PEINTRE
Né à Bagnols le lo septembre i-jcSi Mort à Nîmes le g août nSS'j
,Es individualités douées d'une aptitude artistique se (rencontrent souvent, mais la Providence est avare jd'hommes de génie. L'intelligence du grand art, le 'pouvoir de traduire par le dessin, la plume ou la couleur, par le burin ou le ciseau, une pensée, une expression, un acte, n'est pas donné à chacun de nous. Le Gard a fourni des peintres tels que Re3-naud, Subleyras, Sigalon, Boucoiran et plusieurs artistes modernes renommés ( i ) ; mais notre canton peut-il citer un nom réellement illustre ? — Jusqu'ici nous disons hardiment : non. Toutefois, il est bon de faire revivre le souvenir d'un compatriote qui a essayé de sourire à la muse de la peinture.
Jean-Pierre-Antoine-Joseph Lacroix, était négociant, marchand drapier, établi à la Grande rue (2). Sur la porte de sa maison se balançaient, chaque semaine, des numéros en série,
(1) JIM. Jalabeit, Jourdan^ Roybet, Doze, J. Salles, Simil et le jeune Bouschet, professeur à Paris, etc., etc.
(2) Maison Borie, marchand d'étoffes, m 19, Grande rue.
Le nom de M, Lacroix, père, est souvent cité dans nos Annales historiques de Bdrjnols.
lesquels étaient attendus impatiemment, observés avec convoitise et anxiété. C'était là le bureau de Loterie royale^ étrange institution que les gouvernements de l'Europe ont fait disparaître comme immorale, alors que l'Italie seule, la conservait à Rome jusqu'à ces derniers temps (i). Une loterie organisée qui ruinait des familles et conduisait à la misère certains fous que la crédulité aux oracles des songes poussait aux dernières limites de la prodigalité ! ! !
M. Lacroix avait ouvert, au Collège, une classe de dessin. A cette époque les prospectus scolaires portaient encore ces mots : « Les arts d'agrément^ dessin, musique, sont à la charge des parents ». — Comme si le dessin ne devait pas plutôt être compris dans les études de première utilité ! Comme s'il était possible de se passer du dessin dans toutes les professions de la vie : d'ignorer les principes d'un art destiné à former le goût de chacun, celui du maître qui veut commander, celui de l'ouvrier qui doit exécuter les commandes ?
« Le dessin est la langue de l'industrie », a dit un historien célèbre (2).
On avait donc alors des « maîtres de dessin » pour les enfants des riches ; mais à quoi se bornaient les soins du professeur ? — à faire exécuter un joli sujet; à faire lui-même, la moitié de l'ouvrage, à encadrer le beau travail et à l'olïrir, pour leur fête, à des parents vaniteux, émerveillés... Sur vingt élèves, deux, tout au plus, persévéraient et dix ans après, pouvaient encore se souvenir de leurs succès \ les autres restaient totalement étrangers à l'art : et la preuve en est dans le goût
(1) A Paris, la Loterie fut établie eii17')7. Les })rodLiits devaient servira l'amorrissement des rentes de l'Hùtel-de-Ville.
(2) M. Victor Duruy, depuis niiuistre de riustruclion publique.
Au Congrès des Ecoles de 18G8 (Paris), un des vœux a été formulé en ces termes :
(( Comme l'étude du dessin est d'une utilité générale, son enseignement doit devenir o])ligatoire dans un système bien compris d'instruction publique, au môme titre que l'écriture et la grammaire. »
On devrait dire : L'enseignement de la science etno/i de l'art du dessin.,