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DOCTEUR-MÉDECIN, MAIRE

A^é à Bagnols le lo avril ijjo Mort à Bagnols le 8 juillet i838

rNCiEN maire de la ville de Bagnols, médecin habile et ^recherché dans la contrée, Jean-Baptiste Ladroit (appartenait à une honorable famille vouée au com- «merce. En 1778, son père était marchand de soie. Le négoce n'était alors peut-être ni lucratif, ni favorisé par la clientèle, puisque le i5 avril, nous voyons MM. Jean-Baptiste Ladroit, père et fils, concourir aux enchères publiques pour la levée de la taille. Parmi les oblateurs, ils furent ceux dont l'offre était la plus profitable à la communauté : c'est à 5 deniers par livre qu'ils consentirent à percevoir les impôts (i).

L'emploi de collecteur volontaire était, avant 1789, fort recherché \ des nobles même prenaient part à la lutte ; le titre témoignait de l'honorabilité du fonctionnaire et de plus, celui-ci était assuré de jouir d'un bénéfice réel.

Donc, le jeune Ladroit ne devait point être destiné au commerce : son père ambitionnait pour lui une position qu'il

(1) V. Bagnols en i781.

estimait supérieure à celle de négociant. L'élève se montrant aussi intelligent que laborieux, on en fit un étudiant en médecine. Jean-Baptiste fut envo3''é cà Lyon : son temps était consciencieusement emplo3^é à la Faculté et dans les hôpitaux, où, après plusieurs années de travaux sérieux, il exerça comme médecin-major.

Jeune encore, Ladroit, enthousiaste et novateur, se faisait remarquer par son grand sens et son esprit cultivé : ses études favorites étaient la philosophie et les belles-lettres. Il se sentait entraîné vers toutes les théories séduisantes de l'école moderne.

Nous le voyons à cette époque ([8ot)\ pendant les quelques mois de vacances qu'il passait à Bagnols, organiser des soirées charmantes, dans lesquelles les personnes de la société jouaient des pièces de théâtre. Acteur très-distingué lui-même, on cite le rôle d'Othello qu'il remplit à la perfection, grâce à la façon magistrale avec laquelle il interpréta la tragédie de Ducis, et, aussi, grâce aux séductions de sa personne : sa tète brune, accentuée, expressive, produisit sur l'auditoire une impression indescriptible. C'était bien là le maure de J\'}usc.

Mais Ladroit ne devait point encore se fixer à Bagnols : il retourna à Lyon, où, bientôt après, il choisit une compagne selon son cœur (i'. Le séjour d'une grande ville allait à ses goûts aristocratiques et libéraux tout à la fois. Son intérieur était charmant, heureux, et cependant ses amis d'enfance l'engagèrent à revenir à Bagnols. Abandonnant alors une clientèle nombreuse et sympathique, il se laissa gagner par les Marsial, par les Gensoul et, vers 1810, nous le retrouvons dans sa ville natale.

La réputation de chirurgien habile qui l'avait précédé, se confirma et l'ancien major des hôpitaux de Lyon fut fort recherché, même dans la banlieue. A Bagnols, il était devenu populaire et il jouissait de l'cstinie générale, aussi, malgré la

(1) Madame veuve Anne Bihet, sœur de la mère de MM. Flandrin, peintres.

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menace des tapageurs affolés de i8i5 (i), quand, en 1819, le gouvernement de la Restauration l'appela aux honorables fonctions de maire, le pays sut exprimer bruyamment son enthousiasrne.

Le docteur, comme homme politique appartenait cependant au parti avancé : ses opinions s'étaient déjà énergiquement manifestées, au sein du conseil municipal et nous expliquons le remplacement de M. Fourcheut, maire, par l'influence que prit le parti libéral dans cette année mémorable de i8ig, où, sous le ministère Dessoles-Decaze, le système de bascule eut tant d'oscillations variables.

Au mois d'août, M. Ladroit était installé : dès cette époque les affaires prirent, à Bagnols, une toute autre activité. Un des premiers soins du nouveau maire fut de s'occuper de l'instruction publique : de l'école primaire, de l'enseignement mutuel.

Nos compatriotes ne liront pas sans intérêt le résumé de la séance du 8 juillet 1819. — « Le maire dit: — que les avantages précieux de l'enseignement mutuel (2), sont connus ; — que le gouvernement l'a sanctionné, et qu'il serait profitable au pays de propager l'instruction et d'ouvrir la porte des sciences à toutes les classes des citoyens, sur lesquelles indifféremment et sans prédilection la nature a, dans l'ordre moral, départi les mêmes faveurs ; que ce serait contrarier ses vœux et créer un système barbare et anti-social d'empêcher à la classe peu fortunée les moyens de développer ses talents... »

« Que dans le siècle des lumières et sous un gouvernement constitutionnel et libéral, il est très intéressant de mettre tous

(1) V. ^'ot. hiûg. de IJomparil, T. I. p. 113.

(2) La méthode de Lancasti'c avait réussi eu Augleterre et semblait ue pouvoir être applicable chez nous. Elle a été cependant préconisée en France dès 1815 par des prêtres pieux et compétents... Malgré cela, dès 1829, le nombre des écoles diminua : le clergé leur était opposé. En 1830, ce mode d'enseignement fut mis en faveur par le parti libéral ; mais, bientôt, la concurrence de l'enseignement des Frères prévalut.

les sujets à même de connaître l'étendue de leurs droits, ainsi que de leurs devoirs, pour exercer les uns avec une sage modération et remplir les autres avec une sévère exactitude. »

Le Conseil adopta à l'unanimité le projet présenté par le Maire et l'on parut se mettre à l'œuvre.

Le 25 juillet, le Conseil délibère de réparer le pont de Bagnols, en chaussant la voie de deux mètres et en établissant des encorbellements, afin de faciliter le passage des voitures.

On changea l'abattoir, relégué à la Poulagière, près des Récollets, depuis que le Banc-Clos avait été enlevé à la rue de l'horloge. L'établissement fut placé au Posterlon ; là, il était mieux à la portée des eaux du ruisseau et, quoique encore trop rapproché de la ville, on avait, dans le nouveau local, plus de ressources et surtout plus de propreté. L'inauguration eut lieu en 1820. Un grand bal fut donné dans l'intérieur et, naturellement ce furent les intéressés des deux sexes qui en firent les honneurs et les frais.

En la même année, M. Ladroit proposa d'élargir l'entrée de la Grande rue du côté de la Place. Il s'agissait d'abattre la maison Thibaud, d'ouvrir la rue de l'Horloge et de la raccorder avec la place du Collège, alors moins vaste (i).

Toujours dans la même année 1820, la ville s'imposa de 2,000 francs de contributions extraordinaires et 1,000 francs ordinaires pour avoir des fonds destinés à paver les rues. Ce fut là une excellente mesure, car les anciennes pierres ou cailloux, ne présentaient partout que des irrégularités, des vides, des espaces boueux, impraticables par la plus petite averse.

C'est encore M. Ladroit qui voulut élargir la rue des Pénitents, allant de l'Église à la Grande place. Cette issue n'avait alors que trois mètres, elle en a aujourd'hui cinq.

Mais comme embellissement de la ville, une des améliora-

(1) V. Not. biog. de Samin. — Ce projet d'élargir l'entrée de la Grande rue, en achetant la maison Thibaut, couvait depuis longues années.

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tions capitales fut l'ouverture de la promenade de Bourgneuf, que l'on nomme aujourd'hui : Cours Ladroit. A cette époque, la plaifie était loin de présenter l'animation qu'elle a de nos jours : on voyageait moins, il est vrai ; la malle et les chaises de poste, sans s'arrêter sur. la place, se rendaient par la porte de la Nation — petite fontaine — à la station du relais (i). Les hôtelleries n'offraient pas les dehors confortables et attrayants d'aujourd'hui. L'ancien hôtel de Conty, devenu hôtel du Louvre, était le rendez-vous aristocratique. Uauberge du Coq (2) était fréquentée par le petit nombre de commerçants qui venaient à Bagnols. L'avenue du Pont, bordée de quelques maisons seulement, n'existait que comme grande route, et l'espace vide, devant la porte de la Grande rue n'était point égayé par les ouvertures pratiquées dans l'épaisseur des remparts; ce côté de la ville était appelé à cause de cela : la plaine de Bourgneuf. M. Ladroit voulut embellir ce quartier qui semblait encore porter trop bien son nom de bourg neuf, c'est à dire un faubourg ébauché.

A l'ouest de la Place, était une vaste terre à blé, appartenant à M. Joseph Vernet : c'est là que le Maire avait résolu d'établir un cours., planté d'arbres. L'administrateur avisé s'était prémuni des fonds nécessaires à cette acquisition, faite le 3 mai 1823, en employant, là, le prix de la vente de certains terrains communaux incultes, dont le produit ne fut point placé en rentes sur l'État. Bientôt tout fut achevé : les jeunes platanes nous promettaient des feuilles et les bancs de pierre attendirent les promeneurs.

Mais il est difficile de changer les habitudes de toute une population ; nos compatriotes étaient casaniers alors : on ne vint à la promenade que par curiosité; puis, peu à peu, le goût ne pouvant se généraliser, on délaissa bientôt ce cou?^s ; et l'espace fut envahi pas les joueurs de boules. Les bancs de pierres, désormais inutiles ou superflus, ont été enlevés, et les

(1) V. Not. biog. IVuno Gensoul, T. I, p. 251.

(2) Cotte hôtellerie n'avait pas alors l'importance d'aujourd'hui.

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troncs des malheureux platanes sont restés exposés aux chocs des globes de buis lancés par des joueurs opiniâtre-s et maladroits. Le Maire qui ouvrit la promenade ne prévoyait pas cette façon de déshonorer un lieu destiné au plaisir plus ou moins innocent d'exhiber sa toilette et de faire la gymnastique du va et vient, parfois monotone (i).

M. Ladroit, dans son enthousiasme d'innovation résolut de bâtir, entre la route et la promenade, un café : Le Pavillon chinois^ — dont la location est une source de revenu pour la ville. A côté de ce café, fut creusé un puits sur lequel on éleva une tour chaperonnée et dans la tour on posa une pompe (2).

Notre édile ambitionnait le titre de : curator aquarum ; il s'occupa de la petite fontaine, excavation inférieure de deux mètres au sol environnant et qui rappelait, en petit, le beau bassin naturel de \d. grancCfont . M. Ladroit fit voûter (3) l'orifice qui encombrait les abords de l'église des Carmes et éleva aussi, sur le milieu de la place une fontaine monumentale alimentée par une double pompe à bras. Une inscription commémorative a longtemps relaté l'époque de la construction et le nom de M. Ladroit, maire, mais l'indifférence des bagnolais avait négligé de conserver ce souvenir à nos compatriotes ; depuis peu, cependant, l'administration locale, (M. Vignal, maire), a voulu s'occuper du monument et en a restitué l'inscription en même temps qu'on améliorait le mécanisme de la pompe.

Vers cette époque, M. Ladroit prit une mesure qui ne pouvait qu'être approuvée, bien qu'elle réduisît les recettes de la ville. Avant qu'il entrât à la mairie, il existait au cimetière,

(1) A cet exercice hygiénique la population — homine.s — préfèn; stationner de longues heures autour d'une table de café.

(2) Le loyer du café valait à celte époque 400 fr. Aujourd'hui il a atteint le chiffre de 2,550 fr. La pompe a été déplacée et la fontaine remaniée en 1879.

(3) Un se demande pourquoi le bassin de la grande fontaine n'est pas voûté ? Plusieurs administrations ont cependant évo(|ué cette mesure urgente et obtenu des votes favorables.

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