JOSEPH DE ROUSSEL
vahir l'Egypte par des prodiges de valeur qui n'étaient égalés que par les exploits de nos troupes d'Europe en Allemagne et en Italie ; les Français disputaient aux mameluks le sol antique des pharaons. Nos établissements nationaux éloignés du théâtre de la guerre furent menacés et envahis par les Turcs. Le consulat de Nauplie, à la tête duquel se trouvait notre compatriote cessa d'exister. La demeure de Roussel fut dévastée de fond en comble et le diplomate, séparé brutalement de sa femme et de ses enfants, resta incarcéré aux Sept Tours pendant près de quatre ans.
La paix avec l'Egypte le rendit à sa patrie et, comme adoucissement aux revers qu'il avait essuyés, le prince de Talleyrand, alors ministre des relations extérieures, le nomma au consulat de la Canée, dans l'île de Crète (i), alors que cette île célèbre était sous la domination des Turcs. Un corsaire français s'étant permis de prendre un bâtiment crétois, une insurrection éclata et Joseph de Roussel enlevé nuitamment de sa maison qu'on pilla, fut enfermé pendant quarante-sept jours. Après ce temps de révolution et de violence, il lui fut enjoint d'aller attendre aux îles Ioniennes les ordres de son gouvernement. Il ariva à Zante le 3o septembre 1S04 (2).
Le poste diplomatique qu'occupait notre compatriote était loin d'être une sinécure. De l'Archipel à l'Adriatique on était en insurrection. Depuis le traité de Campo-Formio (17 oct. 1797) les sept îles appartenaient à la France. En 1800, la Porte et la Russie les constituent en république vassale et tributaire de l'empire ottoman (3). Peu après, la guerre éclate, elle n'est apaisée que par un plénipotentiaire russe. Le protectorat d'Alexandre avait aux yeux de la France les appa-
(1) Crête, aujourd'lmi Candie ; la plus grande des îles ioniennes. Une des villes principales, l'antique Cydoniu, fondée par Minos, porte le nom de La Canée: c'est une ville forte où réside un pacha : G;, 000 lia))itants. — Iles de la Grèce, par L. Lacroix (Didot^ 1853, p. 535).
(2) Zante, l'ancienne Zacynthie. — V. Iles de la Grèce. Didot, p. 028.
(3) V. Benie orienlale algérienne, par Breulier.
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rcnccs d'une souveraineté absolue. La place de Corfoii était occupée depuis 1804 par une forte garnison russe; Cattaro fut prise par cette garnison, en mars 1S06, et Napoléon, voyant avec inquiétude l'influence manifeste du czar, exigea que la République septinsi^laire fut restituée à la France (Traité de Tilsitt, 7 juillet 1807).
A la chute du premier Empire, nous dûmes évacuer les îles Ioniennes (Traité de Paris, 3o mai 18 14). Au mois de juin le général Donzelot évacua Corfou et ses dépendances (i).
Pendant cette période de dix ans, Roussel avait pris une part active aux négociations entre les puissances rivales, se disputant l'influence sur la Méditerranée. Nous savons qu'à peine arrivé à Zante une escadre anglaise attaqua la ville et s'en empara, que le consul de France se trouva de nouveau prisonnier, qu'après quelque temps de détention, un sauf-conduit lui fut accordé pour se rendre à Corfou, d'où il fut appelé à Paris et nommé au consulat de Morée. Nous savons aussi que les services qu'il fut en état de rendre à la colonie de Corfou (2) lui valurent la haute estime du gouverneur général Donzelot qui demanda, mais inutilement, la croix de la Légion d'honneur pour le diplomate bagnolais (3).
En 18 14, Louis XVIII nomma Roussel consul général en Egypte. L'éminent fonctionnaire allait atteindre le but de son voyage quand il s'arrêta à Smyrne, où le courrier annonçant la nouvelle des Cent-Jours, lui enjoignit d'attendre de nouveaux ordres. Après avoir séjourné près d'un an dans ce grand centre commercial du Levant, administrant, comme consul général, cette région de la Turquie d'Asie, Roussel se rendit à son poste. Sa nomination venait de lui être confirmée. Il occupa le consulat général d'Egypte jusqu'en 1820. Ilavait
(1) Depuis 1815, la République des îles Ioniennes passa sous le protectorat de rAngleterre.
(2) Corfou, l'ancienne Corcyre : les corcyriens ont joué un grand rôle dans l'histoire ancienne. — V. Iles de la Grèce, p. 615 et suiv.
(3) Ce ne fut qu'après 43 ans de services qu'il reçut la décoration.