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point, pour ainsi dire, le fauteuil présidentiel. Il l'occupait pendant les orages que souleva la
discussion des Dix-Huit articles, et, par sa
fermeté et sa dignité, il sut contenir les tribunes
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en révolte. Le 2 juillet, bravant leurs vociféra-
tions, il fit appeler le commandant du poste de
la garde civique et, après lui avoir enjoint de
faire respecter l'assemblée nationale, il ajouta : « Ici le Congrès représente la nation, chaque
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député est libre d'exprimer son opinion comme
(') Discussions du Congrès national, t. IV, p. 156.
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JEAN-JOSEPH UAIK
il l'entend. Malheur à une assemblée dont les discussions ne seraient pas libres! Malheur à une nation qui ne saurait pas respecter ses représentants! Les bons citoyens qui sont dans les tribunes comprendront, je l'espère, qu'il est de leur devoir et de leur honneur, et de l'intérêt de la nation, que les députés du Congrès soient libres lorsqu'ils discutent les plus graves intérêts du pays. »
Après l'adoption des préliminaires de paix proposés par la conférence de Londres et presque à la veille de la clôture du Congrès, M. Raikem prit l'initiative d'une proposition relative à la législation sur la presse et à l'étabhssement du jury. « Hâtons-nous, disait-il (18 juillet), de nous occuper d'objets aussi importants et dont l'urgence est palpable.
N'eussions-nous que quelques heures, il faudrait les y consacrer... » Déjà, le 29 juin, M. Raikem, conjointement avec plusieurs autres membres, avait présenté un projet de décret sur le rétabhssement du jury. Le Congrès décida que ce décret serait discuté dans la séance du 19 juilet. M. Raikem prit la parole et dit : « L'abolition du jury a été l'un de nos griefs. On aurait préféré conserver le jury impérial à ne pas en avoir du tout, Hâtons-nous donc de le rétablir
JEAN -JOSEPH EAIKEM.
Et si nous ne pouvons en ce moment perfectionner l'institution, nous l'aurons mise en activité, et une fois mise en vigueur, n'en doutons pas, la législature qui nous suivra fera le reste. — Ne soyons pas trop exigeants tout d'un coup. C'est souvent le moyen de faire tout manquer, et alors le cas de dire que le mieux est l'ennemi du bien. — Une organisation judiciaire et une procédure criminelle existent.
Elles exigent un changement. Il y en aura nécessairement lors de la loi de l'organisation judiciaire, qui, d'après la Constitution, doit être décrétée dans le cours de [la première réunion législative. Mais jusque-là force nous est bien d'adopter le jury à l'organisation actuellement existante. Nous ne pouvons donc que remettre en vigueur les dispositions du code d'instruction criminelle de 1808 relatives au jury, en y apportant quelques modifications... » Le projet ayant été amendé, M. Raikem vota contre, parce que, disait-il, ce décret ne répondait plus à son attente et qu'il ne pouvait l'approuver.
Le lendemain (20 juillet), il prenait encore une part importante à la discussion du projet de décret concernant les délits politiques et de la presse.
Le dernier acte de M. Raikem, comme mem-
JEAN-JOSEPH RAIKBM.
bre du Congrès, fut son adhésion à la proposition ayant pour objet de déclarer que le baron Surlet de Chokier, régent de la Belgique, avait bien mérité de la patrie.
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Le Congrès avait terminé ses travaux par l'inauguration du Roi et le pouvoir législatif allait être remis aux deux Chambres instituées par la Constitution. Liège envoya M. Raikem à la Chambre des représentants. Il était alors chef du département de la justice : le Roi l'avait appelé dans son premier ministère, où il siégea du 24 juillet 1831 au 21 octobre 1832. Il fit voter et il mit à exécution la première loi d'organisation judiciaire. Ce fut sa tâche principale, on pourrait dire exclusive. M. Raikem s'y dévoua tout entier, avec une prudence opportune, avec une remarquable impartialité.
JEAN-JOSEPH UAIKEM.
Il quitta le ministère sans rien perdre de la confiance de la législature. Le 1 S novembre d 832, il était élu président de la Chambre des représentants, et cette position éminente, il devait la conserver jusqu'au mois de juin 1839. Il devint alors pour la seconde fois ministre de la justice (du 8 juin 1839 au 18 avril 1840).
Adversaire silencieux de l'administration homogène et libérale présidée par M. Lebeau, M. Raikem donna toute sa confiance au ministère mixte que forma ensuite M. Nothomb, et, au mois de novembre 1842, il reprit la présidence de la Chambre des représentants. En 1843, quand vint la première grande lutte soutenue par M. Nothomb contre ses adversaires, M. Raikem fut vaincu dans les élections de Liège, et il demeura exclu du Parlement pendant quatre années. En 1847, l'arrondissement de Tongres l'envoya de nouveau à la Chambre où il siégea jusqu'à ce que la loi sur les incompatibilités, votée en 1848, l'obligeât de quitter définitivement la vie politique. M. Raikem, dans l'option qu'il devait faire entre les fonctions de procureur général et le mandat parlementaire, ne pouvait hésiter un moment : il était magistrat par vocation, magistrat par excellence.
Il conserva donc les hautes fonctions que
JEAN- JOSEPH EAIKEM.
depuis 1830 il exerçait près la cour d'appel de Liège, et il s'y consacra exclusivement. Tout entier, comme on l'a dit, à l'étude du droit, surtout du droit ancien de la principauté de Liège, il faisait connaître chaque année, aux rentrées solennelles de la cour, le résultat de ses nouvelles et laborieuses recherches. Le digne successeur du procureur général Raikem, M. Ernst, a peint en quelques traits ce magistrat éminent.
« Beaucoup d'entre vous, disait-il, se souviennent encore de ces discours de rentrée qui nous montrent le jurisconsulte recherchant dans les traditions du passé les institutions qui ont précédé les nôtres et déployant une érudition où la critique de l'historien se joint à la profondeur du jurisconsulte.
« Us savent aussi avec quel respect il était écouté lorsqu'il parlait à la Cour, et quelle autorité avaient ses opinions. Oh! oui, la cour d'appel de Liège était Gère de voir à la tète de son parquet un tel procureur général et, lorsqu'elle eut la douleur de le perdre, elle voulut conserver son souvenir parmi les plus précieux qu'elle désirait transmettre aux générations futures et elle plaça dans la principale salle de ses audiences l'image du magistrat éminent
JEAN-JOSEPH RAIKEM.
dont la parole vénérée ne devait plus se faire entendre.
« La cour ne fut pas seule à éprouver ces regrets. Toute la magistrature du ressort y participa. C'était pour elle un chef indulgent dont le cœur compatissait à toutes les peines, et un conseiller empressé qui prodiguait la lumière à tous ceux qui y recouraient (')... »
En 1868, M. Raikem abandonna non pas stoïquement, mais avec une noble tristesse, les fonctions de procureur général. Depuis trente-huit années il les exerçait lorsqu'il fut déclaré émérite en vertu de la loi sur la mise à la retraite
(') Il faut signaler, parmi les discours de rentrée, celui de 1 845, consacré à Charles de Méan^ei celui de 1846, qui apprécie les travaux de Louvrex.
« Les vingt discours sur le vieux droit liégeois ont eu pour couronnement le vaste ouvrage intitulé les Coutumes du pays de Liège,... et resté inachevé. M. Raikem l'entreprit à l'âge de plus de quatre-vingts ans. Il est le fruit de sa vieillesse, il fut écrit dans ces clartés calmes et pures du soleil couchant, qui recherchent les sommets et illuminent les cimes. Le jurisconsulte et Fhistorien s'y montrent entourés d'une science, d'une perspicacité, d'une sûreté de jugement réellement admirable. Entre les discours sur le droit liégeois, les préfaces, les commentaires et les notes des Coutumes il y a une grande distance, ou mieux une ascension considérable. . . i> Revue générale (1 875), p. 500 et suiv.
JEAN -JOSEPH UAIKEM.
des magistrats. Naguère chef du parquet, il redevint avocat et se fît réinscrire sur le tableau de l'ordre. Celui-ci le nomma bâtonnier en 1872, honneur qui lui avait été décerné pour la première fois près d'un demi-siècle auparavant.
Gomme avocat, M. Raikem se signalait nonseulement par une science prodigieuse, mais aussi par un désintéressement extraordinaire. « On frappait sans cesse à sa porte pour le consulter. Bien des consultations longues, savantes, laborieuses, existent encore au bas desquels se trouvent ces mots dignes du désintéressement antique : « coût dix francs ('). »
Ce grand homme de bien s'éteignit à Liège, le dimanche 24 janvier 1875, dans sa quatrevingt-huitième année.
(*) Le biographe, à qui nous empruntons ce trait, dit ailleurs ; « En qualité de procureur général, il aimait à adoucir les condamnations trop sévères, à atténuer la dureté des lois. Ainsi un pauvre diable, pour quelque gibier braconné, avait été condamné à 300 francs d'amende. Il y avait récidive, circonstances aggravantes de tous genres. Dans l'impossibilité de payer, il dut se rendre en prison. M. Raikem l'apprend, il verse la somme, en recommandant le plus grand secret, et fait délivrer le braconnier. Le protégé de M. Raikem ignora toujours le nom de son bienfaiteur. i>
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sa JEAN- JOSEPH RAIKEM.
« La veille de sa mort, dit un témoin, il s'en-
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tretenait encore du grand ouvrage, digne des bénédictins, dont il poursuivait la publication.
du troisième volume des Coutumes du pays de
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Liège;... avec sa grande résignation et sa foi en la Providence, il disait : « Si Dieu m'avait encore
donné un mois de vie, j'aurais terminé cette œuvre. Mais c'est fini, je le sens, le troisième
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volume ne paraîtra pas. » Le jeudi soir il avait encore dicté des notes, de son lit d'agonie sur
lequel son corps seul était couché, car pour son
âme, elle resta debout jusqu'à la fin. Jusqu'à
la dernière minute son intelligence demeura
sereine et brillante... »
La dépouille mortelle de Jean-Joseph Rai-
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kem, l'un des illustres fondateurs de l'État
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