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vaient pas été inquiétés. C’est ici que finissent les mémoires de Champlain, et nous ne le connaîtrons plus que par les récits des autres.
Le 43 juillet 1632, le port de Québec fut remis aux Français. La Compagnie des cent avait compris Champlain parmi ses associés et l'avait désigné comme propre à être le gouverneur de la nouvelle France, désignation due à sa connaissance du pays, accordée plus encore peut-être au désintéressement personnel dont il avait toujours fait preuve et qui le recommandait singulièrement à une compagnie commerciale. Richelieu lui donna ce titre, avec lequel il partit de Dieppe le 23 mars 1633, commandant trois navires, le don de Dieu, de 90 tonneaux, le Saint-Jean, de 160, le Saint-Pierre, de 150. Ces petits bâtiments portaient pourtant 197 personnes et 28 canons. L’Aunis et la Saintonge avaient fourni plusieurs associés à la Compagnie, plusieurs hommes à l'expédition : on en trouve d’ailleurs la preuve dans la liste des Canadiens et des Acadiens qui revinrent en France après la paix de Paris et auxquels une loi du 25 février 1791 accordait encore des secours pécuniaires.
Champlain avait pour première tâche d'écarter, sans combat autant qu’il serait possible, les Anglais qui s’obstinaient à faire sur les bords du Saint-Laurent un commerce qu'ils venaient de s'interdire par le traité. Il eut à signaler sa vigilance et sa fermeté à cet égard avant même d'arriver à Québec. Il y fut reçu le 24 mai avec de grands témoignages de joie. Il y trouvait les constructions en assez mauvais état, et les fit reprendre avec activité. Désormais les conditions étaient meilleures; il arrivait avec plus d'hommes, plus de ressources que jamais, et il avait pour soutien la puissante impulsion de Richelieu. La colonisation du Canada devenait œuvre sérieuse. Il reprenait aussi avec amour son projet de gagner les sauvages à la religion chrétienne, et il avait retrouvé leur amitié; quelques années passées sous les Anglais les avait rapprochés de la France : toutefois il retrouvait aussi les difficultés que faisaient naître des violences réciproques. Peut-être aussi lui et les jésuites se faisaient-ils trop facilement illusion sur la possibilité de les
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convertir : un homme d'un grand courage et d’une grande habileté, le père Brébœuf, ne craignit pas de s’aventurer chez eux. Il alla prendre son principal séjour dans un village huron d'un nom de mauvais augure, ce semble, pour un jésuite; il s'appelait La Rochelle. Sa mission commencée heureusement souleva bientôt de dangereuses rivalités, qui devinrent la source d’inextricables embarras.
Champlain passa deux ans et demi au milieu de ces luttes inévitables dans un pareil gouvernement. Québec prenait un beau dévelonpement, un collége venait d'y être fondé aux frais de la famille de René Rohault, marquis de Gamache, entré dans la Compagnie de Jésus, et Champlain faisait tous ses efforts pour aider les Français pauvres qui voulaient s'établir au Canada. C’est au milieu de ces soins qu'il fut atteint d’une maladie qui le tourmenta pendant deux mois. Il avait toujours montré une grande piété; elle redoubla pendant ses souffrances et prit même, ce semble, un caractère plus expansif qu’on ne l'aurait attendu d'un homme dont la vie avait été assez rude, Il mourut le 25 décembre 1635. T ‘3 jésuites l’entourèrent dans ses derniers moments et l’un d’eux, le père Lejeune, prononça son oraison funèbre. Il laissait de grands regrets; qui lui ont survécu. Sa mémoire est encore en honneur à Québec. En 1854, un fonctionnaire de cette ville, M. Morin, voyageant en France,
y recherchait un portrait de Champlain ; la découverte récente
de son tombeau y a été un événement. Cette reconnaissance est méritée, Il choisit l'emplacement de Québec avec une justesse de vues qu'a prouvée l'importance même acquise par cette capitale : il la fonda par sa constance infatigable, malgré les marchands et les princes français et les sauvages, et par l’aide seule des sauvages, des princes et des marchands français : bien des hommes sans doute ont fait de plus grandes choses que Ghamplain , peu d'hommes ont eu une part personnelle aussi grande dans les choses qu'ils ont faites,
En France, sans être jamais bien éclatante, la réputation de Champlain n’a jamais été complètement obscurcie : peut-être le doit-il en partie à ses livres, et c'est d’eux qu'il nous reste à parler.
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J'en emprunte la liste au catalogue de la Bibliothèque impériale (vur, 746).
Des sauvages, ou voyage de Samuel Champlain, de Brouage, faict en la France nouvelle l’an mil six cent trois. — Paris, 1h C. de Monsr'æil (s. d.) in-8° de 1v et 36 feuillets. —Le privilége | est du 15 novembre 1603. —— Un autre exemplaire ou une
autre édition porte la date 1604.
Les voyages du sieur de Champlain, Xaintongeois, capitaine a ordinaire pour le roi en la marine, divisés en deux livres, ou | journal très-fidèle des observations faites ès découvertes de la Nouvelle-France, tant en la description des terres, côtes... qu'en l: créance des peuples, leurs superstitions, façon de vivre et de guerroyer. Enrichi de quantité de figures. Ensemble | deux cartes géographiques : la première servant à la navi- | gation.… l’autre, en son vrai méridien, avec ses longitudes et | latitudes, à laquelle est ajouté le voyage du détroit qu’ont trouvé: les Anglais au-dessus de Labrador... cherchant un | chemin par le nord pour aller à la Chine, — Paris, J. Berjon, il 4613, in-4°.
Voyages et découvertes faites en la Nouvelle-France, depuis l’année 1615 jusques à la fin de l’année 1618, par le sieur de Champlain. — Paris, C. Collet, 1619, in-8°.
Les mêmes, 1620.
Les mêmes, 1627,
Les voyages de la Nouvelle-France occidentale, dite Canada, faits par le sieur de Champlain, Xaintongeois, capitaine pour
‘le roi en la marine du Ponant, et toutes les découvertes qu’il a faites en ce pays, depuis l’an 1603 jusques en l'an 1629... avec un traité des qualités et conditions requises à un bon et parfait navigateur... ensemble une carte générale dudit pays. et un catéchisme traduit du français ou langage des peuples sauvages, (par le Père Brébeuf). — Paris, L. Sevestre, 1632, in-4°,
Charlevoix donne comme libraire Pierre Lemur. — Brunet, P. Lemure ou Collet. — M. Rainguet, comme lieu Québec. Cette dernière indication doit être erronée, M. Rossel, dans la
èque impé-
le Brouage,
— Paris, 2 privilége re ou une
, Capitaine livres, ou ertes de la s, côtes...
, façon de . Ensemble à la naviigitudes et roit qu'ont rchant un J. Berjon,
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rtes qu'il a | 1629...
, un bon et dit pays...
es peuples tre, 1632,
— Brunet, u Québec.
1, dans la
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Biographie universelle, donne comme la meilleure une édition.
de 1640, que M. Brunet n'a jamais vue et révoque en doute. Voyages du sieur de Champlain, ou journal ès découvertes de la Nouvelle-France. — Paris, imprimé aux frais du Gouver-
- nement pour procurer du travail aux ouvriers typographes, août
Cette dernière édition est copiée sur celle de 1632, dont elle reproduit exactement les fautes d'impression les plus fâcheuses ; elle n’a ni gravures, ni cartes, ni les traités accessoires. Elle avait pour but d'occuper les imprimeurs sans créer de concurrence aux libraires.
De ces diverses éditions, je n’ai vu que les deux dernières :
je ne sais pas si celle de 1632 reproduit les précédentes ; du
moins est-il sûr que le premier voyage n'y est pas tel qu'il avait d'abord paru : cela ressort clairement de l'analyse de Lescarbot. Je regrette de n'avoir pas eu ce moyen d'examen, bien qu'il n'eût probablement pas modifié les opinions que j'ai émises sur Champlain.
Champlain n’a pas de prétentions d'écrivains : son récit est toujours simple, mais non pas toujours clair, Cela tient en partie à ce que les noms des lieux 6nt changé, à ce que certains faits très-connus de son temps le sont très-peu du nôtre : cela tient aussi à ce que des chapitres peut-être intercalés après coup, confondent les dates et les temps : cela tient enfin à ce qu’il parle une langue dont la grammaire n’est pas bien fixée. La même cause d'obscurité se fait sentir à un degré moindre chez Lescarbot, à un degré plus grand encore chez d’Aubigné, On ne sait pas toujours à qui ou à quoi se rapportent ses assertions ; quelques termes ont vieilli ou n’ont jamais été d'usage dans le sens où il les prend. Je n’en citerai qu’un exemple. Il prend à plusieurs reprises le mot déserter dans le sens déchiffrer, ce que je ne me rappelle pas avoir vu ailleurs, Quelques notes sercient nécessaires, si on remettait ces voyages dans le domaine public, ce que je ne crois pas utile. Les voyages de Champlain ne conviennent aujourd'hui qu’à peu de lecteurs. Mais comme document, ils gardent leur valeur. Je me figure que Cooper les avait lus; il y a en particulier dans son
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roman de l'Ontario des épisodes qui semblent leur être directement empruntés.
Ils sont l'œuvre directe d’un témoin, et, selon toute apparence, d’un témoin fidèle et éclairé. Champlain n’a que des connaissances spéciales, mais il les possède bien. Comme | marin, il en a donné une preuve dans le traité qui fait partie de l'édition de 4632 : Traité de la Marine et du devoir d'un bon Marinier. I ne peut plus servir qu’à montrer où en était la science de ce temps, mais il en donne la mesure : il justifie Champlain des inexactitudes de ses cartes, estimées quoi- | qu’elles se ressentent de l’imperfection des moyens dont il disposait. Comme voyageur, son livre montre encore qu'il avait étudié et médité les travaux de ses devanciers. On lui a repros ché un excès de sévérité envers Cartier, et tout au moins il est bien sobre d'éloges envers lui. Mais il est complètement juste, (| || bienveillant même envers les autres, envers Degouges, envers a Alphonse de Saintonge, que Lescarbot traite durement, envers
| ses contemporains. Zélé catholique, il n’en rend pas moins il justice aux intentions et aux mérites des protestants, avec | lesquels il a su bien vivre. Enfin ses récits sont empreints d’un | ‘ grand air de sincérité; ils inspirent confiance; il n’a jamais || l'air de vouloir forcer l'admiration; ses descriptions des lieux, |A , des mœurs, des coutumes sont très-détaillées et vivent à © ve Er | . de détails précis.
Û |f Il me semble que cette réunion du talent du narrateur à
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| ceux de l’homme d'action, que cette réunion de la sincérité à | | | la pureté et à l'élévation des vues, à la patience, au courage et | 1e! | au désintéressement, assurent à Champlain une belle place | À | | dans l'estime des homnies.