RELIGIEUSE INSTITUTRICE
iVc'c à Bagnols le ig avril ij6o Morte à Baguais le 2 novembre i(S34
ERS 17S5. une jeune lille de Bagnols, Mademoiselle Jeanne Marron, édifiait la ville entière par son angélique piété. Sa fortune, ses qualités éminentes auraient pu lui procurer, dans le monde, un établissement avantageux. Tel n'était point le but de cette pieuse enfant : elle aspirait à la retraite ; elle demanda à ses parents la permission d'embrasser la vie religieuse. En eflet, peu après, un allié, Tabbé de Villard^ supérieur des missions étrangères, l'appelait à Paris et lui facilitait l'entrée dans la communauté des sœurs des écoles chrétiennes.
Le couvent fondé par le vénérable Père Barrié (i) était où il est encore aujourd'hui, dans le faubourg Saint-Germain et dans la rue Saint-Maiir. Mademoiselle Jeanne Marron vint déposer là ses plus chers souvenirs de famille et prit l'habit de novice.
Après qu'elle eut prononcé ses vœux, on confia à la sœur Marron la direction de la maison d'Agde. Ce fut avec bonheur
(1) Le Père Barrié ot quelques bénédictins de Vannes fondèrent la congrégation de Saint-JVIaur en 1613.
que la jeune supérieure revit le beau ciel du Midi et que, sur sa route, elle foula le sol de sa ville natale où elle devait, plus tard, faire tant de bien et mourir entourée delà vénération de tout le monde. Son installation en Languedoc date de peu avant i 789.
Bientôt la Révolution éclate. Mais, entraînés par les passions perverses, quelques hommes ardents dépassent le but désiré par tant d'honnêtes et paisibles citoyens. De part et d'autre des misérables, des fous furieux se portent à tous les excès : Agde fut le théâtre de désordres inouïs et l'on raconte que dans une des journées les plus néfastes, une bande d'énergumènes se rua sur la sainte maison et même dans l'évêché, et que la Mère Marron, par sa conduite ferme et énergique, arrêta leur fureur.
Il fallut cependant quitter Agde, déposer l'habit religieux, revêtir la carmagnole, à la mode du jour et s'échapper nuitamment pour chercher asile au pays natal. A Agde, la Mère Marron avait pris en grande atlection une de ses compagnes, la sœur Faudet, de Marvejols (i), jeune personne d'une distinction parfaite. Les deux humbles institutrices qui n'avaient d'autre tort, aux yeux des exaltés, que de donner l'exemple de toutes les vertus chrétiennes, de se dévouer pour leur prochain et de n'agir qu'en vue de Dieu, ces deux saintes filles, disons-nous, après un voyage que facilitait leur déguisement forcé, arrivèrent dans la maison hospitalière (2) et eurent soin de se cacher à tous les yeux, sauf à ceux de quelques amis intimes. Cependant leur réclusion volontaire ne fut pas de longue durée, car dès le 28 février 1794 — 10 ventôse an II — nous voyons la sœur Marron présente à la maison commune prendre part à la réunion des ex-reli-
(1) Madame Faudet qui, jusqu'à son décès a été uue des directrices de la maison de Saint-Maur, avait un neveu ecclésiastique éminemment distingué qui est deveim curé de Saint -Ilocli, à Paris, et a, dans maintes occasions, refusé la mitre épiscopale.
(2) Le famille Marron liahitait alors, à la Grande rue, la maison Paillion, n» G.