PRÉSIDENT DE L 'ACADÉMIE
DANS LA SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE Du samedi 18 décembre 1869.
réservées à éeux qui suivent la carrière des arts, son âme s’en était aussi profondément émue. C’est avec un accent pénétré qu’il parle dans son testament de cette gêne qui peut arrêter l’épanouissement des dons les plus heureux de la nature, et, comme il le dit dans son âpre mélancolie, quelquefois les flétrir. Désireux d’y soustraire, ne fût-ce que pendant un jour, des sujets de grande espérance, il a mis à la disposition de l’Académie deux prix d’encouragement pour être décernés par elle à deux jeunes peintres ou statuaires et à un musicien, en recommandant toutefois à votre sollicitude ceux qui dans leurs études ont approché du prix de Rome. L’Académie, attentive à se conformer à ces vœux, a partagé le premier des prix Trémont entre deux jeunes artistes dignes d’un profond intérêt. L’un, M. Oscar Mathieu, après avoir recueilli très jeune et au milieu d’indicibles obstacles toutes les récompenses dont dispose l’École des beaux-arts, a remporté cette année le premier accessit au grand prix de peinture. Puisse cette marque d’estime consoler son âme abreuvée déjà des plus cruelles amertumes! L’autre, M. Dujardin, élève distingué de l’École, lutte avec une égale énergie contre une situation difficile, et a, néanmoins, obtenu un accessit au grand prix de sculpture. Le prix réservé à un musicien a été décerné à M. Henri Duvernoy, ancien lauréat de l’Institut; talent sérieux et distingué, mis aussi à l’épreuve, M. Duvernoy a publié des ouvrages didactiques justement estimés et qui ont été adoptés dans les meilleures écoles de la France et de l’étranger.
Tous ces prix, messieurs, ont un caractère purement moral. A côté d’eux xiennent se placer d’autres dotations par lesquelles la responsabilité de l’Académie se trouve engagée à d’autres titres. Ce sont celles qui l’appellent à apprécier des œuvres d’un ordre déterminé, à donner des programmes de concours et à en juger les résultats, à maintenir des principes, à indiquer une direction. De ce nombre sont d’abord les fondations de M. Chartier et de M. Bordin.
Il est permis de penser que le développement considérable pris par la musique dramatique et le goût diu public pour les émotions que l’on appelle fortes inspiraient à M. Chartier des appréhensions et lui ont suggéré l’idée de créer un encouragement pour un ordre de composition qu’il pouvait, en 1858, croire tombé dans un discrédit qu’il déplorait. 11 a fondé un prix en faveur des meilleures œuvres de musique de chambre, en faveur de celles qui approcheraient le plus des chefs-d’œuvre des maîtres anciens et modernes qui l’avaient charmé. M. Chartier eût été heureux de l’indécision où l’Académie a été tenue par le mérite des trois candidats présentés à son choix. L’un, M. George Mathias, professeur au Conservatoire et pianiste brillant, est auteur de différents trios, quatuors et quintettes très appréciés. Près de lui se place M. Eugène Sauzay, également professeur au Conservatoire et exécutant remarquable. Les titres de M. Sauzay consistent d’abord en divers morceaux de musique de chambre, puis en écrits très intéressants sur cette branche de l’art; chez lui, le talent d’exposition s’unit à la
compétence supérieure de l’artiste voué par passion et par héritage à l’exécution des œuvres de grands maîtres. Toutefois, le choix de l’Académie s’est fixé sur M^e Farrenc, qui n’a cessé, elle aussi, d’enrichir d’œuvres du plus grand mérite le genre préféré par le donateur. Farrenc avait déjà obtenu le prix en 1867. Les compositions quelle a publiées depuis se distinguent toujours par le style classique le plus pur et témoignent des tendances élevées dont le prix Chartier n’a pas peu contribué à maintenir le respect.
M. Bordin a confié à plusieurs des classes de l’Institut de France des fondations importantes pour récompenser des ouvrages écrits, en demandant seulement que les sujets mis au concours eussent pour but l’intérêt public, le bien de l’humanité, les progrès de la science et l’honneur national. A ce peu de mots on reconnaît un esprit généreux, un cœur animé d’un vrai patriotisme. En s’efforçant tantôt de faire étudier directement l’histoire de l’art dans notre pays, tantôt de tourner au profit de l’enseignement et à l’honneur de la tradition des recherches dirigées vers l’antiquité, l’Académie s’est conformée à l’esprit des dispositions que vous venez d’entendre ; elle y est restée fidèle en mettant au concours pour cette année la question suivante :
« Étudier Vart de la gravure en médailles en France depuis Louis XII jusqu'au règne de Louis XIV inclusivement^ au point de vue des modifications introduites dans la commande^ la composition et V exécution des médailles de cette période, »
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Un seul manuscrit a été déposé, mais il a d’incontestables mérites; et l’Académie, tout en regrettant qu’un sujet intéressant aussi directement et l’histoire d’un art dans lequel les modernes ont véritablement rivalisé avec les anciens, et Thistoire de notre art national, n’ait point excité une plus vive émulation, n’a pas hésité à couronner le mémoire qui lui était présenté. Le nom de l’auteur, qui est M. René Ménard, a déjà été proclamé dans cette enceinte : on n’aura pas oublié qu’en 1867 le même écrivain, qui est aussi un artiste, remportait déjà le prix Bordin en collaboration avec son frère aîné. Le travail que l’Académie récompense aujourd hui offre beaucoup d’intérêt : l’auteur a fait d’intelligentes recherches pour traiter un sujet négligé jusqu’ici, et, quoique le classement des époques en mythologique^ emhlémalîque , allégorique, puisse paraître un peu artificiel, en réalité le programme se trouve généralement bien compris et traité dans une convenable mesure. La forme, claire, élégante, prend quand il est nécessaire une fermeté remarquable : c’est ainsi que tout ce qui est dit du style dans l’art et du style numismatique en particulier constitue un morceau digne des plus grands éloges et destiné, croyons-nous, à frapper l’attention; en résumé, M. René Ménard connaît bien et sent fortement les grands principes de l’art. Si l’on entre dans les faits, il y a peu d’erreurs ; l’auteur est allé puiser aux sources véritables. Mais on voit que ces études sont nouvelles pour lui. Aussi, tandis que la partie historique est bien développée, la partie technique
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ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS
Séance publique annuelle du i 8 décembre 1869.
Messieurs,
Les prix de plus en plus nombreux que l’Académie des beaux-arts est appelée à décerner au nom de généreux donateurs ont une portée et une signification considérables. Historiquement, les fondations qui les établissent témoignent des préoccupations d’un temps et de ses aspirations les meilleures. D’autre part, leur effet s’étend bien au delà des personnes auxquelles elles sont dévolues comme une récompense ou comme un bienfait. Expression de la confiance publique, ces prix grandissent l’autorité morale de l’Académie en l’associant au travail de l’opinion; créés par de simples particuliers, ils fortifient son indépendance et augmentent ainsi la reconnaissance que nous devons à ceux qui les ont institués.
Parmi ces bienfaiteurs, le plus grand nombre a depuis longtemps disparu d’au milieu de nous. Go
serait une œuvre de pieuse gratitude que de les faire apparaître ici, que de tirer leur existence et leurs personnes de l’obscurité qui parfois les enveloppe, au grand détriment du bien. Mais nous ne les avons pas connus, et ils ne se sont révélés que par l’acte authentique où ils ont consigné leurs dernières volontés. Là du moins se trahissent leur belle âme et le trait décisif de leur caractère; ils semblent revivre dans les expressions réfléchies qui consacrent leurs bienfaits.
Le plus ancien de nos prix est celui qu’a institué M. Deschaumes, architecte à Paris. Les termes dans lesquels il établit sa fondation nous dévoilent son âme aimante et candide. M. Deschaumes est un disciple de M. de Montyon; son langage respire le plus pur amour de la vertu. On voit qu’il avait survécu à une sœur dont l’amitié avait fait tout son bonheur, et qu’en souvenir de cette union fraternelle il avait voulu qu’un prix fût décerné chaque année à un jeune architecte, peu favorisé de la fortune, marquant des dispositions dans son art, ayant donné l’exemple d’une moralité parfaite, et vivant avec une ou plusieurs sœurs dans une affection qu’ennoblirait un caractère de protection et de dévouement. Le prix Deschaumes s’adresse donc à la fois aux espérances du talent et à ce qu’il y a de plus délicat dans la pratique des devoirs domestiques. Cette année, l’Académie est heureuse d’offrir cette récompense exquise à M. Eugène Létang, élève de la première classe d’architecture de l’École des beauxarts; et elle n’accorde pas à ce jeune homme un éloge médiocre en disant que, par ses études, ses sentiments
et ses actes, il a pleinement satisfait aux conditions exigées par le vénérable testateur.
C’est aussi une figure digne de respect que celle de M. Lambert. Arrivé, quand nous le rencontrons, au terme d’une carrière laborieuse, au déclin de la vie, il se tourne avec sérénité vers les chemins qu’il a parcourus et, sans vanité, nous laisse deviner les difficultés du voyage. Enfant de pauvres artistes, il a grandi par le travail ; il est parvenu à donner des compositions musicales qui ont été remarquées; il est honoré d’amitiés distinguées ; il possède une indépendance modeste. Il croit énergiquement à la puissance du travail, et cependant, au souvenir de sa mère morte à l’hôpital, une sympathie, une tendresse infinies s’émeuvent en lui en faveur des artistes et des gens de lettres, de leurs veuves, tous si fréquemment atteints par les rigueurs d’un sort immérité, et il vous charge de les rechercher et de leur tendre en son nom une main amie. L’Académie des beaux-arts n’a pas cru pouvoir mieux faire que de continuer cette année la jouissance de la fondation Lambert, qui est aussi un honneur, à veuve Caron et à M. Walcher, dont les titres respectables n’ont pas été oubliés. Elle appelle au partage du même prix M. Pluyette, peintre de talent, qu’un travail intense de l’esprit et l’insatiable poursuite du mieux entravent encore dans sa carrière et empêchent de réaliser ce que l’on peut attendre de lui.
Si le souvenir des joies paisibles peut, comme celui d’une vie de lutte, inspirer des bienfaits, le simple
DISCOURS DU président.
spectacle des choses y suffit ; et, quelque haut que l’on soit placé dans le monde, le point de vue ne fait que changer. Il vous appartenait, messieurs, de décerner cette année le prix fondé par M. le comte Maillé- Latour-Landry. La noblesse du talent et les titres qu’il possède à la sollicitude, quand il est dans sa fleur, avaient éveillé la sympathie de ce vrai gentilhomme que préoccupait la destinée des Malfilâtre, des Gilbert, et la fin alors récente d’Hégésippe Moreau. Un peu d’aide, croyait-il, eût suffi à les sauver et nous eût valu des chefs-d’œuvre. Vous vous êtes associés à cette pensée si juste, et vous l’avez appliquée en donnant le prix qu’elle a fait créer à M. David et à M. Delhomme. Le premier, graveur en pierres fines, avec beaucoup de talent et au milieu de travaux importants, s’est vu tout à coup atteint dans les sources de la vie par un accident terrible, un empoisonnement involontaire dont il n’est pas encore guéri. Le second, déjà statuaire habile, a pu, malgré des privations excessives, se faire remarquer dans les expositions publiques, où il a remporté une médaille. Tous deux vont puiser de nouvelles forces dans la distinction que leur accorde l’Académie, intermédiaire des bienfaits de M. le comte Maillé-Latour-Landry.
Le point de vue et la préoccupation étaient les mêmes chez M. le baron de Trémont qui, tout en remplissant avec honneur de hautes fonctions publiques, avait vu de près les artistes et bien apprécié les plus illustres qu’eût produit son temps. Ayant pu connaître par ces relations quelles épreuves sont le plus souvent
artiste, qui fut aussi un fils pieux. Il exposait comment l’Académie, en acceptant le prix Troyon, aussi éloignée d’imposer aux concurrents les entraves du genre historique que de les convier à une imitation servile de la réalité, les invitait à associer dans leurs œuvres l’émotion sincère que donne la nature au choix qu’inspire le sentiment du beau. Le sujet proposé était : <c Une vallée parcourue par un torrent, — automne, — après-midi. »
Si largement défini et placé sous l’invocation d’un nom illustre, le concours promettait de brillants résultats : l’attente n’a point été complètement remplie. Néanmoins, sur les quinze ouvrages qui ont été envoyés, plusieurs sont dignes d’intérêt. C’est ainsi que l’Académie a remarqué le tableau portant le n® 8, dont l’auteur a paru hésiter entre les tendances naturalistes et des aspirations d’un ordre plus élevé; c’est ainsi qu’elle a reconnu le mérite du n® 15, dans lequel une impression poétique assez vive semble réalisée par une volonté soutenue, plus que par de solides études; et qu’ enfin son attention s’est fixée sur le n°6, d’un caractère élégant et agréable, conçu par un artiste d’un talent déjà mûri et exécuté avec l’habileté d’un pinceau expérimenté. Après un sérieux examen, le prix Troyon a été décerné à ce dernier ouvrage, dû à M. Albert Girard, ancien lauréat du prix de paysage historique. Une mention honorable a été accordée au n° 15, qui a pour auteur M. de Sachy.
En attendant une nouvelle épreuve, l’Académie ^ reste pleine de confiance; elle fonde toujours les plus
fermes espérances sur l’avenir d’un concours ouvert dans des conditions qui laissent aux artistes la plus grande liberté.
Tels ont été, messieurs, les concours dont j’avais le devoir de rendre devant vous un compte public. La variété des sujets qu’ils embrassent est grande; les idées qui s’éveillent autour d’eux ont quelque valeur. On ne peut le méconnaître, il n’est pas une de ces fondations qui, malgré son objet spécial, ne relève de sentiments complexes, profondément humains. En peut-il être autrement dans notre siècle? L’homme,, replié sur lui-même et qui s’entend gémir, a-t-il jamais été saisi d’une plus agissante sympathie pour ses semblables et pour leurs peines secrètes? Ce retour ému sur nous-mêmes nous a-t-il jamais intéressé plus profondément aux difficultés de l’éducation et aux épreuves de la jeunesse? Et faut-il s’étonner que les fondations dont nous sommes dépositaires aient avant tout le caractère d’un bienfait? Mais, pour les obtenir, combien il faut réunir de mérites! Quelle que soit l’indépendance fondamentale du principe sur lequel l’art repose, notre siècle ne veut pas oublier qu’il y a un homme au fond de l’artiste. Un idéal qui s’épure, en théorie du moins, réclame comme auxiliaire du talent la moralité qui fait la dignité de la vie et la parure de l’infortune. C’est un fait qui peint notre temps, messieurs, que la compétence de l’Académie des beauxarts soit reconnue dans de telles matières. C’est un hommage singulier que l’on rend à son caractère quand on l’appelle à juger des œuvres d’art, à décider des
questions où Fhistoire et la technique se prêtent de mutuelles lumières, à distinguer les plus dignes dans les rangs de la jeunesse, à chercher ceux qui souffrent et à donner à la fois des prix de vertu. Mais aussi combien ces mandats acquièrent d’importance et sont vraiment significatifs quand ils émanent directement de l’initiative privée! Est-ce une erreur? Mais ce recours de plus en plus répété de simples particuliers à votre juridiction m’apparaît comme un témoignage de la confiance publique qui vous soutient et répare vos pertes. On dirait que l’opinion veut par là renouveler sa sanction effective au principe que vous représentez, à la constitution qui vous régit, vous séculariser, pour ainsi dire, en vous entraînant dans la marche libérale du temps, et consacrer votre indépendance en émancipant de plus en plus votre activité.
Ce travail se poursuit toujours, et j’ai la bonne fortune d’avoir à proclamer un fait qui justifie ma pensée.
Lorsque, en 1864, le ministre de la maison de l’Empereur et des Beaux-Arts annonça qu’un prix de 100,000 francs était créé par l’empereur pour récompenser le meilleur ouvrage qui, dans la peinture, la sculpture ou l’architecture, se serait produit dans l’espace de cinq ans, il y eut une grande émotion; on conçut des espérances; on fit des réserves. Aujourd’hui, on peut dire que toutes les questions que cette fondation soulevait ont été tranchées à l’honneur de l’art. Les applaudissements qui avaient accueilli l’an-
nonce de cette grande récompense ont salué avec un concert cette fois unanime le jugement qui l’a décernée. Le nom de l’architecte illustre, de l’éminent confrère qui l’a emporté dans cette lutte mémorable, ce nom est dans toutes les pensées : autour de moi je l’entends répéter tout bas. On sait déjà que la générosité de l’artiste égalant son mérite, il a voulu détacher un large rameau de sa couronne et le remettre entre vos mains pour établir un prix en faveur des hautes études architectoniques. « Heureux, vous écrivait-il, <( si l’Académie voulait bien s’associer à une pensée « qui n’a qu’un seul but, celui d’exciter chez la jeu- « nesse le culte du grand art dans notre architecture, <c et de féconder ainsi la noble pensée de l’em- <c pereur! »
Vous avez applaudi; vous avez accueilli ce désir qui tendait aussi à laisser à l’Académie un témoignage de l’honneur qu’elle recevait dans la personne de l’un de ses membres. Les intentions de notre confrère ont revêtu maintenant une forme définitive : il veut contribuer à développer, au point de vue de l’architecture moderne, l’expression d’un caractère monumental, quel que soit le degré d’importance de l’édifice, et surtout donner aux études supérieures et libres une direction plus spéciale vers la beauté et l’élévation du style qui constituent à ses yeux l’essence de l’architecture.
De la sorte se trouve institué un nouveau concours qui, d’après votre volonté formelle, portera le nom de son fondateur. Destiné à maintenir, à étendre votre
reste incomplète, et l’on s’aperçoit que l’écrivain n’a pas suffisamment consulté les praticiens. Il ne faut pas le perdre de vue : l’Académie des beaux-arts, en proposant des sujets historiques, leur donne une portée plus étendue. Les procédés et les formes ont aussi leur histoire : il importe de bien connaître et de bien expliquer les moyens dont on se sert dans la pratique, puisque de l’exécution dépend non seulement la durée des œuvres, leur aspect, mais ce qu’il y a de plus délicat dans le sentiment. Au point de vue de la gravure proprement dite, il n’eût donc pas été inutile de faire connaître les moyens employés pour le frappage des monnaies ; et, en disant que Warin a modifié leur fabrication, il fallait dire en quoi consistent les améliorations qu’il y a apportées. On aimerait aussi à voir distinguer plus nettement les médaillons qui sont fondus, et n’ont souvent pas de revers, d’avec les médailles qui sont frappées ; à entendre parler des pièces dites les pieds-forts, de leur perfection et de leur destination, et définir la légende et l’exergue. Bien qu’il y ait là des lacunes, il nous semble aisé de les remplir, et nous invitons l’auteur à le faire quand il présentera son travail au public. C’est dans la même intention que nous demandons à ajouter une observation plus importante. Le programme, nous l’avons dit, demandait que le sujet fût étudié au point de vue des modifications apportées à la commande. Ce mot, dans le langage de l’art, a une signification particu- ^lière que l’auteur n’a pas suffisamment appréciée : il
p; "veut dire la manière dont les médailles sont com-
mandées pour obtenir Tunité dans les suites historiques que fait exécuter un gouvernement. C’est à la commande que nous sommes redevables des belles séries monétaires des règnes de Louis XIV et de ses successeurs. Ces galeries d’histoire métallique méritent qu’on les admire, et il faut se garder de confondre l’unité qui a présidé, à leur exécution et dont elles offrent l’exemple avec la monotonie qui serait l’effacement des talents. M. René Ménard se montre assurément trop sévère pour les graveurs du règne de Louis XIV. L’un d’eux, Mauger, devait être loué davantage : il avait un grand mérite et fut de beaucoup le plus habile parmi ses contemporains. Enfin, ce qui valait la peine d’être signalé, c’est l’influence de l’Académie des inscriptions et belles-lettres sur l’esprit de la commande et l’utile direction qu’elle exerçait sur les médailles par une intervention effective, mais calculée de manière à ne point porter atteinte à la liberté des artistes. 11 est difficile de suppléer à une pareille organisation, et nous pensons qu’elle pourrait encore servir de modèle aujourd’hui.
Malgré ces réserves faites dans l’intérêt de l’art et de la vérité, l’Académie encourage vivement M. René Ménard et elle s’applaudit d’avoir couronné un travail qui, au milieu des efforts tentés pour ranimer l’art de la gravure en médailles, peut y intéresser le public, exercer une influence salutaire sur la jeunesse et sur les artistes eux-mêmes, en appelant leur admiration sur les éclatants chefs-d’œuvre des graveurs français.
Nos concours ont aussi un caractère purement artis-
tique. Un monument consacré à la mémoire de Rossîni, tel était le sujet du prix institué par Esther Le Glère, pour honorer la mémoire de son frère, membre de cette Académie ; fondation encore inspirée par l’amour fraternel et par le désir de perpétuer le souvenir de l’intérêt que prenait M. Achille Le Glère aux études des jeunes architectes.
G’était un sujet bien fait pour parler à l’imagination qu’un tel hommage rendu par l’architecture à l’un des plus grands génies de la musique. Sans vouloir forcer la relation qui existe entre les deux arts, ne sait-on pas que le genre de combinaisons sur lequel ils reposent les rapproche ; et la langue, en exprimant l’analogie des idées, n’invite-t-elle point l’esprit à passer de l’un à l’autre? Avec leur dessin si net, avec leurs formes d’une harmonieuse proportion, et grâce aux rapports établis entre les motifs principaux, l’ornement qui les anime et l’orchestre qui les soutient, les créations du grand compositeur en l’honneur de qui cette séance restera vraiment consacrée S ne semblentelles pas se développer comme des édifices tantôt riants, tantôt superbes, devant lesquels l’esprit se repose, suivant pour ainsi dire des yeux leur souple ordonnance et jouissant de l’idée qui s’y déploie comme d’un spectacle? Et y avait-il quelque chose de chimérique à provoquer dans les jeunes esprits la conception d’une architecture rossinienne?
L’Académie n’a pas à regretter d’avoir proposé un
1. L’éloge de Rossini fut prononcé dans cette même séance par M. Beulé, secrétaire perpétuel de l’Académie.
2o2 DISCOURS DU PRÉSIDENT.
pareil sujet; elle a été entendue, et le projet qu’elle a couronné est conçu, tant au point de vue du plan que du motif principal, dans jd’heureuses conditions. Le caractère de l’architecture, inspiré des meilleures sources, garde un côté de fantaisie élevée qui montre que l’artiste a parfaitement saisi l’esprit du programme. Les à-jours que donne, sur un fond de verdure, cette architecture à motifs clairement découpés et d’ingénieuses intentions dans la décoration, ont été particulièrement appréciés. A la vérité, le rendu manque un peu du charme qu’appelait le sujet; mais les cfualités plus sérieuses du dessin ont paru si expressives, si supérieures dans ce projet, que l’Académie a donné le prix à son auteur, M. Dillon, élève de M. Questel. Elle a accordé deux mentions honorables, la première à un élève de notre vénéré confrère Le Bas et de M. Ginain, à M. Viennois, pour un plan convenable et simple, pour une façade étudiée avec goût et pureté, particuhèrement dans une colonnade à jour d’un agréable effet; la deuxième à M. Alfred Vaudoyer, jeune artiste qui hérite d’un nom dès longtemps cher à l’Académie, et qui a surtout donné, dans un plan bien conçu, la mesure de ses heureuses dispositions.
Enfin, messieurs, vous aviez à décerner, pour la première fois, le prix Constant Troyon. L’an dernier, mon honorable prédécesseur, dans des termes excellents et justement applaudis, vous disait comment une mère octogénaire avait voulu consacrer, par un prix destiné aux jeunes paysagistes, le souvenir d’un grand
influence dans le domaine des hautes études qui vous appartient, il rappellera d’une manière durable le triomphe d’un artiste qui, sûr de vivre par ses ouvrages, a voulu rattacher sous vos auspices le souvenir de sa gloire à l’encouragement d’une jeunesse d’élite et au progrès de l’art.
Messieurs, j’ai l’honneur de vous annoncer que votre bureau vient de recevoir le décret qui consacre cette dotation. Le prix auquel elle donne lieu sera décerné dans deux ans; il s’appellera à la fois : prix des hautes études architectoniques et prix Duc.
ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS