‹ Notice sur Simon de Quingey et sa captivité dans une cage de ferChapitre 4 sur 7 · JUI SE TROUVENT EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

JUI SE TROUVENT EN ANGLETERRE

Deux voyages faits eu Angleterre dans les années 1849 et 1850, pour y rechercher les mauuscrits et chartes se rapportant à l'histoire de la Touraine, m'ont donné des résultats assez importants que je vais faire connaître aussi succinctement que possible. Je suivrai ici la même marche que dans mes voyages, commençant par exposer ce que j'ai trouvé à Londres, et terminant par ma visite à la magnifique bibliothèque de Middlehill.

La capitale de l'Angleterre est, comme Paris, un grand centre d'études, et quoique d'autres villes de la Grande-Bretagne possèdent de célèbres uuiversités, riches de nombreuses bibliothèques, Londres n'en est pas moins le rendez-vous des savants auxquels elle offre les collections merveilleuses de son Musée et de ses archives.

La première, ou plutôt la seule bibliothèque publique de Londres, fait en effet partie du Musée Britannique, British Muséum, l'un des dépôts les plus vastes et les plus complets qui existent pour les études d'histoire naturelle, des antiquités et des beaux-arts, de même que pour les livres et manuscrits. C'est pour ces derniers que j'avais entrepris mon voyage, c'est vers eux que se sont dirigées mes études.

Un cartulaire de l'archevêché de Tours m'avait été signalé avant mon départ, et je le trouvai en effet inscrit sous le n° 349 de la collection Lansdowne, léguée au Musée Britannique. C'est un volume petit in-8° sur parchemin, écrit dans la première moitié du xiu e siècle et composé de 56 folios : il était connu autrefois sous le nom de Livre de l'csckequete. Il ne contient que 28 pièces, mais elles sont presque toutes d'un intérêt capital pour l'histoire ecclésiastique de Touraine ; car elles fixent la plupart des droits spirituels et temporels des archevêques de Tours. Cependant comme un grand nombre de chartes qu'il renferme se trouve dans deux manuscrits conservés dans notre ville, je me contenterai d'en donner une analyse assez succincte. On y voit, en effet, les chartes qui reconnaissent et fixent la juridiction spirituelle de l'archevêque sur les abbayes de Marmoutier (charte i M ) et de Cormeri (ch. h, iv, ix), et sur les chapitres de Saint-Mexme de Chinon (ch. v), et de Saint-Pierre-le- Pucllier. La suprématie métropolitaine du siège de Tours sur celui de Dole, y est constatée et confirmée par 6 bulles de papes, toutes publiées (pièces xvir 5 — xxm e ). Les droits respectifs des archevêques de Bourges et de Tours sur l'abbaye de Maubec, qui relevait de Tours pour le temporel et de Bourges pour le spirituel, sont déterminés d'une manière claire et précise par

la charte m' de notre cartulaire. L'accord conclu en 1 190 entre Richard Coeur-de-Lion, roi d'Angleterre, comte de Touraine, et Barthélémy, archevêque de Tours, touchant les droits et coutumes qu'ils possèdent en Touraine et spécialement à Tours et à Chinon, est un document très-curieux et important (ch. vu et vin). S'y trouvent également les transactions entre les archevêques de Tours et les seigneurs de Montsoreau, par lesquelles sont réglés leurs droits respectifs sur Candes {ch. xi et xxv).

La charte x e contient la confirmation par Henri II, roi d'Angleterre et comte d'Anjou, de l'exemption octroyée par son père, Geoffroy Plantagenest, du droit de régale sur les biens mobiliers des archevêques de Tours, excepté sur le vin, le blé, for et l'argent. Enfin après plusieurs autres chartes de moindre importance concernant la fondation d'une chapelle de S. Jean- Baptiste dans la paroisse de Sou vigne (ch. xvi — xvuj, le fief de Glanders dans les paroisses de Vernou et de Vouvray (ch. xxvi et xxvui) et la levée d'une excommunication encourue par le prieur de Lezai (ch. xxvii), nous arrivons a la partie la plus intéressante de notre cartulaire, les droits féodaux de l'archevêque.

Deux hommages rendus à l'archevêque de Tours en 1202 et 1 205 par les seigneurs de Chàteauroux (ch. xu et xm), qui reconnaissaient être tenus de prêter cet hommage à Tours, ou en Touraine dans une maison de l'archevêque, et lui devoir gîte à Chàteauroux, fixent d'abord notre attention. Puis vient (ch. xx.) un dénombrement des fiefs de l'archevêché de Tours, au nombre de 55 ; son importance mérite que nous l'étudiions en détail. Quoiqu'il ne soit point daté, nous croyons pouvoir en fixer l'époque de 1220 à 1240, d'après les noms des principaux feudataires de l'archevêque de Tours qui y sont cités. De plus, une note marginale du cartulaire prouve que ce document est antérieur à l'épiscopat de Bouchard Daim, c'est-à-dire à l'année 1285.

Voici, d'après notre cartulaire, les grands seigneurs de Touraine qui, à raison de leurs fiefs, étaient tenus, dès le xm*

siècle, à porter l'archevêque sur son siège, lors de son intronisation solennelle dans la ville de Tours. Nous ne faisons que traduire.

Simon de Saint-Michel, chevalier, est homme-lige de l'archevêque à cause du droit desaine qu'il a dans la ville de Candes, et des fiefs de Carches et de Tolet, et du droit de voirie sur tous les cimetières qui sont en sa terre, et du cens qu'il a à Suroins, et de ce que Geoffroy Godéchaut tient de lui à Nazelles, à Larçay et à Chouzé. Il est tenu d'assister à la consécration de l'archevêque, de le porter, et de garder sa cuisine en ce jour solennel : de plus, il doit donner les loyaux aides avec les autres feudataires.

Geoffroy, seigneur de Preuilly, est homme-lige de l'archevêque, sauve la foi qu'il doit au roi ; il reconnaît tenir de lui la chàtellenie de la Guierche avec ses dépendances, et à La Haye la rue de Preuilly et ce qui est sur cette rue. Il doit assister à la consécration de l'archevêque, le porter avec les autres barons, et le fournir le pain pour ce jour. H recevra ses gages pour ses loyaux dépens, et aura les nappes et le reste du pain apporté dans la salle.

Josbert, seigneur de Sainte-Maure, doit aussi porter l'archevêque de Tours à son sacre; il est homme-lige de l'archevêque, pour sa forêt de Teillay sise entre Sainte-Maure et Crissé, et pour le fief d'Ange tenu en arrière-fief par Hugues Boceau.

Geoffroy, seigneur de La Haye, est, sauve la foi qu'il doit au roi, homme-lige de l'archevêque, pour ses terres de Mosé et de Neuillé, près La Haye, et du fief de La Croix de Bléré. A raison de ces fiefs, il doit être présent au sacre de l'archevêque, le porter avec les autres barons, et lui servir d'échanson en ce jour ; il est tenu encore à un cierge de redevance. 11 recevra ses gages pour ses loyaux dépens, et en outre la coupe dont l'archevêque s'est servi et tout le vin qui restera dans la salle après le festin.

Au xiv 6 siècle les trois fiefs de Geoffroy de La Haye se trouvèrent en la possession de trois seigneurs différents : le service

de l'intronisation fut réservé au fief de Neuillé, comme nous l'apprend le cartulaire de l'archevêché, qui existe dans les archives du département d'Indre-et-Loire.

Robert de Brenne, chevalier, est aussi homme-lige de l'archevêque, pour tout ce qu'il possède en domaine et en fief à Rougi et à La Chapelle-Saint-Hippolyte, et pour ce que Jean Peilevoisin tient de lui à Ecueillé. En raison de quoi, il doit un cierge de service, est huissier de l'archevêque au jour de son sacre, sert de l'eau dans la salle, et a ses gages pour ses loyaux dépens. Tels étaient au xiit 3 siècle, d'après notre document, les seuls hauts barons relevant de l'archevêque, qui devaient remplir un devoir lors de la cérémonie importante de l'intronisation de leur suzerain.

En 1335, au sacre de Pierre de Frétaud, nous voyons, d'après le cartulaire de l'archevêché, des archives (p. 260), qu'un cinquième grand feudataire devait aussi porter l'archevêque à son entrée solennelle; c'était alors Hugues d'Àmboise, seigneur de Chaumont. Ce service était inféodé sur le fief de la Papelardicre situé à Amboise, et sur les domaines d'Azay-sur- Cher, du Val d'Orquères de Verneuil et de Ghançay qui relèvent de lui.

Dans notre dénombrement des fiefs de l'archevêque au xm e siècle, nous trouvons bien un seigneur d'Amboise qui avoue les mêmes fiefs, mais sans être assujetti au service honorifique de l'intronisation.

De même, les seigneurs de Noeray, de la prévôté de Larçay et de Croces, ne rendent point au xm e siècle les services que leurs successeurs avouent devoir à l'archevêque au siècle suivant, le jour de la consécration.

Quelques services curieux, dus à l'archevêque par ses vassaux, nous sont encore connus par notre cartulaire.

Robert Bonneau, homme-lige de l'archevêque à raison de diverses terres et maisons possédées à Chinon ou aux environs, devait suivre l'archevêque de Tours en exil, mais aux frais de ce dernier.

Etienne Bouchard, seigneur de La Motte, près Sonzay, à raison de divers domaines tenus de l'archevêque, et situés à La Motte, à Bresche, à Saint-Aubin-le-T)cpeint, à Saint-Christophe et à Saint-Paterne, devait accompagner son suzerain chez le roi, lorsqu'il en était requis ; mais alors l'archevêque payait ses dépens et lui donnait en outre des chaussures de voyage et une fourrure de vair. Ce vassal était encore tenu envers l'archevêque à deux mois de garde à Tours, chaque année, quand il en était requis.

Hugues de Glanders, à raison de son fief de Glanders sis à Vernou, était tenu d'aller à Rome avec l'archevêque quand il en était requis.

Étienne Prévôt, de Chambray, était astreint au même service pour son fief de Villemer, seulement il devait venir avec son cheval qui, en cas de mort, lui était remplacé par un autre.

Foulques Chape d'Asne, à raison de divers domaines à Thilouze et à Larçay, devait suivre l'archevêque, partout où celuici l'exigeait , ses dépens payés ; mais comme ses fiefs l'obligeaient au même service envers le seigneur d'Amboise et l'abbé de Beaulieu, il n'était tenu de suivre que celui des trois qui l'en requérait le premier.

Après cette rapide exploration d'une pièce trop importante pour que nous ne l'ayons pas copiée en entier, passons à un autre document qui n'a pas moins d'intérêt pour l'histoire de Touraine.

Le manuscrit 11443 du fonds nouveau du British Muséum, grand in-4° sur parchemin de 103 folios, est un martyrologe d'Usuard à l'usage de la cathédrale de Tours, avec les obits et fondations faits dans cette église. 11 a été écrit sous l'épiscopat de Renaud de Montbazon (1291 à 1315), mais on a ajouté successivement tous les anniversaires fondés après lui, jusqu'aux dernières années du xvi e siècle. Ce manuscrit si intéressant pour notre histoire locale a été détérioré par une main qui semblait intelligente du mal, car elle a effacé plus spécialement les

noms des fondateurs et donateurs. Ce n'est qu'avec beaucoup d'efforts et surtout aux dépens de nos yeux que nous avons pu en déchiffrer la plus grande partie. Pour ne point dépasser les bornes d'un simple rapport, nous nous contenterons d'extraire de notre obituaire ce qui regarde les archevêques de Tours et l'histoire archéologique et artistique de la cathédrale.

En suivant l'ordre chronologique des archevêques, le premier, dont nous trouvons mentionné l'obit, est Barthélemi I er , de Chinon, au 9 avril (1068).

Le 15 octobre (1206) mourut Barthélemi II, de Vendôme, qui termina enfin le différend entre les sièges de Tours et de Dole sur la suprématie métropolitaine, et consacra dans son église Jean évêque de Tours.

Geoffroy de La Lande, vénérable par sa vie et ses mœurs, sut faire, dans le peu de temps qu'il occupa le siège de Tours, une ample moisson évangélique par ses prédications et son exemple, et mourut le 19 avril (1208). Juhel de Mayenne (1229 à 1244), qui passa du siège de Tours à celui de Rheims, est mentionné au 18 décembre.

Le martyrologe assigne au 10 juillet (1251) le jour de la mort de Geoffroy de Marceau, au 24 octobre (1256) celui de Pierre de Lamballe, et au 19 septembre (1270) celui de Vincent de Pirmil.

Le 26 janvier (1285) mourut Jean de Montsoreau qui légua 100 livres à l'église de Tours pour la fondation d'un anniversaire perpétuel. Pour la conservation des droits de son siège et de son église, il eut à supporter de nombreuses persécutions ; il mourut dépouillé de tout bien, et expulsé par le roi des domaines de son archevêché.

Le 24 août (1285), nous trouvons Olivier de Craon sous le titre d'archevêque élu de Tours, parce qu'eu effet il mourut avant d'avoir reçu la consécration épiscopale.

L'obit de Bouchard Daim est mentionné au 19 octobre (1290). Le 23 août (1312) se trouve l'obit de Renaud de Montbazon? qui lègue pour la fondation de son anniversaire cent sous de rente assignés sur le manoir de la Coiguière.

Notre manuscrit indique au 6 avril (1323) l'anniversaire de Geoffroy de La Haye, au 13 mars (1335) celui d Etienne de Bourgueil, et au 2 janvier 1379 (ané. st.) la mort de Simon de Raoul, Siinon Radulphi.

Le 12 juillet ^1441 ; mourut Philippe de Quoitquiz, docteur eu droit civil et canonique. 11 donna à l'église cathédrale les commentaires sur la Bible de Nicolas de Lyre, en plusieurs volumes. Il légua encore à sou église cent réaux d'or pour la fondation d'un anniversaire solennel avec sonnerie des cloches des deux tours. Il annexa uue prébende à celle des six enfants de chœur, pour augmenter les revenus du maître de ces eufants. Et comme, outre ces douatious, il avait enrichi l'église des verrières et d'ornements précieux, le chapitre ordonna qu'il serait fait distribution de dix livres tournois aux chanoines et aux personnes du chœur qui assisteraient à son anniversaire.

Le 28 avril (14GG) mourut dans la 25 e année de son épiscopat Jean de Bernard. Il légua à son église 300 ecus d'or pour son anniversaire et 300 autres écus pour la fondation d'une grande messe de saint Lidoire à dire cliaquc semaine par un des huit anciens vicaires. Zélé bienfaiteur de l'église, magnifique réparateur des domaines archiépiscopaux, également cher à son clergé et à son peuple, il termina ainsi une vie pleine de jours et de bonnes œuvres.

Nous avons également trouvé au 44 janvier la mention d'un évèque de Tours, sans pouvoir entièrement déchiffrer son nom, dans lequel nous croyons cependant distinguer la terminaison orius.

Nous passons maintenant aux principaux bienfaiteurs de la cathédrale de Tours.

Le G janvier de chaque année devaient être distribuées aux six enfants de chœur six aubes, achetées moyennant une rente de 9 livres, 3 sous, 4 deniers, léguée par le chanoine Robert Poitevin.

Pierre de La Haye, chanoine et aumônier de Saint-Maurice de Tours, légua 1000 réaux d'or pour l'œuvre de l'église : le

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