‹ Notices biographiques du GardChapitre 30 sur 68 · ARCHEVÊQUE DE BOURGES · texte numérisé non relu

ARCHEVÊQUE DE BOURGES

Né â Chiisdan le 2 juin l'jgi Mort à Bourges le 10 décembre 186 1

ANS un modeste village situé au bord de la Cèze, à Chusclan, qui avait donné le jour au Père Brydayne, naquit, le 2 juin 1791, Alexis-Basile Menjaud : son père Joseph-Antoine, était cultivateur. Homme simple, laborieux et estimé dans le pays, il possédait un certain degré d'instruction, si rare à cette époque. Ses compatriotes avaient recours à ses conseils, à son expérience et à son bon sens reconnu. La mère d'Alexis, Marie-Anne Roustan, unissait à une piété peu commune un esprit d'ordre et d'économie et une parfaite administration de son modeste intérieur de famille. Elle se préoccupait, avant tout, de former le cœur de ses enfants.

Alexis était le troisième fils de cette famille de bons et honnêtes campagnards. Quelques jours après sa naissance, il fut baptisé par le vénérable M. Roubaud, curé de Chusclan, à qui le ciel réservait la consolation de revoir un jour, dans sa vieillesse avancée, son jeune néophyte revêtu des insignes de l'épiscopat.

L'enfont grandissait sous les yeux de sa tendre mère à

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laquelle sa santé délicate inspira maintes fois de vives inquiétudes : de bonne heure on l'envoya à l'école d'Orsan, village voisin, Chusclan étant dépourvu d'instituteur.

Le petit Alexis dut, dès son enfance, prendre part aux travaux de l'agriculture et aux soins de la maison ; il aidait son père à planter la vigne, il gardait les brebis, il cueillait la feuille pour l'éducation des vers cà soie. On ne savait pas encore quelle carrièrç serait ouverte à ce jeune enfant intelligent et pieux. La Providence vint en aide à sa famille.

Un soir, un cousin éloigné de son père, M. Menjaud, curé de Cornillon (Gard), revenant d'Avignon pour se rendre dans sa paroisse fut surpris par un violent orage : il était alors, sur la route, en face de Chusclan. L'obscurité de la nuit lui barrait le chemin, qu'il entrevoyait par intervalle à la lueur des éclairs multipliés. Le vo3^ageur prit le parti de se diriger vers le village et d'aller frapper à la porte de son parent ; il fut reçu avec la plus cordiale hospitalité. L'intelligence précoce et la physionomie heureuse du jeune Alexis tirent impression sur l'abbé Menjaud : on décida que l'enfant irait à Cornillon commencer ses études de latinité. C'était en iSo5 (i). Quatre ans plus tard, il venait à peine de terminer sa rhétorique, qu'on lui oflrit le professorat de la classe de septième au collège d'Uzès (i8o8j. Ce fut là son début dans la carrière de l'enseignement. Menjaud comprit de bonne heure tous les devoirs qui incombent à un professeur consciencieux.

C'est aussi à Uzès qu'Alexis Menjaud fit ses premiers essais de musique et de peinture, car le jeune professeur était doué d'un grand goût artistique. Son biographe, M. l'abbé Blanc (2), à qui nous faisons dans cette notice de fréquents emprunts,

(1) Ses trois condisciples étaient Roux, Mathieu et Juslamond : le premier a été curé de Vénéjan pendant plus de cinquante ans, Mathieu est mort chanoine de la cathédrale de Nîmes et Justamond a été supérieur du grand séminaire d'Avignon.

(2) 31. l'abbé Blanc, de Bagnols^ que des liens de parenté unissaient à Monseigneur Menjaud a écrit la vie du prélat. — 1 vol. in-8. Nancy, iiHii.

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dit qu'à cette époque il peignit en miniature sur ivoire et de souvenir, le portrait de son père et qu'il composa un O Sahitaris^ motet à trois voix qu'Aubert, chef d'orchestre aux Tuileries, a jugé digne d'être exécuté à la chapelle impériale ; les amateurs avaient déjà entendu avec intérêt cette œuvre à la cathédrale de Nancy.

En i8 12, Alexis Menjaud entra au grand séminaire d'Avignon; mais à peine eut-il passé une année dans cet établissement, qu'une simple femme de Chusclan, Madame Ycard, cousine de sa mère, obtenait du cardinal Maury une bourse à Saint-Sulpice pour le jeune séminariste.

Alexis arriva à Paris en juin iSiS et descendit chez le cardinal [v.. Il fut, le lendemain, installé à Saint-Sulpice pour entrer en théologie. L'abbé Menjaud eut, à cette époque, l'occasion d'assister, comme clerc, dans la chapelle des Tuileries, à la messe impériale. La curiosité du jeune acolyte était éveillée, il portait souvent ses regards vers les tribunes où se trouvaient Napoléon L'" et les personnages de la cour. Le vainqueur de Marengo et d'Austerlitz qu'il était avide de contempler, remarquant la préoccupation de l'abbé, fit charger le directeur de Saint-Sulpice de réprimander celui des clercs dont les distractions étaient peu conformes à la piété d'un fervent séminariste. L'abbé Blanc ajoute : « C'est ce même abbé qui, à quarante-quatre ans de distance, devait négocier à Rome, auprès de Pie IX, le rétablissement de la grande aumônerie de l'empereur Napoléon III et recevoir de ce monarque les marques non équivoques de son estime et de sa tendre amitié. »

Les qualités précieuses de l'abbé Menjaud lui valurent

(1) Ses amis lui onl unlendu raconter la déception de sa première soirée. En l'absence de l'illustre Éminence, le jeune abbé fut reçu par la concierge qui l'accueillit comme un compatriote du Cardinal, et qui, faute de lit à offrir, lui céda le fauteuil de sa loge, dans lequel l'abbé s'étala et ne tarda pas à s'endormir profondément. Monseigneur Menjaud faisait ce récit à l'un de ses hôtes bagnolais, aux Tuileries,

rhonneur de diriger un des catécliismes de persévérance de la paroisse Saint-Sulpice ; là, il était aimé des enfants qu'il instruisait avec une douceur, une amabilité et une simplicité parfaites. Parmi ces Jeunes gens pieux, Menjaud en avait distingué un qui devait être, plus tard, une des gloires de l'épiscopat français : Monseigneur Dupanloup. Laissons l'évèque d'Orléans dépeindre lui-même ce souvenir d'enfance : « Je le vois, j'entends encore avec éclat, avec quel épanouissement de joie il nous parlait... Aussi tous, enfants heureux, nous l'aimions, nous le bénissions : il était si véritablement bon et aimable! Et lui aussi, je le sais, il m'a aimé... et par une clairvoyance de son affection, me devinant avant moi-même, conjecturant ma vocation et mon avenir, c'est lui qui, le premier, murmura aux oreilles de mon cœur les premiers mots du sacerdoce (i). »

La piété, la modestie du jeune abbé Menjaud ne tardèrent pas à le signaler à l'attention du cardinal Maury (2) qui désira en faire son secrétaire. L'élève en théologie autorisé par ses supérieurs, — et sans aucune interruption dans ses études, — allait travailler de longues heures, parfois assez avant dans la nuit, dans le cabinet de son Eminence. C'est là qu'il écrivait, sous sa dictée, lettres, mandements et circulaires administratives (3).

L'abbé Menjaud fut ordonné prêtre le 21 décembre 181G, par Monseigneur de Latil, évêque d'Amyclée : peu après son ordination, il entra dans la société des prêtres des missions de France. L'ombre du Père Brydaync lui avait départi son

(1) Éloge funèbre de Monseigneur Menjaud par Monseigneur d'Orléans.

(2) Le cardinal Maury, archevêque, nommé à Paris à la place du cardinal Fesclî, continuait, sans bulle, Tadministration du diocèse, que le chapitre métropolitain lui avait déférée.

(3) Monseigneur Menjaud racontait, plus tard, avec quelle véhémence et, parfois, avec quelle sainte colère, le fougueux méridional s'exprimait, lorsque parcourant à grand pas l'espace de son cabinet d'études, il dictait en accentuant ('neryiqacment chaque phrase.

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laborieux héritage. Mallieureusement, le Jeune ecclésiastique ayant plus de zèle que de forces, plus de bonne volonté que de santé, ne put apporter à la chaire chrétienne la puissance de talent de son illustre compatriote.

Notre jeune abbé prit part aux missions de Tours, Clermont, Grenoble, Arles, Bordeaux : là, il confessait beaucoup et dirigeait spécialement le chant et les chœurs. Toujours plein de zèle, infatigable et dévoué, on le vit pendant trois années lutter contre les fatigues de toute nature. Aussi sa santé, frêle déjà, ne tarda-t-elle pas à s'altérer. On dut songer à lui donner une position plus conforme à la débilité de sa nature. Madame de Lezeau avait formé à Paris une congrégation dont le but était l'instruction et l'éducation chrétienne des jeunes filles des officiers de la Légion d'honneur. La maison des Loges, dans la forêt de Saint-Germain en était la succursale. C'est là que, par les soins de M. de Quélen, vicaire-général de la grande aumônerie, M. l'abbé Menjaud entra en qualité d'aumônier. « C'est un crucifix qu'on nous envoie, s'écrie la supérieure générale. Madame de Lezeau, en voyant le jeune missionnaire aussi exténué (i). »

Le nouvel aumônier des Loges ne tarda pas à s'attirer toutes les sympathies d'ès jeunes élèves : il avait tant d'art et de bonne grâce en leur donnant de sages conseils et de tendres encouragements (2),

Trois ans plus tard, l'abbé Menjaud, dont la santé s'était fortifiée, entra comme chapelain de la chapelle royale des Quinze- Vingt (3) — 1822. Il ne devait pas séjourner longtemps dans cette maison, car en 1824, Monseigneur de Forbin- Janson, alors évêque de Nancy, se souvenant de ses an-

(1) Vie de Monseigneur Menjaud, l'abbé Blanc, p. 43.

(2) Dans les dernières années de sa vie, Monseigneur Menjaud rappelait les galeries naïves dont le comblaient ses jeunes pénitentes : a C'était quelque chose qui fait songer aux Visitandines de Nevers, disait-il en souriant à ces vieux souvenirs. » .

(3) Hospice fondé par saint Louis en 1260. 11 y avait 300 pauvres, aveugles.

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cienncs relations avec l'abbé Menjaud, obtint du roi la nomination de son collègue aux missions, au siège de chanoine titulaire de Nancy. Menjaud ne tarda pas à être associé à l'administration du nouvel cvêque en qualité de vicaire général honoraire. Son zèle redoubla au moment de la mission donnée dans cette ville, capitale de la Lorraine. Un des résultats heureux des exercices de piété de cette époque mémorable fut la fondation de Y œuvre de Saiiit-Jlnccnt^ destinée à recueillir les jeunes filles de la ville et de la campagne. L'établissement dont il était le promoteur prospéra, sous sa direction, pendant plus de trente années.

L'abbé Menjaud qui dans chacun des postes qu'il occupait savait s'attirer l'estime générale, fut appelé en iS25 nu prorisorat du collège roj'al de Nancy : il resta pendant cinq ans administrateur de cet établissement renommé.

L'année i83o a été mémorable pour lui, prêtre universitaire. Après la révolution de Juillet, Monseigneur de Forbin- Janson fuyant devant l'orage qui grondait autour de son siège épiscopal de Nancy se dirige précipitamment vers l'Allemagne. Bientôt le proviseur-chanoine est changé, il remet les registres administratifs à son successeur et en compagnie d'un autre ami dévoué à l'évêque fugitif, ils se déguisent tous deux, sortent de Nancy et vont à la recherche de leur évèque. Mille dangers les menacent dans cette expédition de dévouement.

La vacance du siège dura encore plus de trois ans. En i835 le retour de Monseigneur de Forbin étant devenu impossible, l'évêque écrivit au pape et demanda un coadjuteur. François- Auguste Donnet, sacré évêque /;/ partibus de Roses et nommé coadjuteur de Nancy, vint prendre les rênes de l'administration diocésaine.

Le chanoine Menjaud, déjà nommé supérieur général des communautés religieuses, prêta au coadjuteur un concours intelligent, actif et dévoué. Cependant, le futur évêque trou-

vait assez de forces pour prêcher la station du carême à Marseille et aller évangéliser les villes d'Aîx et de Verdun.

Une plus haute dignité était réservée à Monseigneur Donnet : le coadjuteur de Nancy venait d'être appelé à l'archevêché de Bordeaux ii836'. Un an après Monseigneur de Forbin-Janson, qui veillait paternellement sur son diocèse, désigna le chanoine Menjaud pour nouveau coadjuteur : sa nomination avec future succession datait du iq juillet i838, quand une vive opposition se manifesta contre lui dans la ville de Nancy même. On établit un registre dans la mairie et ce registre fut couvert de nombreuses signatures.

En présence d'une telle opposition, l'abbé Menjaud s'empressa d'écrire et d'envoyer sa démission au ministre Barthe qui ne voulut point l'accepter. Au milieu de ce regrettable conflit, Monseigneur Menjaud fut sacré à Paris (i) le 2 juin 1839. Malgré les témoignages d'improbation d'une fraction politique opposée, le chapitre et la ville de Nancy étaient représentés à cette cérémonie. Il semblait ne pas y avoir bon accord entre l'autorité ecclésiastique et le pouvoir civil. Monseigneur Menjaud trouva heureusement au sein du Conseil du roi un ami qui lui fut favorable dans cette occasion : c'était M. Teste, ministre des Travaux publics.

« De que farés de ieîi? (que ferez-vous de moi ?) lui dit Monseigneur Menjaud, en Langue d'oc, sa langue favorite, dans une visite au ministre.

— Monseigneur, reprit le ministre, vous irez à Nancy.

— Mais le roi ne le veut pas, ajouta le coadjuteur.

— Eh bien ! continua M. Teste : son ministre V ordonne. » et aussitôt un ordre formel arrive du ministère, avisant les autorités départementales de la Meurthe de la prochaine arrivée de Monseigneur le coadjuteur dans sa ville épiscopale et

(1) Évêque de Joppé, inpartibus, coadjuteur de Nancy. — Le nouvel évêque choisit pour armes : D'azur à la colombe d'argent apportant un rameau d'olivier de sinople, avec cet exergue : Spes mea Deus. »

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