II. Il
22^ iTABLISS£M££(T W LA BEFORME
dpDS leurs prédicatioos » les désordres auxquels se livraient les ftdver^ saîres de leur rigidité et de leur domination. Ils blâmèrent 4>uver-^ tement la condescendance des magistrats pour ces excès. Le coAseil fit défendre aux prédicateurs, et notamment à Far^l etàCalyio , parler du gouverneroent civil de la ville, le ministre CorauU • qui était vieux et aveugle^ mais hardi et savant^ méprisa cette défense et dit en chaire que Genève avec ses divisions était te royaume gur nomllf9 * . Le conseil le fit mettre en prison*
Calvin ^ Farel se pr^ntèrent devant le conseil, et se plaignirent jmèrement de Tempri^punement de leur collègue^ Le conseil leiir prescrivit de rétablir les cérémonies de Berne; ee qu'ils refusèrent^ Il leur j^tef^it alors de monter en chaire le lendemain, jour de Pâques. JJâisite ywaontèrent, Farel k Saint-Gervais , Calvin à Saint-Pierre , pour tonner contre les désordres de la ville. Ils refusèrent de distri* buer la cène , parce qu'on n'était pas digne de la recevoir. Le petit conseil irrité , porta contre eux une sentence de bannissement , qui fut confirmée par le conseil des deux-cents et par l'assemblée générale, le 23 avril 1538. Lorsque le grand sautier de la ville vint leiur signifier Tordre de sortir de Genève dans trois jours : A la bonne heure, dit Calvin, si nous eussions servi des hommes , nous serions mal ré-; compensés; mais nous servons un grand maître , gui, bien loin de pas récompenser ses serviteurs^ leur paye ce qu*il ne leur doit pas. Ils quittèrent la villle et se rendirent, Farel à I^euchâtel, et Calvin k Strasbourg*.
C^ bannissement, qui aurait frappé un autre de douleur, remplit Calvin d'une secrète joie, «Me voyant alors, dit-il, détaché de. » cette vocation, et libre , je résolus de vivre à l'écart et en repos \ Mais Martin Buc^r , se servant des mêmes adjurations qu'avait employées Farel, le décida à ne point abandonner le service de leur foi com^ mune'^. Il forma en effet à Strasbourg une église française qui prospérai beaucoup. Il s'y maria avec la veuve d'un anabaptiste converti, nommé Jean Storder ^. Il eut de sa femme, qvi^c laquelle il vécut neuf ans^ un
■ Michel Roset, liv. 4, cl). 17. — Spon, tom@ I, page2f76, etnote L de Gautier.
* Spon, tome I, pages 276-2fn. — Bèze, Vie Cçfivin, pap§ 25-25;^ 0( gisires du conseil du 23 aYril 1538, dans Gqenus.
* Bèze, Vie de Calvin, préface ^ur les psaume^ pjir CalviQi pag^<ç i^^,
* Ibid.
* Ihid., page 30. — Calvin^ dans son traité de Scandali9, d$(é da 10 jiiillet iS50« Toyçz GALTmi Tracta^^$ theologici, Amst, 1087, page 64.
A GENÈVE. 22j
seal fils, qui mourut fort peu de temps après sa naissance*. Il acquit alors une telle réputation d'esprit et de science , que Melanchton ne rappelait que le ihéoloffien^ , et qu'il fut envoyé à la diète de Ratis* bonne, en 1541, pour y soutenir la cause du protestantisme.
Hais son exil ne pouvait pas être de longue durée. Il devait avoir pour terme le triomphe de son opinion , à laquelle cet exil était né* <^aire, parce qu'on ne s'établit jamais qu'à l'aide des excès et delà déraison de ses ennemis. La mort de Berthelier avait précédé l'indépen* dance de Genève; l'expulsion de Farel et de Froment, sa réformation; le bannissement de Calvin devait précéder l'établissement de sa constitution religieuse. Il fallait que de l'excès du désordre sortît le besoin de la régularité, comme des abus du catholicisme était sorti le besoin de la réformation , comme des attentats de l'oppression savoyarde était sorti le besoin de l'indépendance.
Quoiqu'on eût cherché d'abord à maintenir la rèformation morale commencée par Farel et Calvin la ville tomba bientôt dans la plus grande anarchie. On releva les baptistères , dit Michel Roset , on dansa f joua^ ivrogna, paillarda, sous ombre des cérémonies bernoises ; on alla nud par les rues avec tambourins et fifres Antoine Saunier et Mathurin Cordier , régent de l'école de Rive, et plusieurs bourgeois français du parti de Calvin, n'ayant pas voulu recevoir à la cène de Noël du pain sans levain, furent bannis de Genève ^. Uinstruction cessa. Le culte même fut bientôt interrompu. Déjà deux membres du conseil avaient été obligés de se joindre , pour la distribution de la cène, aux deux seuls ministres qui étaient demeurés dans Genève, et dont le nombre était insuffisant. Mais ces deux ministres , Morand et Marco qui avaient montré plus de condescendance que les autres, ne voulurent plus rester, à leur tour , dans une ville livrée à une dissolution extrême, et ils en partirent sans congé ®. Par suite du mouvement de réaction , des prêtres rentrèrent dans la ville , et des catholiques dans le conseil.
Les intérêts de Genève furent même sacrifiés par les syndics et par
' Bèze^ Vie de Calvin, page 30.
2 Ibid.
' Registres des conseils d'octobre 1538, dans Grenus.
• Michel Roset, liv. 4, ch. 21.
• Ihid., ch. 26.
• iè»d.,ch.42.
le capitaine général Jean Philippe à la ville de Berne. Dans l'accord qui s'était conclu entre les deux villes en I5369 après la conquête du pays de Yaud par les Bernois , il avait été convenu que les Bernois garderaient la seigneurie de Gaillard « le couvent de Bellerive et te château de la Bâtie , et qu'ils céderaient aux Génevois le prieuré da Saint-Yictory avec ses droits et ses revenus, mais en gardant les appek îations^. Ils avaient d'abord demandé de prendre dans Genève la place de révéque et du duc» estimans^ disaient-ils, Vavoir gagnée par droif de guerre; mais ils ne s'en étaient désistés, avaient-ils ajouté, par ionnd amitié ^ . Ils s'étaient néanmoins réservé les appellations, ai tant est qm ci-devant on en eût interjeté devant le duc et son conseil ^ ou ses officiers de justice^. Celte réserve des appellations de Saint-Yictor et du vLi domnat fit élever par Berne, en 1540, une sorte de prétention sur bt souveraineté de Genève. Trois députés génevois, parmi lesquels deu^ avaient été syndics lors de l'expulsion de Calvin, furent envoyés aupr^l de la seigneurie de Berne pour s'entendre avec elle. Ils accédèrent, i des articles qui changeaient les prétentions de Berne en droits rèej^ Leur condescendance excita la plus grande indignation dans Genève^ Le conseil général porta un édit qui condamnait à mort quiconque p^r] lerait de changer de gouvernement; au bannissement et à la confi3Q^-| lion, quiconque intenterait un procès , soit à la ville, soit à un bourgeois, devant un tribunal étranger. Cet édit fut immédiatemenjt, appliqué aux trois députés qui avaient sacrifié les intérêts de la yïl\^. Le capitaine général Jean Philippe ayant voulu prendre leur défenaç^ excita une émeute dans laquelle il tua un bourgeois de sa p^opf^ main. Mais son parti ne fut pas le plus fort. Il fut lui-même pris, et eut la tête tranchée malgré l'intercession de la seigneurie de Berne;^.
C'est alors que les Génevois , voyant les fruits de leurs incona^j quences , s'apercevant qu'ils n'étaient pas plus libres en restant (féréglés , . qu'Us avaient opéré un changement sans consentir à sës résultats, adhéré à une réforme sans vouloir lui faire de sacrîfiçes,
■ ' > • : fr,
» Traité conclu à Berne, entre MM. de Berne et dé Genève, après la guerre de iëâè. — Spon, tome II, page 183. — Pièces justificatives, no 61. « Spon, t. II, p. 283, pièce n^ 61.
• Ihid.
* Michel Roset, liv. 4, ch. 39 à 42.— Spon, tome I, p. 280 à 282, et note de Gautier . Celte faction avait été appelée des Articulant, à cause des articles avec Btfne» et des Artichauts, parce qu'elle avait pris des artichauts pour signe de ralUenupUt
qttlls n'étaient ni catholiques par les dogmes, ni protestants par les mœurs » se décidèrent à/ rappeler Calvin.
Le 22 octobre 1540, les syndics et le conseil de Genève lui écrivirent pour le presser de revenir dans leur VHle. Il s'y refusa d'abord en disant qu'il avait oublié l'art de gouverner le peuple , et qu'il ne se sentait pas capable d'affronter les difficultés qui l'y attendaient*. Mais son bannissement ayant été révoqué le l'^mai 1541, et les villes de Berne, de Bâle, de Zurich , ayant joint leurs instances aux vives sollicitations de Genève et à la voix impérieuse de Farel il se laissa fléchir. J'ai, dit-il, donné mon cœur à Dieu en sacrifice; j'irai donc!
Le retour de Calvin à Genève fut un triomphe. Dès qu'il fut arrivé, le 13 septembre 1541 , il se présenta au conseil , et après lui- avoir exposé les motifs desespremiers refus, il l'exhorta à prévenir de nouveaux malheurs en procédant sans retard à une organisation religieuse, et déclara se charger, à cette condition seulement, du soin de diriger la nouvelle Église *. Le conseil adhéra à sa proposition. Aussi te chargea-t-il conjointement avec d'autres commissaires de rédiger des ordonnances ecclésiastiques ^, et de réunir en un seul corps les loîs civiles et politiques de l'État ^, travail dans lequel le réformateur introduisit la rigueur de ses principes et la sévérité de son caractère.
La constitution religieuse fut achevée en novembre 1541. Les ordonnances qui la consacraient furent adoptées le 20 de ce mois , sans contradiction, parle conseil général Cette constitution dont Calvin avait jeté les bases à Strasbourg dans la deuxième édition de rinstitution chrétienne, était destinée surtout à ramener l'Église à son
* Registres des conseils du 20 octobre 1540, dans Grenus. — Calvini, Epist, pages 24-25.
* Michel Roset, liv. 4, ch. 47.— Spom, tome I, pages 282 et 283, et note P de Gautier. . • BfezB, Vie de Calvin, pages 32-33. — Préface sur les Psaumes, page 186.
^ RcGHAT, Histoire de la ré formation de la Suisse, Lausanne, 1837, t. Y, p. 353 : « il protesta de n'accepter point la charge de celte église, sinon qu'il y eût consistoire ordonné et discipline ecclésiastique convenable pour ce qu'il Toyoit que de telles brides étoient nécessaires. » Bëze, Vie de Calvin, page 35.
* Registres du conseil du 13 septembre 1541.
* Registres du conseil du 4 octobre 1541, dans Grenus. Les édits civils et politiques ne furent adoptés qu'en janvier 1543, et revisés en 1568. Yoy. Thourbl, Hist» de Genève, tome II, pages 198 et 261.
' Registres du conseil des 29 septembre et 29 novembre 1541. — Michel Roset, liV. 4, ch. 55. — BfczB, Vie de Ccilvin, page. 35, — Spon, tome I, page 284, et note Q de Crautier.
état primitif. Aussi la forme qu'elle donna à la aouiFelie ^H$e piÇh testante fut-elle extrêmement simple. Elle y introduisit <to raimstros pour conserver les doctrines et conférer les sacrements; des laïques , sous le nom d'anctena, pur surveiller les mcears et mainteBîr la dis* cipline. Les ministres furent choisis par les ecdésiastiques, coofirméi par les conseils qui durent les anci^. 11 fut réglé qu'il y aurait dans^ Genève cinq mintetres^et trois coadjuteurs ; qu'ils feramaient , soosla présidence de l'un d'entre eux» une congrégation q^i se réqmraH tous les vendredis pour conférer des Écritures, et que s'ils n^étatent çm d'aecord entre eux, les anciens chercheraient à les coactUer^stâan que le point c(mtesté serait décidé par le conseil ; qu'Hs ferait trois sermons le dimanche, et prêcheraient en outre le lundi , le mercredî qt le vendredi de chaque semaine ; qu'ils veilleraient à l'^tôtruetiQû des enfants; qu'ils visiteraient les malades et dirigeraient les diacres chargés de l'administration des hôpitaux ; qu'ils composeraietit,. avec douze anciens, pris , deux dans le conseil étroit, quatre dans le cmsdl des soixante» six dans le conseil des deux cents» un coasistoire qui s'assemblerait tous les jeudis, et dont l'office consisterait à sai? veiller la conduite de chacun, à dénoncer, i poursuiivrè, à punir tom ceux qui pécheraient contre les règles de la réformatioa. Ce tribupal des moeurs avait un officier public pour appeler tes délinquants devant lui. Il devait, pour une première faute, réprimanda ; pour une cidive , priver de la cène; et l(»^ue la peine de ces péchés» changés en délits, était pécuniaire ou corporelle» faire son raj^^t au conseil»' qui la prononçait et l'appliquait lui-même ^ Le consistoire joipitt afn droit de censure celui d'excommunication. Il sembla n'avoir qu'nna autorité morale ; mais, disposant de la volonté des conseils, il devint le véritable organe de la puissance publique.
Peu à peu les mauvais^ lieux furent proscrits, les tavernes fermées^, les danses défendues. Tout acte de débauche fut puni de six jours d'emprisonnement au pain et à l'eau , et de 60 sous d'amende. Vjxt. dultère , qui fit encourir plus tard la peine de mort, n'^posa stotsi qu'à neuf jours de prison et à une amende proportionnée à la for^ tune de celui qui le commettait On ne put s'assembler que dan;^
« Michel Roset, liv. 4, ch. 55 et 56.
' Eq 154a. Michel Roset, n%. 4^ch. a.
« Édit du 2 août 1545. Ibid,, lit. 5, ch. 8 CoM en 1560 fue r^ukèce fut puni de mort. Ih., liv. 6, ch. 60.
<^ Ketnt * cognés p«r le emi^l , potir s'amuse!^ âtrt pate^, ddt cailles et acix botite» , sof» rinspeelioft de l'ait de ses membres. On défendit m% hommei ée porter ées diaosses et des potirpeînts découpés, deselAtses dTor el (f argent; ans fèmnies» d*ave}rsut lettrs tètes des^dortires el deaeoiffes d'or, des brodetrîe» mt leom manctoiis, • et plus de deux anneaux à leurs doigta. On régla les repefd eomme les Tétements^, ei il ne fut permiB d'avoir , en attcm festin ou en aucune noee, plus de trois services, et à chaque service phafs de quatre plats ^\ toules tes année» une kispeetion dut se fi#re, par tes aMfens f dans chaque maison , aSn de ^er des haUtode» et d'afpréeler Phistru^ lion de ceux qui Phahitaient Cette viKe religieuse , passant de mcB^rs si libres k des m^eurs^ si compilées , et d'une vie si jeteuse à des devoirs si graves , mais si tristes , fut marquée du seeau de Jésus^ CfarbI dont on inscrîvii te nom au^ttesstft des amafoirtes de la viHe, sur chaewae de ses portes.
Calvin devint peu à peu te véritable ehef de la réputyHque. Yirét était retourné à Lausanne, et Farel s'était ftxé k NeucMlel. Investi, tant qu'il vécut , de la présidence de la congrégation et du consistoire, qui ne devint annuelle qu'en 1564, après sa mort, il commença à gouverner souverainement , au nom de la reli^n y ce» bourgeois jusque-là si indisciplinés et si indépendants* Sa domination était plus réelle qu'apparente. Il vivait avec cent écus d'appointements qu'il recevait de la république comme professeur en théologie ^« 11 menait la vte la plus simple et la pluS' ocpnpée. Outre sa charge de professeur v qfB'il remplissait avec éclat trois fois par semaine , il prêchait huit jours sur quinze , et souvent deux fois le dimanche; il assistait tous tes jeudis au consistoire ^ tous les vendredis à la congrégation ^ ; H
' Miebel Roset, lîv. 5, ch. 5. — Ces lieux de réunion étaient des espèces de elubs^ et portaient le nom ^'ahhayes comme ceux de Berne.
* C'est le 13 octobre 1589 seulement que ces- prescriptions somptuaîres furent portées.— Michel Roset, fiv. A, ch. 43. <f Sur les remontrances des mftfisfres, dît-il, le conseil défendit à son de trompette, etc., etc. »
^ Ceci fut établi en 1550. « Sur l'avis des ministres, il fut ordonné, le 3 avril 1550, une Visitation annuelle de maison en maison pour interroger hommes et femmes de letir foi, pour discerner les ignorants et endurcis d'avec les chrétiens; laquelle a produit avec le temps un grand profit, d Miclîel Roset, liv. 5, ch. 2f7.
♦I. H. S. — Michel Roset, Kv. 4, ch. 42.
* <( 11 avoit en toute somme six cents florins de gages, cftti tftf reviennent jtiBques k trois cents livres tournois. » Bëze, Fie de Calvin, p. 155.
* « Il préchoit d'ordinaire de deux semaines l'une, tous les jours. H lisoit chaquo
328 ÉTABLISSEMEHT DB LA BÉFOBME
visitait les malades ^ , et entretenait une vaste correspondance en Europe avec les principaux savants, les chefs politiques et religieux du protestantisme , et les églises secrètes de France ^. Il trouvait encore du temps pour composer chaque année un ou deux ouvrages destinés à l'exposition ou à la défense de sa doctrine ' , outre la publication de ses sermons et de ses leçons qu'on était parvenu à sténographier^. Il est vrai qu'il dormait fort peu et qu'il dictait une partie de la nuit ^. Le délabrement de son estomac , que le travail avait ruiné , ne lui permettait pas de prendre en vingt-quatre heures plu» d'un repas ^, à la suite duquel, après s'être promené un quart d'heure, il retournait à l'étude. Mais s'il était sobre , désintéressé , laborieux , infatigable , il était chagrin , altier , impérieux , vindicatif, violent; Son irascibilité , qui ne lui pernaettait pas de supporter les contra-' dictions , et son esprit de domination , l'exposèrent à de nombreuses^ inimitiés. « Les uns , dit-il , sèment des bruits ridicules de meâ » impieuses richesses et de ma grande puissance; d'autres parlent de^ » mon luxe et de ma somptuosité ; comme si on pouvait taxer de'
semaine trois fois en théologie ; il étoit au consistoire le jour ordonné (le jeudi), et faisoit toutes les remontrances ; tous les vendredis en la conférence de l'Écriture que nous appelons la congrégation, ce qu'il ajoutoit après le proposant étoit comme uiié lecoQ. » Bèze, Vie de Calvin, page 39. ^ ^ -
' « Il ne défailloit point en la visite des malades, aux remontrances particulières^Jà Bèze, Vie de Calvin, page 39.
» « Mais outre ces travaux ordinaires, il avoit un grand soin des fidèles de France, tant en les enseignant, exhortant, conseillant et consolant par lettres en leurs parsécutions, qu'en intercédant pour eux, ou procurant qu'on intercédât, quand: il pensoit voir quelque moyen. » Ib., page 40.
' « Cependant tout cela no l'empéchoit point qu'encore il ne travaillât h mm étude particulière, et composât plusieurs beaux livres et fort utiles. » Bèze^ Vie dp Calvin, page 40. . ...
* « Ceux de la langue françoise voyant le grand profit que feroient les sermoQii. de Calvin étant fidèlement recueillis et mis par écrit, tâchèrent de trouver hon^^ qui eût cette dextérité avec la promptitude d'écrire, auquel, selon leur pouvoir, ils baillassent gages suffisans : en quoi Dieu bénit tellement leur sainte affection, que depuis, quasi tous ses sermons ont été écrits et sont bien enregistrés. » « Par le moyen de Jean Budé et de Charles de Jonviller, et de leur labour gratuit^ nous avons les leçons de ce bon serviteur de Dieu, et par le moyen de Denis Raguenier». étant aux gages de la compagnie des étrangers, ses sermons. » Bëze, t&.,,page»4A et 50. — Outre ses sermons imprimés, « la bibliothèq^ de Genève conserve deiix mille vingt-cinq sermons manuscrits de Calvin. » Vie de Calvin, par M. Guizol» dans le Musée des protestants célèbres, tome II, partieji, page 106.
* BkzE,ihid,, page 145.
* Ihid., pages 14K et 146.
À «raÈTB. 229
» somptueux celui qui se contente d'un petit ordinaire et d'un habil- » lement commun, et qui n'exige pas davantage de frugalité des plus » petits qu'il n'en montre lui-même. Pour la puissance , à laquelle » ils portent envie, je souhaiterais qu'à cet égard ils fussent mes » successeurs. Us s'imaginent que je suis en mon règne parce que je » suis accablé de travail. Si , pendant que je suis en vie , quelques- » uns ne se peuvent persuader que je n'aie de grandes richesses, un )> jour ma mort le fera voir. J'avoue que je ne suis pas pauvre, parce » que je ne souhaite que ce que j'ai
En effet , les réformes et la puissance de Calvin ne devaient pas s'établir sans exciter les alarmes et rencontrer encore l'opposition du parti des liberUns politiques , qui supportaient impatiemment l'autorité du consistoire et la domination des étrangers dans Genève ^. Ils accusaient Calvin de vouloir faire le prince et l'évique^ et d'imposer à une ville qui avait conquis sa liberté un joug plus dur que celui de ses anciens souverains ^. Le capitaine général , Ami Perrin , qui le haïssait mortellement , s'était mis à la tête de ce parti depuis la mort de Jean Philippe Malgré les inimitiés qu'il souleva et les menaces* dont il devint l'objet , Calvin n'en marcha pas moins vers son but en brisant toutes les résistances ^. Les hommes les plus considérables furent exposés à ses rigueurs. Il poursuivit le capitaine général Ami Perrin , fit citer sa femme devant le consistoire ^ , condamner le con-
* BfcZE. YxB de Calvin, préface de Calyîn sur les Psaumes.
Calvin pouvait être accusé avec justice de dureté, d'orgueil, d'exagération, de cruauté. Mais s'il était à l'abri de tout reproche, c'était du côté des mœurs, du désintéressement, de la frugalité. Les calomnies auxquelles il fut en butte de la part de ses adversaires,^ et dont Bolsec s'est fait l'interprète le plus passionné, ne reposent sur aucune espèce de fondement. — Voy. J. Bolsec, Bist, de la vie, mœurs, actes, doctrine, constance de Jean Calvin, jadis grand ministre de Genève, Paris, 1756> pages 22, 23, 13 à 15, 19 et 20, 35 et 40.
* Galiffe, iVof. généal., tome III, pages 524, 527, 528.
* Ihid., 537. '
* Michel Roset, liv. 5, ch. 21.
* Lettre à Farel du 21 août, et à Tiret du 17 septembre 1547. — « Il y a bien eu murmures et menaces de gens desbauchez qui ne peuvent porter le châtiment... Il semble advis aux jeunes gens que je les presse trop, mais si la bride ne leur estoit tenue rudde, ce seroit pitié, car il faut leur procurer leur bien malgré qu'ils en ayent.» Lettre à Bourgogne du 14 juillet 1547, dans P. Henry. Vie de Calvin ; Hambourg, 1835, 1838, tome II, pages 443, 444.
* Extrait des registres du conseil des 8 et 12 avril 1546, et Galiffe, Not. généaL, tome III, page 541.
^30 ÉTABLISSEMEfiTE I^K LA BÉFORME
seîller Pierre Ameaux à faire amende hcmarabley la torche au poing » pour avoir dit qu'il prêchait une fausse doctrine et était un trèsméchant homme * , et jeter en prison François Favre pour avoir déclaré qu'U n'accepterait point la place de capitaine des arquebusiers s'il devait j avoir des Français dans la compagnie en ajoutant qu'il voudrait bien que tmis ces Français fussent en France ^. 11 sévit encore plus cruellement contre les libertins spirituels que contre les libertins politiques ^ parce qu'à la contestation de son. pouvoir ils joignirent le mépris de ses doctrines. L'un d'entre eux, Pierre Gruett qjai avait affiché à Saint-Pierre un écrit dans lequel il attaquait les censures du consistoire, et menaçait tous les préires reniés 4ia sort de Werli de Fril^ourg^ ayant été découvert, fut appliipé à la torture, et condanmé pour crime d'irréligion à avoir la téte tranchée *.
Cette tyrannie morale et cette conduite cruelle émurent d'indignation tous les amis de la liberté dans^ Genève. Ils prirent occasion , en 1548 , de la hardiesse croi^nte des censures du consistoire^ de l'admission de beaucoup d'étrangers comme bourgeois ^ ^ et de Texcommunication de Philibert Berthelier « fils du fameux Bertlielier , pour conunencer le combat. Berthelier, Balthasard Sept et Philibert Bonna avaient été rencontrés par le ministre Ghaavet ,. au moment où ils prenaient des libertés avec une femme qui passait dans^a rue. Ayant été repris par lui, ils l'insultèrent. Le consistoire les excommunia , et déclara au conseil qu'ils ne seraient ni admis à la cène, ni i^cceptés coi^me parrains jusqu'à ce qu'ils eussent fait réparation de
I Registres du conseil du 27 janTier dans Grenus ; et Gaufvb» Not» GénéaU, tome III, page 524. La condamnation de Pierre Ameaux ayant donné lieu à une sédition, on adopta au conseil la résolution suivante : « A esté proposé cpie Voyant ceux de Saint-Genrais sont rebelles, a esté ordonne que cejourd'hulsoit dressé une brèche (potence) en la place de Saint-Gervais,. en présence de tout le conseil, du lieutenant et compagnies, des^guets et officiers embatlonés. » Registres du eensf il 4u 30 mars 1546.
' GAI.IFFB, Not. généal,, tome lU, p. 537.
* md.
* Ihid., tome Ul, pages 259 et 263.
* « Or se multiplioit de ce temps le nombre des adversaires de toutes ps^rts pour l'Évangile, et principalement de France, à cause des persécutions conUnuelles* Plusieurs d'entre eux désiroient être reçus bourgeois de la ville. » Michel Roset, liv. 5, ch. 31. — « Les étrangers étoient ouvertement haïs, et notez tdlemeni qu'on en battoit la nuit par les rues. » Ih,, ch. 44 et 45.
leurs^ instfltes^*. Le ptairti des Ubérfîûs * se plaSgftitîflôèr^Ëmem desr censures pafcli^s et insupportabife» dont il était Vobjet. li demandé qu'on ne reçût plus de noûvea«ix ftourgeoi>j qui fortifiaient la faction des étrangers dans Genève ; quef le cotiseil ne pût emprisonner que pour les trois anciens cas de toi , de meurtre et die lèse-majesté , et qu'on révoquât les peines nouvellement introduites par Tédit ecclé- Mastique ; enfin , que la privation deia cène ne dépendttpas con^ histoire , mais du magistrat , quï dievait être Fùnique souverainreligieux , comme à Berne, à Bôle , à Zurich et en Allemagne
La guerre qu'il fit à Calvin fut une guerre de dénigrement jusqu^'en^ 155^ A cette époque die devint plus vive. Lies mimstrei^ ayant demandé le 5 février, au conseil des deux-^ente, des édtts plus sévères contre les blasphèmes et les pmllàrdms^y leur fentative f^t repoussée avec tumulte, et les libertins eurent gi^nd soin dédire au peuple : Vous voyez eommmt àn veut mus gùwvemer avec cetédiis^ des Française €^ 4e Jehan Calvifif^. Iteftrent si bien qu'ib l'emportèrent aux élec^ 1Sonsdel5g3. Les syndics^ furent pris parmi eux, PtasfeyNPs» des leurs entrèrent dans le petit conseil , et les ministi^es furent exclus dû' conseil général , par le motif que lès prêtres n^y allaient pas autrefois. On 6ta les armes aux étrangers ;t on attaqua les pouvoirs du eomistoire. Bfattres de ra^rtOrité, lefr libertins demandèrent au petit conseil qu'il s'attribuât la connaissance de l'administration de la cène, le petit conseil, malgré les représentations que lui adressèrent Calvin et tous les ministres de la ville et de la camp^ne ,. s'arrogea la déeision des matières' eeclésiflStlques comrtiediKhaffiaires^civiles»®. H autorisa en conséquence Berthelier , qui était esccooununié depuis cinq ans , à se présenter à la cène , s^il se^senllâit wétet de la recevoir, ce qu'il laissait à sa coi«Beienee.
Le premier dimanche de septembre 155*, jour de tedi^lbution de Iff cène , étant arrivé , Calvin monta en cbmre à Saint-^?iett*e. H
* Bfémoire méàil pour l'éeiaircimmmt de ee qui se peusa m 1553 et 1^ sur l'excommunication, à la fin du volume mairasc. de la bibliothèque de Genève, sous le np 139.
^ « Ils portoieni des croix taillè^es eti Ictirsrpoiirtwints , etamat fe e«»fetff éîdguenots contre lesmameluz. » Michel Roset, liv. 5, ch. 19. » Michel Rosct, liv. 5, ch. 47.
* lbid„ ch. 42.
Michel Roset, liv. 5. oh. 42,
* Ibid., ch. 47-48, 51,
exhorta tous ceux qui Técoutatent à recevoir la cène avec révérence et il protesta eu même temps qu'il mourrait plutét que de la donner à Berthelier ou à aucun de ceux à qui elle était interdite» avant qu*ils^ se fussent réconciliés avec le consistoire. II ajouta qu'il vojait les choses tellement disposées , qu'il ne savait pas si ce sermon ne serait pas son dernier sermon à Genève , ceux qui avaient la puissance le voulant contraindre à faire une chose qui ne lui était point licite selon Dieu. Ainsi, dit-il en finissant , frères ^ ne vous arrêtez point à ma personne, mais gardez la parole que je vous ai prichée. Je vous recommande à Dieu et à sa grâce
Berthelier n'osa point se présenter à la cène , dans la certitu<}e d'essuyer un refus humiliant. Le petit conseil censura Calvin et les autres ministres» qui déclarèrent qu'ils souffriraient plutôt le bannis^' sèment et la mort que de céder sur ce point. Le petit conseil décida alors» et sa résolution fut confirmée par le conseil des deux-cents , dans lequel Calvin et les autres ministres furent entendus^que quicon* que aurait failli serait averti secrètement pour la première fois; que s'il récidivait, il serait exhorté par deux ou trois membres du consistoire;, et que s'il ne se corrigeait pas, il serait renvoyé au conseil qui le jugerait, et dont la sentence serait exécutée. Il enleva en mèmetempa , au consistoire le pouvoir d'interdire la cène sans le commandement du petit conseil.
Mais les ministres tinrent bon, et déclarèrent que leur conscience ne leur permettait pas de se soumettre à ces résolutions. Ils dirent que c'était à eux que Jésus-Christ avait accordé, dans la personne de ses apôtres, la puissance de lier et de délier , que les magistrats ne devaient pas plus exercer cette puissance, qu'ils ne devaient, eux, se mêler du gouvernement séculier, et que tout comme les ministres de: Dieu obéissaient aux ordres de la seigneurie, de même la seigneurie avait à abaisser sa grandeur sous le pouvoir et la parole de Jésus- Christ. Leur opiniâtreté, qui dura, sans fléchir , plus d'un an, finit par dompter la volonté des conseils. Sur les instances réitérées de Calvin et du consistoire, ceux-ci décidèrent, le 24 janvier 1555, qu'on s'en tiendrait aux édits ^. Ce succès fut suivi d'un autre. Les calvi-
' Bèzb, Vie de Calvin, p. 66-67-68. — Michel Roset, liT. 5, ch. 52.— Mémoire sur les affaires de 1553 et 1554, manusc. 139. > Pour toute cette affaire, voir le Mémoire déjà cité dans le vol. manusc* 139. Michel Roset, Hy. 5, ch. 61.— Bëzb, Vie de Calvin, pages 66 et suiv.
▲ GBNËl'E. 233
nistes nommèrent les syndics ans élections de février Us firent recevoir, dans les mois d'avril et de mai» cinquante nouveaux bourgeois. Le parti battu saisit cette occasion pour exciter une émeute, à laquelle le parti calviniste donna Timportance d'un complot , et dont il sut tirer avantage *. Ami Perrin se mit à la téte des pécheurs du lac et desnavetiers de la ville. Il tenta, le 15 mai, de ressaisir le pouvoir par un coup de main, mais il échoua ; et après le mauvais succès de ^ la sédition qu'il a^ait excitée, il prit la fuite avec trente des siens, au * nombre desquels étaient le mattre de Tartillerie, le lieutenant , deux membres du petit conseil, et un auditeur de droit. Ils furent tous condamnés à mort par contumace; mais d'autres , qui n'avaient pas été assez heureux pour échapper par la fuite à leurs ennemis , et au nombre desquels se trouva François Bérthelier, furent ou décapités ouécartelés La charge de capitaine général fut abolie, les armes furent rendues aux étrangers, et depuis ce moment le parti des libertins disparut dans Genève *.
Cette contestation civile avait été précédée d'une discussion théologique qui n'avait pas été étrangère aux événements qui venaient de se passer. Elle avait roulé sur la prédestination et sur la Trinité. La controverse sur la prédestination s'était terminée parle bannissement de l'ex-carme Bolsec, qui avait attaqué, par de très-fortes raisons, la doctrine de Calvin , et que les églises suisses^ avaient recommandé à l'indulgence de l'église de Genève ^. Celle sur la Trinité avait eu une issue plus cruelle. Servet qui en fut la victime, était né en Aragon , 1509, la même année que Calvin. Il avait étudié la théologie et la jurisprudence avant de se faire médecin. Très-hardi d'esprit , il ne s'arrêta point, dans l'examen du christianisme, aux questions d'appli** cation, comme les autres novateurs du siècle; il remonta jusqu^à son essence. Il renouvela, à quelques variations près, les opinions ariennes sur la Trinité , opinions foudroyées par l'ancienne église, et aussi détestées des protestants que des catholiques. Il les publia, dès Tège de vingt ans, dans un livre intitulé : De Trinitatia erroribm , dans
■ Michel Roset, Hy. 5. ch. 62.
' Registres du conseil du 2IS juillet ltSt$5.
* Galiffe, Noi, généal,, tome III, page 545 k 552.
* Michel Rosct, liv. 5, ch. 47, 48 et 49, et liv. 6, ch. 4. — Spon, tome I, p. 297, et note E de Gautier.
* Spon, tome I, page29i, et note X de Gautier.— Bëzb, Vie de Calvin, pages 55 et suiv.
îeqad H anéantîsséit la distinction des trois persoBnes, en faisant de Jésas-Christ xaie créature, et du Sarnt-Esprit une émanation deDîeti, produites, il ^t^rar^ au conrmencement tfu monde , mais inférieures à Dieu , puisqu'elles^ lui étaient postérieures* L'inégalité de durée détruisait VégaRié de substance » car Tétemitè étant un attribut de la Divinité, il n'était pa» possible d'être coiraubstantid à Dieu, sans être étemel comme Dieu, et c'était perdre l'essence suprême que d'aroir une date dans la création, et d'en être , ndn pas l'Suteur, mais l'un des objets.
Servet s'était expatrié de bonne heure, et il avait habité tour à tour Toulouse, Bàle^ Paris et Charlieu. Il avait fini par se fixer à Vienne en Dauphinê,, oàil avait exercé pendant dix ans la médecine» Mais son goût pour les discussions théologiques l'ayant emporté sur le sentiment de la sécuaitè, il publia en 1553 un nouveau livre, intitulé*: €kn8iiamsmi re^itutiû. li y réfutait les doctrines de GaMn , et il y renversait les fondements mêmes de la religion chrétienne. La TrinWé y était réduite au déisme ; la rédemption à l'exercice éclairé du Hbre arbitre; etlesaJut à la pratique-de la morale. Diaprés lui, lies hommes ne pouvaient commettre le mal qu'à Fâgeoù ils pouvaient te conf^attre, et ils étaient capables de se sauver dans toutes les religions , pourvu qu'ils fesent un boa usage de leur liberté. Gef opinion» trop avanceés luè suscitèrent une persécution de la part die$ théologienstle Vi«nne, averti» par Calvin mêmie de la gravité de s&û hérésie. If fut jeté e» prison, et il au»»! été brûlé vif, s'il n'était pasparvenu à s*évader , aprèS' avoir subi dexxs interrogatoires. le cond^na, et il *ut exécuté» en effigie.
- Espérairt pou5W)ir vivre wee moins de danger dan* le royaume' de Tfaple», ii s^y ren^ en passant par Gr^ve. Afeis sachsmt quel reéoti^ ^le adversaire il avait dans cette ville, il ^'y tint caché pendant mti^ séjour. II. ne se cacba^ cependant pas assez pour écbapper àla surtetl'lance dieGali?i{ivqur le découvrit et le déféra au conaeilv II fotaussNét saisi^et jeté en prMon, avec un étudiant en théolo^e nomnré Kieolas de la Fontaine, qui se constitua partie criminelle contre lui, pour t|u'on pût lui faire son procès. Malheureusement pour Servet, le parti des libertins était alors au pouvoir. Il cri^ Fautorilé' tfaéelogique de CMVin moins absolue, parce que son influence poïîtft[ne était affaiblie.. Cette apinion., dans laquelle il fut entretenu par Bertlielier, le porta non moins que l'opiniâtreté espagnole de son eapae<^
ière, à soutenir avee inflexibilité les (Rimons qa'il avait éonse», Ikm une requête qu'il présenta aux magistrats, il se plaignit de son arres* tation et de son procès comme d'une chc^e contraire aux nia^timesde Tancienne église » qui n'avait jamais intenté de procès criminel à personne , au sujet de sentiments e^^prîmés sur les dogmes de la religion.
U disait d'ailleurs que s'il était coupable d'avoir publié ofâ^taines opinions réputées hérétiques à Genève, il ne l'avait fait ni dans cette ville ni dans aucun lieu de sa dépendance ; que , les qjuestions (|ufil avait traitées dans ses livres n'étaient pas à la portée de tout le moiîde, mais seulement des savants ; qa'il ne s'était montré nulle part sédi* tieux ni perturbateur du repos public. U finissait en demandant Tassistance d'un avocat. Mais on la lui refusa en disant que ses impiétés l'en rendaient indigne. Obligé de se défendre lui-naême contre Gaiw et ses accusateurs qui l'interpeUèrent en deux fois sur soûianta et dix-sept questions, il le fit avec beaucoup de fermeté d'esprit. Les actes de soaprocèsfurentc(Hmnuniq,«iéiauxéglisesréforméesde qpi , moim indulgente» pour lui que pour Bolsec , écrivirent aux pasteurs de Genève : Nom prions h Sei^nmr qtjCil voua donne V esprit da. prudence et de force nécessaire pour arracher cettB peste de votre église et des autres^ Le malheureux Servet fut condamné à être brûlé vîf, te 27 octobre 1553 , et il fut accon^»agné à la mort par Farel, qu4 était venu de Neuchâlel à Genève soutenir Calvin contre le parti triomphant des libertins ^.
Un seul homn^ s'éleva contre cette barbare exécution i ce fut Sé^ bartien Castalbn, qui compc^a à cette occasion un livre, de non pu* niendis gladio hœretims^ qu'il n'osa cependant point avouer et qu'il puMia sous le nom supposé de Martin Bellius. Leort qu'il poussa fat sans écho ; l'opinion qu'il soutint, sans parti dans ce siècle rîg^ui^x et cruel, qui ne permettait pas le doute, et qui punissait l'erreur réfléchie comme un crime contre Dieu. La persécution était abrs la jurisprudence universelle des diverses communions chrétiennes, et, San» s^apercevoir de cet excès de contradiction, celui qui aurait été
. * \mv, pour l'bistotre de cette controverse et de cet événement^ la note Z de ^utier,. dans Spoi», fcome T, page 294. — BfeZB, Via de Calvinr pages 62 et suiv.— AiLWOERDEN, Historia Michaelis Servetiy Heinistadt, 1727, in-4o. — Sanbii, bUùiheca(mtilHnita/rk»um,¥reaVaài^ 1634, inA% paj^ Ô-lIT; et amwieiB, où se t.rooTe l'hLstoke deServetr
ÉTABLISSEHBlfT DE LA RÉFORME
martyr dans un lieu se faisait boarreaa dans un autre. Les hommes les plus modérés ou les plus doux approuvèrent le supplice de Servet. Melanchton y applaudit * , et Théodore de Bèze le justifia dans son livre de hœreticis gladio puniendis Gliaque époque a son vice comme son œuvre , et chaque révolution ses bornes. Le vice de ce siècle, qui fut Hntolérance, vint, comme son œuvre, qui fut la réformation , de sa foi. On ne peut pas avoir la croyance qui exalte et l'indifférence qui tolère , et ce qui porta ce siècle'à briser l'unité catholique, fut en même temps ce qui lui interdit de reconnaître Tindépendance individuelle de l'esprit. Cette indépendance fut plus tard l'une des conséquences de son insurrection contre l'église romaine, mais l'une de ses conséquences involontaires. L'esprit , qui avait été l'auxiliaire de la foi dans cette lutte , acquit la liberté d'examiner, d'affirmer, de se tromper, pour sa part dans la victoire.
Il est à remarquer que la doctrine qui causa la mort de Servet prit^^* naissance dans les pays où la réformation ne fut adoptée ni par les ' gouvernements, ni par des minorités assez fortes pour former une ' secte. Elle fut soutenue par un assez grand nombre d'Italiens qùf ' furent expulsés de Genève, entre lesquels figuraient le Napolitain Va* ' leutinGentilis, le Piémontais Jean-Paul Alciat, le Sarde Nicolas Gallo, George Blandrata, du marquisat de Saluées, et Hippolyte deCarignan*. Les deux Siennois Lœlius et Faustus Socin la renouvelèrent et Fétendirent. Cette particularité n'a rien de surprenant. Comme le besoin d'une révision dans la croyance était universel, l'exagération des idées augmentait avec la difficulté d'opérer une réforme. Plus on s'éloignait de la pratique, plus on devenait hardi dans la théorie. Ainsi l'Allemagne arrêta l'innovation dans le luthéranisme ; la France la conduisit jusqu'au calvinisme; l'Espagne et l'Italie surtout la poussaient jusqu'au déisme.
' MIelant, Calvino, 14 octob. 1554 : Reyerende et charissime frater. Legi scriptuin. tuufli, in quo refutasii luculenter horrendas 5m;e(tblasphemias, ac fîlio Dei gratias ago, qui fuit ppaéeuc^ç bujus tui agonis. Tibi quoqueEccIesia etnuncet ad posteros gratitudinem débet et debebit. Tuo judicio prorsus adsentior. Âffirmo etiam vestrô^ magistratus juste fecisse quod hominem blasphemum, re ordine, judicata^ iaterfecerunt» — Melanthonis opéra, tome VIII, page 362.
' Calvin publia aussi un livre intitulé : Fidelis easpotitio errarum Miehaélis Servetiêt brwis eroumdemrefatatio, ubi docelur jure gladii coerendos esse kœreikos» V. Caltini, Tractatus theolgici, page tJlO.
• Bèze, Vie de Calvin, ^fs^s 85 à 88. — Notes G, H, I, de Gautier, dans Spo^, tome I, pages 301 à 303. — Bihliotheea antitrinitariorum, à leurs noms respectifo.
Après ce double avantage remporté sur les dissidents politiques et sur les dissidents religieux, Calvin domina sans opposition dans Genève. Toutes les volontés fléchirent devant la sienne, et tous les esprits se plièrent au joug de ses doctrines. Ceux qui regrettèrent la chute des libertins et déplorèrent la condamnation de Servet furent, avec une rigueur impitoyable, bannis, emprisonnés et quelquefois punis du dernier supplice ^ Le parti des étrangers s'accrut démesu* rément , et Ton reçut jusqu'à trois cents nouveaux bourgeois * dans une seule matinée. Calvin lui-même obtint le droit de bourgeoisie, et en remerciant beaucoup de cet honneur il dit « que s'il ne l'avait pas demandé plus tôt, c'était pour ne pas donner lieu à d^ soupçons auxquels il n'y avait que trop de gens portés ^. » Il fit alors de^Genève le séminaire du protestantisme en y érigeant un collège où furent fondées sept classes et une académie qui eut trois chaires d'hébreu, de grec et de philosophie , sous la direction de Théodore de Bèze Il provoqua l'établissement d'autant d'églises étrangères qu'il le put dans Genève. En effet, outre l'église française, il s'y forma des églises italienne, espagnole, anglaise, écossaise, flamande, au moyen des rér fugiés religieux de ces divers pays ^, qui y attendirent le moment où ils pourraient porter le culte institué par Calvin à leurs nations respectives. Ce moment arriva pour lœ uns, mais ne se présenta jamais pour les autres, qui moururent dans l'espoir et dans l'exil. Calvin s'occupa, depuis cette époque jusqu'à la fin de sa vie, de la propagation extérieure de sa doctrine. Il inonda de ses livres et de ses missionnaires la France, les Pays-Bas, l'Angleterre, l'Ècosse, la Pologne, et il devint Iq chef d'un grand parti religieux.
Il usa, dans les fatigues de cette vaste propagande et dan&les travaux réguliers de son ministère, ce qui lui restait de force. Les infirmités fondirent sur lui. Sa frêle constitution, qu'avaient à peine soutenue une tempérance extrême et une âme forte, ne put résister
^ Gauffb, NoU généaU, tome III, pages 541*543, registres du conseil du 4 mars. 1555, du 24 septembre 1560 et du 12 février 1562.
^ On reçoit trois cents habitants le même matin, deux cents Français, cinquante Anglais, Tingt-cinq Italiens, cinq Espagnols. Registres du conseU du 14 octobre 1558.
' Registres du conseil du 25 décembre 1559.
. ^ £n 1 559. — Michel Roset, liv. 6, ch. 42. — Spon, tome I, page 304^ et note L» de Gautier.
* Sfon, tomel, page 299^ et cote U de Gautier, page 290.r-llichel Roset, Ht. 4,
3^ liTABLISSElIlBfrr BB LA RÉFORHE
longtemps mx tonps redooMés âe ^knittm malacRes. Son estomac était détruit i sa téte hri caasait de violentes douleurs, qui Pobïigeaient souvent à rester quarante^huit heures sans manger; il avait un asthme dont le» accès devenaient de jour en jour plus forts, et il éprouvait de fréquents crachements de sang*. Il n'en renrplîssait pas mohis tous ses devoirs avec ponctualité, et lorsqu'il ne pouvait se tratner lui-même jtnqu'au temple, à l'académie , au consistoire, il s^y faisait porter. Il voulut finir comme un soldat à son poste. Ses amis lui avaient vainement représenté avec une ^icitude affectueuse qu'il succomberait avant le temps. Il leur avait constâmment répondu ^u^ils souffrissent que Dieu le trcfwvdt toujours teillant à sm oêuore emnmeil pmrraiî jusqu'au dernier soupir *.
Mais À la fin ses forces ne répondirent plus à sa volonté. Le â février 1564, il fit sa dernièreleçon, et le dimanche suivant son dernier sermon. Il neparla plus en pubtic depnis. En proie à des douleurs cruelles et muitiplrées, il ne lui échappait jamais que ces mois : Seigneur i jusques à\qumd ^? Serré de près par le mal, et sentant sa faiblesse s'accroitre, il crut, dans les (temicrs jours d'avril, qm le moment de sa fin était arrivé. Il s'était fait porter au temple le j^or de PÂqises pour assister une dernière fois à la cène \ Il fit, le son testament, dans lequel il distribua ir la famifie de son frère deul^ cents écus, fruit de ses économies ou prix de la vente de sa bfbHoP*. tirèque*.
Avant de mourir, il voulut adresser ses dernières recomm^i^ions^ îiux syndics et aux membres du petit conseil. M leur proposa dé se^^ faire transporter à la maison de ville, le 27, mais ils s'empressèrent (le se rendre auprès de lui. Après un échange de graves salortatiops, et lorsqu'ils se furent assis, Calvin leur dit que Dieu lui donmnt des avertissements â& son prochain départ, il avait voulu les entretenir une dernière fois. « Je ne satrrois assez vous remercier, magnifiques » seigneurs, ajouta-t-il, de tant d'honneurs que vous m'avez faits, ^) de toutes les marques de support que vous m'avez données en tant
. ' Bèzb, fie de Calvin, fumim'milmQn^
* Jbid., page 111.
« Ibid^ pagellO*
* Ihid,, page 114.
^e CalviiK
A GEIfËYE. 2S8
», d'œca^oiis, delà douceur ayec laquelle vous veos êtes accommodés D à mes fmblesses et à mes défaats ; en un mot^ de toutes les amitiés n que j'ai reçues de yous. Il est yrai que pendant que j'ai été atl 70 service de cette église, il m'a fallu essuyer bien des contradiction». » Maâs je reconnois en même temps que rien de tout cela n'est arrivé » par yotre faute, et que ces sortes de disgrâces n'ont été , à mon » égard, qu'une suite de l'étal des choses de ce monde, où les gens » de bien sont toujours exposés à plusieurs traiverses. J'aurois bien » ]^utât à me faire des reproches à moi-même, de n'avoir pas pro« » cnré à cet État et à cette église tout le bien que j'aurois souhaité, » quoique je puisse protester devant Dieu que j'ai eu pour votre » république l'attachementle plus sincère, et que je ne me mis proposé » dans toutes mes actions que le plus grand bien publie* Je ne » saurois aussi m'empécher de connottre que Dieu a permis qne » mon ministère ait été de qudque fruit en crtte égFtse, pour ce » qui regarde la doctrine que j'ai préchée, je prends Dieu à témoin » que j'ai annoncé sa parde dans toute sa pureté, et je le prie qu'il ». ne permette pas qu'elle soit altérée après moi. »
Il leur parla ensuite du gouvernement de leur république, et les e&borta à se confier toujours à Dteu pour sa défense, à être unis ^tre eux, à s'acquitter avec zèle et plaisir de leurs fonctions, à se papier de droiture , d'impartialité dans ^exercice de la justice , à préférer toujours les intérêts de l'État au leur propre. Il finit en 1^ disaat : <x Après vous avoir conjurés derechef de me pardonner » les foiblesses et les infirmités que yous avez remarquées en moi, » lesquelles je n'ai pas honte d'avouer devant les hommes, puis- » qu'elles sont connues de Dieu, prenez à gré mon petit travail. >x Je ftfie ce grand Dieu qu'il soit toujours votre cmducteiir et » qu'il augmente sur vous ses plus préciemes grtees pour votre » salut et celui du pauvre peuple qu'il a confié à tos soiifô. » 11 se sépara d'eux en leur touchant la main à tous, et ils sa retiièrent le cœur pénétré d'affliction ^
Le lendemain, toua les ministres de la ville et de la campagne se réunirent aussi dans sa chambre pour prendre congé de lui. 11 les exhorta à continuer, après sa mcHt, avec courage et avec union,
^ ntiïB, Viê d0 Calvin, pages 121 à 128.^Spon, tomel, pages 397 k M, 6t note P de Gautier, à la page 309.
l'œuvre qu'ils avaient entreprise ènsemble, à conserver chèrement Tordre qu'il était parvenu à établir dans l'église de Genève au moyen d'une persévérance que Dieu avait bénie. Il insista sur ce que les choses se trouvant sur un assez bon pied, ils seraient d'autant plus coupables devant Dieu, s'ils les laissaient retomber, par négligence, dans leur premier état de désordre. Il les conjura de se dévouer entièrement à l'église de Genève et de ne jamais l'abandonner. Il termina en leur disant i « Vous m'êtes témoins, mes très-chers frères, » que j'ai toujours vécu avec vous dans les sentiments de la plus » tendre affection, et je vous prie d'être persuadés que je vous quitte » dans les mêmes sentiments. Je vous demande, au reste, pardon » du caractère chagrin que j'ai pu montrer quelquefois pendant » ma maladie, et vous remercie de ce que vous avez bien voulu » partager entre vous le fardeau de la charge que j'ai laissée » vacante.» Il leur donna ensuite la main et ils se séparèrent de lui, profondément émus *.
Ayant appris que Farel, qui était octogénaire, voulait venir de NeuchAtel pour le voir encore une fois, il lui écrivit, pour Ten détourner, la lettre suivante : a Adieu , très-bon et très-dévoué frère, » et puisqu'il platt à Dieu que vous demeuriez dans ce monde après » moi, vivez en vous souvenant de notre union qui a été très-utile » à l'église, et dont le fruit nous attend au ciel. Je ne veux pas que » vous vous fatiguiez à cause de moi. Déjà je respire avec peine, et » j'attends d'un moment à l'autre què le souffle me manque. Il me" » reste la consolation de vivre et de mourir en Christ, qui ne manque » aux siens ni dans la vie, ni dans la mort. Adieu encore une fois » et à vous et à nos frères » Mais Farel, malgré le poids de soti âge, se mit en route, et vint visiter son vieil ami mourant. Ds pas>^ sèrent une soirée ensemble, et Farel, après avoir dit le dernier adiètf à Calvin, retourna dans son église de NeuchAtel ^.
La maladie qui emportait Calvin étant une maladie lente, sa fià arriva moins vite qu'il ne le^croyait. Il vécut encore un mois. Le VS" mai, avant-veille de la Pentecôte, il désira assister à la censure que
* Bèze, Vie de Calvin, pages 128-129. — Spon, tome I, page 309, note P àù Gautier.
' Celte lettre du 2 mai se trouve dans la Vie inédite de Farel, manusc. n» 147> et Bëzb, Vie de Calvin, page 132.
» Bèzb, Vie de Calvin, pages 132 et 133.
A OENÈVE. 241
les ministres exerçaient les uns sur les autres, pour se préparer h la cène et au repas fraternel qu'ils prenaient après en commun, en signe d'amitié. La censure et le repas eurent lieu dans sa maison, selon son désir. Il se ât porter de son lit à la table autour de laquelle étaient ses collègues, auxquels il dit en entrant : Mes frères, je viens vous voir pour la dernière fois. Il bénit les viandes, essaya démanger, et se fit remporter avant la fin du repas dans son lit, pour ne plus en sortir S
Ses forces diminuèrent de jour en jour, mais il conserva jusqu'à la - fin sa présence d'esprit. Le 27 mai, il expira vers les huit heures du soir, sans éprouver aucune douleur. Théodore de Bèze, qui ac^ courut pour recueillir son dernier soupir, n'arriva pas à temps. <( Je » trouvai, dit-il, qu'il avoit déjà rendu l'esprit si paisiblement, ayant )> pu parler jusqu'à l'article de la mort, ea plein sens et jugement, » qu'il sembloit plutôt endormi que mort. » « Voilà, ajoute-t-il, » comment en un même instant ce jour-là le soleil se coucha, et x> la plus grande lumière qui fut en ce monde pour l'adresse de » l'église de Dieu fut retirée au ciel » Sa mort causa une afiliction générale. Il fut enterré le lendemain sans aucune pompe, comme il l'avait ordonné lui-même, au cimetière commun de Plein- Palais ; mais les syndics, les membres du conseil, les pasteurs, les professeurs et tous les habitants de Genève accompagnèrent ses restes avec des signes de respect et des sentiments de regret et de tristesse^. Calvin avait, lorsqu'il mourut, cinquante*quatre ans dix mois dixsept jours.
Ainsi, pour nous résumer, en moins d'un demi-siècle Genève changea entièrement de face. Elle passa par trois révolutions c(msécutives. La première de ces révolutions la délivra du duc de Savoie, qui perdit son autorité déléguée en voulant l'étendre et la transformer en souveraineté absolue. Elle se fit à l'aide d'une alliance ayec les cantons de Fribourg et de Berne, qui défendirent l'indépendance de Genève, et elle eut pour instrument principal Bertbelter, qui paya de sa tète ce patriotique service.
La seconde introduisit dans Genève le culte réformé, et y détruisit
* Bèze» Vie de Calvin, pages 134 et 135.
* /6td., page 136.
« Ibid., pages 136-137-138.
242 ÉTABUSSEmHT IHB LA RÉFORMB
la souyeraio^ de l'évèque. Elle s'opéra par reotremise de Farel , avec rassistancedu caDtoa de B^me^ et aa profit du parti démocratique , qui» vainqueur du duc de Savoie, tendit à rester le seul maître de Genève, et à ne plus en partager le gouvernement avec son ancien prince ecclésiastique.
La troisième constitua l'administration protestante dans Crenève, et lui subordonna l'administratfon civile. Elle fut accomjrfie par Calvin, secondée par les émigrés étrangers, et dirigée contrôle parti municipal des libertins, comme la seconde l'ayait été contre le parti ecclésiastique de révéque, et la première contre le parti étranger du duc de Savoie. Les Savoyards, les éptecopaux, les démocrate^, succombèrent tour à tour les uns devant les autres, et tous devant les calvinistes.
La' première de ces révolutions valut à Genève son indépendance extérieure ; la seconde, sa régénération morale et sa souveraineté politique ; la troisième, sa grandeur. Ces trois révolutions ne sesui* virent pas seulement, elles s'enchaînèrent. La Suisse marchait à ia liberté, l'esprit humain à l'émancipation. La liberté de la Suisse fit l'indépendance de Genève, et l'émancipation de l'esprit humain fit sa réformation. Ces changements ne s'accomplirent ni sans difficulté, ni m& guerre. Mais s'ils troublèrent la paix de la ville, s'ils y agn tèrent les âmes, s'ils y divisèrent les familles, s'ils y causèrent des emprbonnements , des exils , s'ils y ensanglantèrent les rues, ils trempèrent les caractères , ils éveillèrent les esprits, ils purifièrent les mœurs, ils formèrent des citoyens et des hommes, et Genève: «ortit transformée de ses épreuves. Elle était assujettie, et elle devint indépendante; elle était ignorante, et elle devint une des lumière» , de l'Europe ; die était une petite ville, et elle devint la capitale d'une grande opinion. Sa science , sa constitution , sa grandeur, furent l œuvrede la France, par ces exilés du seizième siècle, qui, ne : pouvant pas réaliser leurs idées dans leur pays, les parièrent mi Suisse, ^ont ils payèrent l'hospitalité en luîdonnant un culte nouveau et le gouvernement spirituel de plusieurs peuples*