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Un danger d'un autre ordre, moins menaçant pour les individus, plus grand pour l'établissement, se fit bientôt sentir : les Anglais rôdaient autour de la colonie et préparaient une attaque. Le 18 juillet 1628, David Quer, monté sur un navire anglais, après avoir dévasté le petit établissement du cap Tourmente, somma Champlain, au nom du roi d'Angleterre, de lui remettre Québec. Champlain donnait alors à ses hommes sept onces de pain par jour, et il n’en avait pas pour longtemps à ce taux; il n'avait plus que cinquante livres de poudre. Il répondit néanmoins qu'il était trop bien muni d'hommes, de munitions et de vivres pour rendre le fort qui lui avait été confié, sans mériter une punition infâmante du roi et de Dieu, et que si le chef anglais voulait une autre réponse il fallait qu'il se fit voir de plus près. Il y avait de l'énergie et de la résolution dans cette réplique, quoiqu'on l'ait peut-être trop vantée ; j'ai peine à croire qu’elle n’ait pas dû une partie de son effet à la pauvreté même de l'endroit défendu. Quer pensa qu'il y avait
- plus de profit à attaquer les navires français, dont la perte ré-
duirait d'ailleurs Champlain et les siens à la famine. Les Français en effet ne voulurent pas éluder le combat et ravitailler Québec par une fuite habile, ce dont Champlain les blâme fort, et ne purent pas le faire de vive force. Aussi les colons en vinrent-ils à être obligés de négliger leurs travaux de fortification , pour aller par les prairies et les bois du pays chercher des racines comestibles. Les Anglais souflrirent de leur côté par des pertes et des naufrages; mais ces échanges de maux n’en soulageaient aucun. Champlain en était à redouter l’arrivée d'auxiliaires qu’il eût fallu nourrir. Il redoublait d'activité, il se sacrifiait pour pourvoir autant que possible aux besoins de tous, sans obtenir de reconnaissance de personne, et se voyant au contraire imputer la responsabilité de fautes qu'il avait vues sans pouvoir les empêcher. Cependant il avait encore eu assez de sang-froid pour envoyer un de ses compagnons parcourir le pays des Abenassis et lui en rapporter une exacte connaissance. Il avait fait partir avec son beau-frère ceux des habitants qui voulaient essayer de descendre sur une barque le Saint-Laurent à l'insu des Anglais : les deux tiers,
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une vingtaine d'hommes, avaient préféré rester avec lui pour courir les risques d'une attaque.
Dans cet état de choses, cette attaque était presque une délivrance. Elle eut lieu le 19 juillet 1629. Les frères de David Quer sommaiïent Champlain de se rendre, en lui faisant connaître que cette fois ils étaient complètement informés de son état de dénuement et de l'impossibilité qu'il y avait pour lui de recevoir aucun secours. Force fut bien à Champlain de reconnaître et d'avouer que tout cela était vrai. Il obtint des délais, des conditions honorables, un inventaire de ce qu'il remettait aux vainqueurs, et partit de nouveau, cette fois sur un vaisseau anglais, pour revenir en Europe. Dans le chemin il eut le chagrin d'assister, à fond de cale, à un combat du navire anglais contre un navire français. dont la défaite rejoignit Boullé à Champlain. Du reste Champlain se loue des procédés des capitaines anglais; il se plaint au contraire beaucoup de ceux de quelques Français que les persécutions religieuses avaient fait passer dans les armées anglaises, et auxquelles il impute de mesquines tracasseries qu'il rapporte et déplore beaucoup trop longuement. Il se plaint aussi de la lenteur des expéditions projetées en France, qui, avec un peu plus d’activité, auraient prévenu cette première perte du Canada.
Pendant qu'on se battait ainsi, la paix était faite entre la France et l'Angleterre, qui avait assisté, impuissante ou perfide, à la prise de La Rochelle. Thomas Quer en avait même été averti avant son combat naval, mais se sentant le plus fort il n’en avait tenu compte. Champlain à son arrivée en Angleterre vit le parti qu’on en pouvait tirer ; sur ses instances, l'ambassadeur de France protesta contre la remise de Québec et obtint de la cour d'Angleterre une promesse de restitution, promesse sérieuse puisqu'elle allait être transmise à Richelieu, qui, dès 1627 , avait formé pour l'exploitation du Canada une nouvelle Compagnie connue sous le nom de Compagnie des cent associés, qui dès le mois de mars 1629 avait fait partir de La Rochelle conquise le capitaine Daniel et le commandeur de Rasilly. Dans cette attente, la prise de possession de Québec avait entraîné peu de conséquences, et les Français qui y étaient restés n’a-
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