JOSEPH DE ROUSSEL 24I
dragons, en qualité de lieutenant (1778) (1), C'est à cette époque qu'il fut attaché à l'ambassade de Constantinople et nommé vice-consul aux Dardanelles. Mais toutefois, conservé au cadre de son régiment, il eut en 1785 une lettre de passe à la suite de M. le duc de Luynes,
Le jeune bagnolais obtint un congé pendant lequel il se rendit à Paris. Là, distingué par ses talents, dont il avait eu déjà l'occasion de révéler le côté spécial, Roussel fut envoyé en mission diplomatique en Angleterre, d'où il fut rappelé pour accompagner le comte de Saint-Priest, ambassadeur à La Haye.
Bientôt les Prussiens envahirent la Hollande (2),
Roussel dut revenir à Paris et, en récompense de ses services signalés, il fut nommé vice-consul à Nauplie de Romanie (3),
Le diplomate se trouvait à la cour lors des premiers événements sanglants de la Révolution. Il eut hâte de quitter la capitale et de retourner à Bagnols où les électeurs en firent un capitaine de la garde nationale. La ville était alors, comme tous les centres populeux de la France, divisée en deux camps; les partisans de l'ancien régime et ceux qui, de bonne foi, croyaient à l'avenir promis par les hommes de 1789. Ces derniers poussant dès lors leurs exagérations à des limites fort avancées, sinon extrêmes, copiaient trop fidèlement les meneurs parisiens. Les sans-culottes bagnolais avaient, disait-on, le projet de piller la maison de Joseph Roussel. Celui-ci plaça
(l).Ce régiment, créé en 1674., était le deuxième avant 1789; il devint le ]Qme dragons en 1791.
(2) Grâce aux armes prussienues, le Stathouder, prince héréditaire, fut rétabli et la concorde régna dans la république batave. En 1788, les Etats-Généraux conclurent une alliance plus intime avec la Prusse et l'Angleterre. — Belgique et Hollande, par Van Hesselt, p. 461 et suiv. (Didot, 1860),
(3) Nauplie de Romanie, très forte ville de Grèce, très beau port, résidence d'un archevêque grec et d'un vice-consul de France, est à 80 kilom. d'Athènes et à 16 kilom. de Wycènes. C'est le port de l'ancien Argos. Roussel s'y trouvait pendant la guerre de la Russie et de la Turquie. — V. La Grèce, de Brunet de Presle et Alexandre Blanchet (Didot, 1860), p. 393.
un baril de poudre à l'intérieur, près de la porte et fit dire à ses adversaires politiques qu'il les attendait ; personne ne parut.
M. Alexis de Roussel était dans notre ville l'agent du seigneur, alors Monsieur, frère du roifi). Cette charge honorable et lucrative semblait héréditaire dans sa famille, car son père en avait été investi par le baron précédent : le prince de Conti. Il parait que les lettres de noblesse de la famille Roussel datent clc cette époque, car en 1750, nous voyons comme notaire à Bagnols un Roussel dont le fils devint avocat au Parlement de Toulouse, Donc, en sa qualité de noble, le père de Joseph de Roussel, consul, fit partie de l'assemblée de la noblesse, à Nimes, en 1788, pour la vérification des titres. C'était là un motif pour désigner, peu d'années après, l'aristocrate à la proscription. Cependant, par sa fermeté autant que par une bienveillance soutenue envers tous ses compatriotes, Joseph put rester à Bagnols à la tête de sa compagnie pendant un an. Le torrent révolutionnaire allait tout anéantir de ce qui se rattachait à la vieille institution monarchique, Joseph de Roussel dut, rejoignant son poste en Romanie, aller chercher une sécurité que sa patrie ne lui offrait plus.
Un mandat d'arrêt fut lancé contre lui -, un autre contre M. Saurin, chevalier de Saint-Louis, son beau-frère ; un autre contre son parent, M. de Gonet et un dernier contre son père, vieillard de 84 ans que Ton entraîna à Montélimar, inculpé comme émigré, alors qu'il n'avait pas, pendant un seul jour, quitté la ville de Bagnols. Joseph de Roussel ne dut son salut qu'à son éloignement de la France (2),
Si Joseph de Roussel avait pu échapper aux malheurs qui s'appesantirent sur la France pendant le règne de la Terreur, il ne fut pas si heureux en Turquie. Notre armée venait d'en-
(1) V. ci-après la note B.
(2) M. de Gonet émigra en Russie et M. Saurin fut enfermé dans les prisons de Montpellier.