‹ Notice sur un papyrus gréco-égyptien inédit appartenant à la bibliothèque de l'Université d'AthènesChapitre 1 sur 9 · Notice sur un papyrus gréco-égyptien inédit appartenant à la bibliothèque de l'Université d'Athènes · texte numérisé non relu

Notice sur un papyrus gréco-égyptien inédit appartenant à la bibliothèque de l'Université d'Athènes

Le plus grand nombre des papyrus grecs retrouvés en Égypte sont des actes administratifs, et, en particulier, des pièces de comptabilité. Parmi ces dernières, un certain nombte sont des comptes de dépense purement domestique, et ils ne sont pas les moins intéressants pour l'histoire, en ce qu'ils nous aident à nous représenter l'économie d'un ménage égyptien au temps de la domination grecque. On peut en sigualer trois variétés principales :

1° Comptes sommaires, résumant certaines dépenses, soit par années, soit par mois, comme les papyrus LII-LX du Louvre, à Paris, et les papyrus C et L du musée de Leyde, publiés par M. Leemans, en 1843. Ils ont quelquefois la forme épistolaire, comme sur le papyrus LIX du Louvre.

2° Comptes purement numéraux de dépenses dont l'objet n'est pas exprimé, comme la dernière partie du papyrus T de Leyde et la plus

Le.

grande partie du papyrus XX° parmi ceux du British Museum, publiés par M. Forshal, en 1830.

3° Journal proprement dit de la dépense d'un ménage!. Tel est le document, jusqu'ici unique en son genre, sur lequel M. Albert Dumont, alors membre de notre Ecole française, m'écrivait, en date du 7 juillet 1867 :

« Ce papyrus avait été légué l'an dernier à l'Université d'Athènes par « M. Joseph Sakkinis, et, je crois, n'avait Jamais été déroulé par per- «sonne. J'en ai, du moins, jugé ainsi, en voyant combien les feuilles «étaient adhérentes et combien il fallait de soin pour éviter de faire «tomber en écailles plusieurs des parties de cette précieuse relique. « C’est un grand ruban de trois mètres de long sur huit centimètres de « large; il est divisé en vingt-cinq colonnes, qui contiennent chacune « de sept à neuf lignes. L'écriture en est ferme, courante et presque élé- «gante?. L'état de conservation est parfait, sauf pour les deux co- «Jonnes XIT et XV. Quant aux mots qui ne sont pas de prime abord «d'une intelligence facile, ils ne vont pas à plus de dix.

® J'ai donné un aperçu général de ces documents et de leur utilité pour l'histoire dans une note qui est insérée aux comples rendus de l'Académie des sciences, séance du 7 novembre 1870. Quant au présent mémoire, il a été lu à l'Académie des inscriptions dans deux séances de 1871 ct 1872. — * La lettre B, qui s'y rencontre neuf ou dix fois, sur les colonnes 6, 7, 8,10, 14,15, 17, 22, et sur une des deux colonnes écriles au verso, offre, sur les quatre colonnes 6, 7, 10 et 14. une forme demi-cursive qui est à remarquer : mème sans le secours d'un fuc-simile, on se la représente assez facilement en reliant les deux traits 1C très-allongés par un trait horizontal en haut et en bas. Je ne me souviens pas d'avoir vu aucun exemple le cette forme sur aucun des papyrus grecs que j'ai pu étudier jusqu'à ce jour. E. E. — * Sur ce nombre je crois n'avoir pas laissé plus de deux mots à déchiffrer : 1° col. V, à la 1" ligne : otes-T, suivi d'une déchirure, qui n'enlève guère que deux où rois lettres au plus; malheureusement, M. Dumont n'a pas fait le calque de cette ligne comme :l à pris soin de le faire pour quelques autres parties du rouleau; 2° col. 8, à la 1 ligne, où le nom propre Zwai6iar est suivi d'un autre mot dont les deux dernières lettres sont w:. Ce dernier mot peut ètre le second nom de Sosibius ; ce peut être aussi un délerminatif, comme vewréput, qui détermine A410vuoir sur la [°° et sur la XIX° colonne. La copie de M. Dumont, même rapprochée du calque qu'il y a joint, me laisse encore dans le doute sur le mot qui reste à déchiffrer. Après avoir restitué avec vraisemblance, je crois, oupuala, nom d'un purgatif, sur la colonne XV”, l'idée m'est venue que, sur la V°, on pourrait lire dwe:or pour mov, diminutif d'éxés, et désignant soit une sorte de calmant ou de narcotique, signalé par les médecins grecs (voir ce mot dans le Thesaurus L. Gr.), soit peut-être quelque substance analogne à la œuria, que mentionne le papyrus LX bis de Paris, et qui paraît être une espèce de levüre et quelquefois un gâteau au lait où au beurre (voir aussi le Thesaurus, à ce mot). E. E.

PA

«Malheurcusement ce manuscrit ne nous a conservé aucune page «intéressante de Îa littérature classique. C'est un livre de comptes, mais “complet et détaillé : par là il a peut-être quelque valeur. Les dépenses «Y figurent par articles distincts, et des résumés donnent, de temps en «temps, le total à des dates particulières. Il me semble aussi que, pour «les différentes fournitures, on a eu soin de faire des résumés spéciaux. «Les chiffres, comme il cest naturel de s'y attendre, abondent, et ne «seront pas une des moindres difficultés du commentaire. »

Depuis ce temps, M. A. Dumont, ayant abandonné pour d'autres travaux le projet de publier le papyrus Sakkinis, a bien voulu me confier sa copie, avec les calques des lignes les plus rebelles au déchiffrement, et il m'a autorisé à prendre la charge de cette publication. Je dois le remercier d'abord de son amicale courtoisie, et j'ajoute tout de suite qu'il ne s'était point exagéré les difficultés d'une telle tâche, et qu'elles sont grandes, même pour un philologue depuis longtemps familier avec l'étude des papyrus gréco-égyptiens.

En effet, les signes numériques que nous présentent les papyrus de ce genre ne sont pas encore tous expliqués. Même après les efforts de Pevron, de Letronne, de Leemans, de M. Brunet de Presle, quelques-unes de ces notations restent pour nous des énigmes d'autant plus obscures, que souvent elles sont tracées avec négligence ou réduites à de simples sigles, et que, pour plusieurs papyrus, comme ceux de Leyde, les édileurs ne nous fournissent que des spécimen de fac-simile, non des facsimile complets, qui seraient nécessaires pour vérifier et interpréter la leçon du manuscrit. D'autre part, la quotité de chaque denrée n’est que rarement indiquée, et, pour les denrées alimentaires, nous ne voyons pas à quel nombre de personnes répond la quotité inscrite dans chaque article. Enfin la nature même des denrées nous est souvent inconnue, et le nom grec ou égyptien qui les désigne n'a pas de synonyme certain soit en latin, soit en français. Toutefois, la part faite, et il faut la faire grande, à ces causes d'obscurité, il y a encore beaucoup de renseignements utiles à recueillir dans des registres comme ceux que nous venons d'énumérer. Le papyrus Sakkinis est surtout remarquable à cause du caractère particulier qui le distingue et que nous signalions plus haut, et parce qu'il mentionne plusieurs objets de dépense dont l'indication ne s'était rencontrée jusqu'ici sur aucun autre document.

Nous donnerons d'abord la transcription du texte en caractères cou-

1 Nous reproduisons ces calques au-dessous des parties de notre transcriplion courante auxquelles ils correspondent,

Page 1