MALLET
Mais des préoccupations plus sérieuses coupèrent court au zèle du conférencier. La fatale guerre de 1870-71, mit la patrie en danger. Nos soldats blessés réclamaient d'abondants secours. Un comité venait d'être organisé à Bagnols par un homme d'initiative. Mallet fut choisi pour vice-président, il se mit à l'œuvre. On le vit, alors qu'il y avait affluence sur la place, les Jours de marché, tendre la main aux campagnards, aux forains, et demander l'oflrande patriotique pour soulager nos malheureux soldats. — Dans cette œuvre pie, — qui s'est conservée jusqu'ici, disons-le à l'honneur de la cité (i), Mallet a prêché d'exemple et fait plus que son devoir.
Ici nous entrons dans une nouvelle phase.
La République venait d'être proclamée, on demandait des citoyens dévoués, libres, indépendants ; la personnalité du docteur Mallet était en vue : le canton de Bagnols le choisit pour membre du Conseil général : bientôt, la députation lui fut offerte et le modeste docteur sortit de son obscurité relative.
Notre mission n'est point d'analyser la vie publique du député de l'arrondissement d'Uzès ; de parler de ses votes, sages, modérés, selon les uns, imprudents, irréfléchis selon les autres : nous ne dirons pas quelle fut la somme d'influence que son titre pouvait lui attirer au profit de ses commettants : non, tel n'est pas notre but. Crayonnons seulement l'ensemble de cette figure de l'homme politique. — Il appartenait au parti modéré de la Chambre et faisait, nous assurait-il, tous ses efforts pour se maintenir dans cette fraction de nos représentants : il votait, mais ne parlait pas.
Dans les diverses élections et réélections, il s'est produit des incidents regrettables, notre devoir n'est point de les juger : qu'il nous suffise de dire que nous avons toujours compté sur
(1) Le Comité de secours aux blessés militaires existe à Bagnols depuis 1871. Il rend service aux anciens soldats nécessiteux de la contrée, et c'est par l'intermédiaire du président de ce Comité (jue la Société, dont le siège est à Paris, fait distribuer les secours alloués chaque année.
Mallet, comme sur un homme de bonne foi, de loyauté et aimant la justice par dessus tout.
Un jour de décembre 187S, le député d'Uzès quittait la Chambre et prenait la route du Midi : il était déjà gravement malade, et paraissait ne pas se préoccuper de sa santé sensiblement altérée... il arrive à Bagnols dans la soirée du 8, et en regagnant sa demeure, il s'aiTaisse sur la route de Nimeset meurt, d'une attaque d'apoplexie foudroyante.
La triste nouvelle se répandit dans la cité et jeta la consternation parmi tous les amis du docteur et du député. Deux jours après, par un temps de neige et un froid rigoureux, la population bagnolaise et les nombreux amis des alentours accompagnaient à sa dernière demeure le citoyen Auguste Mallet. Des paroles synipathiques furent prononcées sur sa tombe par M. T. Lacombe, maire, et par son collègue au Conseil général, M. Gazagne, aujourd'hui sénateur. Les deux orateurs célébrèrent les qualités sérieuses, incontestées de notre ami et la foule se retira en commentant les dernières dispositions testamentaires du défunt regretté.
Mallet qui n'a point oublié certains de ses amis ni ses serviteurs dévoués, a fait des libéralités insignes à la ville de Bagnols. Nous mentionnerons d'abord 5, 000 francs pour les orphelins pauvres, 5, 000 francs pour le Collège communal. La maison Gentil, sur la Place, a été donnée à la Ville, à condition d'y établir la Bibliothèque ou un Musée, des salles de conférences ou une école laïque... 10,000 francs à la commune pour faire face au traitement du concierge ou aide-conservateur. Il a fait, en outre, des legs à ses parents — ligne maternelle ; — il a désigné, comme légataire universel, un cousin, de la branche paternelle, et il a donné toutes ses collections, tableaux, œuvres d'arts, antiquités, à son ami Léon Alègre fondateur de la Bibliothèque et du Musée de Bagnols.
Telles sont les principales dispositions de l'acte suprême du docteur Mallet.
La ville hérite de la maison Gentil, qui n'est autre que