‹ Notices biographiques du GardChapitre 59 sur 68 · MAIRE · texte numérisé non relu

MAIRE

Né à Bagnols le 24 floréal an X Mort à Bagnols le 3i décembre iSjS

N ancien remarquait que « c'était un précepte des rhéteurs, lorsque l'on commençait un éloge solennel, d'énumérer d'abord les ancêtres de celui qu'il fallait louer, afin de raconter rapidement leurs actions, afin de montrer comment leur descendant avait su ne pas dégénérer, s'il était d'illustre race ; et comment, s'il était d'une condition modeste, il avait rehaussé l'humilité de sa naissance (i). »

Nous ne devons point ici nous écarter des traditions littéraires ; ainsi, restant dans la fidélité historique, nous mentionnerons brièvement ce que firent pour notre ville les membres influents de la famille Reynaud, dont l'un échangea son nom contre celui de Saurin.

Remontons seulement à l'année lyyS.

Dans la séance du i5 avril lyyô; Antoine-André Reynaud, avocat au Parlement, premier consul, maire, accueille favorablement le mémoire des administrateurs de l'hôpital ten-

(1) Hiei-on, Epist. 3. Ad Heliodor.

dant à bâtir une nouvelle maison hors de la ville. Le (3 décembre 1778 les quatre années de mairie (f allaient prendre tin. J.-B. Thibaud, second consul, proposa de demander au prince de Conti la réélection de Reynaud. « Ce magistrat, (( dit-il, par son intelligence, son zèle et son exactitude à rem- « plir ses fonctions, a prouvé aux habitants tout le bien qui

K pouvait résulter d'une administration sage et éclairée

« D'ailleurs, il est question de transférer le collège de « Teyrargues et de le réunir à celui de notre ville •, ce projet « et tant d'autres encore ont été conçus et élaborés sous son « consulat; il est donc de toute justice de demander, sous le « bon plaisir de S. A. S. la continuation du consulat de « M. Reynaud. w

Le prince de Conti exauça les vœux de la population bagnolaise : André-Antoine était maire en 1780 et signait le concordat avec les Joséphites qui bâtirent le Collège (2'.

En 1787, le 14 janvier, le frère d'André-Antoine, JNL André- Toussaint Reynaud, lieutenant des grenadiers ro3'aux, beaufrère de M. de Roussel est premier consul. Il prend, peu après le nom de Saurin, parce qu'un bagnolais de ses parents, habitant Paris, lui légua sa fortune et l'obligea de porter son nom. Les ancêtres de son bienfaiteur ^^3) figuraient sur la liste des notables anoblis en i6q5 et le manuscrit d'Adrien Vanier détermine pour eux les armes suivantes : U argent à la barre lo^ang-ée d'or et de sinople (4I

Nous ne suivrons pas ce compatriote dans tous les actes importants de sa vie administrative. Le récit en sera publié

(1) Les fonctions de maire duraient quatre ans, celles de 2^ consul lieutenant duraient trois ans et les autres — 3e et 4c étaient, par moitié, renouvelables chaque année, ainsi que le conseil politique.

(2) Archives de Bagnols, vol. 39. — V. Not. biogr. de l'abbé Gentil, T. I, p. 291.

(3) L'alliance des deux noms ; Reynaud-Saurin, se trouve déjà sur un acte de baptême du 31 août 1728 à Louise-Justine.

(4) Voir ci-après la note A.

dans nos Annales historiques de Bagiiols [y. Les motions qu'il présente, les arrêtés qu'il obtient de la part des conseillers, la délibération qu'il adresse à rAsscrnblée nationale témoignent et de la haute 'influence qu'il exerçait dans son pays et de l'ardent patriotisme de ses concitoyens.

Le 2 avril 1789, à la suite d'une émeute mémorable et lorsque les insurgés se dirigeaient vers la Chartreuse de Valbonne, le maire, par ses paroles persuasives autant que par son énergique initiative, domine l'effervescence et ramène à la ville la bande des séditieux.

Le 2 décembre, au sein du Conseil, Saurin propose : « Vu sa position topographique comme centre d'une nombreuse population agglomérée, de demander à Bagnols le district ; c'est moins, pour nous, ajoute-t-il, que pour la population qui nous avoisine et pour le plus grand bien de la chose publique que nous devons réclamer (2). »

Quelques jours après — le 12 décembre — Saurin prend une initiative qui l'honore : après avoir rappelé la mortalité des oliviers et l'inactivité du commerce, il demande un sacrifice à la patrie sous forme de don patriotique. Il dit que les biens des nobles et du clergé vont être soumis à l'impôt et que l'on va exiger le paiement des six derniers mois, v La ville de Bagnols, ajoute-t-il, en acceptant ma proposition, pourrait peut-être se glorifier d'avoir servi d'exemple à la France en abandonnant cette somme au trésor, au profit de la patrie', au lieu de la faire porter au moins imposé pour l'an prochain. » Le Conseil adopta la motion patriotique du maire.

Parmi les hommes les plus marquants du pays, il y a lieu de signaler Saurin comme profondément dévoué aux principes de 1789. D'ailleurs, ses actes, en rapport avec ses paroles, le prouvent. Pourtant, la tourmente révolutionnaire redoubla, menaçant d'engloutir les privilèges de l'ancien

(1) Nous renvojons le lecteur à cet ouvrage actuellement sous presse.

(2) V. Archives de la mairie de Bagnols.

régime;, Saurin, homme de bien et de conciliation se vit compris, pendant la Terreur, sur la liste de proscription comme fédéré. Traîné d'abord dans la forteresse de Pont-Saint- Esprit, il resta incarcéré, plus tard, à Montpellier et vint mourir à Bagnols, le 12 frimaire an II (2 nov. 1794).

André-Toussaint laissait un fils : André-Laurent Reynaud- Saurin; il fit ses premières armes dans un régiment de cavalerie légère, à la campagne dTtalie. Rentré dans ses fo3œrs, vers 1778, il se maria à Mondragon avec Mademoiselle Marie- Thérèse Reboul.

Ce ne fut qu'après les événements de la période révolutionnaire que Laurent Saurin parut sur la scène administrative. Son ambition visait le mo3^en d'accomplir les œuvres de bienfaisance. Sa maison était comme un foyer de charité. Chaque membre de la famille luttait de générosité et de dévouement. La pratique des bonnes œuvres dont la tradition subsiste encore dans la famille, dura plus d'un demi siècle. Bagnols a pu reconnaître tout le bien, fait aux hospices, par le vénérable M. Saurin, comme administrateur d'un établissement que son père avait contribué à fonder. M. Saurin était, littéralement, le père des pauvres. Tous les loisirs que lui réservaient les soins à donner à son domaine d'Aubagnac où, infirme et goutteux, il se rendait, modestement hissé sur la plus humble des montures, ces loisirs étaient consacrés aux œuvres hospitalières.

Notons ici que André-Laurent Saurin, érudit, ne passait pas une journée sans donner quelques heures à la lecture de ses auteurs favoris : les philosophes, les historiens, les moralistes italiens. C'était un conteur aimable et spirituel : sa mémoire prodigieuse lui fournissait des détails précieux sur l'histoire du passé et c'est de sa bouche que nous avons recueilli bien des anecdotes ou des faits locaux se rattachant aux traditions et aux souvenirs des temps anciens.

Il s'éteignit, ce vénérable compatriote, avec calme et résignation. Il était consolé. Une voix intime lui disait : « Tu as

accompli ta tâche, tu as passé sur la terre en faisant le bien i i). »

Noblesse oblige! — André-Félix Saurin, fils unique de André-Laurent, devait marcher sur les traces de son père dans les fonctions administratives: nous l'avons vu successivement conseiller municipal, maire, administrateur des hospices, membre du Conseil d'arrondissement, président de la délégation cantonale et ordonnateur du Bureau de bienfaisance. Partout il a apporté, lui aussi, son esprit de conciliation et tout le bon vouloir dont il était capable.

Né le 24 floréal an X, au milieu d'une famille pieuse et charitable, Félix Saurin modela sa vie sur son entourage. Encore enfant, il avait pris part aux fêtes religieuses clandestines, car un vieux prêtre recevait l'hospitalité dans sa maison. Félix avait assisté à l'ouverture des églises et, comme la masse catholique, il était émerveillé des splendeurs du culte. Peu après, le Jeune élève alla à Forcalquier étudier dans une maison en renom : celle des Jésuites.

De retour à Bagnols , Félix Saurin occupa ses loisirs comme savaient le faire les jeunes bourgeois ses contemporains : le culte de l'art musical, peu de travaux sérieux et les excursions cynégétiques modérées ; vie honnête, mais, disonsle, hélas ! vie stérile. Il est vrai que son digne père, le chef de la famille, fournissait la somme de travail de plusieurs bagnolais.

Lorsque l'heure de l'âge mûr eut sonné, Félix Saurin appliqua résolument les théories paternelles, il imita, il remplaça son père et la cité compta un cit03^en dévoué de plus. Saurin était d'une nature essentiellement pacifique, il caressait naïvement l'espoir d'être agréable à tout le monde, en agissant selon ses convictions et en toute franchise. Oui ! c'est là un noble but, mais il est aussi louable qu'impossible à atteindre. En avançant en âge, on finit par se convaincre que cet espoir n'est qu'une chimérique illusion.

(1) Le 19 juillet 1 846.

T. Il 17

En icSSG, M. Saurin était maire. Un des premiers actes de son administration fut la régularisation et le nivellement de la place du Collège, devant sa maison même. Cette entreprise lui valut l'approbation des gens de bien et de goût, mais elle provoqua la critique amère des jaloux à courte vue. Serait-il donc interdit à un maire d'améliorer un coin de ville dans l'intérêt de tous, alors que cette amélioration semble lui être directement profitable ? Poser la question, c'est la résoudre.

De iSSy à i85g le maire provoque une délibération tendant à obtenir du Gouvernement une somme destinée aux ateliers de charité. — Il demande l'achat du jardin Alary (aux fossés), pour ouvrir une brèche aux remparts et prolonger la rue Saint Bernard. — Il fait l'acquisition de la maison Fabre, afin d'élargir la rue Général Teste, alors rue du Terrail.

On sait déjà que la fondation de la Salle d'asile avait été résolue en iS-j.*), sous la mairie de M. Cotton. L'établissement ne fut ouvert que peu d'années après, dans des salles provisoires. M. Saurin obtint un vote qui lui permit d'agrandir considérablement les locaux. Une fois maire, il prit à cœur un projet dont il avait été, comme conseiller municipal, un des promoteurs les plus zélés. L'entreprise fut donc menée à bonne fin. Les salles et le préau, parfaitement aménagés, venaient d'être construites sur un plan assez vaste, à grand frais pour le budget, il est vrai, mais l'établissement fait honneur à l'administration qui en a pris l'initiative, à celle qui a contribué à son exécution et à l'architecte qui a conduit les travaux (i). Plus d'un ménage nécessiteux, obligé de gagner le pain de la journée, a du bénir les administrateurs qui ont établi une telle fondation.

En i858, M. Félix Saurin accepta la proposition qui lui fut faite par M. Léon Alègre de fonder une Bibliothèque et un Miiscc. Le maire mit une des salles de l'Hôtel-de-Ville à la disposition de celui qui olïrait généreusement et ses collec-

(1) M Joseph Degan, aulcur des plans ci devis (18(53).

tions et ses livres ; il fit tous ses efforts pour seconder l'initiative de son compatriote... 11".

Le 2 août 1864, le Conseil demande un poste télégraphique et dans la même séance il émet le vœu d'établir à Bagnols un tribunal de commerce.

Les hommes d'initiative sont de puissants auxiliaires aux maires jaloux du bien-être de leurs administrés. Une proposition intéressante fut faite au Conseil : il s'agissait d'une de nos industries agricoles , celle des arbres fruitiers déjà en honneur à Bagnols.

L'assemblée délibéra le 12 février i865 que le professeur Brémon, de ^'aucluse, serait invité à venir faire un cours public et gratuit à\irboriciiltiire et spécialement de la taille des arbres. L'habile praticien développa devant nos pépiniéristes et dans des réunions de propriétaires intelligents sa théorie et ses méthodes ingénieuses ; le résultat de ces cours fut une recrudescence de culture favorable à la vente des produits locaux et la vulgarisation de procédés peu connus du plus grand nombre des propriétaires intéressés (2.

En i865 (2(5 mars}, le maire proposa l'acquisition de la maison Madier, pour être affectée à l'Hôtel-de-A'ille. L'aspect monumental de cet hôtel, bâti en i6q5, séduisit nos édiles et les négociations ne tardèrent pas à aboutir.

Au mois de juin de la même année, Saurin déposait l'écharpe de maire, après avoir donné des preuves manifestes dedé\ouement à ses concitoyens. Son passage à l'administration est loin d'avoir été infructueux; quand un homme a donné toute la mesure de ses forces, cet homme a fait son devoir; que pouvons-nous lui demander de plus : Comme maire, AL Saurin a été actif, dévoué, intègre, digne, économe, bienveillant et avisé. L'approbation générale lui était acquise quand on

(1) Voir ci-après la noie B.

(2) La ville vota !00 fr., et 100 fr, fureiil payés parles souscripleurs.

2(5o NO ricins iMOGRAPHIQUES

le voyait, revendiquant ses droits de premier magistrat, jaloux de conserver son indépendance et ses prérogatives, soit auprès de ses supérieurs hiérarchiques comme envers ses électeurs. M. Saurin est mort pour ainsi dire sur la brèche (3i décembre iSyS); jusqu'à son dernier jour, il a voulu défendre ses principes et affirmer énergiquement ses convictions. Le public serait donc ingrat envers lui s'il ne tenait nul compte des efforts d'un homme de bien, obéissant à son excellente nature, à ses traditions de famille et, quelquefois, aux influences intimes et salutaires de son entourage.

Marié en i83o à Mademoiselle Clara Pontal, du Bourg-Saint- Andéol, M. Saurin a laissé deux fils dontl'amé, imitant ses devanciers, consacre une partie de ses loisirs à l'administration des hospices ; le plus jeune est mort à l'âge de trente-cinq ans.

NOTES

(A, p. 25i). — V. Not. biogr. de Brydayne, T. I, p. 142. Le manuscrit de la

Bibliothè(jue nationale à Paris, porte : André Saurin, marchand. — Nous avons

recueilli sur le registre de Vanier (16y5) le nom de quelques autres lamilles du

canton, dont les chefs obtinrent, à Bagnoîs, moyennant finance (10 livres) l'autorisation d'avoir des armoiries.

Fr. Calvin bourgeois, d'hermine à une bande lozangée d'or et de sinople.

Cl Boyer id. de vair id. argent et gueules.

Jeau Uumas id. de gueules à un masage ou maison cliampêlre mou-

vant du flanc dextre d'argent à laquelle vole un duc de même et un chef cousu d'azur chargé de 3 étoiles d'or.

Ant. Beraud. ... id. d'argent à une barre lozangée argent et azur.

And. Montanier. id. d'argent id. argent et sinople.

Jean Cassan.. .. apothicaire, d'argent id. argent et sable.

Mich. Tiiibaud.. bourgeois, d'azur id. or et gueules.

Jean Fabre id. d'argent à une croix lozangée argent et gueules.

Guill. Constant, notaire, d'azur id. or et azur.

Mich. Silhot.... m'' apolhic. d'azur id. argent et gueules.

Ant. Voland Codolet, d'or à un chevron lozangé d'or et d'azur.

Etienne Tailiand id. d'or id. or et gueules.

— Ghabert. id. d'or id. ai'geal et azur.

Jacq. Juslamond Chiisclan d'azur id. argent et gueules.

(P>, p. 259). — Drjà, on 1854, M. Alègre avait tonte (rohteiiir Je l'Adminis- Iralioii miniicipale une salle pour sa fomlatinn.

Il essuya un refus.

Mais l'idée était patriotirpie et le germe prospéra.

En 1858, M. Saurin agréa la proposition qui lui fut renouvelée par M. Alègre et la fit sanctionner avec éclat par M. le généra! Teste dont il obtint la haute approbation et le concours effectif.

Cette adhésion ne manqua pas d'en entraîne!' d'auires et les dons se multiplièrent.

Aussi, le 10 Août 1858, le Conseil municipal de la ville de Bagnols, s'associant ouvertement à l'initiative de M. Alègre, prenait la délibération suivante :

« Considérant que plusienrs personnes de la ville, notamment M. le général « baron Teste et autres {sic) ont fait don à la commune de boa nombre de « volumes pour l'établissement d'une Bibliothèque communale, utile pour l'ins-

« truction de la jeunesse délibère à l'unanimité que la fosidation projetée

« sera faite et vote une somme de 200 francs pour l'achat de livres. »

On remarquera^que cette rédactioh semble grouper autour du général baron Teste une collectivité d'iiùtiatives concurrentes.

La vérité est que par excès de .déférence pour notre éminent compatriote, il fut admis que son nom serait le pavillon abritant l'idée à mettre à exécution.

Personne n'ignorait que, dès [le Ic" janvier 1854., le journal « les Petites Affiches » imprimé à lîagnols, avait inséré un article de M. Léon Alègre sous ce titre : « Bibliothèijue, Musée et Salle d'exposition^à Bagnols. »

Cette longue note n'est 'donnée ici qu'afi.T de rétablir l'ordi'e chronologique des faits relatifs à la fondation de la Bibliothèque-Musée.

M. L. Alègre n'a jamais 'eu à redouter l'odieux « sic vos... » et naguère encore, M. Groult, le propagateur accepté des jmusées cantonaux a reconnu avec une loyauté qui l'honore, (ju'il avait eu un précurseur à Bagnols et que le Musée de cette ville était le premier « des musées cantonaux et probablement « le plus complet de tous {Annuaire de 1880. Lisieux, page 01). »

Celte note, écrite depuis longtemps,'^ était ^déjà à l'impression loi squ'est (survenue une délibération du Conseil municipal en date du il) mai 1880.

Nous en reproduisons (1) le considérant et le dispositif, qui confirment d'une manière éclatante ce que nous avons simplement indiqué plus haut en ce qui touche les circonstances qui ont précédé et 'accompagné la réalisation de l'idée si personnelle et si patriotique de M. Léon Alègre.

(1) Voir aux justifications. — Infra.

DE SIBERT

(Gharles-Louis-Adolphe, baron DE GORNILLON';

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