N' XII
Au Port de la Claye, le 4 vend(^iiiiairi' l'an V de la République une et indivisible.
Le Général chef de V Etat-Major général de l'armée y
au Général en chef.
Mon gênerai, conformément à vos intentions, j'ai fait enlever, le 2 vendémiaire, par l'adjudant général Delaâge , les postes «{n'occupaient les rebelles à liosnay, le Champ-Saint-Père , Saint- Vincent-sur- Graon et les Mouticrs-lès-Mauxfaits. Cinq colonnes y ont marché. Après une fusillade d'une demi-heure , les rebelles ont abandonné Saint-Vincent , poste fortifié par la nature et susceptible d'une vigoureuse résistance; ils ont été également débusqués des autres points et se sont retirés dans le Bocage , laissant sur la place environ 80 des leurs ; on leur a pris 14 chevaux.
Le 5, Charelle, qui, peiidnnt l'attaque de Saint-Vincent, était, avec 8 ou 9,000 fantassins et environ 900 chevaux , dans les landes de la Boissière, s'est porté sur le poste de Saint-Cjr, défendu par un bataillon de :200 hommes de la 157^ demibrigafie ; il a divisé son monde en trois corps : le premier a masqué le chûtcau du Givre, où nous avons un bataillon; le second a attaqué Saint-C^r, et le troisième, qui a été le plus considérable, est venu prendre position en face de la Claye, pour s'opposer aux troupes qui de Luron auraient pu venir soutenir Saint-Cyr. La droite des rebelles était appn\ée à Curzon ; leur gauche tirait vers le Chainp-Saint-Père : ils étaient formés sur deux lignes, ayant huir cavalerie aux ailes e! au centre.
Le bataillon de la iriT"" demi -brigade , retrancl:(' dans l'église de Saint- Cvr, et avant ses meilleurs tinnirs dans le clocher, a vigounusement n^çu TrîmeMii ; la fusillade la plus soulemie et
la résistance la plus terme ont rendu ses efforts inutiles. Dans ce seul point il a perdu otî hommes et un grand nombre de blessés; plusieurs chefs ont été tués : l'un d'eux (les déserteurs assurent que c'est Giiérin , leur commandant dans le pays de Retz) , s'étant avancé pour sommer les républicains de se rendre, a été étendu mort d'un coup de fusil par le brave Marca , caporal, qui lui a crié : Voilà comme je traite avec lea royalistes! Un autre porteur de sommation n'a pas été plus henr^ix ; son cheval a été tué sous lui , et quatre de ceux qui sont venus le dégager ont été tués à ses côtés.
A la nouvelle de l'aftaque de Saint-Cyr, l'adjudant général Delaâge a marché de î.uçon avec deux compagnies d'artillerie légère, un détachement de -iO chasseurs du lo^, la demi-brigage de Paris et des Vosges , un bataillon de la I oG" demi-brigade et le d'^'" bataillon du ^.d*^ régiment. Il s'est porté sur la route de Saint-Cyr ; l'infanterie a été placée dans les broussailles qui du grand chemin s'étendent jusqu'au hameau des Baraudières , à l'effet de cacher le peu de monde que nous avions (nos forces ne s'élevaient pas à 900 hommes); l'artillerie légère, soutenue de la cavalerie , a été postée sur la gauche de la route. La fusillade s'est établie vivement ; l'ennemi a dirigé un corps considérable par le vallon des Baraudières , pour tourner notre flanc droit.
Le 29^ régiment a été à sa rencontre et l'a fait plier ; l'artillerie légère , prenant en écharpe les lignes eimemies , a commencé à y porter du désordre ; to!ites les troupes républicaines se sont ébranlées, la baïonnette en avant; au même moment le brave bataillon de la 157^ demi-briiTrade est sorti de Saint-Cvr, et s'est précipité sur l'ennemi aux cris de Vii^e la République! A l'instant les rebelles ont été mis en déroute complète et ont fui de tous côtés , laissant la terre jonchée de morts, de souliers, de sabots , d'iiabits rouges ; on les a poursuivis aussi longtemps que l'a permis le terrain , qui bientôt devient couvert et difficile.
Cotte journée, où l'iiUrepidite' a suppléé au nombre , ne coûte à la République qu'un grenadier, quatorze blessés, dont trois mortellement , et six chevaux tués. Les rebelles ont laissé sur le champ de bataille 200 des leurs, et ils ont eu un grand nombre de blessés.
L'adjudant général Delaûge a déployé le brillant courage qui le caractérise , les talents les plus distingués, et a fait les plus sages disjiositions : on ne saurait prodiguer trop d'éloges aux troupes. Une foule de traits mériteraient d'être cités, je me bornerai ù un seul. Un peloton de 200 chevaux ennemis, essayant d(^ protéger la retraité des rebelles, a fait mine de charger noire infuilerie qui h"s poursuivait. La compagnie des grenadiers du ^U*^ a prévenu cette charge en chargeant ellemême à la baïonnette cette cavalerie, qui n'a pas osé attendre.
D'ai)rès le rapport des déserteurs, Charelte avait à sa suite 80 voitures et s'était vanté d'entrer dans Luçon, dont sans doute il compt.'.it enlever ce qui lui aurait été utile; il n'a emporté que ses blessés et l'impression profonde de la valeur républicaine.
Signé E>i. GROUCHY.