MARRON
gieuses mandées pour venir prononcer le sernient civique (i). La Journée fut employée à l'exécution de cette formalité obligatoire : nos Archîj'cs donnent le nom des Ursulines, des sœurs des écoles chrétiennes et des religieuses employées au service' des maisons charitables. Comme ses compagnes, Jeanne Marron s'exprime en ces termes : « Je jure d'être fidèle « à la République, de maintenir la liberté, l'égalité et de « mourir en les défendant. » Puis elle signe au registre.
Dix jours après, les églises de Bagnols étaient fermées et le sanctuaire de la paroiss^ '^ransformé en Temple de la Raison. Cependant, au niilieu de ces temps calamiteux, les écoles ne cessèrent pas d'être ouvertes. Les meneurs les plus violents reconnaissaient la nécessité de l'instruction : ainsi, même après la dispersion des Ursulines, soumises à la Constitution, nous voyons les cito^^ennes Sophie Flour et Claire Douce, deux d'entre elles, ouvrir une école de filles. Même à cetre époque Bagnols osait accentuer ses S3'mpathies pour renseignement et pour les professeurs dévoués.
Peu après le 9 thermidor, le 25 frimaire an III, disent nos Annales., on songea sérieusement à organiser les écoles primaires, ajin de régénérer les mœurs et les idées., et le (5 ventôse le jury de l'instruction publique du district nomme pour institutrices les citoyennes Marron, Clavel, Douce et Faudet. On leur alloua une subvention communale fort minime, 200 francs. Le dévouement sans bornes et la générosité dont les filles pieuses avaient déjà donné des preuves leur avait conquis l'estime publique. Elle eut donc une origine bien modeste cette maison qui devait plus tard obtenir, dans toute la contrée, un succès justement mérité.
L'école avait été ouverte à l'angle de la rue du Rémouleur, non loin de la grande fontaine, dans la maison n° 2 : mais peu après, le nombre des élèves augmentant, les institutrices
(1) Voir pour les détails : Annales historiques de Bagnols ;i la date citée.
allèrent s'établir à la Grande rue, dans la demeure des de Vogue ([).
Les dames Marron, — car dès cette époque on les nommait ainsi, — rendaient des services signalés à la ville de Bagnols. La génération d'alors éprouvait déjà les bienfaits d'une éducation foncièrement morale parce qu'elle était chrétienne. La preuve de la continuation de cette œuvre, à la fin du siècle dernier, est arrivée jusqu'à nous, non seulement par la tradition mais par les registres mêmes des délibérations de 1795 à 1800 qui portent la trace de son existence non interrompue puisqu'ils attestent que les institutrices Marron et Faudet furent soumises à l'obligation de prêter serment de fidélité à la Constitution modifiée et par le Directoire et par le Consulat. A la date du 10 fructidor an X, nous relevons dans nos archives municipales une délibération élogieuse pour l'école primaire et le pensionnat pour les filles. Le rapporteur s'exprime en ces termes :
« La bonne éducation des garçons n'a pas seule fixé l'attention de la ville de Bagnols : celle des personnes du sexe a obtenu mêmes soins, mêmes sacrifices; aussi pendant qu'un Collège renommé portait les Jeunes gens au plus haut degré des sciences et des arts, les filles, élevées dans la pratique des vertus, recevaient les instructions qui devaient un Jour les rendre estimables, intéressantes, utiles à leurs familles et à elles-mêmes quelque fut l'état qu'elles dussent embrasser.
« Il n'entre pas dans le plan de travail dont le Conseil municipal est chargé de s'appesantir sur les circonstances qui nuisirent pendant plusieurs années à ces deux établissements; il suffit d'observer que du moment que des temps moins fâcheux succédèrent, les dames Marron et Faudet, ci-devant sœurs des écoles chrétiennes de Paris, distinguées par leurs
(1) Maison Dupin, n" -47. Madame de Cadollo, belle-mère du comle de Vogue de Tresques, habitait alors les deux maisons Ladroit-Dupin et Cassan-Penchenier.