LD
Antoine Barthélémy fut témoin et presque
= Cxl
victime du terrorisme français de 1793-1794.
Lorsque le général Dumouriez, vainqueur à
Jemmapes, eut occupé la Belgique, Brissot,
l'homme d'État de la Gironde, lui faisait con-
naître le but de la guerre : « La République
française, écrivait-il, ne doit avoir pour bornes
que le Rhin. »
^ — CO
Les Jacobins, plus violents que Brissot et ses
amis, voulaient que l'annexion de la Belgique à
la France s'effectuât par la force, fût-ce à coups
= — KD
de sabre et de fusil. Dumouriez résistait.
^— LT
= — ^ = — en
= Cxl
cm :
xy
AVANT-PEOPOS.
« Ainsi, dit un historien de la Révolution ('), la question de savoir si ce pays hétérogène, qui ne put jamais s'unir et se défendre, pouvait former un peuple, subsister par lui-même, le général français la tranchait contre sa patrie. »
En prenant ainsi la défense des Jacobins contre Dumouriez, M. Michelet méconnaît et fausse l'histoire. Eh quoi ! les Belges ne se sont jamais défendus! Et que signifient alors les terribles luttes qu'ils soutinrent contre Philippe- Auguste, contre Philippe le Bel, contre Philippe de Valois, contre Charles VI? Que signifient les sanglantes journées de Bouvines, de Courtrai, de Mont en Pévèle, de Cassel, de Rosebeke?
« La Belgique, dit encore M. Michelet, aurait dû être pour Dumouriez l'instrument de la guerre, en fournir tous les moyens... Et de quel droit, dira-t-on, disposer des ressources des Belges? Du droit du sang qu'on venait de verser pour eux à Jemmapes... Quand la France entreprenait pour la Belgique et pour le monde la guerre qui lui a coûté, de 1793 à 181 S, dix millions de ses enfants, les Belges, en vérité, devant cette terrible effusion de sang français,
(') Michelet, Histoire de la Révolution française, t. IV pp. 441 et suiv. Voir aussi t. V, passim.
AVANT-PEOPOS, xiij
auraient eu mauvaise grâce de calculer l'effusion d'un peu d'argent belge. Il fallait accepter d'un grand cœur ce mariage.... L'âme de la Belgique et son vrai génie, tout autant que de la France, fut dans l'âme de Danton, lorsque, par deux fois, le 22 janvier, le le"" février (1793), il demanda à la Convention la réunion des deux peuples. Dumouriez fit obstacle à tout. Il flatta lâchement les Belges, les priant de se gouverner eux-mêmes... »
Dumouriez se montra loyal en ne voulant point violenter les Belges. 11 savait que jamais de plein gré ceux-ci ne sacrifieraient leur nationalité qu'ils avaient défendue tour à tour contre la France, contre l'Espagne et contre l'Autriche. Dumouriez voulait donc laisser aux Belges la liberté de se gouverner selon leurs vœux et leurs aspirations. En agissant ainsi il comprenait mieux que Danton l'âme de la Belgique et son vrai génie.
Mais à quoi bon ce plaidoyer? Il ne faut pas oublier que pour M. Michelet la Belgique n'a jamais existé : il n'y a pas de Belgique. « La Belgique, dit-il, est une invention anglaise. Il n'y a jamais eu de Belgique, et il n'y en aura jamais. »
C'est la théorie, c'est l'axiome, c'est le der-
co — =
hCi — =
^^H ^1^ AVANT-PEOPOS.
en — =
^m nier mot des funestes preneurs de ce qu'on ^M\ appelle les frontières naturelles.
^1 Napoléon I^ plutôt que de déchoir, après ^1 les terribles revers de 1812 et de 1813, plutôt
^1 que de renoncer à la Belgique, laissa s'écrouler
le premier empire. Mais la théorie des fron-
co
tières naturelles survécut à son règne, la
KO —
fameuse hmite du Rhin resta le tourment et le cauchemar des Français. Elle eut des partisans
jusque dans le conseil de Charles X et, après la révolution qui porta Louis-Philippe sur le
trône, la Belgique devint aussi l'objet d'ardentes
convoitises. Elles se firent jour maintes fois
dans la presse et à la tribune, pendant les dix-
huit années d'un règne qui avait pourtant
CO
désiré l'entente cordiale avec l'Angleterre.
Ce rêve dangereux ne fut pas entièrement
hj^
désavoué par la Répubhque de 1848. Quand
en =
surgit ensuite la dictature de Louis-Bonaparte, quand le second empire s'éleva sur les ruines
H de la seconde république, des publicistes offi- '
H cieux et autres travaillèrent à stimuler, à for-
■ lifîer les vieilles idées d'agrandissement, les
h- ' ^ CO =
h- ' ^ ID =
ro = o =
M = CO
H ambitieuses prétentions de 1792 et de 179S
cm
= Cxl
= OJ = CN
= Cxl
= CO
= ID