LA DEFAITE
Des Troupes de Fauas , la Noué' et Bessay , au Bourg de sainct Benoist en bas Poitou.
L'assemblée de la Rochelle, le premier mobile de la rébellion de nos iours, ne pouiiant secourir sainct Ican en son extrémité, ny rempesclier d'estre force', estima récompenser la perte qu'elle voyait certaine, par le degast et pillage du bas Poitou et pays circonuoisin. Pour cet effet elle commanda à Fauas , la Noue et *Bessay d'y descendre aucc douze cens hommes , sous espérance que plusieurs de Loudun , Tours, Orléans, Paris, etc., se ioindroient auec eux et leur feroient espaule.
Ils abordent partie à sainct Benoist , partie à la larrière , lieux proches de Luçou ; le rendez-vous des troupes estoit à sainct Benoist. Pour premier exploit de leurs armes , ils profanèrent et pillèrent les Eglises de Triaize et sainct Denys du Perricr, sans espargner les cloches. Luron se sauua de leurs griphes moyennant cinq cens escus, et dix-huict couples de bœufs qu'il fallut douiier pour traîner leur canon.
Le Roy, aducrty de ceste descente, y depescha Messieurs les Mareschal de Praslin , Duc d'Elbeuf et le Comte de la Uorhcfoucaud, qui arriuerent à Luron six heures après que l'argent fut liuré, argent funeste aux ennemis, comme iadis l'or Tholosain aux soldats du consul Cepio , ainsi que vous verrez par le discours suivant.
Ceux de la R. P. R. de Luron et lieux d'alentour auoient mis ::î,0()0 boisseaux de farine cl leurs ni( illcurs meubles en des
barques, au port de la larrière , pour transporter le tout à la Rochelle; ces Messieurs rcnipcsclierent , <t, s'en estant saisis , firent porter la farine aux fçreniers de Messieurs de Luçon et vendre les meubles à fancan.
Les trouppes ennemies estant arriuees à sainct Benois^ trauaillerent à basiir vn fort sur la poincte de la Faute, à l'emboucheure de la riuière du La y qui tombe dans la mer. Les communes y furent employe'es ; à mesure que l'ouvrage croissoit, 1 es chefs enncmys firent entreprise sur les Sables-d'Olonne pour les piller et s'en rendre les maistres, afin que tout ployast sous leur authorite.
Monsieur de Praslin en ayant eu aduis vient promptement à sainct Benolst , et y arriue aucc les siens la nuict du dimanche au lundy ^S de Inin ; il troiiue les ennemys tellement empressez à bastir qu'ils auoient pourtant les armes en la main ; ce nonobstant il les attaque furieuscm( nt , et emporte leur place, n'ayant perdu qu'vn des siens, et tue' plus de 150 des ennemys , et contraint les autres de s'enfuir, qui furent les vus pris, les autres noyez pensant se sauner sur les vazes , autres arrestez et tuez par des mariniers Olonois en des chaluppes et barques esquelles ils vouloient se rendre à la Rochelle, Ainsi le pillage fut recoux, cinq drapeaux pris, leur bagage et canons. Les chefs ennemys en ayant eu le vent comme ils s'accheminoient vers les Sablesd'Olonne, se saunèrent et par leur fuitte s'exemptèrent de la fureur des armes du Roy , si que le malheur ne tomba que sur Richaidelel , commandant ceux de sainct Benoi st , qui se retira en l'Eglise d'Angle, proche du lieu susdict, qui luy refusa vn azile asseuré pour ce qu'il avoit tiré des mousquetades contre le crucifix des Eglises voisines.
Les Granges , frère de Bessay , abandonna Talmond sur les nouuellcs de ce fascheux eschec. Madamoiselle de Rohan auoit , quelques iours auparauant , chassé ceux qui s'estoient sais-s de la Garnache et en faisoient vne retraitte de brigands ;
ainsi tout ce pays qui sembloit perdu a esté en vn moment nettoyé de ces monstres marins par les forces qu'il a pieu au Roy y enuoyer.
En repurgeant ceste auge , il a fallu laisser des marques de punition contre quelques maisons des chefs de la rébellion, particulièrement contre la Brunière et la Grenouillère, pour intimider les autres, et apprendre à la Noblesse de la R. P. R. à seruir fidellement le Roy, qui se rend redoutable par tout par sa valeur, et par l'assistance de Messieurs les Princes, des Grands de son Royaume et de la Noblesse françoise , tellement qu'on dira : Le ROY LOVYS LE IVSTE est Victorieux et Triomphant par tout. •