MÉDECIN ET DÉPUTÉ
Né à Bagnols le 2^ novembre i8i5 Mort à Bagnols le 8 décembre iS-jS
,E 23 novembre 1876 nous assistions, à Versailles, à ^me séance de la Chambre. Notre ami Mallet, député jdu Gard, se disposait à prendre sa place au centre 'gauche. — « Qui pouvait prédire, lui disions-nous, que tu aurais un jour l'honneur insigne d'être compté parmi les représentants de la Nation ! — Le croirais-tu, répondit-il, je l'avais pressenti, il y a bien des années, la première fois que j'entrai, à Paris, au palais du Corps législatif. y> Cette révélation spontanée nous frappa, mais nous ne vîmes point là l'expression d'une outrecuidance prétentieuse : nous crûmes plutôt à un vague souvenir de Mallet, voyageur en Orient, et rapportant du pays de Mahomet le dogme du Fatalisme.
Il est de fait que le vote populaire obligea Auguste Mallet à sortir de sa modeste et laborieuse existence comme médecin des pauvres de la ville et du canton de Bagnols. La vie politique était loin d'être dans les aptitudes et dans les goûts de cet ami de la science, de ce chercheur fantaisiste, sans cesse en quête du nouveau et de l'inconnu. La famille de cet enfant gâté du suffrage universel a-t-elle de profondes racines dans le pays ? — Non.
8o NOTICES BIOGRAPHIQUES
En 1810, un honorable employé des contributions indirectes, né à Voiron (Isère), exerçant à Bagnols, épousa Mademoiselle Marie Graffand (i). De cette union naquit Pierre-Auguste-Gédéon Mallet, le 27 novembre 181 5. Le jeune enfant avait à peine treize ans lorsqu'il perdit son père. Madame Mallet vint habiter Bagnols et plaça pendant deux ans son fils au collège de Montélimar, en iS2(). Auguste continua ses classes au collège royal d'Avignon et, de là, se vouant à l'étude de la médecine, il alla à Montpellier prendre ses grades. C'était un étudiant laborieux : son goût précoce pour les sciences naturelles se révélait sur les bancs de l'école; il était docteur en i83c).
Les aspirations du jeune médecin ne pouvaient le prédisposer au choix d'un établissement dans une petite ville : il songea à prendre du service comme chirurgien auxiliaire de la marine et nous le voyons, sur les navires de l'État, faire de fréquentes traversées de Toulon à Alger, où il s'était fixé pendant quelque temps.
On assure que son goût des voyages et le besoin du service amenèrent l'aide-chirurgien à franchir la grande mer.
Mallet abandonna la marine en 1842, il vint se fixer dans sa ville natale. Sa mère venait de se remarier avec M. Gentil (2) et ce dernier, qui avait, pour son fils adoptif, une touchante affection, l'appelait auprès de lui. Auguste exerça la médecine. Sa nouvelle position de fortune lui permettait de nombreuses libéralités : il se voua au soulagement des indigents et des malheureux. Sa renommée s'accrut en proportion de sa générosité manifeste et incessante. Ses années s'écoulèrent ainsi dans le travail utile, dans l'étude des sciences et dans le culte des arts, car Mallet était dessinateur selon son caprice. Il a laissé des marines estimées, surtout par l'à-propos des sujets qu'il copiait, tantôt le Hoche monté par Bompard,
(1) Mademoiselle Graffand était née dans un hameau de la commune de Montclus à Monleil.
(2) En \U\.
MALLET Ol
tantôt l'Embuscade que le vaillant contre-amiral lançait à la poursuite des Anglais dans les eaux de New- York (i).
Ses études des sciences naturelles étaient activées au contact d'un savant géologue du Gard, Émilien Dumas, qui est venu maintes fois nous visiter, et que Mallet se plaisait à accompagner dans ses courses sur les montagnes voisines (2). D'autres fois, il servait de cicérone au naturaliste de l'Ardèche, Jules de Malbosc, quand celui-ci explorait la contrée. De ces excursions scientifiques Mallet sut profiter et trouva le mo3^en de former, chez lui, un embryon de collections variées qu'il réservait à notre Musée, dont il était un administrateur des plus zélés.
Le docteur Mallet jouissait de la réputation de médecin habile : il n'y a donc pas lieu de s'étonner si, lorsqu'en 1846, un congrès des médecins de France ayant lieu à Paris, ses collègues de la contrée le choisirent comme délégué de la région : on a dit qu'il sut tenir dans l'assemblée une place honorable.
En dehors de ses études médicales, Mallet, l'un des grands propriétaires du pays, s'occupait à l'élève des vers à soie. Or, en mai iSSy, les ^rj/zze^ françaises ou milanaises ne donnant que des produits désastreux, quelques spéculateurs se tournèrent vers l'Orient et se hasardèrent jusqu'à Andrinople. Mallet, groupé avec des amis intéressés, comme lui, à la régénération des races, entreprit le voyage de l'Asie mineure : il alla à Brousse veiller au grainage des papillons et apporta, espérait-il, des œufs de qualité supérieure. Hélas ! le résultat ne répondit qu'incomplètement à ses espérances, luo.'à graines se sont de plus en plus empestées : il a fallu pénétrer dans la Chine et au Japon pour trouver des races parfaitement saines; il a fallu attendre que la science nous révélât, par la
(1) V. Not. biog. de Bompard, T. 1, p. 97.
(2) Emilien Dumas a donné le nom de Mallet à une espèce nouvelle A'ostrea qu'il découvrit aux environs de DagnoLs : Grès vert, Ter. Ucetien. — Ostrea malletiana. —V. Statist. (jéolorj. du Gard, 2me partie, p. 475.
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voix de Pasteur, un remède efficace, un moN'cn certain de reconnaître la maladie, si préjudiciable aux intérêts de l'agriculture "et à l'industrie méridionales. Mallet n'avait été qu'un propagateur désintéressé et non un spéculateur avide. Voilà pourquoi, malgré son insuccès, les éducateurs lui surent gré de sa louable tentative.
A la mort de sa mère, deux fois veuve, Mallet devint propriétaire des domaines de la famille Gentil. L'exploitation des terres de Derbèze et de Paniscoule absorbait presque tout son temps. Il abandonnait ses goûts favoris et ne conservait que son dévouement aux intérêts de la cité. Le vote de nos concitoyens l'appela au Conseil municipal, dont il fut un membre remarquable par son exactitude et son activité. Il ne recherchait point la faveur populaire, mais le peuple lui imposait des devoirs : « l'obligation de s'occuper de la chose publique. » En effet, doit-on exiger des actes de dévouement absolu et la perte d'un temps précieux, de la part de l'ouvrier, de l'industriel qui a besoin de toutes les heures de sa journée pour gagner le pain de sa famille : — non. On doit demander ce sacritice à l'homme riche, à l'homme instruit : et si cet homme ne se dévoue pas pour son pays, il mérite d'être flétri du nom d\>go'ïsfe ; nom qui, selon nous, devrait équivaloir à la plus humiliante des appellations.
Mallet, indépendant par position, était faible et timide par caractère : c'est ce qui l'a empêché de prendre, dans les circonstances capitales de la vie, un parti décisif, une résolution... il préféra vivre libre, plutôt que de se donner un but et de stabiliser sa vie dans les liens du mariage.
Pendant plusieurs années le docteur, pris d'une belle passion pour l'apostolat scientifique, s'était lié avec quelques amis et avait donné des conférences populaires : il aimait ces sortes d'exhibitions d'appareils, d'échantillons, de tj'pes, de dessins graphiques : son goût et son amour-propre d'initiateur étaient satisfaits (i).
(1) V. Not. biog. de lî. de Saint-Auban, T. 1, }). mi.