Notice sur René Macé et ses œuvres
René Macé est aujourd'hui un des poètes les plus oubliés du xvi° siècle, bien qu'il ait eu son heure de gloire et de célébrité. Les auteurs, ses contemporains, n'ont pas manqué de lui décerner les épithètes les plus flatteuses; malheureusement ils n’ont pas prodigué de la même facon les détails biographiques sur son compte, et, en dépit de bien des recherches (1), nous devons nous contenter des renseignements que nous donne d'une part la notice de Lacroix du Maine (2), et de l’autre un seul vers d'Antoine du Saix, que jusqu'ici on n'avait pas utilisé.
« René Macé Vandomois, » nous dit Lacroix du Maine; notons à ce propos que la famille de René Macé était sans doute originaire de l'Anjou,
(1) Notre confrère, M. de Fleury, ancien archiviste de Loir-et- Cher, a bien voulu pour nous faire, aux Archives de Blois, des recherches, restées infructueuses, dontnousle remercions vivement.
(2) Bibliothèque françoise, éd. 1772-1773, II. 370. — Remarquons que la première édition de Lacroix du Maine a paru en 1584: René Macé vivait en 1540, comme nous le verrons plus loin : le témoignage de Lacroix du Maine offre donc presque autant de garanties que celui d'un contemporain,
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où le nom de René, porté par saint René, patron d'Angers, et parle Bon Roi, a dû être très-répandu: ajoutons de plus que la connaissance exacte que montre Macé de cette province, et le soin qu'il a pris de lui consacrer un long poème, sont de fortes présomptions en faveur de l’origine angevine de notre poète. Le nom de Vendômois {Vindocinensis), que nous voyons apparaître dans presque tous les manuscrits de ses ouvrages, lui vient donc, non pas de la ville où il naquit, mais bien du lieu où il prononça ses vœux, en devenant moine bénédictin de la Trinité de Vendôme {1}. Lacroix du Maine ajoute : « surnommé le Petit Moine, chroniqueur du roi et son poète, homme fort estimé de son temps. »
Ces quelques lignes de Lacroix du Maine contiennent tout ce que les biographes ont dit de R. Macé, aussi bien D. Liron (2) que l'abbé Goujet (3),
qui le premier cependant a produit le témoignage :
contemporain d'Antoine du Saix. A. du Saix cite deux fois le nom de Macé ; c’est d’abord au commencement d'un de ses ouvrages, en faisant l'éloge des « maistres jurez et coronnez en l’eschole de Minerve, comme sont Sainct Gelais,
(1) C'est à tort que l'auteur (D. J. François) de la Bibliothèque générale des écrivains de l'ordre de St Benoît (WI. 139), prétend que le Père Lelong fait naître R. Macé à Vendôme. Le Père Lelong, dans sa Bibliothèque historique, lui donne simplement le nom de Vendümois.
(2) Bibliothèque chartraine formant l'unique vol. de la Bibliothèque générale des auteurs de France, 1719, p. 136-137,
(3) Bibliothèque francoise, XI. 375 et 390 ss.
René Macé, La Maison Neufve, ete... (1); » c'est encore dans une des pièces de vers qui font suite à son Æsperon de discipline (2). Dans ces vers le poète ne ménage aucune flatterie à son confrère : il ne saurait, dit-il, oublier sans ingratitude « le grand Renay Macé, »
Celluy qui a tout le loz amassé, Que jamais homme en Europe et Asie Peust meriter par haulte poesie.
Suit une vingtaine de vers pleins d’admiration pour Macé, qui finissent ainsi :
C'est l'escripvain de Royalle Cronicque Du lys François que l'on consacre à Reins, Tant que prieur il en est de Beaureins.
Nous savions déjà que Macé était chroniqueur du roi (Lacroix du Maine nous l'avait appris, et René Macé, dans le prologue de sa Chronique en vers faisant suite à celle de Guillaume Crétin, ne nous laisse aucun doute à cet égard); mais ce que nous ignorions, ce que l'abbé Goujet lui-même, tout en citant le vers, n'avait pas relevé, c'est que le Petit Moine de Venddme eût été prieur de Beaurain. Beaurain (3) était alors un prieuré bénédictin, à nomination royale, dépendant de la grande abbaye de Marmoutier (4) : il n’est donc pas étonnant que le poète de François [°, son chroniqueur
(1) La touche naïfve pour esprouver l'amy et le flateur, inventé par Plutarque, etc., (1537). Dédicace au roi, fol. 7 ve.
(2) Éd. 1531 (?), fol. signé N.
(3) Département du Nord, canton de Solesmes.
(4) Dictionnaire de Géographie sacrée, 1. col. 723, dans le XXVIIIe vol. de l'Encyclopédie théologique de la Collection Migne.
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ordinaire, appartenant du reste à l'ordre de S'- Benoît, ait été pourvu de ce bénéfice. Nous pouvons supposer d'ailleurs, d'après le dernier vers d'A. du Saix, que cette nomination de prieur suivit de très-près celle de chroniqueur du roi, et qu'en succédant, en 1525 (1) à Guillaume Crétin, Macé prit en même temps congé d'Antoine de 4 Urevent (2), abbé de Vendôme, pour s’en aller à L son tour administrer le prieuré de Beaurain.
À partir de cette époque, Macé a dû partager % son temps entre son prieuré et sa charge d'histoà riographe royal; nous le retrouvons, en 1540, où < pour « faire son debvoir (3), » il compose le poème du Voyage de Charles Quint par la France.
Nous le perdons dès lors de vue, et la date de sa mort ne nous est pas connue. Quelle qu'elle soit,
Re il en avait assez fait, paraît-il, pour forcer l’admi- | ration de ses contemporains. Ce n’est pas seu- 4 lement le poète A. du Saix qui le loue comme un
maitre, c'estaussi Geofroi Tory, qui laisse déborder son enthousiasme en ces termes : « Arriere !
(1) R. Macé, dans une note mise en marge de son Voyage de Charles Quint par la France (Bibl. nat., ms. fr. 14992, fol. 27 ro), nous apprend qu'il avait présenté le prologue de sa Chronique à François Ier revenant d'Espagne (mars 1526) Sa nomination de chroniqueur, était done antérieure à cette époque, et datait au moins de février 1525 (Bat. de Pavie), ce qui concorde avec la date attribuée jusqu'ici sans grandes preuves à la mort de G. Crétin.
(2) Mémoire pour servir à l'histoire de la St Trinité de Vendôme, P. 593-355, formant le tome II de l'Histoire de Vendôme, par l'abbé Simon, 1834, 3 vol. in-&o.
(3) Bibl, nat,, ms. fr, 14992, fol. 20 re, en marge,
arriere ! » dit-il({), « autheurs greez et latins : de René Massé naist chose plus belle et plus grande que le Iliade. » Ce dernier éloge devait particulièrement flatter le Petit Moine, qui cherchait son inspiration aux sources les plus classiques, et pour tout idéal littéraire se proposait limitation parfaite d’un passage de Virgile ou d'Homère. C'est aussi Germain Colin qui, dans une Épître à Jacques Bouchet (2), parle du « françois » de Macé, qui
est de telle prestance Qu'il resplendit autant que le latin;
c'est Bouchet (3) qui se défend de haïr Macé, lui reproche toutefois d'avoir médit d'un innocent, mais ne peut méconnaître sa valeur; c'est Ronsard (4) enfin, qui, dans une ode supprimée par les éditions postérieures à 1550 (5), veut que ses vers témoignent la « gloire » de Macé et portent aux générations futures le nom célèbre de l’excellent poète.
La critique moderne doit-elle ratifier les éloges que ses contemporains prodiguaient à Macé?
Nous ne le pensons pas. Le Chroniqueur de François [” n’a aucune personnalité littéraire, il abuse, comme son maître Guillaume Crétin, des allusions classiques et mythologiques, sa
(1) Champ fleury.…., 1529, fol. IIE r°.
(2) Epistres morales et familieres du Traverseur, 1545, fol. 45 ro,
(3) Ibidem. fol. 46 r° et vo.
(4) Œuvres complètes, 1857, IL. 408-409.
(5) Cette suppression explique le doute que La Monnoÿe, dans la Hibliothèque de Lacroix du Maine, émet sur le témoignage de Ronsard relatif à Macé,
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langue est souvent difficile à comprendre et ses allures prétentieuses n'ont ni naturel ni vérité, Nous avons eu, du reste, la bonne fortune de rencontrer un manuscrit (1) où le poète nous rend témoins de sa manière de composer : il procède rhéloriquement, si une telle expression est permise, et nous ne saurions mieux comparer cette école du xvi siècle dont il est un des représentants qu'à cette autre réunion d'écrivains précieux et affétés que nous a valus l'hôtel de Rambouillet.
L'examen des œuvres de R. Macé permettra d’ailleurs de le juger. Ses ouvrages, tous en vers et tous manuscrits, sont de deux sortes, latins et français :
OuvraGEs LATINS.—T. — Bibliothèque de Gotha, ms. sur parchemin de 37 feuillets (2). Ce ms. porte le titre de Andias seu Elogium urbis Andes, et est dédié à Louise de Savoie, mère de François I”, C'est un poème en distiques latins, divisé en trois parties, où Macé, après avoir parlé de la fondation des villes de Vendôme et d'Angers, passe en revue les beautés de l’Anjou, la qualité de ses vins, la grâce et la sagesse de ses femmes; il vient ensuite à dire les actions de ses grands hommes, avec une chaleur qui ne convient qu’à un Angevin, et
(1) Voyage de Charles Quint par la France. (Bibl. nat., ms. fr. 14992). (2) Ce ms. est analysé dans les Beitræge zur æltern Litteratur… par Fr. Jacobs et F. A. Ukert, Leipzig, 1835, I. 177-181. Il a été
signalé par M. L. Delisle dans le Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris, IL (1875), p. 23,
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termine en faisant l'éloge de saint Maurice d'Angers, qu'invoquent les femmes stériles :
O quotiens illum votis precibusque vocavit!
O quotiens humiles obtulit Anna manus !
Anna suo cupiens innatum ducere regem Gignere, qui Gallum duceret imperium.
At renuere preces cϾlestia numina, Francus Non alio melius rege regendus erat.
Quam bene sub Franco Francisco Francia franca est, Principe sub Franco franca sit ilia opus est.
Ces vers sont une délicate flatterie à l'adresse de Louise de Savoie, et font allusion à la stérilité d'Anne de Bretagne, qui permit à François [* d'occuper le trône de France en 1515. La reinemère, plus tard, n'oublia sans doute pas le Petit Moine, qui, en 1540, dans son poème du Voyage de Charles Quint, ne manque pas l'occasion de rappeler sa mémoire. Ce fait nous donne une date pourl'Andias, qui ne peut être antérieur à l’avénement de François.[°",
II. — Bibliothèque nationale, ms. lat. 8417 (anc. 6517). C'est un ms. sur vélin qui comprend, en vers de tout mètre, des Ælégies, des Épigrammes et des Épîtres. La première pièce, Cupidinum elegia prima, est dédiée à François If; les autres sont adressées à des personnages du temps, parmi lesquels nous remarquons seulement le poète Æobert Corbin (1), dont Macé se dit l'amicissimus (2). Ces vers, la plupart assez élégamment tournés,
(1) Voy. Lacroix du Maine, Bibliothèque françoise, I. 382, (2) Fol. 15 v° à 16 r°. ,
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12 NOTICE ne sont guère que des réminiscences classiques et
la part de l’auteur est plus que minime dans leur composition.
OuvRAGEs FRANÇAIS. — [. — Bibliothèque nationale, mss. fr. 4966 (anc. 6935:) et 2823 (ane. 8402). Ces deux manuscrits composent tout ce que nous avons aujourd hui, à notre connaissance, de la Chronique rimée de Macé. L'œuvre de Guillaume Crétin, qui s'arrête à la fin des Carolingiens, est contenue dans les mss. fr. 2817-2822 de la Bibliothèque nationale; René Macé, après un long prologue où il parle de G. Crétin et de sa devise Mieulx que pis, continue dans le ms. 4966 la Chronique rimée depuis Hugues Capet jusqu’à la fin du règne de Robert. Vient ensuite une assez longue lacune, le ms. 2823 (P. Lelong, n° 16677) ne commencant qu'à la mort de Louis-le-Gros et ne contenant que le règne de Louis-le-Jeune.
Macé avait-il composé la partie de la Chronique qui s'étend entre la mort de Robert et celle de Louis-le-Gros? Cela est évident; il avait même poussé son œuvre jusqu'à Philippe de Valois, s nous nous en rapportons à la note qui termine le ms. 2823 : « J’ay escript de la suytte de ceste hystoire jusques aux guerres de Philippes de Valois et des Anglois et j'ay commencé à Hue Capet. » Nous n'avons done pas la Chronique complète de René Macé, et le ms. 2823, tout différent comme calligraphie et comme soin du ms.
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4966, semble avoir été un ertrait, comprenant simplement le règne de Louis-le-Jeune. L'œuvre de Macé était peut-être encore plus importante, et, si nous en croyons le Père Lelong (n° 15699), la Chronique serait allée jusqu'à François I”. Quoi qu'il en soit, nous pouvons apprécier en plein état de cause, par ce qui nous en reste, la valeur poétique de R. Macé et son peu d'originalité (1).