur que ceux-ci. M. Grivel pèche par le défaut contraire à celui de M. Sayce. Le savant anglais abusait des rapprochenv.-.-its philologiques ; le savant suisse ne paraît pas avoir sous ce rapport une érudition aussi étendue que le réclamerait le sujet. Il s'attache un |^u trop a des idées historiques précont^ues et il paraît surtout préoccupé de ce qu'a d'inattendu, de contraire aux notions habituelles le rôle antique et prépondérant attribué à un clément touranien dans la naissance de la civilisation chaldéenne. Ceci le conduit à méconnaître la véritable nature de l'idiome accadien, qui pourtant ressort manifeste des indications grammaticales fragmentaires que renferment ses propres tableaux. >
Sans doute, Grivel ne pouvait prétendre à la connaissance étendue et variée de Sayce, ni à celle de Lenormant. N'avait-il pas lui-même — non sans quelque mélancolie — exprimé le regret de ne pouvoir consacrer qu'un temps limité a ses études favorites, pour ne pas compromettre l'accomplissement de ses devoirs officiels ' .•' D'autre part, ce fut précisément cette érudition restreinte et ce bon sens qui l'empécherent d'adhérer à cette doctrine du touranisme, qui ne reposait que sur des rapprochements hasardés.
Le blâme de Lenormant était en réalité un éloge et renforçait le jugement flatteur qu'il portait sur le mémoire de Grivel. la présence d'un élément étranger — non sémitique — dans les documents cunéiformes avait dès le début trappe les philologues. Ils avaient très vite discerné des
' Lettre du 3i octobre 1867.
textes bilingues parmi les tablettes de Ninive conservées au Musée Britannique. De plus, le problème de l'origine de l'écriture cunéiforme s'était présenté à eux, et, dès 1850, l'Irlandais Hincks s'était efforcé de le résoudre. Pourquoi la langue assyrienne, seule parmi les langues sémitiques, avait-elle eu recours au système compliqué de l'écriture cunéiforme, qui paraissait le moins appr(3prié à l'expression adéquate de ses sons ?
Comment expliquer cette divergence absolue qui existe entre la jouissance phonétique des signes de l'écriture cunéiforme sumérienne (non sémitique) et les mots auxquels correspond la valeur idéographique des mêmes signes dans la langue assyrienne (sémitique) ? Enigme troublante, qui préoccupe les chercheurs et va soulever une polémique qui dure encore actuellement. La question sumérienne ' a passionné Grivel, comme elle avait passionné les Hincks, les Rawlinson, les Oppert et les Lenormant.
Les thèses contenues dans l'étude du savant fribourgeois sont les suivantes :
Les tablettes cunéiformes publiées dans les volumes des CuNciform liiscrîjjlioiis of Western Asia renferment un vieux dictionnaire.
L'écriture cunéiforme primitive était hiéroglyphique; le signe exprime le nom de l'objet dont il est l'image ; la syllabe s'articule comme le commencement de ce nom. Autrement dit, le même signe qui servait à écrire, par exemple, le nom de dieu, servait aussi à transcrire la syllabe an dans les mots où elle entrait, parce que, dans la langue des inventeurs de cette écriture, dieu se prononçait ana ^ C'était en somme une écriture en rébus.
• Elle a été discutée et résumée d'une façon magistrale par Weissbach. - Dieu se dit en sumérien din^ir ; nous résumons les conclusions de l'auteur sans entrer dans les détails, souvent inexacts.
La langue appelée protochaîdcenne ou accadienne par les assvTiologues anglais est celle dans laquelle dieu s'écrit an, iina ; pcre ail, adda ; fils tiir, turra '.
Cette langue est celle des inventeurs de l'écriture cunéiforme, qu'on ne comprenait plus a l'époque d'Assourbanipal ; ce qui explique pourquoi ce prince, ami des lettres, a fait rédiger des lexiques en abondance. Cela permettait aux Assyriens de s'initier aux secrets d'un vieil idiome qu'il importait de conserver.
C'est a tort que Lenormant a supposé que ces tablettes en double réJ-action étaient des guide-ânes destinés à ensei^rner aux Assyriens les secrets de leur écriture et de leur lancrue. C étaient véritablement des lexiques chaldéens-assyriens.
La parenté de la langue non sémitique avec les idiomes touraniens n'est pas prouvée. Tout ce qu'on peut affirmer, c'est qu'elle renferme de nombreux éléments des lanaues indo-europeennes, aussi bien que des langues touraniennes. Elle est peut-être leur mère commune. Ce vieux chaldéen ' est celui des langages, qui a gardé le plus grand nombre d'éléments de la langue primitive et unique que parlaient les hommes avant leur dispersion. A ce titre, il serait la plus ancienne des langues, comme les tablettes d'Assourbanipal, qui nous l'ont transmis, sont le plus ancien dictionnaire. Q^ant à l'écriture cunéiforme, il faut chercher son berceau en Chaldée même, et ce seraient des Chaldéens qui l'auraient inventée.
Une planche annexée au mémoire donne des exemples de termes sumériens (c'est-à-dire non sémitiques) transcrits avec leurs équivalents assyriens sémitiques, de substantifs sumériens, avec leurs postpositions, mis en regard de leurs
' Fils = J:i7nu en sumérien ; voir la note précédente. 'Ce que Grivel nomme chaldéen esl l'jccadien des savants anglais; samérien est la dénomination umvcrsellc'nent acceptée actuellemenu
l.EXIV» E BILINOIE
correspondants sémitiques, de formes de la conjugaison des deux idiom.es.
Cette étude, qui renferme des conclurions inadmissibles, est néanmoins marquée au coin du bon sens. L'auteur l'a écrite en 1871, loin des grands centres intellectuels, et c'est ce qui donne à ses vues une absence de parti pris et un caractère de parfaite sincérité. Il a vu très juste dans ce qui concerne les rapprochements fantaisistes du sumérien avec le groupe linguistique touranien. Et, malgré les grands progrès qui ont été réalisés ces dernières années dans ce domaine, on peut lire aujourd'hui encore avec profit le mémoire de Grivel.
Il ne passa pas inaperc^u, et Haug de Munich ne cacha pas a Grivel son approbation et le félicita dans une lettre que Vigouroux a reproduite in c.rfe/iso dans sa biographie et que je m'en voudrais de ne pas citer ici (7 octobre 1871) (( Es freut mich sehr, dass Sie (soviel ich wenigstens weiss), in dem Artikel den crste/i Versuch wagen, die Formen der àltcsten Keilschriftsprache, der sogenannten Proto-Chaldaischen oder Casdo-Scytischen, zusammenzustellen in einer Weise, dass Sprachforscher ùber ihren Charakter entscheiden konnen. Ich habe dièse Sprache schon lange fur das wirkliche Chaldàische (nicht zu verwechseln mit dem falschlich eben sogenannten aramiiischen Idiom) gehalten, fur die Sprache der Erfinder der Keilschrlft, und sehe nun mit Vergnùgen, dass Sie derselben Ansicht sind. Ich habe sie auch in meinen Vorlesungen iiber Keilschrift ausgesprochen. Was den Charakter der Sprache bctrifft, so habe ich sie bis jetzt auch fiir luranisch gchallcn, nie Oppert. Allcin das von Ihnen gesammelte Material macht dièse Ansicht nun mehr als zweifelhaft. Es findcn sich zwar einige charaktcristische Merknuleder turanischen Sprachcn, wie die Postpositionen, aber die Sprache bictel auf der andern Scite wie-
der so vicl Abwelchendvs, dass man sle doch nicht unter die turanischcji Idiome rcchiien kaiin. Indogermanisch ist sie auch nicht. Sie hat einen ahiilichen Bau, wie die malayischpolyncsischen Sprachen, in welchem die Prafixe bcider Verbalbildungen eine grosse RoUe spielen, aber auch Suffixe nicht ausgeschlossen sind. In diesen Sprachen spielt auch die Reduplication eine sehr grosse Rolle. Der Plural wird haufig so ausgedrùckt. Indess dùrfte es doch iiusserst schwierig sein, einen historischen Zusammenhang zwischen dem Altchaldaischen und den malayisch-polynesischen Sprachen nachzuweisen. Dièse intéressante Gruppe stellt indess eine der àltestcn Sprachformationen der Krde dar, weit alter als die semitische und indogermanische und scheint ini Zusammenhang mit den grossen sùd-afrikanischen Sprachen, den sogenannten KalTernsprachen, zu stehen. Unter den Sprachen des asiatischen Fcstlandes, scheinen die kaukasischen, das georgische, lazische, abchasische, etc., dem Alt-chaldàischen am nachsten zu kommen. Dièse Sprachen sind aber nicht turanische, sondern bilden eine eigene Gruppe. S<j\vie ich Zeit hnden kann, will ich die àlteste Keilschriftsprache eingehend linguistisch untersuchen. Was ich Ihnen hier mitgetheilt, moge nur als vorlaufige Bemerkung gelten. » Certains savants s'accordent pour rattacher l'élamite et le mitannien aux langues du Caucase, (voir l'ouvrage de Bork : Die Mildimisprachc, Berlin, 1909). Il est frappant de constater que Haug, en 1871, avait pressenti la parente de ce groupe avec le sumérien. M. Thureau-Dangin, la plus grande autorité en ces matières, ne s'est pas encore prononcé sur ces questions d'affinité linguistique '. Adrien
' M. Halévv soutient depuis 1874 l'origine sémitique de l'c-criture cunéiforme. Après avoir rallié un certain nombre d'adeptes à sa théorie, il est resté presque seul sur le champ de bataille, où il lutte toujours avec une vaillance et un courage admirables.
de Loiigpéricr écrivit, le lo novembre 1871, a Grivel une lettre qu'on me saura gré de reproduire en entier :
«J'ai reçu hier, par les soins de M. Maisonneuve, votre uîtéressant article intitulé : Le jdus ancien dirlionnairc. Je SUIS très reconnaissant de votre bienveillante attention, un peu étonné de ce que vous avez découvert mon goût secret pour les études assyriologiqucs et charmé de voir que vous attiriez vers elles les lecteurs de votre Revue (il s'agit de la litvne (le la Suisse Calltolitjue). Il y a dix-huit ans, rendant compte d'un livre sur l'Assyrie, je disais, en m'emparant d'un mot célèbre, que, si un peu d'archéologie conduit au doute, beaucoup d'archéologie ramené a la foi. Je pense toujours de même. Malheureusement, nos contemporains ne prennent l'archéologie qu'a bien petites doses, et des voix sonores leur font entendre des doctrines attrayantes pour les esprits paresseux. On néglige l'étude des langues anciennes et des monuments historiques, qui sont, dit-on, devenus trop nombreux. Le matérialisme dont nous venons de voir de si beaux effets chez nous fait son profit de toutes les inerties morales. \jx prétendue science préhistorique, appuyée sur des observations incomplètes, des méprises grossières et des systèmes inconsistants, séduit une foule de gens qui sont incapables de juger une question par eux-mêmes. Mais comment résister au plaisir de devenir savant en huit jours } Car il n'en faut pas plus pour apprendre à classer des silex et lire un volume sur le transformisme. Après cela, on déclare que l'homme est un singe nuxlifié ; et quand on fusille l'archevêque de Paris, on se cc^nsole en pensant aux chasses d'Afrique. Faites donc tous vos efforts pour ranimer les études littéraires. Pour l'homme instruit, toutes les sciences sont a la fois fécondes et sans danger.,.. >
Ainsi qu'on l'a vu, Grivel a eu le grand mérite d'avoir foi dajis les destinées de l'assyriologie. Isolé, ne pouvant
consacrer tout le temps qu'il aurait voulu à ces recherches difficiles, mais combien séduisantes, il ncn a pas moins tenté un réel effort pour se mettre à la brèche, afin d'apporter lui aussi a la construction de l'édifice des matériaux solides. Le travail des humbles porte en soi sa récompense. Il a eu la joie de servir son pays comme fonctionnaire et comme savant. Administrateur consciencieux, alliant la probité scientifique au sérieux du chrétien, animé d'un patriotisme éclairé, il est de ceux qui ont fait honneur à la patrie suisse. En écrivant ces pages, j'ai pensé constamment à lui ; je me suis sou\'enu également de Julius Weber.
N'avait-il pas confié a des génies ailés, qu'il avait rencontrés par hasard dans ses pérégrinations lointaines, la mission d'apporter a sa ville natale le salut de la vieille Chaldée .?
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