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Notice sur Saint Cyr [microform]

L'organisation féodale , ce puissant réseau de fer si bien en rapport avec les besoins des nations du moyen-âge , avait créé sur le sol de la France une foule immense de petits centres d'action rattachés les uns aux autres par le lien social imposé à tous les possesseurs de fiefs. Le clergé avait une large part dans ce partage, et, il faut le dire, sa domination fut le plus souvent un vérilable bienfait pour les vassaux qui lui étaient soumis, comparativement au sort de la population placée sous le joug des seigneurs. Du morcellement des terres naquirent des intérêts divers qui donnèrent à chaque localité une physionomie distincte, une histoire particulière. Les notes qui vont suivre forment celle de l'un de ces petits bourgs ignorés, où l'on est tout étonné de trouver des faits d'une importance réelle, tant on est éloigné de pressentir tout le parti que l'ont peut tirer quelquefois du dépouillement des archives du moindre village.

Le 3 annales de Saint-Cyr, comme celles de tous les domaines féodaux , sont religieuses et seigneuriales; mais le soin qu'apportaient les monastères à la conservation de leurs titres de proprie'te' permet de faire remonter les premières à une e'poque très-recule'e, tandis que la liste des seigneurs ne peut être re'ellement commence'e qu'à la fin du XIV^ siècle , les données antérieures étant incertaines.

On ignore quel était le nom du bourg avant qu'on ne lui eût imposé celui du patron de son église (si tant est qu'il existât \ antérieurement). D'après l'examen des lieux , on doit plutôt présumer que la construction de la chapelle primitive fut la cause de son établissement ; car on ne trouve aucun de ces débris gallo-romains déterrés en si grande quantité à Saint-Sornin ', et la découverte de quelques monnaies du haut-empire =• ne peut remplacer le témoignage de traces d'habitations.

Le surnom de Saint-Cyr-en-Talmondais lui vient de ce que

• Les débris gallo-romains déterrés à Sainl-Sornin , bourg éloigné seulement d'une lieue de -- i-Cyr, sont du bas-empire, et ont une grande analogie avec ceux de Saint-Thomas et de Sainl-Médard-des- Prés, près de Fontenay. Ils se composent de murailles solidement construites en pierres liées entre elles avec du ciment, d'aires de maisons, de tuiles, de briques à rebords, de morceaux de poteries, de fragments de cuivre fondu, et d'une citerne carrée maçonnée avec soin et revêtue de ciment. Un de ses côtés est incliné , et à demihauteur sont de petites ouvertures carrées faites sans doute pour laisser entrer l'eau des terres. M. de Puybernaud, sur la propriété duquel ces débris ont été trouvés , a recueilli des tuiles à rebords d'une grande dimension parfaitement conservées, quelques petits vases et divers autres objets. — L'année dernière, l'église ayant été en partie reconstruite par mon ami Ballereau, architecte à Luçon , on découvrit dans les fondations des fragments de la même époque et des tombeaux du moyen-âge en pierre, dans lesquels étaient de ces petits vases que l'on rencontre partout. Le chœur de l'église est du xii« siècle.

' La plus remarquable est un au/ rus assez commun de Lucius Verus, qui fPt passé dans la collerlion de M. de La Fontmpllp.

son territoire dépendait de la viguerie de Talmond ', qui a imposé à la partie méridionale de sa circonscription le cachet d'une antique suprématie. Les limites de l'ancien doyenné font connaître à peu près celles du Talmondais. Il était borné, à l'ouest et au midi, pas l'Océan ; séparé, au nord, du doyenné d'Aizenay par la rivière du Jaunay; et enfin , à l'est, l'Yon et le Lay lui servaient de ligne de démarcation avec celui de Mareuil *.

Les divisions ecclésiastiques , n'ayant éprouvé que de faibles changements jusqu'à la Révolution, sont d'un grand secours dans les recherches de celte nature , et il serait à désirer que quelqu'un entreprît le pouillé des anciens diocèses de Luçon et de Maillezais ^. Les matériaux sont sous la main des travailleurs ; il ne manque plus que la mise en œuvre. Ce livre devrait nécessairement avoir pour base le Grand-Gaulthier de l'évéché de Poitiers , inappréciable recueil dont l'impression seule serait une bonne fortune. La personne qui se vouerait à une pareille entreprise y trouverait les noms des collateurs et des présentateurs des églises et de certaines chapelles ou bénéfices , et compléterait ce document au moyen d'un ancien pouillé du diocèse de Luçon et d'un fragment de celui de Maillezais , conservés dans les manuscrits de D. Fonteneau. Les cartulaires des abbayes et les minutes de visites déposées aux archives de la Vendée et de la mairie de Luçon lui seraient encore d'un grand

' Vicuria de Talamun in pago Erbadilico.

^ Le Talmondais formait un fief considérable ayant sa juridiction particulière. Le seigneur de Talmond en était le petit souverain et prenait le titre de prince. Les hommages furent rendus plus tard, probablement à dater d'Alphonse, frère de saint Louis, au château de Fontenay.

3 Les transformations successives des évêchés seraient faciles à établir. Chaque fois que ces changements eurent lieu, on se contenta de couper le territoire du vieil évêché de Poitiers par larges parcelles. Les délimitations des doyennés sont, pour ainsi dire, toujours restéf s les mêmes.

secours. L'archéologie aurait sa place dans cette œuvre vraiment utile, en signalant les caractères distinctifs des églises, les inscriptions qu'elles renferment et les rares chartes qui indiquent la date de leur édification. M. l'évêque Soyer, sur la proposition de son neveu, archéologue distingué, alors son grand-vicaire , avait envoyé à ses curés un tableau à remplir, où il demandait de nombreux détails sur les monuments, les titres des fabriques , les traditions populaires de chaque localité ; mais il ne reçut qu'un très-petit nombre de réponses satisfai-\ santés, par suite du défaut complet d'études archéologiques chez les prêtres vendéens. Dans d'autres diocèses, cette science fait partie de l'instruction des jeunes gens <|ui se destinent à l'état ecclésiastique. Il faut espérer que cet exemple engagera le successeur de M. Soyer à fonder une chaire analogue dans son grand séminaire, et à mettre à même ses curés de ne plus commettre les incroyables mutilations qu'ils se permettent à l'encontre des monuments qui leur sont confiés '.

Lts pins anciens documents concernant Saint-Cyr, qui soient parvenus jusqu'à nous, sont la donation de l'église et celles de plusieurs droits et domaines faites à l'abbaye de Saint-Cyprien de Poitiers par Pierre de Bul et ses fils ; sa femme Maxence ; Godefroy et Eudes, fils de Eudes »; Renaud Flocellus; Ulric de

' Un des moyens les plus efficaces de remédier à ces abus serait de créer une commission chargée de surveiller les projets de restauration des curés. Elle supprimerait , à n'en pas douter, les grotesques ornements qui surchargent certains autels, et proscrirait sans merci les belles teintes serin et chocolat que les amateurs retrouvent invariablement dans nos églises.

» Godefroy et Eudes , fils de Eudes , possédaient une partie de l'église de Saint-Cyr. On en trouve la preuve dans ce fragment d'une charte (folio XVI) insérée dans le cartulaire de Saint-Cyprien: « .... Ecchsia Sancii Cyricl juxln Curson et quœ iUl pcrtinehanl à Petin de BuJlin el filils ejits , et Gaufn'dn ,filio Odonis....» (Hisl. iiis dp Sainl-Cyprirn . tonsrrvée à la bihl. de Poitiers, p. 274.)

Kwy Toi {Re croc) ', sa femme et ses fils, et enfin Robert, fils d'Ytier. Ces chartes sont reproduites dans les pièces justificatives , N«^ 1 et Ii:

Les dates de ces documents ne peuvent être fixées que d'une manière approximative. Le N° I est antérieur à 1086, année de la mort de Isembert II '', évêque de Poitiers , qui y est nommé; le N° 11 paraît être du même temps. Une lettre de Pierre II , successeur d'iscmbert, adressée à Renaud , ahbé de Saint-Cyprien , donne la liste des bénéfices de l'abbaye, et spécialement de ceux qui ont été acquis du temps de ce dernier, au nombre desquels on remarque i,..EccîesîamS. Cyrici incasiellania de Cursum, » Ce serait donc de 1080 à 1086 qu'il faudrait les reporter.

Le plus considérable de tous ces dons avait été fait par Pierre de Bul ou de Beuil {de Bullo , de Bulio , de Bullio , de Bollio), d'une famille qui tirait son nom de Bullium, lieu situé non loin de Talmond , et qui faisait appeler la paroisse dans laquelle il était compris Saint-Vincent de Bullio ^. Pierre était un des che-

' Revroc ou Rubroc ( /tuAro lioca), village dépendant de Saint-Cyr, formait une seigneurie à part. Elle appartenait , à la fin du xvic siècle , à Christophe Robert de Lézardiéres , seigneur de Beaulieu , mari de Françoise Jousbert.

2 Isembert II est aussi nommé dans la charte de donation de l'église de Saint-Sornin à Saint-Cyprien : ^^ Gaufre dus , filius Odonis , et Odo f rater ejus , concesserunl tnonachis Sancti Cjpriani ecclesiam in territorio Cursonensi , in honore sancti Saturnini consiructarn ,

curn decimis et rébus omnibus eidern ecclesiœ pertinentibus

S. Gaufredietfratris ejusOdonis; S. Aimerici vicecomitis ; S. Pétri de Bullio et Pétri fil iorumque ejus , à quibus hœc supradicti oblinebant ; Engelbaudi Buzani ; Bernard! de Murzai; Arnoidi Mime raidi el aliorum. Philippo régnante; Isembert o episcopo concedente. (Cartulaire de Saint-Cyprien, fol. 124.— D. Fonteneau, T. VII, p. 81.) Le vicomte du nom d'Aimery, dont le nom est inscrit au bas de cette charte, est Airaery III, vicomte de Thouars de 1047 à 1088.

3 Est-ce Saint-Vincent-sur-Jard ou Sainl-Vincent-sur-Graon?

valiers les plus puissants du Talmondais; on le voit toujours au premier rang des barons de la contrée, et, dans plusieurs plaids, il est à la tôle des pairs (proceres) charge's de juger les contestations '. Suivant l'exemple des riches seigneurs, il fit e'iever ses fils à la cour des ducs d'Aquitaine, qui lui te'moignaient beaucoup de conside'ration et le rangeaient au nombre de leurs fidèles lorsqu'ils venaient en Bas-Poitou. Guillaume IX = avait choisi l'aîne', nommé Pierre, comme son père, pour en faire un des gardes-porte-épée de sa personne. ^

Pendant les deux siècles suivants , il n'est plus question de l'église de Saint-Cyr ^. Nous la retrouvons ensuite citée de la sorte dans le Grand-Gaulthier :

t In decanatu Thalemundi ecclesie Sancti Cirici

paîronatum habet abbas Sancti Cipriani et débet de bissexto XX solidos. »

« In decanatu Thalemundi procurationes Prioratus

Sancti Cirici ^. »

A quelque temps de là l'évéché du Luçon fut créé, et Saint- Cyr se trouva compris dans la circonscription mise sous la direction des nouveaux prélats. Le pouillé de ce diocèse , fait à la fin du Xiv^ siècle, contient les mêmes termes que celui de Poi- • tiers, plus cette clause : « — Débet II J solidos de luminare ^.

' Cette cour se réunissait dans les lieui indiqués par le comte de Poitou ou le seigneur de Talmond, et particulièrement aux Moutierslés-Mauxfaits.

2 Le rarlulaire de Sainte-Croix-de-Talmond renferme une charte importante de ce prince qui mentionne un fait peu connu de sa vie. Elle est transcrite au N» III des pièces justificatives.

3 Le cartulaire de Bois-Grolland fournit deux noms de prêtres de Sainl-Cyr, du xii» siècle, cités à l'occasion de dons de terres sises au Pi ré ou Peyré de Curson (in capite PeiratI Cursonii). Le premier se nomme Pierre, et le second Raoul, prieur et curé de St-Cyr. (P. 14 et 15.)

4 Celte procuration était de 50 sols.

5D. Fonteneau, T. LM v

Il <

tlette énuméialioii de fragments de titres sera terminée par l'extrait suivant du catalogue des bénéfices de l'évéché de Luçon au xvii^ siècle :

« La cure , à la nominitiou de l'abbé de Saint-Cypricn , vaut de 4 à 500 livres.

Le prieuré, 0. 8. B., à la nomination de l'abbé de Saint- Cyprien, 1,600 à 2,000 livres. II doit premières et deuxièmes vêpres; premières messes les jours de fêtes et dimanches; office aux fêtes annuelles.

Prieuré de N.-D. de la Gillerie, 300 liv.; doit une messe.

Sa fabrique, i80 livres.

La chapelle de N...., nomination de l'évêque de Luçon, 150 liv.; doit deux messes.

La chapelle de la Metrelle , nomin. du seigneur de Curzon , 150 liv.; doit une messe.

La chapelle de l'Audardière , possédée par M. de l'Aurière. On ne connaît pas son revenu.

L'Aumosnefie, de l'ordre de Saint-Lazarre, nomin. du grandmaître , 150 à 500 liv.; doit deux messes.

Prieuré desCurzons, annexe de l'office claustral de St-Michelen-l'Herm , doit une messe aux fêtes et dimanches , et premières et secondes vêpres.

Sa fabrique a 35 boisseaux de froment, un pré et une vigne. »

A l'heure qu'il est , le prieuré est entièrement détruit et a été remplacé par une auberge '; celui de la Gillerie n'existe plus que dans le souvenir de quelques vieillards, et l'église n'offre pas le moindre vestige d'architecture romane. On a prétendu qu'il y avait nue crypte sous l'autel -,

' Le prieuré était vis-à-vis la porte de l'église, et fut brûlé par l'armée de Charette.

^ M. Girard, curé de Saint-Cyr, ayant fait faire des fouilles, en 1843, dans l'ancien cimetière (près du Portail-Rouge), on découvrit les fon- ,

— iO —

Les abbayes d'Orbestier, de Bois-Grolland et de Saiiile-Croixde-Talmond possédaient également des propriétés à Saint-Cyr. Nous allons successivement passer en revue ce qui les concerne, avant de parler de la seigneurie.

En 4182, Richard-Cœur-de-Lion , alors duc d'Aquitaine et comte de Poitou , vint passer quelques jours dans la maison de plaisance qu'il s'était bâtie sur l'étang de Port Juré ', propriété de l'abbaye d'Orbestier, afin de se livrer aux plaisirs de la chasse et de se délasser, au milieu de ses fidèles , des tracasseries con- \ tinuelles suscitées par la noblesse du duché, indignée de son mauvais gouvernement. Ces joyeux préparatifs n'étaient peutêtre qu'un prétexte de bonne politique pour s'assurer le concours de puissants auxiliaires à opposer à la ligue qui se formait contre lui. Quels étaient en effet les seigneurs réunis autour de

déments d'une ancienne chapelle incendiée et plusieurs tombes sur lesquelles sont gravés des croix et des personnages. Ces sculptures, trés-détériorées , sont du xv^ siècle.

» Le Port Juré est aujourd'hui comblé et remplacé par des prairies. M. «^ P Merland , propriétaire actuel, ayant fait creuser de profonds fossés, il y a quelques années, on trouva des pilotis et autres objets. M. de î I >ntenelle a prétendu quelque part que ce port pouvait être le Portus Secor des anciens; je le crois plus rapproché de la Loire.— Les habitants de Saint-Jean-d'Orbeslier conservent religieusement une tradition singulière sur le Port Juré , qui est une nouvelle preuve de la renommée populaire de Guillaurae-Téte-d'Etoupe, le saint Eloupe de nos légendes. Ce prince, disent-ils, chassant dans la Forêt-Noire (ancien nom de la forêt d'Orbestier) , fut attaqué par un sanglier énorme, près d'un port abandonné. Guillaume voulut en vain combattre le monstre; il allait être mis en pièces lorsqu'il promit à Dieu de lui bâtir une chapelle s'il échappait à la mort. Ce vœu à peine prononcé , le sanglier prit la fuite , et le monument commémoratif fut appelé la chapelle du Port Juré , ^«rcf que, ajoutent-ils, Je comte de Poitou avait juré dans ce lieu. — Elyraologie hasardée , diront les linguistes. — Les paysans d'Orbestier vous la livrent , messieurs , telle que leurs naïfs aïeux la leur ont transmise.

sa personne? Nous voyons en première ligne Aimery V, vicomte de Thouars, Geoffroy de Lusignan , Guillaume de Lezay, Guillaume d'Apremont et Pierre de Bul , tous propriétaires de grands fiefs , -et pouvant entraîner à leur suite de nombreux vassaux.

Les moines d'Orbestier n'eurent garde ne négliger une si bonne occasion d'avoir recours à la bienveillance des nobles hôtes d[i comte de Poitou. Ils firent confirmer à Puchard leurs anciens privilèges ', et obtinrent de Guillaume d'Apremont la concession de la terre de Marcliieuil = et de plusieurs autres domaines situés dans les paroisses du Bernard , de Saint-Cyr, de Saint-Sornin et de Saint-Vincent-sur-Graon. (V. les Pièces jystificalives, N" IV.)

Guillaume d'Apremont, venu à un rendez-vous de chasse ou à une réunion politique , avait sans doute été pris au dépourvu par les pieux cénobites, car la charte porte cette mention singulière ; « .... Et moi, Guillaume, seigneur de Poiroux , n'ayant pas mon scel particulier, j'ai supplié et requis le seigneur Richard d'apposer le sien à ces lettres, en témoignage de vérité; et moi, Richard, comte de Poitou et seigneur de Talmond.j'ai apposé mon scel à ces lettres, à la supplication et à la réquisition dadit Guillaume. »

La terre de Marcliieuil , comprise dans la donation , était alors un simple tènement d'un faible produit, situé sur les confins des paroisses de Saint-Cyr et de Curzon , et s'étendant égale-

' L'abbaye d'Orbestier, 0 S. B., fut fondée, au mois de juillet 1007, par Guillaume-le-Grand , comte de Poitou , duc d'Aquitaine. Etalent témoins de l'acte de fondation : Gosselin de Lezay, Gislebert de Volvire, Guillaume d'Apremont et Girard d'Abire. Richard-Cœur-de-Lion confirma leurs privilèges en 1181 et en 1182.

» Marchieuil, autrefois Marchiol . a le même sens que Mnrchiou , Marchou, et vient du latin Marchia, Marche, lieu placé entre deux provinces, deux seigneuries. ^Ce nom se rencontre souvent en Poitou. — Marchieuil est entre Saint-Cyr et Curzon.

ment sur les deux territoires. Nous revieudrons daus un instant sur ce sujet, en parlant des possessions de Bois-Grolland '.

Les premières habitations de Marchieuil ne fuient bâties qu'en 1^58, par Pierre Garny, qui prit cette terre à ferme perpétuelle ', à la charge de donner annuellement au couvent d'Orbestier onze sextiers de blé , dont huit de froment et trois de méture, mesure de Moutiers-lès-Mauxfaits , rendables à la maison âc In Barre de Saint-Sornin , et de bâtir une ou plusieurs maisons dans le lieu qui lui paraîtrait le plus convenable. {Pièces\ justificatives , N*^ V. ) C'était , on le voit , un bien faible revenu, et cependant les moines ne purent en jouir en paix. Guillaume de Charimay , chevalier, revendiqua certains droits et souleva un long procès heureusement terminé par l'intervention du prieur et du sous-chantre de Sainte-Radegonde de Poitiers, arbitres nommés par le pape, qui amenèrent, eu 1272, Guillaume à se désister de ses prétentions sur Marchieuil et les vignes de la Sablière ^.

Les seigneurs de Poiroux vinrent à leur tour réclamer la

• Le cartulairc d'Orbestier contient une autre charte du samedi avant la fête de la bienheureuse Marie-Madeleine de l'an 1255, par laquelle Jehan Amogers , chapelain de la Chapelle-Ralier, promet de ne pas aliéner six sexterées situées m'n feodo dnniini GtilUeUni Frelon, rnih'tis , prope uhnurn de portu de Clajan (La famille Frelon , dont un membre figure ici , a longtemps possédé la terre du Champ-Saint- Pére , et a donné son non» à la Molhe-Frélon , pr^s de ce bourg.) ; une sextcrée de terre ^nnfeodo domini Benaton , rnih'lis ^ juxtafonlem de Fogere (Fougère), in parrochia Sancti Cin'ct>i , et autres propriétés ou redevances dont sa cousine Bienvenue, fille de Pierre Le Comte, de Saint-Benoît, possédait le tiers, par le décès de Anice ou Avice, de Saint-BenoU. Bienvenue accéda le même jour à l'acte de pon cousin. Ils avaient déjà fait un arrangement en 1253.

a L'acte n'eut pas longtemps d'effet, puisque, au commencement du % siècle , l'abbé d'Orbestier faisait cultiver à moitié les terres de Marchieuil. (Ext. de notes sur Orbes tir r.)

3 Gartulaire d'Orbestier. {Archives de fa fendée.)

juridiction des teneurs du lieu. Une première sentence, rendue en 1438, les débouta en vain de leur demande'; ils continuèrent leurs vexations et forcèrent l'abbaye d'en appeler une seconde fois à la justice. Loys de Crussol , sénéchal du Poitou , devant lequel l'affaire fut portée, décida définitivement, en 1468, que le sire de Poiroux n'était nullement fondé dans ses réclamations, et que les hommes de Marchieuil et des autres propriétés du monastère étaient dispensés de faire le guet dans ses châteaux ^.

L'année suivante , le 27 février, Colas Letard et Colas Coilbaud , laboureurs à Saint-Cyr, affermèrent l'hôtel et herbergement de Marchieuil , moyennant une rente de 16 livres tournois. Cet état de choses dura deux cents ans; mais les moines virent enfin que leurs intérêts étaient singulièrement compromis par suite de la dépréciation de l'argent , et voulurent contraindre les descendants et ayant-cause des deux fermiers à résilier le bail perpétuel, ou à augmenter la quotité de la redevance. Le Parlement de Paris, saisi du procès, les condamna , le 8 novembre 1663 , à vider les lieux , après avoir été indemnisés de la plus-value. L'exécution de la sentence ayant souffert quelques difficultés, Daniel de Cosnac, abbé d'Orbestier, passa avec eux une transaction , le 29 juillet 1669, qui portait la renie à 200 livres 3. Aujourd'hui ces terres produisent un revenu vingt fois plus

considérable.

L'abbaye de Bois-Grolland possédait dans la ])aroisse la dîme des terres de Marchieuil , qui lui avait été donnée par Pierre III de Bul, peu de temps avant sa mort. {Pièces justificatives , N^» VI. ) La charte de concession était très-explicite ; toutefois le prieuré de Bois-Rolland, près de Pouzauges, abusant d'un jeu de mots, prétendit que c'était à lui que la donation avait

• Papiers d'Orbestier.

> Id. Td

été faite , parce qu'il avait en sa possession la portion des terres de Marchirui! comprises dans la paroisse de Curzon. La querelle s'envenima, et ce ne fut qu'après de longs débats que, au mois de septembre 1-2-2 i, Porphyre, vice -gérant du doyen de Talmond, donna gain de cause à l'abbaye, et décida que le prieuré lui paierait, la veille de la Saint-Michel, pour la dîme du (cnement qu'il avait à Marchieuil, une rente de I)on et pur froment, mesure de Curzon. {Pièces justificatives, N" VU.) ^

Bois-Grolland avait encore à Saint-Cjr deux autres petites propriétés. La première , composée de trois sexterées, lui avait été donnée, en 1251, par Ozanne , femme de Guillaume Rollant, avfc la permission de son mari et de ses ills. Ozanne avait autrefois vendu viagèrement ces terres, (jui touchaient, ditl'ycte, celles de Bonin Porcher, à Guillaume B;izoyns et à sa femme Jehanne, sa parente, pour le prix de VU livres tournois; puis, étant tombée gravement malade, elle ordonna aux acheteurs de donner annuellement V sols tournois à Bois- Grolland, afin de faire célébrer l'anniversaire de sa mort, recommandant qu'après leur décès les trois sexterées revinssent à ra])baye, si elle voulait restituer cent sols dont elle lui avait kit l'aumône. La donatrice prévoyait même le cas où l'un de ses héritiers voudrait rentrer en possession ; elle lui enjoignait de remettre les cent sols tournois, et de payer la rente de V sols la veille de Nocl '.

La seconde propriété lui venait de la donation d'un champ et d'un petit pré situés près d'Archais , sur les chemins qui conduisent de ce lieu à Curzon et à Talmond ', faite, en 1234, par Guillaume de La Motte, chevalier, qui les avait achetés

■ Cartuljjjrc de Bois-Grolland , N» 104.

' L'acte original fut rédigé en présence d'Etienne, vicaire de Talmond. ^Cartulaire de Sainle-Croix-de-Talmond , No 138.)— Archiais était une seigneurie dont la circonscription s'étendait jusqu'aux fiefs

XII livres deDrollaz, aussi chevalier, et de sa femme Pétronille, fille de Pierre de Veer.

Quant à l'abbaye de Sainte-Croix de Talmond , elle avait pour sa part la terre de la Gillerie '. Ce village, qui paraît remonter à une époque assez reculée, n'est cependant cité pour la première fois qu'au milieu du xv® siècle. La perte des titres qui le concernent explique le silence complet des chartes parvenues jusqu'à nous.

Les religieux de Sainte-Croix, selon la coutume du pays, faisaient d'abord cultiver la Gillerie par des métayers ou plutôt par des colons partiaires. En 1440, ils furent forcés de plaider contre le nommé Mathé Beliart , qui l'occupait alors , et obtinrent gain de cause, le iO octobre , devant le sénéchal du Poitou. Le 4 mai i444, Jehan Mazoué -, habitant de Saint-Cyr, prit la propriété de ferme, moyennant quatre écus vieux , ou les deux parts d'un marc d'argent , plus cinq sols à ]a seigneurie de Saint-Benoît et le droit de forcheage à celle de Poiroux ^.

La famille Champdefain ^ avait des droits sur la Gillerie, et cette communauté d'intérêts amenait souvent des difficultés avec les moines de Talmond. En 1443, Guillaume Vivien, écuyer, seigneur de l'Acheneau , mari de Michelle de Champdefain ,

de vignes de la Jonchére, qui ompictaient un peu sur le territoire de Saint-Cyr. On trouvera auN" Vlîil des Pièces justificatives une charte concernant ces vignes. Elle est une des preuves de rancienneté de la famille Gazeau. Archiais possédait une chapellenie dont le titulaire payait 15 sols de garde au château de Curzon.

• La Gillerie est aussi nommée la Juillerit ou Juglerit. « LnJuilhrit de Saint-Cyr , de ia chasteUenie de Poiroux n , dit un acte du xve siècle. On y avait bâti un prieuré qui fut détruit à la Révolution.

- La famille Mazoué existe encore à Saint-Cyr.

3 Archives de la Vendée.

4 Cette famille posséda plus tard la seigneurie de l'Orberie, prés de Fonlenay, qui passa ensuite aux Tiraqueau.

dame delà Pépinière ', proposa un accommodement, et renonça à toute espèce de redevance , à la condition qu'on lui abandonnerait le fief de vigne dePuyviau, situé dans la paroisse de Saint- Benoît. Frère Jehan Pison, abbé de Sainte-Croix, consentit à cet échange, et, le 18 août, se transporta à La Roche-sur-Yon , où Pierre Thomazeau , licencié ès-lois, et Jehan Moreau , garde du scel, rédigèrent l'acte qui devait arrêter les contestations futures ^.

Je mentionnerai en passant une importante découverte de monnaies de la seconde race faite à la Gillerie , il y a environ une douzaine d'années. On sait que les pièces de cette époque sont presque toutes rares, et que les numismatistes ont grand soin de recueillir les renseignements les plus minutieux sur la composition des enfouissements. Celui de la Gillerie prouve de nouveau l'exactitude du système de mon collègue M. Lecointre- Dupont et de M. Cartier sur les deniers de Melle, au nom el au monogramme de Charles \ En effet il ne contenait que des monnaies de Louis-le-Débonnaire et de Charles-le-Chauve , et les dernières étaient à fleur de coin , tandis que les autres étaient en général un peu usées par la circulation. Voici d'ailleurs le catalogue détaillé de la découverte.

LOUIS-LE-DEBONNAIJŒ.

4« Denier à la tète de Mcllc. — I exemplaire. (Très-usé.) 2° id. de Quentowic. — ^ exemplaires. '> id. d'Orléans. — 2 exemplaires. (Usés.)

' Fille unique de Maurice de Champdefain, écuyer, seigneur de la ■ rie. et de Jacquelte de Lestang, qui se remaria à Guillaume astre , écuyer, seigneur de la Chassandiére.

^ L'abbaye de Jard avait quelques terres à Saint-Cyr; mais il m'est impossible d'en parler, par suite de la destruction totale des chartes et papiers de ce monastère.

3 V. la Itevue numismatlqur et V Essai de M. Lecoinlre-Vupont sur tes monnaies du Poitou.

id.

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4« Denier de Metallum dans le champ. — 3 exemplaires. 5® id. Metallum circulaire. — ■ i exemplaire, de Bourges. — 1 exemplaire. (Usé.) de Lyon. — 1 exemplaire. (Usé.) de Reims. — 2 exemplaires, de Tours. — 1 exemplaire, de Dorestadt. — 5 exemplaires, de Rouen. — 1 exemplaire. (Très-usé.) i2<* Christiana religio. — 9 exemplaires. (Argent très-pur et

beau type.) 43° Obole de Melle. Metallum circulaire. — 2 exemplaires. 14° id. aux marteaux. — \ exemplaire. (Usé). 45° id. Christiana religio. — 4 exemplaires.

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