‹ Notices et mémoires, Volume 2Chapitre 9 sur 27 · LA RÉFORME RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

LA RÉFORME RELIGIEUSE

ET «IlTIiTION DD mm A

Mémoire la à ricadémie des sciences morales et politiques, dans les séances du IS et da 22 novembre 1S34.

La révolution religieuse préchée à la fois en 1517 sur les rives de TElbe par Luther, et sur les bords du lac de Zurich par Zwingle; accomplie avant le milieu du seizième siècle dans la plus considérable partie de l'Allemagne et de la Suisse, en Danemarck, en Suède, en Angleterre; entièrement comprimée en Italie et en Espagne , ne fut entreprise sérieusement en France que vers 1560. Jusque-là les doctrines nouvelles des réformateurs pénétrèrent dans ce grand pays sans pouvoir s'y faire admettre. Elles le remuèrent alors pendant trente-sept ans , et la France , placée entre les États restés catholiques au midi et les États devenus protestants au nord de l'Europe , servit longtemps de champ de bataille aux deux cultes qui se disputèrent sa foi , et qui semblaient y combattre avec acharne* ment pour l'empire du monde. Le catholicisme l'emporta dans cette longue lutte , sans que le protestantisme fût toutefois abattu , et les deux croyances demeurèrent sur le même sol, l'une à côté de l'autre, constituées sous leur règle particulière et selon la mesure de leur force.

Jusqu'alors la France avait dirigé les grands mouvements de la

société européenne. Au douzième siècle , elle avait donné le signal lies croisades , et avait conduit ces vastes entreprises destinées à faire triompher le principe clu^ien du principe musulman, la civilisation de la barbarie ; au treizième siècle, son université avait été le brillant théâtre où Tesprit du moyen âge s'était manifesté dans toute sa grandeur ; au quatorzième siècle elle était parvenue , à l'aide d'une révolution décisive , à séparer nettement le pouvoir temporel du pouvoir ^rituel , à délivrer les rots de 1» dépendasce des pé^; au qurn^ vième siède , enfii , soutenant rimiurreetiim réguMère de toute l'Église contre les excès du pouvoir pontifical', elle avait essayé, dans les conciles de Pise , de Constance et de Bàle , de rendre au sacer« doce chrétien sa légitime libeité^ sans remerwat la hiérarchie romaine , et de ramener la catholicité aux mœurs délaissées du chris» tianisme sans en altérer les dogmes. Gomment se fit-il qu'elle prit tine part si tardrve et si iocomplète aux innovations relrgteuses du ^izième siècle, que suscitaient Texercice du droit d'examen, l'amour de l'indépendance , l'ardeur d'une piété austère et indocile , «t surtout le besoin universel d'une régénération morale?

Rien ne l'appelait à présider au grand acte d'émancipation qui donna à ce siècle son caractère et sa destinée. Depuis quelque temps €lle avait cessé de conduke la nâarche de l'esfHrit buiBftto. Cè n'hait {>as dws ses viUes> déduies de leur ancienne liberté , qu'anaieet âé trouvés ces verres lentienlaires, et fondus ces caractères ^imprimerie iqui devateirt mener à la eonnaissance des cieux , et renouveler les Idées de la terre. Ce n'^it pas sur ses bords hosfntalier» qu'avaiest été recueiHis ces fu^tifs de la Grèce qui apportaient aux Oecîdeotaux, dont rinteUigenee était en travail, le poissant secours de la iangw^ des livres de leurs ancêtres. Ses ports étaient presque déserts, alors «que les navires de Yasco de Gama et de Colomb , partis des eètes de Portugal et d'Espagae , aviiMt marché à travers un ocàn ûicouo, ^r la foi de l'érudition , à la redmrche des Indes et à la déeouverle d'un monde nouveau. Ses univ^ités, qui avaient produit autrefois des œuvres si hardies et des hommes A célèbres^ semMaie&t avoir perdu leur aBcienne fécondité, ei ce n'était pas au imlieu é'eUesqM Peurbach et Begiomontanus avaient hàté4es i»*!^^ de kbgéométrte> Cardan et Tartaglia ceux de l'algèbre ; quê Copernîe « par l'effcHrt d'une induction supérieure , avait deviné le système de l'astronenite moderne , et qu'Érasme , aigctisant les esprits par la finesse de ses

<^itiques, ayait préparé à croire des choses nouvelles en atteignant pac^ 8jes doutes les choses anciennes.

Le pays qui n'avait pas vu surgir de son sein les régénérateurs des lettres et de la science ne devait pas enfanter les premiers novateurs religieux du siècle. Tout comme ses imprimeurs lui vinrent des bords du Rhin, ses professeurs de grec et d'hébreu, ses savants et ses artistes d'Italie , tout comme il navigua sur les mers nouvelles à la suite de l'Espagne et du Portugal, ainsi il dut recevoir d'Allemagne les semences de la réformation protestante. Ces semences 7 pénétrèrent même difiScilement , et eurent besoin de temps pour s'y développer. La vieille orthodoxie de la France ; l'indépendance de son église ^ ^nsacrée par la pragmatique sanction de Bourges , fondée en 1438 sur les décrets du concile de Bàle ; la forme et les intérêts de soa gouvernement l'attachaient également au catholicisme, dont la biérarchie s'adaptait à l'organisation d'une vaste monarchie, d(mt le . culte répondait par sa pompe à la grandeur de l'État , dont la doc-trine , résolvant d'avance avec précision tous les problèmes de la philosophie religieuse et offrant avec abondance tous les moyens du salut chrétien , facilitait la soumission des esprits , et trouvait dans l'uni-» versité une école pour en répandre l'enseignement , dans la Sorbonne un tribunal pour en garder le dépôt, dans les parlements des corps puissants pour en punir les écarts, et dans la royauté une ' volonté souveraine pour en commander le maintien.

La résistance de la royauté à la réformatiou religieuse devait étie le principal obstacle aux progrès de celle-ci et à son établissement» En effet, la réformation ne s'était opérée ^nulle part sans le aoncoûrs ou tout au moins l'assentiment du pouvoir politique. Par^ tout où ce pouvoir lui avait été contraire, elle avait échoué. L'opposition de l'autorité royale était d'autant plus redoutable pour elle en FraiK;e , que cette autorité , sortie triomphante de toutes les luttes du moyen âge , s'était fortement organisée, et avait acquis un ascen-^ #nt irrésistible.

C'était cependant un roi de France qui avait rendu possible le fuçcès des innovations religieuses au seizième siècle, en affaiblissant le souverain pontificat au quatorzième. Ce roi avait affranchi le pouvoir politique des États de la juridiction temporelle de Rome, et par là il avait préparé à d'autres le moyen d'affranchir plus tard la conscience humaine de sa juridiction spirituelle : Philippe le Bel

avait en qaelqae sorte suscité Luther. Mais cette révdution elle« même, qui avait ruiné sous Boniface YIII la suprématie absolue du saint-siége fondée par Grégoire VII ; cette révolution, à la suite de laquelle les papes étaient restés pour ainsi dire soixante et dix ans en exil à Avignon sous la surveillance de la royauté, qui avait enhardi, les princes à protéger leurs sujets suspects pour leurs opinions sans craindre de perdre leurs États, qui avait permis à un hérétique de pouvoir être un réformateur, et à un prince d'oser être un hérétique, avait éloigné les rois de France de tout changement nouveau.

Qu'avaient-ils, en effet, à gagner en adoptant ta réforme de Luther? leur indépendance de la cour de Rome? ils l'avaient conquise depuis Philippe le Bel. L'obéissance de leur clergé? il^ l'avaient rendu gal^ lican par la pragmatique sanction qui l'avait soustrait à l'influence du pape ; monarchique par le concordat de Léon X, qui l'avait placé sous la main du roi. L'acquisition de ses biens? ils en di^saient par la nomination aux bénéGces, par la possibilité de s'en approprier Ie& revenus ou même de les vendre.

Ainsi la réforme ne tentait pas leur ambition, mais il y a plus, elle excitait leur crainte. Ils étaient parvenus à détruire le caractère féodal de la noblesse, la tendance ultramontaine du clergé, les consti-* tutions républicaines des villes; ils ne voulaient pas laisser pénétrer dans leurs États des idées d'indépendance et des causes de contestation qui pourraient aider la noblesse à reconstituer la féodalité, le clergé à reconnaître la suprématie romaine, les villes à rétablir la démocratie municipale. Aussi François P% tout en se déclarant le protecteur des lettres, disait-il en parlant du luthéranisme, que cette secte et autres nouvelles sectes tendaient plus à la destruction des royaumes qu'à Vé'^ dification des âmes *•

Malgré ces dispositions défavorables, il était impossible que les idées et les sentiments qui avaient fait naitre et triompher les doctrines protestantes dans d'autres pays ne rendissent pas en France ces doctrines vraies pour un grand nombre d'esprits indépendants, chères à beaucoup d'àmes pieuses. Les lettrés qui, à l'aide des connaissances récemment introduites, des livres que l'imprimerie avait répandus, des langues grecque et hébraïque, dont l'enseignement venait de s'ajouter

1 Brantôme y OEtivrei ; Paris, 1822, 1S2I. Vie des dames illustres, tome Y, page 220.

h celui de Ta langue latine» comparèrent la simplicité des textes évangéliques avec les développements que leur avait donnés l'Église par s^ docteurs et ses pontifes, et, n'en apercevant pas les liens, n'y trouvèrent que des différences ; les hommes religieux qui , frappés des \ices depuis si longtemps incorrigibles du clergé, furent portés à confondre sa corruption avec son ministère, à considérer la plupart des sacrements comme des erreurs, parce qu'ils donnaient lieu à des abus, à déclarer les pratiques religieuses sans mérite spirituel parce qu'elles semblaient sans effet moral , à placer dès lors le salut du chrétien dans la foi et non dans les œuvres, et à le faire descendre directement de Dieu , pour rejeter l'intervention trop compliquée du sacerdoce; tous ceux, en un mot, qui voulurent examiner pour croire, croire pour pratiquer, et qui, ne comprenant point le sens alors obscurci, l'encbathement alors oublié des dogmes fondés sur Pinterprétation de l'Ëvangile par les plus grands génies chrétiens et par l'assentiment continu de toutes les générations religieuses, re* cherchèrent une foi plus intelligible et un culte plus simple; tous ceux-là, dis-je, embrassèrent les doctrines protestantes et formèrent un parti clandestin et persécuté jusqu'au moment ou la faiblesse de l'autorité royale exercée par un prince mineur, donna à ce parti l'appui delà nohlesse française et lui permit de se montrer, de se constituer et d'agir.

Jusqu'à ce moment, le* protestantisme n'eut en France que de mystérieux propagateurs, et fut réduit à se cacher ou à s'expatrier. La petite colonie de lettrés qui l'embrassa la prenJîère, et à la téte de laquelle se trouvaient Lefèvre d'Étaples, le professeur le plus savant de l'université de Paris, et Guillaume Farel, régent au collège du cardinal le Moine, se réfugia d'abbrd à Meaux sous la protection de l'évèque Briçonnet, que son amour des lettres avait favorablement disposé pour une réforme, et ensuite à Bàle, aQn de se soustraire aux décrets de la Sorbonne et aux arrêts du parlement. Ce n'est donc pas en France qu'il convient de chercher dans ses commencements le protestantisme français, mais en Suisse, qui devint le lieu de son refuge et le théâtre de sa grandeur. C'est là que le caractère français eut son représentant dans Farel, et l'esprit français le sien dans Calvin : l'un fut l'apôlre de la croyance nouvelle, et l'autre son régulateur dans la Suisse française.

Essayons de retracer la révolution que ces deux bannis accomplirent

ÉTABLISSEMBHT M LA RÉFORME

mr me terre étnagàre, après avoir ? ainement essayé et prosoptement désespéré de l'accomplir dans leur patrie.

GutUaume Fard S qai prépara les Yoies à Gidviiif et qui avail vingt ans ^ i^us qae lui, était né à trois lieues de Gap ai 1489. il apparteoMt à une famille de g^tilshommes. Il s'était rewlu à Para pour y étudieri s'y était étroitanent lié avec Lefèvre d'ÈtapIes» pr0« fesseur de mathématiques et de phîloa<q>bie à l'univer^tè. Devenu «on disciple, il avait été d'abord fervent caUiolique comme luL II ne pouvait rien cr<Hre avec modération* La promise atteinte que reçut «a foi lui fui portée par la lecture de la Bible. Il rejeta d'abord doutes comme provenant d'une fausse interprétation des Èeriture»; mais Lefèvre d'Ètapks les fortifia et les étendit lûentôt en lui eo^ peignant que le salut du chrétien ne venait pas des œuvres de l'homme^ mais de la grÀce'de Dieu. C'était la doctrine de Luther è laqu^ il fut peu de temps après entièrement initié. Il l'mbrassa avec l'ardeifcr de son esprit et la fougue de son caractère. Il étudia le grec et rhébreu, qui ^i^t les deux instruments nécessaires aux nov^eup pour connaître les textes originaux des livres évangéliques et les rendre l'objet d'une explication libre et directe. Il se retira d'atxNtd de Paris à Meaux, avec son maître Lefèvre d'Ètaples, pour fuir les persécutions de la Sorbonne et du parlement. Obligé plus tard de tjuitter cet asile, il se rendit en 1524 dans les pays réformés les plus voisins de la France. Il contracta une étroite amitié avec les réformateurs de l'Alsace et de la Suisse allemande : avec Bocer et Capito, À Strasbourg ; Zwingle, à Zurich ; Pellican et CHEcolampade^ à Bàie; Berthold Haller, à Berne.. Il admira leur {Âété et leur érudition, ^ohaita vivement marcher sur leurs traces, et s'offrit à les aider dans l'accomplissement de leur tâche. <]es réformateurs acceptèrent la coopération de Farel, et lui donnèr^t la main ePmsociation. Ils 4e jugèrent propre à porter leur doctrine dans la Suisse française, pays coupé en petites souverainetés, et qu'ils étaient moins en mesure de convertir eux-mêmes, parce qu'ib en .ignoraient la hmgue. Ils l'y envoyèrent dès lors, en sorte que la mission de Fard dans cette partie des Alpes fut le résultat d'un plan concerté.

^ Voir, pour tout ce qui rapporte à la yie de Farel, l'annexe A, placée à la suite "de ce mémoire et extraite du manuscrit de la Bibliothèque de Genève portant le — ^ 147. Ce manuscrit contient à la fois la Tîe inédite de Farel et la chronique sur i'établissemeni de la réformation à Génère par le raisistre Froment.

A 6BNËTE.

II était éminemment propre, par ses défauts comme par ses qualités, à la tÂche qui lui fut assignée dans le grand travail de la réforme^ Il était infatigable de corps, ardent d'esprit, intrépide de cœur et doué d'une volonté indomptable. Sa conviction et sa passion lui don*fiaient un singulier ascendant. Il fut le plus entraînant des réformés français. II avait de cette éloquence populaire avec laquelle Luther avait subjugué les masses, et de cette intrépidité héroïque qui fait sortir des grands périls en les bravant ; mais il était dépourvu de la pru« dence politique qui avait concilié à Luther la faveur des princes d'Allemagne, et à Zwingle l'assistance des magistrats de la Suisse. Son courage était plus celui d'un soldat que d'un chef, et sa prédication annonçait plus un fougueux apôtre qu'un habile novateur. Les siens l'appelaient le zélé ; mais le pacifique Érasme, qui voulait la liberté «ans combat, et qui, comme il le disait lui-même, ne l'aimait pas séditieuse *, l'appelait l'audacieux et le téméraire *.

C'est pourtant avec cette audace et cette témérité qu'il parvint, pendant les six premières années de son bannissement, à remplir entièrement sa mission. Il propagea les idées nouvelles dans le comté de Montbéliard, qui appartenait au duc de Wurtemberg ; dans la ville de Morat ; dans la vallée de l'Aigle^, que les cantons de Fribourg et de Berne possédaient par moitié ; dans le comté de Neuchàtel, 4ont la duchesse de Longueville était souveraine, et dans celui de Vallengin ; dans le bailliage de Grandson, et dans les villes d'Orbe et de Lausanne. Il rencontra de grands obstacles et de nombreux dangers. Il lui fallut tout le courage et toute la persévérance dont il était doué, pour suffire et pour survivre à ce dangereux apostolat ^. Aucun de ces pays ne fut converti en une seule fois. Il fut chassé successivement de tous et maltraité dans plusieurs. Ge ni'est qu'à la seconde et troisième tentative qu'il parvint à y établir le culte réformé. Il y gagna peu à peu les populations et il y institua des ministres*.

1 lUque si Lutherus omnia Tere scripsisset, mihi tamen magDopere displiceret sediliosa libertés. Ërasm., EpisioL Loudon, 1692, in-foL, lib. 17., ep. 26. ' Chronique sur la réformation de Genève, dans le manuscrit 147.

• De 1524 k 1531^ Vie inédite de Farely et Chronique sur la réformation de Genève^ Ibid,

* Eotre autres, Pierre Tiret, a natif d'Orbe, de la juridiction commune des seigneurs de Berne et de Fribourg, personnage discret et docte, et d'autres enfants du pays, desquels il se servait çà et là, les employant au sacré ministère. » Vie

Mais pour qae le protestantisme français eût sa forme particulière et sa marche décidée, il avait besoin d'une ville qui lut servtt de centre, et d'un chef qui devint son législateur; La conquête 4e cette ville et la désignation de ce chef appartinrent à Farel. Ce fut lut qui donna Genève à la réformation, et Calvin à Genève.

Genève ayant été le théâtre de trois révolutions consécutives, qui firent d'elle un État indépendant, une ville réformée, et la capitale d'un protestantisme nouveau, il est nécessaire de remonter un peu plus haut pour connaître les causes et suivre la marche de ces divers événements.

Placée entre le Jura et les Alpes, à l'extrémité méridionale du lac Léman, auquel elle donna son nom; assise sur le Rhône et presque baignée par l'Arve, Genève s'élevait dans un pays magnifique, sur un territoire qui n'était plus la France et qui n'était pas encore la Suisse, mais où l'on avait l'esprit de l'une et la liberté de l'autre.

Elle était l'un des débris de ce royaume de Bourgogne qui, m tombant en pièces, avait donné naissance à des souverainetés féodales^ comme le Dauphiné, la Savoie, la Provence, etc. ; à des États dé*, mocra tiques, comme les cantons de la Suisse; à des principautés; ecclésiastiques, comme celles de Lyon, de Valence, de Gap, de Gre^ noble, de Die, de Saint-Paul-Trois-Châteaux, de Lausanne et de Genève. Sa constitution, bien que la démocratie y dominât, étmt formée des éléments les plus divers. Son évéque était son souverain * •

inédite de Farel, Ihid, Tous les événements de ce difficile apostolat se trouvent racontés dans la vie inédite de Farel, dont le ministre Anciilon a fait quelque usage dans la Vie de Farel qu'il a publiée à Amsterdam en 1691, in-32. lis le sont aussi dans la chronique manuscrite de Froment.

' Voici comment l'évéque Guillaume de Conflans expliquait lui-même sa souve-^ raincté dans des lettres d'excommunication, en 1291, contre le dauj^in de Yiennois, qui s'était joint au comte de Génevois pour soutenir celui-ci dans ses prétentions : « Notorium est onmibus, quod episcopus gebennensis, ipse solus et in solidum, dominusestetprincepscivitatis gebennensis, non habens in'dominatu ejusdem par^ tîcipem vel consortem, sed agens et exercens in ea, tam per se, quam per vicedo*minum suum et per alios officiarios et judices suos, merum et mixtum imperlum et omnimodam jurisdictionem temporalcm et spiritualem. Et quod ipsam ctvitatem gebennensem, castra, viUasetpossessioncp, homines, juraetjurisdictiones, ac Mbertalcs et universa bona temporalia ad ecclesiam gebennensem pertinentia, a sola imperatore roraano immédiate dignoscitur obtinere. Spon, Hist, de Genève; Genève, 1730, in-4o, tome I, page 57, note T de Gautier.

Notorium quod ecclesia gebennensis domina est et princeps unica in solidnm civitatis et suburbîi gebennensis. (Acte cité dans le Citadin, ibid,, page 45.)

ÈIu par le peuple et le clergé avant le douzième siècle, il était nommé par les trente-deox chanoines de l'église cathédrale de Saint-Pierre depuis la révolution sacerdotale qui avait concentré le droit d'élire les papes dans le collège des cardinaux, et les évèques dans les chaj^itres des chanoines. Après que Févéque nommé par le chapitre avait été conOrmé par le peuple, il était solennellement installé dans sa principauté. Les chanoines réunis le recevaient en grand costume, avec les capes et la croix, à la porte de l'église de Saint-Pierre. L'é- \èque donnait aux chanoines le baiser de paix, et il était ensuite conduit par eux jusqu'à l'autel, où se trouvait un missel ouvert sur lequel il jurait, les deux mains étendues, en présence du peuple et des syndics de la ville, de respecter et de maintenir les libertés, les francises et les coutumes des bourgeois de Genève. Il était dressé acte de ce serment par un notaire public, et c'est après l'avoir prêté que l'évèque était reconnu souverain *.

L'evêque, dont la souveraineté datait à peu près de la même époque que celle des princes ecclésiastiques d'Allemagne * , rendait la justice an civil, avait droit de grAce en matière criminelle, levait les impôts, battait monnaie et commandait les troupes. Mais il avait délégué sa juridiction civile et son pouvoir militaire à un vidomne (vicedominus) ^, qui fut, jusque vers la Gn du treizième siècle, le comte de Génevois , et jusqu'au commencement du seizième , le duc de Savoie ^. Ce vidomne avait la garde du château de l'Isle, placé sur

' Voir le Jwramentum prœstitum per Joh. de Bertrandis, episeopum gehennensem manutenendiliberlates et franchenas , eic, en 1409. Spon, tome II, page 123, pièces juslificatived, 48, et Juramentum Joh. Brevif, Coxœ, episcopi gebennensiSy de tuendis franchesiis, en 1422, ihid., page 165, n« 53. Ces doux pièces sont tirées 4es arcbiyes de Crenève.

' Elle datait de Conrad le Salique, qui vint dans Genève en i034, comme roi de Bourgogne. Vie de Bonivard, dans les Chroniques de Genève, par François de Bonivard, prieur de Saint^Victor, Genève, 1831, in-8o, tome I, avant-propos, pages 132 et 133.

» Comes fidelis advocettus sub episcopo esse débet. Voir la pièce justificative no 3 intitulée : Accordium et transactio facta inter episeopum et comitem gehennensem, super ji$risdictione et dominiis eivitatis gebennensis, ann. 1155; dans Spon, tome II, page 9.

« Cest en 12^ que le comte de Savoie fit alliance avec la ville de Genève contre le comte de Génevois, et en 1290 qu'il fut substitué aux droits de celui-ci. Il prit le titre de vidomne, et eut un lieutenant qui fut appelé le châtelain du vidomne. Plus tard, le nom de vidomne fut donné au châtelain lui-même. Spon, pièces justificatives, no 23, tome II, page 57, ^jui contient le traité d'alliance, et n» 24, tome II, p^ige 59, qui contient l'acte d'inféodation du vidomnat.

le Rhône * dans Genève mémë , où il tenait garnison , et jugeait les petites causes par an lieutenant , d'une manière sommaire , yerbale et dans la langue du pays

Quoique possédée par l'évèque , et tenue en respect par le chàte^ lain de l'isle , Genève jouissait des franchises les plus étendues , et se gouvernait presque démocratiquement elle-même. Tous les chefe de maison se réunissaient deux fois dans Tannée en conseil général , au son de la grosse cloche de Saint-Pierre, pour élire quatre syndics et un trésorier , régler les impôts , porter des édits , délibérer sur les alliances , fixer le prix du vin et du blé. Les quatre syndics , qui étaient renouvelés tous les ans , ét qui ne pouvaient pas de trois ans rentrer en charge , avaient seuls le droit de poursuivre en matière criminelle , d'emprisonner, de mettre à la question , de condamner à mort. Entre le coucher et le lever du soleil , ils étaient maitres absolus de la ville , dont les portes , les armes , Tartillerie étaient , en tout temps , confiées à leur garde. Ils disposaient d'un tiers des revenus publies, dont les deux autres tiers appartenaient à Févéque. Ils étaient assistés d'un conseil composé, tantôt de seize, tantôt de vingt, tantôt de trente membres, qu'ils désignaient eux-mêmes ^. Telle était l'organisation du parti bourgeois.

Le parti ecclésiastique était très-puissant dans Genève. Les trentedeux chanoines de l'église cathédrale de Saint-Pierre , qui portaient l'épée , en étaient les chefs. Il comptait dans la ville sept cures , onzô chapellenies et cinq monastères *. Sur une population d'environ douze mille ftmes , il y avait trois cents ecclésiastiques dans Genève vers le commencement du seizième siècle ^.

Le parti militaire y était également fort. Il tenait le château intérieur de risle et s'appuyait sur les châteaux de la Bâtie ^ et de

' Ce fut de 1215 à 1219 que l'évèque Pierre de Sessons fit bâUr le château de risle dans Genève. Spon, tome I, page 51.

. ' Spon, tome I, page 56, note T de Gautier, Chroniques de Bonivarà, tome I, page 140. Chouet, 21® question sur l'histoire de Genève.

' Chroniques de Bonivard, tome I, pages 129 à 131. Spon, tome J, pages 46 et 47, 70 ét 71. — BÉRENGER, Histoire de Genève; Genève, 1772, tome I, page 64.

* Chroniques de Bonivard, tome I, pages 89 à 118.

* Ibid,, tome II, page 385, et la note 1 qui y est jointe.

* Il fut bâti en 1219, à une demi-lieue de Genève, par Girard de Terny, qui en prêta hommage à i'évéque et à la ville. Spon, tome I, page 51.

A GBMËVE.

fesùej S 1^ loQgeaiait le cours da Rhône, etsm celui tie Gaillard ^» qui coinimiiidmt ie cours de TArve. Ces châteaux étaient à une ou deux lieues de Crenève, dont le territoire était couvert de beaucoup d'autres châteaux ou maisons fortes» et qui était enclavé dans les pos* sessions , d'abord des comtes de GrénevoiSy ensu^(;^ des ducs de Savoie. Ainsi que cela se pratiquait dans le moyen âge , la plupart des nobles territoriaux étaient bourgeois de la ville.

Cette constitution mixte, qui partageait le pouvoir entre Tévéque» le vidomne et les syndics , au nom desquels se faisaient les criées et se portaient les statuts ^ ; qui balançait la souveraineté de l'évéque par les prérogatives du vidomne et les franchises du peuple ; qui soumet* tmt les sentences du vidomne à l'appel de l'évéque , et celles des syn^ dics à son droit de grâce ; qui appelait deux fois par an tous les citoyens à délibérer sur la chose publique pour garder^ dit Bonivard, Vévique de tyrannie^ et le petit conseil d'oligarchie êétte constitution faisait de Genève une ville à la fois ecclésiastique, féodale et républi« etine , et devait lui donner une existence longtemps troublée , une souveraineté incertaine , une liberté combattue.

Le prindpal danger pour elle se trouva dans les projets ambitieux du vidomne. Il était à craindre, en effet, que Genève n'éprouvât le sort commun à toutes les villes ecclésiastiques du royaume de Bourgogne. Grenoble et Gap étaient tombées sous le pouvoir des dauphins de Yimiois; Lyoo, sous celui de Philippe le Bel; Valence, Die, Saint-PauHrois-Ghâteaux , sous celui de Louis XI. Par suite d'une ambition analogue et d'un besoin naturel d'agrandissement, les comtes de Génevois^ et les ducs de Savoie cherchèrent tour à tour à s'emparer de Genève. Ils voulurent réduire l'évéque à n'être que le chef spirituel de la ville, et faire:de ses citoyens leurs sujets.

Mais ils trouvèrent dans èes intrépides bourgeois une résistance qui dura quatre siècles. Tantôt soutenue par l'évéque , qui mettait sa souveraineté en commun avec leur liberté, tantôt entravée par lui, à

* Il fiit construit par Févêque Aimé de Grandson en 1220, à deux lieues au* dessous de Genève» sur le Rhône. Spon, tome I, page 51.

* Aimé II, comte de Génevois, fît bâtir ce château à une lieue de Genève, sur TArve, en 1304. /fcid., tome î, page 58.

* Jhid., tome I, pages 46 et 47. — Chroniques de Bonivard, tome I, page 133.

* Cette phrase, qui ne se trouve pas dans les chroniques imprimées, est tirée d'une variante de ces chroniques, transcrite dans le manuscrit 139, de h Bibliothèque de Genève.

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cause de sa parenté avec les princes qui visaient à Tusurpalion, cette résistance ne se démentit jamais. Elle se montra toujours flèremeiit, et quelquefois héroïquement. Pour arrêter les projets d'usurpation des maisons de Génevois et de Savoie, les empereurs Frédéric Barberousse, Charles IV, Sigismond, confirmèrent par des bulles l'indépendance de Genève, et la reconnurent comme ville impériale, relevant d'eux immédiatement, et n'ayant d'autre supérieur que saint Pierre, en considération duquel, disaient ces empereurs dans leurs bulles % noua et nos prédécesseurs dans le saint-empire^ avons accordé à là mile de Genève ces privilèges et ces grâces. Mais il ne suffisait pas d'avoir le bon droit, il fallait pouvoir le maintenir par la force. Tant que la maison de Génevois subsista, les bourgeois de Genève s'allièrent , pour lui résister, à la maison de Savoie. Lorsque celle-ci eut pris les possessions, la place, les desseins de l'autre, qui s'éteignit à la fin du quatorzième siècle les bourgeois de Genève cherchèrent leurs alliés et leur appui dans les cantons suisses.

^ Le plus ardent et le plus redoutable de leurs antagonistes fut Charles III, qui monta sur le trône ducal de Savoie en 1504. Il commença avec eut une lutte qui dura vingt ans 9 et dont l'issue devait être l'asservissement de Genève ou l'abolition du vidomnat. II essaya d'abord d'obtenir la souveraineté par séduction. Les Génevois avaient perdu, en 1463, leurs foires, qui avaient été transférées à Lyon. Le duc s'engagea, en 1512, à les obtenir de nouveau pour eut, s'ils consentaient à lui donner la seigneurie directe de la ville et à lui faire prêter serment par les syndics. Mais ils lui répondirent qu'ils aimaient mieux vivre dans la pauvreté et la liberté , que de devenir plus riches et

> Reroaneat» dit la bulle de Tempereur Frédéric Barberousse, de 1162, ipse episcopus et sui successores supremus deniinus et princeps civitatis, saburbioram et llmitum ipsius ciTitatis et castrorum episcopatus gebennensis, pullum ex biis recognoscentes superiorem prt^ quam beatum Pctrum apostolum ob cujus reYereDtiain nos et nostri in sacra îniperio predecessores talia contulimus privilégia et gratias. Dans Spon, pièces iustHlèaUves, n<* 7, tome II, pages 24 à 29. — Sentences et lettres de Charles IV, de 1369^ et 1367, .dans Spon, pièces justificatiYes, numéros 26, 27, 28, 29, tome H, pagés 96 à 103. — Bulles de l'empereur Sigismond ^e 1412 et 1420. Ihid., pages 162 et 163, numéros 49 et 52.

' En 1401, Oddo de-Yillars, oncle d'Humbert de Yillars, dernier comte de Génevois, mort en 1400, vendit ses droits à Aimé YIII, comte de Savoie, pour 45,000 livres d'or. Spon, tome I, page 73. La livre d'or ou le franc d'or était une monnaie d'or fin de 63 au marc, note X de Gautier, ibié. — Guicbenon, Hùtoire généalogique de la maison royale de Savoie^ Turin, 1779, foL, tome II, page 24.

û'èire dans Tesclavage, et les syndics lui refusèrent un serment qu'ils ii*avaient janiais, dtsaient-îls, prêté à aucun prince de la terre ^ Ce moyen ne lui ayant pas réussi, il recourut à la violence. II parvint à faire nommer, en 1513, pour évéque Jean, bâtard de Savoie. Celui-ci ayant obtenu Févèehé i condition de trahir Genève céda sa juridiction temporelle au duc et se dévoua à ses volontés usurpatrices.

D'un commun accord ils attaquèrent tes franchises de la ville. Le moment paraissait bien choisi pour Tentreprise du diic. Allié aus: niaîsons de France et d'Autriche, ligué depuis 1509 avec les cantons suisses, ayant trouvé réunis à ses Etats^ le comté de Crénevois, la baronnie de Yaud , les seigneuries de Gex, de Faucigny, de Valxomey, de Bresse , dont l'ancienne désunion avait favorisé l'indépendance de Genève ; possédant, à l'eicception de cette ville et de celle de Lausanne, tout le bassin entre le Jura et les Alpes ; disposant du cliapitre qui était rempli de ses créatures ; ayant dans l'évèque un complice de ses desseins ; soutenu par beaucoup de riches bourgeois, moins épris d'une liberté orageuse que désireux de jouir tranquillement de leur aisance, et parmi lesquels il avait fait admettre un nombre considérable de Savoyards dévoués à ses intérêts ' ; voyant la ville sans fortifications ^, sans appui, sans alliance, le duc crut son usurpation aisée et infaillible.

Il rencontra cependant quelques bourgeois généreux qui conçurent la pensée de s'opposer à lui. De ce nombre furent Besançon Hugues, Jean Pécolat , François Bonivard , prieur de Saint-Victor , et Jean Lévrier. Mais le principal d'entre eux fut Philibert Berthelier. Il caehait une âme forte sous des dehors frivoles, et nourrissait des sentiments profonds dans une vie dissipée. Comme il était membre du petit conseil, Tévéque, pour le gagner , lui avait donné le commandement du château de Peney. Dès que Berthelier aperçut les intentions du duc et de l'évèque, il se démit dç cçWe charge afin d'être

» Spon, lome I, pages 112 et 113, et note de Gautier. Ihid. — Chroniquet de Bonivard, tome I, page 17.

' « Jehan de Savoie, dit Bonivard, nous avoit vendus encore en herbe, car il avoit fait présent de nous, devant que fussions à lui. » Chroniques de Genève, 1. 1, p. 25. — Spon, tome I, page 120, et note X de Gautier, ihid,

* Galipfb, Notices généalogiques sur les familles génevoises, Genève, 1831, in-S"», tome 1, 352.

. * « Les murailles et forteresses de la ville ne valoient un coup de poing. » Chroniques de Bonivard, tome 1, page 22.

ÉTABLISSEHEÎfX DE LA RÉFORME

plus libre daos sa résistance ^ Il se plaça à la tète des jeuoes gens^ que, sous prétexte de leurs plaisirs, il organisa eu confédération de défense commune , à laqu^le il donna le nom de Qui touche Vun iouckc Vautre

Cette confédératicm fut le premier instrument du salut de Genève, qu'elle conduisit à Tindépendance par les voies apparentes du.désordre^ . Cest avec cesjeunesgens inconsidérés, nomm^ les JEnfanUde Genève^ très-susceptibles sur le point d'honneur et toujours disposés à recourir aux armes, ne comprenant d'abord que les droits de la dissipatimi , n'ayant que le patriotisme nécessaire pour défendre leurs plaisirs , croyant que la liberté pour chacun fût de vivre à son appétit ^ sme loi^ règh^ ni compas, queBerthelier essaya de rétablir cette ^tre liberté ^ qui n'est pas de faire ce que Von veut, si Von ne mut ce que Von doit*. Jl connaissait les dangers auxquels il ^'exposait, et le sort qui l'attenjdait Aussi disait-il souvent à Bonivard : Monsieur ni<m confire , pour l'amour de la liberté de Genève vous perdrez votre bénéfice ^ ^ et moi la tite ^.

' Chr0n^u9» de Bonivard^ tome II, page 258. — Gautieh, Histoire manuscrite, liv. III, et Galiffe, Notices généaU, tome I, pages 8 et 9.

' « Ils s'assembloient au Molard, à Plaiopalais et daos d'autres lieux publics ou » secrets, sans la permission, l'ordre ou la volonté de monseigneur l'évèque , et de » ses officiers, formant des eonventicules illicites au mépris de son autorité ; dans

lesquels congrégations et eouventieules ils so^t conveiuis d'être unis et UDanimes » pour se srecourir l'un l'autre, comme tous, au nombre de cinquante et plus, se sont » unanimement et de plein accord, donné leur foi de le faire, tant contre notredit » seigneur évêquc que contre ses officiers, promenant de ne pas souffrir que leurs I» franchises et libertés fussent enfreintes de dreit ou de fait, et si l'uii d'eux D étoit arrêté pour un d^t ou pour autre chose par le vidomne ou les autres officiers ' » del'évêque, ils se révolteroient et ne permettroient pas qu'on le touchât, qu'on » l'arrêtât, ou qu'on le mît en prison, et qui en touchcroit un seroit censé avoir » touché tous les autres, et qu'ils se défBndfoient l'un l'autre avec leursannes, kurs » ongles et leurs dents (armis tmguibusei rostris)* » Procès d'Aoai de B^jie dans Galiffe, Matériaux pour V histoire de Genève, Genève, 1829, tome II, page 214. Ibid., page 214-215, et 120, 157 et 191, et Not. généaL, tome I, page 9.

' Chroniques de Bonimrd, tome I, pages 28 et 29. — ^ Ibid.

* Ce bénéfice était très-considérable. Le prieuré de Saint-Victor comprenait quinze ou vingt villages, tels que Cartigny, Chancy, Avusy, Laconex, Troinex, Landecy, Gonsignon, etc., dont les ducs de Savoie éteient seigneurs suzerains. Pigoz, Bist. de Genève, Genève, 1811, in-8s tome I, pages 59 et 60.

' Berthelier avait alors cinquante ans, « et ne faut dire qu'il eut ce fait inureme- >dîtement, mr il savoit très-bien qu'il mourroit pour cela, et s'en tenoit certain comme de la mort en général. Ce qu'il m'a dit cent fois : Monsieur mon compère, disoit^l, touchez là, car pour amour de la liberté de Genève vous perdrez votre bé^ néfice, et moi la tête. » Chroniques de Bonivard, tome II, pages 237-238.

(Test eti 1517 que commença sérieusement l'attaque du duc contre la ville de Genève. Pour avoir bon marché de ses droits, H songea à perdre ses défenseurs. Il fit donc intenter par Tévèque une accusation capitale contre les plus indépendants des bourgeois, qui furent poursuivis comme ayant voulu empoisonner lean de Savoie avec des pâtés de poisson. Jean Pécolat, ayant dit que Tévêque ne vivrait pas longtemps, fut saisi, conduit au château deThiez, et appliqué à la torture au nom de Jean de Savoie, quoique ce droit fût réservé aux syndics *. Il résista courageusement à deux de ces cruelles épreuves ; mais les tourments firent fléchir sa forced'âmeà la troisième, et tt dit tout ce qu'on voulut cdntre Berthelier et ses autres amis. Il s'empréssa, dès qu'il fut rendu à lui-même, de rétracter ses aveux. Lorsque plus tard on allait l'appliquer une quatrième fois à la torture, !1 se coupa une partie de la langue pour que la douleur ne lui arrachât plus de paroles funestes à ses' concitoyens *. Deux de ceux-ci, nommés Navis et Blanchet, périrent pour ce prétendu complot. Le duc les fit prendre sur ses terres, où ils se trouvaient alors, appliquer à la torture et décapitar^ Leurs tètes furent clouées à un noyer, mt les bords de l'Arve, afin d'effrayer les autres

Berthelier, auquel un sort pareil était réservé s'il ne s'était pas évadé, se réfugia à Fribourg. Pendant cet exil momentané, il ménagea à sa patrie menacée une protection plus puissante que celle des jeunes gens enrôlés sous sa bannière de dissipation et d'indépendance. Il disposa les Fribourgeois à se lier, comme cela se pratiquait dans les cantons suisses, par un traité de combourgeoisie et de défense mutuelle avec les Génevois, que les attentats du duc avaient tirés de leur indifférence. Ces derniers lui accordèrent même un sauf-conduit pour qu'il revint se faire juger par les syndics, qui l'acquittèrent *.

Le traité de combourgeoisie , préparé par Berthelier , fut conclu

' Chroniques de Bonivard, tome II, pages 281 à 285. » Chronique inédite de MichdRoset, intitalée : SommairerectMil de oe qui se trouve des affaires de Genève et de l'éttU de V Église en ieeUe, jusques à Van i^G>2, dans le manuscrit vfi 139 de la bibliothèque deCrenève ; lit. I, ch. 81. — Spon, tome I, pages 123 à 127.

' Michel Roset, lib. I, ch. 81, et Chroniques de Bonivard, pages 301-303.

* Atcc une croix blanche et un écriteau portant : Ce sont iciles traîtres de Genève. Spon, tome 1, page 136. — Gautier, Hist. M S, lir. llh-^Chroniques de Bonivard, tome II, pages 323 à 325, avec les notes.

* Chroniques de Bonivard, tome II, pages 289, 311-312. — Gautier, Hist. MS, liv. m, et Spon, tome I, page 142, note H. de Gautier.

ÉTABLISSEMBTfT DB LÀ RÉFORME

f>ar Besançon Hagoes, alors syndic^ qui se randit tout exprès à Fribourg ^ Dès ce moment se forma le parti politique de$ eidfuenotaf i ou des (^fédérés , qui succéda à la bande licencieuse des Enfants de Genèee. Les créatures et les soutiens du due composèrent soi» le nom de mamelua le parti contraire. La ville fut divisée en 4eux fluciions , dont Tune s'appuya sur la Suisse , l'autre sur la Savoie. Les eidguenou portaient à leurs chapeaux des plumes de coq à la façon des SuiEseSy les mamlus y portaient du houx comme les Savojfi»'d3, Le duc^ dont les prétentions avaient conduit à la formation de la bande de Berth^r, et dont les violences avaient provoqué le traité avec Fribourg fut extrêmement courroucé. Il regarda l'alliance comme une préeauUon dangereuse pour ses desseins , et l'acquittemenl; de BertbeKer comme une bravade contre sa puissance. Il résolut défaire rompre l'une et révoquer l'autre. Il se plaignit à tous les cantons suisses, réunis à Zurich, de celui de Fribourg, qui avait conchi un traité avec ses sujets sam son assentiment. La diète se prononça pour i'annulatton de la combourgeoiste ; mais les villes de Fribourg et de Genève y per^tèrent, malgré toutes les tentatives du duc pour le3 y faire renoncer

' Chroniques de Bonivard, tome II, pages 330 et 333 : « Et commença le peuple à connoître le profit que provenoit d*avoir alliance au pays des ligues, tq que l'on n'osoit attoucher aui alliés d'iceui, non plus que «u feu saint Antoine* » iHtf , pBgedâf7. Sur la conclusion de l'alliance, note H de Gautier dans Spon, tome J, pages 142etsuiY.

' Eidgenossen, liés par serment, d'oii l'on fit eidgenotsk Genève, et hufiuenots en France, lorsque les réformés français furent, vers 1560, en communicattoiî direoie et constante avec les réformés de Genève qui les dirigeaient : a Eidgenoss sigoifioit » en aUemand les ligués ou alliés, duquel nom s'appellent les Souisses en général, car eyd signifie serment, et gnoss participant... Ceui qui tenoicnt le parti dès princes à cette cause par moquerie les appeloient les eidgenoss, et ceux de la pàh de la Hberté nommoieot eeui par Topposite les mamelus,,. Et on commençu à se bander l'un contre l'autre, et à porter des marques pour se rsconnottre. Les eidgenoss portoient des plumes de chapon à la façon des Souisses. Les mameluz ou monseigneuristest, le houx, qui se nomme en savoisicn le harègle , et faisoient dicticrs et chansons les uns contre les autres. » Chroniques de Bonivard, tome II, page 331.

' <r A tous en général la commune voix imposa nom de mameluz , à cause qu'ainsi que les mameluz avoient renoncé Jésus -Christ pour suivre Mahomet, aussi avpient ceux-ci leur liberté et chose publique pour se assujettir à tyrannie. » Ihîd., pages 287-288.

« Il y avoit à la téte de cette faction près de quarante riches marchands dont quelques*u0S avoient jusqu'à 50,000 écus de fortune. » Gautier, Hist. MS, liv. lïl.

♦ Chroniques de Bonivard, tome II, pages 336 à 338. — Gautier, Hist. MS, liv. IV.— Spon, tome I, pages 142 et suiv. Voir en outre la longue et excellente note H de Gautier.

A GBNËTB.

Le duc reconrot alors à la force. II assembla soerètem^t uiie arméé, et se présenta devant Genève, qu'il déclara re6«^ àfe%^età sang. Avant que les Fribourgeoîs pussent secourir leurs eoafédér^^ a entra dans la ville à la tète de ses soldats. Il fit abattrela porte Sainte Antoine, sur laquelle il marcha en signe de triomphe* Il défendit aux bourgeois de porter des armes sous peine de trois coups dTests^apade; Il convoqua l'assemblée générale et la força de renoncer à raltiance de Frîbourg. Les syndics, sous lesquels le traité de eombourgeoisie avait été conclu, furent déposés, et le duc, parla teireur qu'il inspira, parvint à n'introduire que des mamelua éàm ie petit oos^ sell *. î

Berthelier n'avait pas pris la fuite ^. Il attendit a^c u&e intrépidité tranquille le sort qu'il prévoyait depuis longt^ps pour lui« Acquitté par les syndics ses juges , il ne voulut pas reculer devant ses ennemis tictorieux. Un jour qu'il revenait de son jardin, jouant avec une belette apprivoisée, le vidomne le fit prisonnier au nom de 1-évèque^^ le conduisit au château de l'Isle. Interrogé par un prévôt savoyard , chargé de le juger au mépris des frandbises de la ville, il refusa de lui répondre. Il fut condamné à avoir la téte tranchée. Il mourut avec magnanimité, en léguant à sa patrie l'exemple de son courage, et les fruits futurs de sa négociation avecFribourg. Ses gardes lui ayant dit: Demandez grâce à Monseigneur. — Quel seigneur? répondit-il. — Monseigneur de Savoie , votre prince et le nôtre. ^11 n*^t pas mon prince; et quand il le serait ^ je ne demanderais pas grâce. — Il faut donc mourir^^ ajoutèrent-ils. Pour toute réponse il écrivit sur Ja muraille de sa prison : Non mariar , sed vivam ^ ci narrabo opéra Domini ^. Il fut décapité devant le palais de l'évéque, et son corps tout sanglant fut traîné dans les rues par le bourreau, qui disait en montrant sa tète : Que ceci serve aux traîtres de leçon l Berthelier

; Spon, lonie I, pages 144 et suiv. — Chroniques de Bonivard, tome 11, pages 3S0 3ii9, 370 à 378.— Gautier, Hist. MS, liv. IV.— Picot, Hisl. de Genève,, lomel, pages 223 et suiv.

» « Je n'ai vu ni lu oneques, dit Bonîvard, un si grand inespriseur de mort que Berthelier, à qui il ne resloit que un petit nombre de compagnons mal eiercés aux arfTieSf quiraccompagnoient, et lors toutes choses étoient en tel état que nul osoit aller sur les champs. » Chroniques, tome II, pages 286-287. . * ypir> pour les détails de l'arrestation et de la mort de Berthelier, les Chroniques de Bonîvard, tome II, pages 360 à 370.— Spon, tome I, pagcsl57 à 161.

ETABLISSEMENT m I.A RÉFORME

6Q^rta l€S0 T^gf^ et l'a^oiiratioD de ses ewcitoyem, qui kii firent cette épîta^ :

Qaid mihimorsnocoft, Tîrttf^postfatavffèsch.

Kec cfuee, Dee sari gladio périt ilto ^rami

La tyrannie du duc s'exerça pendant cinq ans et sans obstacle dans^^ Genève. H fit emprisonner , battre , torturer, périr, tous ceux qui s'étaient opposés à son autorité ou dont il craignait la résistance ' Bonîvard fut saisi, privé de ses bénéflces et enfermé dans le château delà Grolée Le conseiller Lévrier fut condamné à la peine capitale pour avoir dit dans le conseil que le duc n'était pas souverain de Genève. Il marcha à la mort en prononçant les vers composés pour Berthelier, et en disant : Dieu me fait la grâce de mourir pour l'autorité de saint Pierre et la liberté de ma patrie *.

Après ces exécutions la terreur fut profonde. Quarante des principaux eidguenots se réfugièrent à Fribourg pour échapper au sort de Berthelier et de Lévrier. Leur parti semblait détruit, les courages étaient abattus dans Genève , et le peuple était plongé dans l'assou* pissement que donnent Fimpuîssance et la crainte. Le duc y avait transporté sa cour. Il cherchait par l'éclat de ses fêtes à faire oublier leurs anciens droits aux bourgeois asservis, et à remplacer la liberté parle bien-être. Il ne redoutait plus les cantons suisses que la diffé- ' rence des cultes venait de diviser entre eux, et qui semblaient abandonner la ville qu'ils avaient un moment admise dans leur confédération, et, comme dit Bonivard : Il ne restoit plus que Dieu qui faisait le guet pour Genève tandis qu'elle dormoit ^. . .

Dieu veillait en effet sur cette petite ville qu'il résérvait à de grandes choses. Son état d'oppression ne pouvait être que passager. L'union de l'évêque et du duc l'avait préparé ; une surprise armée et '

des violences sanguinaires l'avaient établi ; la présence du duc dans

' Spon, tome I, pages 157 à 161. - =

' Chroniques de Bonivard, tome II, page 374.

• Château du duc dans le Bugey. Le duc l'y fit renoncer à son bénéfice, et l'y retint deux ans. Chroniques de Bonivard, tome II, pages 353-354, et les notes, — Il fut pris de nouveau-en 1530 et enfermé pendant six ans dans les souterrains du ebâteau de Chilien, d'où les Bernois le délivrèrent, lorsqu'ils se rendirent maîtres du pays de Yaud. Ainsi s'accomplit la prédiction de Berthelier sur son ami et sur lui.

* Spon, tome I, pages 169 à m.-^Chroniques de Bonivard, tome II, pages 393 à 409, et surtout page 412, qui contient la variante du ^lanuscrit des Archives. — CrAUTiEB, Hist. MS, liv. III. — » Chroniques de Bonivard, tome II, page 395.

Génère Tavaft ms^MêM. Mais rien de cela n'était dura&lei A la^Oît de Jean de Savoie, le nonvel évêque devait préférer sa propre soHve* raineté à celle du duc. Il était impossible que le duc lui-même de* ineuràt perpétuellement d»is la ville, et le jour ou sa présence ne soutiendrait plus son usun>ation^ celle-ci devait succomber sous l'élan patriotique des citoyens. Pour que le duc restât maître de Genève » il fallait qu'il en fit sa capitale. Mais, placé sur les deux versants des Alpes, cherchant tour à tour à étendre d'un côté ses États de Savoie , de l'autre ses États de Piémont ; engagé dans le conflit des deux maisons d'Autriche et de France, il devait tôt ou tard , par l'eflFet de son ambition et des événements, s'éloigner de Genève, et rendre cette ville à ssi liberté et à ses alliances. ^

Être conquise par le duc de la Savoie, ou liguée avec les cantons suisses, voilà donc ce qui attendait Genève. Le passé était, à cet égard, un indice certain de l'avenir. Depuis deux siècles le sptème delà confédération l'emportait dans les Alpes sur cém ^erld (Conquête. Il n'y avait pas eu là de dynastie militaire assez puissante pour établir l'unité territoriale , plus difficile encore à atteindre dans des montagues qu'ailleurs. Les maisons de Zœhringen et des Dauphins viennois s'étaient éteintes; celle d'Autriche s'était déplacée en se transportant du niilieu des Alpes sur les bords du Danube ; celle de Savoie était trop faible d'une part, et trop mal placée de l'autre. Aussi , depuis les victoires de Morgarten, de Grandson, de Morat, la forme cantonale s'étendait successivement dans les vallées alpines, aux dépens de la puissance féodale et de la souveraineté ejcçlésiastique. Tout ce qui se rapprochait de la sphère d'action de cette indépendance fédérale devait y entrer , et Genève n'était pas destinée à devenir terre de Savoie, mais canton suisse.

Le moment décisif pour résoudre cette question arriva bientôt. La nature même des choses et des situations le fit naître. Jean de Savoie, mort en 1523 , fut remplacé par Pierre de la Baume. C'était une créature du duc, dans les États duquel il possédait de riches bénéfices ecclésiastiques * . Mais sa nouvelle dignité altéra ses sentiments en changeant sa condition. Il aima mieux être souverain libre que sujet

« ' Il n'y en eut point qui lui (au duc) fut plus agréable que messire Pierre de la Baume, frère du comte de Montreyel, qui éloit déjà commendataire (abbé) des abbaies dcSuscet de Sàint-CIaude, et avoit beaucoup d'autres bénéfices. » Chroniquêâ de Bonivard, tome II, page 381.

reconnaîssant, et II se montra favorable aux intérêts et aux droits de Clènèvé. Ce qui eut des conséquences plus graves encore que Télévatîûn de Pierre de la Baume à Tépiscopat, ce fut le départ du duc de Savoie pour ses États de Piémont, où rappelèrent les événements du Mllflnais, la bataille de Pavie et la prise de François I** *. Avant de qûîlïer Génève, vers la fin de 1525, il voulut s'assurer de sa fidélité. Il assembla lés bourgeois dans un conseil , qui fut appelé le conseil âeè kâllebardesy et il obtînt du dévouement des uns et de la terreur silericîetise des autres, qu'ils vivraient sous ses êditSy son obéissance et sa protection Il sortit ensuite de la ville pour ne plus^y entrer,

^eadant son absence, les Géuevois, soutenus par leur évêquè èt secondés par 1^ cirf^i^nor^ fugitifs, à la tète desquels se trouvait Besançon HogUes, qui avait échappé aux vengeances du duc, négocièrent une alHance nouvelle, plus solide et plus étendue, entre léur patrie opprimée et les deux cantons de Fribourg et de Berne. Les quatre syndics de Genève, qui étaient des créatures du duc, ayaiit appris cette négociation, écrivirent aux cantons pour la désavouer au nom de la ville. Alors les cantons envoyèrent le commissaire Louis de Sergin à Genève, pour consulter les dispositions de cette ville, et savoir si elle avouait les démarches des bannis. Ce commissaire ta trouva presque unanimement disposée à secouer le joug. Il fut conduit devant le conseil par les parents des fugitifs et une multitude considérable de citoyens. Un d'entre eux, nommé Jean Bandières , pèrede Vun des exilés, porta la parole, et, après avoir rappelé les droits des citoyens et les franchises de la ville, il dit au nom de céux:^ qui raccompagnaient : « Nous protestons contre tout désaveu des » démarches entreprises par nos concitoyens fugitifs pour le bien et » rhonneur de la ville. » Il somma en même temps Iç conseil d^ lui donner acte de sa protestation. Le conseil surpris restait Mtencieux* et te premier syndic voulut éviter de le satisfaire en demandant tin délai ; mais Robert Vandel s'écria : « Qu' est-il besoin de déW^rèr ' pour nous donner acte de notre protestation ? Il pria aussitôt le <?Wimissftir^ fribourgeais de dresser lui-même cet acte. 3'

Le commissaire, s'adressant à l'assemblée, dit alors : cr Messieùrï^

* Chroniques deBonivard^ tome II, p. 411. — Gcighenon, tome II, page Sjpâ, ^ G ALivwB, Matériaux pour l'histoire de Genève, tome II, pages 318 et suiv. — Spon, tome I, pages 175-176.

» les citoyens et bourgeois qui êtes ici réunis» et qui me demandez » ces testimoniç^leSf approuvez-YOus et avez-vous dit que les honorables » hommes qui sont actuellement dans le pays de MM. les Helvétiens » sont gens de bien , de bonne réputation et renommée, dignes de> » tout honneur et louange? Est-ce que vous approuvez et ratifier » tout ce qui sera dit, fait, négocié et conclu par cesdits citoyensà » la louange, honneur et faveur, et pour le bien et utilité de cette^ » illustre cité? — Oui! oui *! » répondit-on de toutes parts. Le commissaire prit à témoin les syndics et le conseil et il rédigea Tapte sur le palier même de Thôtel de ville. Cet acte , qui appelait les. bannis meilleurs citoyens qu'aucun autre habitant de la mlle^ m.qu*ils avaient abandonné leurs maisons^ leurs femmes^ leurs enfants et leurs biens pour le maintien de ses libertés, fut signé par. un trèsrgrandt nombre de bourgeois et approuvé presque par tous Oo alla en eifet de maison en maison, pour s'assurer des sentiments de chacun, sur le traité de combourgeoisîe, et il se trouva^ dit Bonivard, qu'il viy anait pas dedans Genève cent personnes qui y contredissent. Les enfmis mêmes criaient par la ville : Vivent les eidquenoisl vivent les eidguenots * ! .

Cet événement fut le signal d'une véritable révolution. Le peuple choisit les §ynclics de 152Q parmi les eidguenots , et conféra même cette dignité ¥ Jeân Philippe, Tun des bannis *. Tous les exilés rentrèrent apportant avec eux le nouveau traité d'alliance avec les cantons de Fribourg et de Berne, qui fut dressé par Besançon Hugues, le 8 février 1526 ^. Les avoyers de Fribourg et de Berne, et les syndiçside Genève, au nom de leurs villes, se reçurent en combourgeoisîe, ^^^S^Sf i^^nf^^^^^ d'attaque. II3 jurèrent en même

* Choniques de Bonivard, tome II, page 435. — Note Q de Gautier dans Spon, tome I, page i78.

Voir, pour l'htstoire de cet incident décisif, le récit qu'.en a fieiit Galiffé d'après le procès-verbal original qu'en avait dressé le notaire de Louis de Sergin. M<Uéri€Ma> pour l'histoire de Genève, tome II, pages 324 et suiv. ' Chroniques de Bonivard, tome II, pages 435-436.

♦ Ihid, pages 437-438. Fragment historique sur Genève avant laréformaiiun, Genève 1823, page 125.

* « L'on tira l'artillerie, et entrèrent les Forensifs dedans Genève, chacun d'eux étant au milieu d'un de Berne, et d'un de Fribourg. » Chroniques de Bonivard, tome II, page 440.

• Bering, Hisi. de Genhe, tome I, page 138; fragment historique, pages 127 à 134.

ÉTABLISSEMENT ]W JLA; RÉFORME

temps de se donner passage sur leur territoire respectif et dans leurs villes, pour les guerres dans lesquelles ils seraient engagés^ de s'acr cor4^ une eotière liberté de commerce, de s'aimer et des'entr'aider comioe de bons dliés ^

Cet acte fut ratifié , le 25 février « par le peuple assemblé. Le vidomne prit la fuite ' ;. quarante^deux mamdm qui se proooacàrent contrie ralliance furent bannis , et leurs biei^ furent plus tard confisqués^. La mémoire de Bertbdier * fut réhabilitée. La constitution de Genève devint plus indépendante et plus démocratique. Les ar^ mqiries du due furent jetées dans la rivière pendant la nuit^. Son autorité fut anéantie avec le vidomnsA, aboli de fait sans Tètro encore de droit. Le tribunal du vidomne fut remplacé par eekii d'un Ueatenant civil, auquel on donna quatre bourgeois pour assesseurs. Sans être supprinoée, Tautorité de Févéque fut affaiblie ^. Le petît.c<^iiseiK qui gouvernait la ville avec tes syndics, fut soumis h émx mtm coo^ seiis composés de soixante et de deus; ceste membres investis depouvoifs

» Ce traité, traduit de roriginal allemand, se trouve dans les pièces jastiCcatiye*; éeVBistoire de Genève, de Spon, tome II, page 178, 60, et dans Galiffe, Matériaux pour l'histoire de Genève, tome II, pages 3S9 et suiv.

^ €hronéq!ue$ 4$ Bonivard, lonM 11^ page 440. Fragmmt historique avant la réformation, page 125*

' Gautibr, Hist. manusc., liv. 4.

♦ Fragment historique, page 135. — Gautier, Hist. mamisc., liv. 4.

^ « L'on dfsoit qu'on ne savoit qui pouvoit avoir fait cekt, fors monsfiem* Minf ' Piçcre. » Chroniques de Sonivard, tome Ih P&ge 448.

• « L'on eut aussi égard à la réformation de la justice, pour ce qu'il y avoii tao^ de cours que le pauvre peuple en étoit mangé, assavoir celles du vidomne, de l'official et du conseil épiscopal. L'on tâcha, pour ce que Ton ne les osoit abattre fàt force, cda faire par famine, car il fut ordonné que ceux qui auroient des procès, se : dussent soumettre amiablement à l'arbitrage des syndics et du conseil. L'on laissa, encore avoir un peu de causes aux cours de l'évéque, de crainte de l'irriter, mais Te cbâielain du vidomne eut alors fériés, et ne gagnoit rien. L'on ne chassa pas non plus le geôlier qui étoU en l'Isle pour monsieur de Savoie, mais l'on lui donna bien l'occasion de s'en aller : et ainsi fut peu à peu monsieur de Savoie délogé de^ Genève. D pages 449-450. L'évéque confirma aux syndics le droit de jugeip lea^auses civiles. Jf^id., pages 470-471. — Gautibb» Bist. manuse., liVé 4. La 26 février 1528, un syndic, deux membres du petit conseil, deux de eelui de»' soixante, deux de celui des deux cents, furent commis pour juger les procès de première instance. Bonivard, tome II, page 479. Trois ans après, on créa le tribunal des appelUttions, composé des quatre syndics et de quatre conseillers ^ pour juger les causes civiles en dernier ressort. Chroniques de Bonimrd, tome II, page 480. — Gautier, Hist. manuse, liv. 4.

supérieow, et créés à cette éimqae sar te tiiod^e des cotise^ êe FH* bowg et deB^rfife*.

P0ur éviter une nouvelle occupation miHtaire de la ville par le duc» on restaura et on étendit ses fortifications. On nomma des caf^t^itrès» des banderets, des dizenters » placés sous le commandement d'un ca« pitaine général, qui lut le libérateur Besançon Hugues^ Chaque oit<»yefi reçut Tordre de se fournir d'armes , de porter Tépée et d^bfe'r à ses chefs sous peine de mort. On tendit des chaînes daàs îmAe la vttto. On plaça une sentinelle au clocher*. La retraite futsonnée à tofin du jour ; les defs des portes furent déposées à Thétel de vilte pendaffft la nuit, et des postes, tour à tour visité par les membres âti petit consieil^ veillèrent à la sûreté de la ville

Afin de protéger crtte révolution démocratique qui fil passer ^u^ torité civile et la puissance miUtaire des mains del-évéque et éa duo «Btfe ^ks des boui^eoîs , on entretînt dans Genêts deuxpensi^n^ naires de Fribourg et deux de Berne La présence ée» repréientants de ces redoutables cantons suisses, qui avaient gagné sept batailles rangées contre l'empereur d'Allemagne , détruit à Grandson et à Mbratla puissance et la maison des ducs de Bourgogne, vdincu à Novare le roi de France , dont tous les princes briguaient l'alliance «t redoutaient Tinimitiè,. devait rassurer la viUe cônlra la cofère du duc.

Ce prince venait d'échoué une seconde fois. La force ne lui avait pas mieux téxjtm que la p^sécutton . Son usarpetion et «a tyrannie avaient valu aux eidguenots l'appui de deux puissants èantons, et fait bautiir les mamelm , qui s'en étaient rendus complices. Il était irré* vocabjiement vaincu. Mais il n'abandonna point ses projets^et sesespé^ ra»ces. Il employa pendant plu»eurs années 1^ menaces, tesintrigues» les négociations , les armes , pour dissoudre l'alliance et rétablir son

» ti L'éir forma la cbosc publiques du ntiem que Ton put, sm h patron de Ben» et de Fribourg. Si que l'on adjoignit au conseil étroit eeui. des soixante et des deux cents, à la façon desdites villes, sans lesquels le conseil étroit inepouvoit déKbérer de «hoses' d'importance : et fmeat éttiMis les soixante si» le conseil étroft, et Fes ileaiE cents, sns tons. » Chroniques de Bmivard, tome II, page 440.

• 6ALirFs, HaiMaux pour Vhistoére de Genè^, tome II, page 397.

** Fragment historique awmt la réformation, pages 139 à ië3. &Èiïtff tome I, page 185, dit qu'il y en avait Bit de chaque canton; mats Grautier sssare, d'aprè* l«s registres, dans fM>tc B, même page, qu'il n'ycnatall qu% deux.

autorité* Il receuriitvaÎDefnent cantons suisses ^ Il obtint , ^os^ plus d'efiEèt, rinterventton de rempca-eur, qui écrivit en sa faveuf aux <îénev<)ls Sa réconciliation avec Tévèque, que la perte de sa juridiC'tion civile et la diminution de ses revenus rendirent mécontent et fliWt sortir de Genève , ne lui fut pas d'un plus grand secours ^. Il n*attaqua point avec un meilleur succès les Génevois par les moyens (des momelus et des gentilshommes savoyards , qui ^ sous le nom de •chevaliers de la Cuiileryse postèrent dans la, forteresse de Gmllardiet ies'câlâlïeaux circonvofains^ d'où ils firent à la ville une gueire léngne et incoittmo^^v Les Génevois résistèrent à tout. Ils déjouèrent par leur persévérance toutes les menées du duc. Us repoussèrent ses attaques à l'aide de leurs confédérés ; ils prononcèrent la peine 4ie mort contre tout citoyen qui parlerait de rompre le traité deconi*bourgeoisie ; et ils répondirent à timtesles proportions du duc^^t^ laisseroimt piutât raser leur ville ^ tuer leurs femmes éi leurs enfant^M mx-mémes, que <ïy cansentir^, îh accomplirent ainsi par leur ctof rage et parleur constance la r^olution qui, en assurant à Genèveson indépendance, préparait sa réformation et sa grandeur. : C'est à l'ksue de cette lutte 9 pendant laqudle les esprits avaient 4)cquis de la hardiesse et les caractères de la force , que Farei patut^ en 1532» dans les murs de Genève. Des deux cantons alliés de laviitev l'un, celui de Berne, était devenu protestant ; l'autTe celui deFtih bourg, était resté catholique. Les Bernois avaient, par leurs r^atiétei, quelques semences des idées nouv^les dans G^ve*:« Ifa frâ<^

' Voir dansSpoN, tome I, pages 207 et suiv., et dans M. Thourel, ^omell. pages 55 et suiv., et à la 6n des Chroniques de Bonivard, qui se terminent en liJSO, ires nom1)reuses et inutiles diètes , ainsi que l'arbitrage de Payente et du eoiéte de iîjruyère, qui ne prodtûsit rien, parce qu'aucune des deux parties n'était dî$pt)sée Ji céder.

' * La lettre de Charles-Quint est du 18 novembre 1530; elle est citée pàt M. Thourel, tome II, page 54, ainsi que la réponse de la ville, dans laquelle lleë syndics disent, en son nom : a JHe savons bonnement commet votre ordre potorfèaiB accomplir. » L'une et l'autre sont extraites des archive^. . .

• Chroniques de Bonivard, tome II, page 500.

^ Ces gentilsbommes disoient que, « puisque les non-nobles s'allioient, les nobles le pouveient bien îmt; et établi^soient statuts et lois entre eux, couobés par artièles «n form de chose, publique» 9 Chroniques de Bonivard, tome U, p»|^>483;. rr Gautier, Hist. manusc, liv. 4. — Spon, tome I, pages 190 à 207. — Cette guerre dura d^^is 152f7 jusque vors la fin de 1530, avec quelques iateimiUeBCiBfi. — ixAUTiER, Hist. manuSc, liv. 4. — Bonivard, tome II, page 484, la note.

• Chroniques de Bonimrd, tome II, page 535.

a» qaentoient plus, dans ce temps-là» dit une hisloire manuscrite de )» CîenèYe, la ville que lesi FritHmrgeois , et i^làmoient publiquement » les prêtres» à cause de leur vie débordée, et des défenses qu'ils » faisoient de manger de la chair pendant le carême et les vendredis » et samedis ; d'où il résulta qoe plusieurs citoyens ne voulureniplus V leur obéir

Les jeunes gens qui avaient les premiers embrassé ta cause de fa Itterté politique sous Timpulsion de Berthelier furent les premiers à peoeher pour rémandpation religieuse. Ils y cherchèrent d'abord la sati^action de leurs goûts. Être réformé, pour eux, ne coosislapoint à devenir plus moral dans sa vie, et plus éclairé dans sa croyance, m^h plus libre et moins gêné dans sa conduite. Ils violèrent publiquement les prescriptions jusque-là respectées de l'Église , et man«gèroïtdelft chair les jours défendus. Ces in^fractions eommeocèrent dèa TapAée 1528 , époque où le parti épiscopal se sépara diï parti populaire. Elles alarmèrent assez les prêtres , en 1530 , pour qoe le procureur fiscal de Tévêque demandât des mesures répressivescantre elles. Le conseil des deux cents condamna les rldies qui lés commettaient une amende suffisante pour la construction de trois toises de ihurailles, an faubourg Saint-Gervais , et les pauvres à un emf^isonnementcorporeP. Il fut en même temps défendu aux prêtres d'ei&tr^ tenir des fenmies de mauvaise vie. Ils reçurent Fwdre de chasser odtes qa'Hs avaient 'avec eux' , et Ton chercha à prévenir les^esâate de réforme, par l'interdiction des abus les plus révoltants. Les sjrndks engagèrent même Aymé de Gingin , abbé de fionmont, et grand vicaire de Vévêque , à faire prêcher l'Évangile dans sa pureté. . Malgré ces mesures, Tesprit d'innovation avait fait des progrès. Les Qénevois consultèrent le prieur de Saint-Victor , qu'ils savaient plus attaché à leur ville comme patriote , qu'à son intérêt comme riche bénéficier ecclésiastique, pour lui demander son, avis sur un projet de réformation. Bonivard leur répondit : « Vous voulez ré- » former notre église, ce dont, à la vérité, elle a bôn besoin, » tant en doctrine qu'en mœurs ; mais comment la pourrez-vous nk réformer , vous qui êtes si difformes? Vous dites que les prêtres et » mdnes ne sont que des paillards, aussi êtes-vous; qu'ils sont

* Manuscrit «fionyme des Arehives cité dans le tome I des Chrùnique$ d4 Btmi^ vard, page 179.

* C/irontguw de Bontv«rd, tome II, page 551. — * Ibid,

ÎS& ÉTABLISSEMENT Wm LA RÉFORME

» joueurs et ivrognes, aussi étes-vsoos- Vous Touleï diasser 1^ prêtres » et tout le clergé papiste, et en leur lieu mettre des ministi^ dè* i> FÉfangUe; ce qui sera un très-grand bien en soi-même, tiiai»^^ ^ grand ma! au regard de vous , qui n'estimez autre bien , ni fétieit^^ ^ )» que de jouir de vos plaisirs désordonnés, ce que les prétr^^us^ » permettent. Si vous avez des prédicants, ils procureront une réfor- D mation par laquelle il faudra punir les vices, ce qufvoOB fâchera » bien. Vous avez haï les prêtres, pour être à vous trop semWabte;

vous haïrez les prédicants pour être à vous trop dissemblables ; el - » ne tes aurez gardés deux ans que ne les souhaitiez av«ec les prêtres , » etue les renvoyiez, sans les payer de leurs peines qu'à bons coups de » bâtons. Et pourtant, si voih me voulez croire, faîtes de deux » choses Tune , savoir : si vous voulez être toujours éifformes, comme » vous Fêtes k présent, souffrez aussi les autres, pour la pareïRe ; ou, » si vous voulez les réformer , montrez-leur le chemin. Puis envoyez » querre des prédicants qui vous endoctrineront à persister èism » votre réformaFtion *. »

Mais outre cette difBcuIlé morale y i\ y ai^i* ctes difficultés tfuw «utre espèce. Les Fribourgeois, qui avaient été les premiers^t les plus constants alliés de la ville reslaieni; cathoMques. Bs m^aç«terit leurs confédérés de rompre le traité de combouiige<*ierfasqaîtlaie«t la religion de leurs ancêtres. Le parti sacerdotal UsAt mcoré Irè^ puissant , et le parti démocratique ^ trourait i^éressé à ne fm • ajouter rhostîlité des prêtres à celle du duc. Ainsi le retéKtiemenl^ des mcBurs, qui étaient fort drssohies, et la profond ignorance desesprits empêchaient d,e désirer une réformation que repoussait encôfé ' la crainte de soulever 1^ prêtres et de perdre la protectionde Fribourg. Il n'y avait donc pas beaucoup de chances de succès pour la nouveïfe' doctrine dans Genève. Farel n'entreprit pas moins dfe l'y étaMfr; - » Nonobstant cela , dît le ministre Froment, Farel , selon son zHè* » accoutumé, ne laissa point d'espérer que l'Évangile seroit planté « daris Genève »

^ Mètne manuscrit anonyme des Archives, cité dans les Chroniques de Bbnh)t&é» ' tome I, avant-propos, page 17*.

* Chronique inédite d'Antoine Froment, n^ 147. —"J'ai trouté l'ouvrage de Froment dans deux manuscrits de la bibliothèque éc Gefrève, l'un seras le n» 14^, f Jfîîtro sous le no 139; c'est une copie du manuscrit original qui est aux Arehives^ Bans ' «0 147, la fin de l'histoire de la réformation ^evoise «anqu», tsndis^cpieleii^lB^

A GEKËVB. 187

G'e^4ivee eette espérance hardie qu'il s'y présente, âan» lespre-^ miers j«ms d'octobre 1532, après avoir propagé la réforme dans toote la Suisse française^ et au retour d'une asseiid[)lée de toutes les églîfiea vaudcfi^ , tenue dans la vallée d'Angrogne. Il était accompagné d'un jeune ministre, son compatriote et son ami , nommé Saunier^ Il avait eu sot» de se munir de lettres de recommandation de ksei*^ gneurie de Berne pour ses alliés de Genève. Il vit ceux des bourgeois qui étaient le mieux disposés , et il commença ses prédications se** crêtes. « Farel et son compagnon, dit Froment, se donnèrent à con« » noitre à quelques citoyens et bourgeois, lesquels avoient déjà » quelque goût pour l'Évangile et avoient ouï parler de FareL Ils » commencèrent à leur parler et prêcher, les confirmant et édifiant » de plus en plus par l'Écriture sainte, en quoi ceux, qui les oyoient » prenoient uu grand plaisir. C'est pourquoi plusieurs venoient au » logjg eik ils étoient , toutefois secrètement et aveo graude crainte. » Lesquels étent par iceux enseignés, ^eo r^ournoieut glorifiant Dieu» » et par ce moyen plusieurs reçurent la cornioissance de l'Èvan- » gUe^. » De ce mmibre furent parmi les îprincipaux bourgeois : Claude Bernard , Baudichon de la Maison*Neuve , Etienne Dadas, les frères Robert et Pierre Yandel, Jean Chautemps, Claude Roset» JeauGoula , Ami Perrin et quelques autres encore'.

Ea présence et les succès de Farel attirèrent ^'attention des syndics et idarmèrent les dianoines. Sur la plainte du grand vicdre, Farel fnbfsité devait le petit conseil, qui lui enjoignit de sortir sur-le*champ de ia ville ; mais il montra les lettres de la se^ueuiie de Beroe, qui priait les syndics de le bien accueillir et de lui peroiettre de prêcher. La protection des Bernois adoucit le conseil Il fut alors convenu que^iFarel et Saunier seraient appelés devant le conseil épiscopal et le chapitre , pour s'expliquer sur leurs doctrines. Us y fur^ conduits pas deuxdês syndics, GuillaunteHugueetJeasBsdlard, qui les prirent

ne contient pas les commencements des trayaux de Farel. €e dernier est divisé en chapitres, l'autre ne l'est pas. L'ouvrage est intitulé : Le» actes et gestes merveilleux de la cité de Genève nouvellement convertie à VÉvangile, faits du temps de leur réformation, et comment ils Vont reçue, rédigez par escript en fourme de chroniques annales ou hystogres, commençant l'an mille cinq cent trente deuâp. ' Chronique inédite de Froment, manuscrit no 147.

' Sfr9», u>m0 l, p^ Sia^ note P de Gautier. — Tbouebl, Bist. «te Gsnève^ tome II, page 88.

* Chronique inédite de Froment, maraiscrit 147*

SOUS leur sauvegarde , et leur annoncèrent qu'ils pourraient exposer et soutenir en liberté leur croyance. Les deux réformateurs se rendirent , à travers une populace presque ameutée » à la maison du grand vicaire où tous les prêtres se trouvaient réunis. Le juge des excès ecclésiastiques avait détourné ses confrères de toute discussion en leur disant : Si Von discute, toute notre autorité sera renversée *.

Aussi y à peine Farel , accompagné de Saunier et des deux syndics, , fut-il en présence du grand vicaire et des chanoines, qu'il fut. assailli des plus violentes interpellations : « Farel , lui cria-t-on , es-tu » baptisé? — Pourquoi troubles-tu toute la terre? — Qu'es-tu venu » faire ici?^ — De quelle autorité prêches-tu? — N'es-tu pas celui , » qui a prêché les hérésies de Luther et troublé tout le pays ?y » Pourquoi es-tu venu troubler cette ville en y semant tes liéré- » sies ? — Seigneur , leur répondit-il , je suis baptisé au nom du Pèv^] )> du Fils et du Saint-Esprit. Je prêche Jésus-Christ mort pour np^^ » péchés et ressuscité pour notre justification. Je le prêche à itou^^^^ » Ceux qui viennent m'ouïr , et je ne cherche pas autre chose qi^*^ ,^^ » le faire recevoir par tout le monde. C'est pour cette cause, et n^n^^ » pour une autre , que je suis venu en cette villel Mon autorité yjen^^tj » de Dieu, dont je suis serviteur , et non pas des hommes. ïe'^ii^^ » prêt à exposer ma foi devant vous, et à la maintenir jusqi^'a jfi » dérnière goutte de mon sang. Je ne trouble point la terre, ni cette ^ » ville, ainsi que vous dites. Mais comme Élie répondit au roi Acïmb» » c'est toi , roi , qui troubles tout Israël , et non pas moi ; aussi j^ » vous puis répondre que ce n'est pas moi , mais vous et les yôtr^ ' » qui avez troublé , non-seulement 'cette ville , mais aussi tout » monde, par vos inventions humaines, par vos vices ei dîWoïçf- » tiens ^. » ■ '

Cette audace augmenta l'irritation des prêtres. Le grand ticaîre signifia à Farel l'ordre de sortir dans trois heures de Genève, sous peine de la vie. Il ajouta que si on ne le traitait pas plus sévèrement, c'était pour l'amour [de messieurs de Berne, bons amis et atlfés de Genève. Mais Farel, s'étant plaint d'avoir été condamné sansavoiir .^té admis à discuter sa croyance, Tun des chanoines, nommé dom Bergeif ^ '

^ Si disputetiir, totum ministerium nostrum evertetur. Spon^ tome page 219. — Noie V de Gautier, page 215.

* Chronique inédite de Froment, manuscrit 147.

l'interrompit en criant : Blasphemavitf reus est morte. — Servez-vous des parolesde Dieu, lui répliqua Farel, et non des paroles de Caïplie. — On cria alors de toutes parts : Frappez, frappez ! au Rhône, au Rhône * ! II fut assailli, renversé, battu; et le syndic Hugue, sous la parole, dûquel il s'était présenté, eut beaucoup de peine, en menaçant les chanoines de faire sonner la grosse cloche et d'appeler le peuple aux armes, à le tirer tout meurtri de leurs mains. Farel sortit de Genève avec Saunier. Il fut accompagné par Ami Perrin, Claude Bernard et Jean Goula, qui l'embarquèrent sur le lac le lendemain de bonnQ heure, de peur qu'il ne fût aperçu, et le déposèrent entre Môr^e^ et Lausanne,

Tel fut le début de la réformation dans Genève. Pour tout autre que pour Farel il n'aurait pas été encourageant. Mais c'était là un des événements ordinaires de son audacieux apostolat^, II n'en fut ni surpris, ni abattu. Il rencontra à Grandson , près du lac de Neuchàtel, un jeune ministre nommé Antoine Froment qu'il envoya dans Gèrieve pour y cultiver les semences qu'il y avait laissées. Froment trouva le parti qui s'appelait évangélique extrêmement intimidé. Personne n'osait le recevoir dans sa maison, ni communiquer avec lui. Il s'annonça non comme prédicateur, mais comme maître d'école. Il loua une grande salle près de la place du Molard , et fit aificher dans les carrefours de la ville le billet suivant :

Il est venu en cette ville un homme qui veut enseigner à lire et . » à écrire enfrançois, dans un mois, à tous ceux ou celles qui vou- » dront venir à lui , soit grands ou petits, soit hommes ou femmes. » Que si dans un mois ils ne savent lire et écrire , il ne demande rien » de sa peine. Vous le trouverez en la grande salle des Boîtes auprès » de la place du Molard, à l'enseigne de la Croix d'or*. »

Ce moyen détourné lui réussit parfaitement. Les enfants furent

Cette scène est tirée de la Chronique inédite de Froment, manuscrit n» 147.

* Voir l'annexe A, à la fin du mémoire. On y trouvera le récit des premières entreprises religieuses de Farel dans les Tallées des Alpes, d'après Froment, son discVj^e.

» Froment dit qu'il avait déjà été ministre en cet endroit depuis deux àns, et il ajoute sur lui-même : « Et certaines années auparavant. Froment avoit fort fréquenté avec Farel comme disciple et serviteur d'icelui, lequel l'avoit enseigné, et l'avôit introduit h prêcher, car combien qu'il fût jeune, si le dressoit-U au micistère de la parole de Dieu. » Chronique inédite de Froment, manuscrit n*» 147.

* Ihid.

190 ÉTABUSSEMBNT DB tk RÉFORME

envoyés Mffès de lai pour apprendre » et les parents y Tinrent eax^^mes poor Técouter. 11 joignit la prédieatkm à renseigmncntt'r Les sermons d'un cordelier qui prècliait alors FATent dai» Geaèfe^' et fQi avait on secret pendiant pour la réformation , contribuèrent à augmenter le nombre de ses auditeurs^ Trois mois après son vée^ S0ît curiosité^ soit persoasioBt la salle qu'il avait louée eesMi d'état esser grande pour contenir la foule qui s'y présentait. Un jour même - * cette foute fut si coesidéraUe , que, ne pouvant pénétrer tont en^ tière dans sa maison, déjà remplie depuis la porte jusqu'au toit, ' elle f obligea à se transporta sur la place du Molard« Là , monté sur ^ un banc, il fit signe de la main à l'immense auditoire qui rentwraft' < i de gin*der le silence. Lorsque tous se furent tus, il les exhorta k sei > mettre à genoux et à se recueillir intérieurement; puis^ élevant lavoix ^ il fit précéder son sermon d'une prière dans laquelle il demait4 datt à Dieu d'une manière à la fois amide et touchante , de meur^i-' dans la bouche de son serviteur VinteUigence de sa parole ^ U Êntt soni . : invocation par l'oraison dominicale, et il prit ensuite pour teitejdni ' i premier sermon réformé qui fût prononcé dans Genève un verset dtf h' f> saint Matthieu sur les faux prophètes. Il exposa, à ce propos, la <faxH trine évai^élique d'après les opinions de Zwingle, qui étaient aussi) >i celles de Farel, et il attaqua les dogmes» le culte et les prescriptîMa t 4e Véf^se romaine. • ; . r

Il parlait depuis quelque temps, lorsque le conseil, qui s'était rémn: : À cette nouvelle, lui envoya Tordre de cesser , par le grand aamier\f : > exécuteur de ses volontés. Mais il répondit, par la phrase usitée-^Q^. f semblable occasion, qu'il valait mieux obéir à Dieu gu'aua> h0mtm$iè et il continua. Un instant après, il fut plus sérieusement interrompfi«i.:L Les prêtres s'étaient assemblés tie leur côté, et descendaieot'W.ani»^ ile l'église de Saint-Pierre sur la place du Molard. Claude fiemardt^iu. l'un des bourgeois évangéliques^ qui les avait aperçus , acçpurut totit î ! effrayé, en criant : Smvez-vovs^ sauvez-vom 1 Froment, fut entrati^ malgré lui et caché. U resta quelque temps encore à Genève, enfermé dans les maisons de Jean Chautemps, d'Ami Perrln, et d'Ayme Levet,. qui, selon le droit qu'ils tenaient de leurs privilèges, le firent passer pour leur serviteur ou leur apprenti, afin de pouvmr le garder dan» la ville. Mais comme il y était un sujet permanent de trouble , ët

* Ghroniqae inédite de Froment, manuscrit no 147.

qi2(jtes paTlî8att»**ffrêtres venaient as8af!Ilr(Ffn jures et de pterresla maîSM loi servait d'asite, il fat contraint de sortir de la viile comme Favfiitfait F^el ^ .

Son départ n'arrêta point les progrès de la réfonnatios. Le parti évang^^ dfëvint chaque jow plus considérable. II resta encom qu^^ïietempsà Tétat de parli secret. Il tint des desemUées » mais il les tînt cte nutt. Ceux qui le composaient 9e réunissaient alteroativement dims les maisons les uns des autres. Ils avaient des exemplaires de la BiU6> traduite en français par Bobert OKvetan, et imprimée à Ne«obàteI par les soifis de Farel. Ils avaient une bourse commune pour secourir les pauvres d'entre eux et les étrangers. La ptemière cène huÊ fut distribuée dans le- jardin d'Ëtienae Dadas » placé, dmm les laobeurgs de la ville, parus bonnetier nommé Gnérin^.

flès'lois les émngéliques , dont le nombre et la ferfeur croisstient chaque jour, et ks catholiques, que leurs conviettons, leurs intérêts et leors^passions riaient défenseursopiniàtresderancienne croyance, formèrent dans Genève deux nouveaux partis. Ces partis succéd^ent SLmieidgumM et aux mémelua , et s'appuyèr^, Fun sur kt vide protestante de Berne, l'autre sur la ville catholique de Fribourg. La lutta i^engagea promptement entre eux. Son issue était marquée d'aasMice par le sort des partis précédents. L'unité de croyance ne pouvait pas plus se conserver que l'unité de puissance n'avait pu s'établir. L'esprit de lil^erté et le besoin d'amélioration qui avaient donné la vidoire aux eidguenot& sur les mamelm , devaient la doimer aux protestants^ sur les catholiques, et le parti évangélique était destiné à U^omfdier de févêque , comme le parti patriote aviàt triomphé duâdO.

Ëéy catholiques , qui formaient le parti le plus anden et le plus anîÉiév commencèrent l'attaque. Ayant vainement tenté d'empêcher l'ii^li:^uction du protestantisme dans leur ville , ils recoururent aux arncfl» pour arrêter ses progrès. Les Bernois adressèrent le 24 mars

*' Ce récit est tiré de ïa Chronique inédite de Froment, manuscrit n^ 147.

IttîÇîrés du Saint-Esprit, dit Froment, Ils cessèrent de s'assembler par les » Misona «t Jardins, pour faire prières à Dieu , ebanter psaumes, étouter l'Ëcrîtare » s^te».de sorte que la vie dissolue, fausse doctrine, superstitions et abus des » prêtres, étoient déjà découverts et tournés en moquerie par le peuple, même par n les femmes et petits enfants, qui commençoient à disputer contre eux et à les » arguer publiquement, n Chronique inédite de Froment, manuscrit 147.

192 ÉTABLISSEUBIfT DJS LA RÉFORME

1533f aux magistrats deGi^sèi^e» par un héraut, des lettre&en^feyeQir des évangéliques, et deoiandèrent qu'on cessât de les persécuter. Cialtd nouvelle émut eitrémçmer^t la ville. Le conseil s'assembJa pour en dét Ul>érer^; mais les.prétres se réunirent de leur côté , dans la nml ûfi jeudi au vendredi saint (28 mars), chez le grand vicaire de l'év^ei, et résolurent d'assaillii: les luthériens le lendemain. €eux-ci^ secrèb^ ment avertis par un prètro , se rendirent en armes , au nombi^ do soixante-deux, dans la maison de Baudichon de la Maison-Neuve. lif attendirent leurs ennemis de pied ferme. Pendant que les syndics^ le oonsal étaient en délibération sur les lettres écrites par la seigneurie de Berne, les prêtres firent fermer les portes de la ville et oonvo^ quèrent te peuple au son delà grosse cloche de S*-Pierre. PierreVandel s'étant présenté dans la réunion des prêtres pour leur porter ides paroles de paix, Portery, secrétaire de l'évèque, lui dit Comww*»^ traître f tm&iensnous épier jiisqm dans le Umplelll le blessa d'unconQ de couteau , et Vandel eut beaucoup de peine à sesauv^ide^nn mains. ' ; uyj

Les catholiques armés marchèrent, tambour en téte et^nseigna» déployées, vers la place du Molard, lieu de leur rend€a^vo»s.îi|i avaient une pièce d'artillerie pour battre en brèche la maison de Baa^ didion. Leur première bande était forte de plusieurs centainef d'hommes , et arriva seule au rendez-vous. Us en attendaietit ûmx autres avant de se mettre en mouvement ; l'une commandée païf le capitaine Balesserd, l'autre par le chanoine de Vegi. Celle dit ca^ pitaine Balesserd , qui venait du faubourg Saint-Gervaisv fût téR^ contrée par le tapitaine général Jean Philippe, partisan secret ileSi^ formés, et prononcé par devoir contre ces désordres publics/ IHà somma de se dbperser, et il n'en vint à bout qu'en employant U fikù^ Le capitaine et quelques-uns des siens furent blessés; tes aQtrc»^;'4âi>timidés, se retirèrent dans leurs maisons. Cette nouvelle arfôta>)à bande du chanoine de Vegi , et répandit le découragemenlT^'^^iÀ troupe déjà assemblée sur la place du Molard. " *

Ce fut alors ique s'entremirent, comme médiateurs entre le^ dèfeft partis, des marchands de Fribourg qui se trouvaient à Genève. Ils allèrent d'abord dans la maison de Baudichon. Les éuangélifiM s'étaient recommandés à Dieu, après avoir juré à genoux de mourir

' Spon, tome I, pa^ 222-223» et pour les incideois ée cette aHâque,' k Cbhro* nique inédite de Froment, manuscrit n^ 147, livre I. , » f»

pour sa 'Cause, et ne point s'abandonner les uns les autres. Ifs s^é- Càie»t mis en bataille dans Vallée de la tnaisotï, la porte ouverte, at^ tèiidant courageusement leurs ennemis. Comme ils n'étalent pas les dresseurs, ils accueillirent les propositions dès Fribourgeois. Ils leur dirent qu'ils ne demandaient qu'à vivre en paix et selon Diefu ; sinon, qu'ils se défendraient jusqu'au bout, quoique déplaisants^ ajoutaientils, de nom battre contre nos parents^ amis ei voisins, à l'appétit des prêtres et des moines *.

' Les Fribmirgeois n'eurent pas de peine à prouver aux syndics ét aux capitaines de quartier que s'il y avait du sang versé il retomberait sur eux, et que leur charge les obligeait à rétablir le bon accord dans la ville. Mai» ils trouvèrent les prêtres plus Inflexibles. Ils leur repré* sentètent vainement que s'ils étaient plus nombreux, leurs adversaires étaient plus intrépides et dans un meilleur ordre; que leurs gropres partisans avaient des enfants, des parents, des amis dans les no^ contraires, et qu'ils ne voudraient ni les tuer ni se faire tuer par eux ; qu'ils conseillaient donc aux bourgeois catholiques de se retirer istfdâ Jaiss^ 1^ prêtres tout seuls combattre les luthériens. Le peuple, 46i les entendit, les approuva. Les catholiques rentrèrent chez eux e» disént : Nom sommes bien fols; pourquoi nous faire tuer pour les ^mitres? qu'ils se défendent , s^ils veulent^ et quHls disputent feir la smnte Écriture et non pas par Vépée * .

. La pait se fit. Chaque parti donna trois des siens en otage. On fronoJtvde vivre èn foom^ amitié. Les syndics et le cmiseil firent ^ifusc le lendemain à son de trompe : Que les inimitiés ces^ra^t de {^tf^ d^mti*ei et qu'on ne s'adresserait ni injure ni reproche; qu'on ifleipari^rait point contre les sacrements de l'Église, et qu'on vivrait m touHe* liberté; qu'on ne mangerait pas de chair le vendi'edi ni le ^fttnedi $ qu'on ne pourrait pas prêcher sans la permisdon des supèlloura ecclésiastiques et des syndics, mais qu'on n'avancerait rien dans .les^ j^nMMis qui ne pût se prouver par l'Écriture sainte L'observation de ces articles * fut jurée par les séculiers devant lessyndic3* e* f«ir les ecclésiastiques devant le vicaire de Tévêque. Mais la question

i Monique inédite de Froment, manusc. a® 147, llv. 1. ' Spon, tome I, page 225.

4' €eô mnlt& fureol iKibiiés et jurés le 30 mars. — Sfon, tome I> page 227, note Y 4e Gautier.

194 iTABLissEiiEirr de xa reforme

• restait trop indécise, et les passions qui vonlaient la résotiArè éfèlént aniodées pour que de part et d'autre on ne cherdiàt pobt U la soumettre de nouveau à la décision des armes.

Un moi& après, dans une nouvelle mèiée survenue à la suite d'une rixe, un chanoine nommé Werli fut tué d'un coup d'épéesurla place du Molard ^ Ge chanoine était natif de Fribourg, et s'y trouvait puissamment apparenté. Aussi les Fribourgeois furent extrêteement irrités du meurtre de leur compatriote. Ils en demaiidètënt justice aux Génevois avec une ardeur passionnée. Saisissant cette occasion d'opposer une digue au cours des innovations religieusi^^ils pressèrent Tévéque de retourner dans la ville pour y fortifier son pérti diancelant. L'évéque se rendit à leur invitation et aux înstanées des siens. Il rentra dans Genève, où-îl fut suivi de cent vingt Fi'ffi^ifàrgeois armés, conduits par les parents de Werli, qui vinrent se'pôster à Gaillard Aidé de l'espèce de découragement que cause tO«i|^urs un excès commis à ceux à qui on le reproche, il fit arrêter, comine complices de la mort de Werli, neuf bourgeois du parti évangëliqu^ï ^.

Mais il eut la maladresse d'élever un conflit de juridiction avêèles syndics, en voulant leur enlever le jugement des prisonniers, pcMir prononcer lui-même sur leur sort. Cette prétention, quH ne ptfhNnt pas à faire admettre, indisposa la parti civil contre lui. Afin dê dotfner une sorte de satisfaction dans cette affaire à tous les intér^sésr, on convint que les syndics jugeraient les prisonniers en préseeee dé deux députés de Fribourg, de deux de Berne, et de deox côiDmiwik'es épiscopaux *. Mais ccmme les bourgeois craignire^ 4«c fétèqjue n'enlevât les prisonniers, et ne les conduisît sur terre 4é Savofe, ils redoublèrent de surveillance, et se tinrent armés dans les rues peaé«nt la nuit ^. L'évêque, intimidé par ces dispositions, qu'il r^rda e^tiÉie

' Galiffe, Notices généaL, tome III, pages 511 et suiv., et Chronique inédite de Froment, manusc. no 147, liv. % — Spon, tome I, pages 226 et 22f7.

* fipoN, tome I , page 228, ei note A de Gautier.

* Jbid., page 229, dit qu'on n'arrêta que neuf hommes et une femme; inàis Froment, dans sa Chronique inédite, manusc. n^ 139, ch. 9, en nomme quinze, sans comprendre la femme de Jean Chautemps.

^ Spon, tome If, pages 228 et 229, et note A de GauUer.

* a On se tenoit la nuit sous les armes, dit Spon, de peur que l'éVêqué n'enlevât les prisonniers. » Tome I, page 229. — « Le capitaine généml Jean Plïil^)pc,'avec

. Miehel Baltbazard et Amy Bandière, mirent bon guet toute la suit parmi 1* vil!e.... Us fesoient bruire leurs armes, portoient des mèches de feu L'évéqoft «t ^ux

xaenaça^es pour lui, n'osa pas rester dans la ville, il en sortit, la 1.3 juillet, par une voûte souterraine qui menait de Févèché sur les bords du lac \ où il s'embarqua, et il quitta à «on tour Genève pour ne plus y reparaître. L'instruction du procès se pimrsuivit devant les syndics. Elle prouva l'innocence des accusés, et la violence emportée de Werli, qui frappait les émngéUques de ses armes m moment où il avait péri lui-même* Les prisonniers furent tous acquittés, k l'exception d'un nommé Gomberet qui avoua avoir donné au chanoine le coup de la mort, et qui fut condamné à perdre la tète ^. Après son exécution, les parents de Werli et les Fribourgeois qui les avaient accompagnés retournèrent satisfaits dans leur pays. !

Du lieu de sa retraite, Pierre de la Baume écrivit aux Génevois ftour leur interdire la lecture de la Bible en langue vulgaire et la vente des livres sur les matières religieuses \ Le parti sacerdotal voulut en même temps opposer à ses adversaires la discussion comme rla dernière de ses ressources. Il fit venir de Montmélian un moine dominicain, docteur de Sorlxmne, nommé Gui Furbity ^, pour pré- !cber dans Genève la doctrine catholique. Mais si les interdictions de /autorité n'avaient pas empêché les idées protestantes de pénétrer dans Grenève, si l'emploi de la force n'avait pas pu les y vaincre, le .recours à la discussion devait les y servir. Dans ces temps desavoir et d'examen où les catholiques étaient moins versés que leurs adversaires dans la connaissance des Ecritures et n'étaient pas d'aussi habiles, argomentateurs, discuter de leur part c'était abdiquer. Aussi 30L préseoee de Furbity précipita leur ruine.

€e docteur prêcha ^ns l'église de Saint-Pierre. Très-bardi dans flM langage, et fort emporté dans ses sentiments , il s'éleva contre liaB ancienjiMiS hérésies des ilneiis, des Ymdois, et il attaqua ensuite les hérésies récentes des Allemands en désignant les Bernois. U reprocha à ces derniers de déchirer l'Église, et il les compara k ceux qui

du cbàteaa n'en dormirent toute k aoit. » Chronique inédite de Froment, manuse. n» 130, eb. 9.

' TnounKL, HisL de Genève, tome II, page 105, note 2, d'après les Mémoires manusc. de Besson.

' Spon, tome I, pages 280-231. — Notes B et C de fiaulier.

* Chronique inédite de Froment, manusc* no 139, ch. 10. — Tbourbl, Hist. de ûenève^ tome II, page 106.

* HiiU lUU de Genève, Genè?e, 1786, in-S^, tome I, page 166, à r«r-<^ ticl^ Furbily,

s'étaient partagé les habits de Jésus-Christ h sa mort Il les chargea d'injures, et il pressa les Génevois de rompre tout commerce avec eux. Pendant qu'il prêchait dans la cathédrale, Froment était revenu dans Genève. Il était accompagné d'un ministre français nommé Ganus ou Dumoulin ^. Il répandait sa doctrine de maison en maison, et plus en particulier qu'en secret ; il assistait même aux sermons de Furbity. Un jour celui-ci prêchait sur l'eucharistie ; il attaquait, se* Ion sa coutume, les opinions contraires aux siennes avec violence, et versait l'outrage sur ceux qui les partageaient. Après avoir dit qu'il fallait croire à la présence réelle sous peine d'être damné, parce que c'était un article de foi admis par l'Église et par la Sorbonne de Paris, s^exaltant sur le mérite du prêtre qui pouvait rendre Dieu présent, et sur le crime des luthériens ^ qui niaient cette présence, il s'écria : « Un prêtre qui consacre est plus digne que la Vierge Marie, car elle » n'a fait Jésus-Christ qu'une fois, mais le prêtre le fait et crée tous » les jours, et il est si digne, qu'en disant les paroles sacramentelles » dans un four et dans une cave, sur le pain et sur le vin, le pain est » converti au précieux corps de Jésus-Christ, et le vin au sang, ce » que la Vierge n'a jamais fait. Qu'ils viennent maintenant ces mé; » chants luthériens qui prêchent le contraire, qu'ils s'avancent, et on » parlera à eux. Ah ! ah ! ils s'en garderont bien ces beaux prêcheurs » de cheminées , qui ne sont bons que pour tromper les pauvres » femmes, et ceux qui ne savent rien

Froment, qui était dans l'église, se leva, fit signe de la main et demanda à répondre. Il dit qu'il s'engageait, sur sa vie, à prouver par la sainte Écriture que ce qu'avait avancé le docteur Furbity était faux. Profitant de la surprise causée par son interruption, il entreprit la réfutation du discours qui venait d'être entendu. Ses partisans applaudissaient à ses paroles, et répétaient : Il dit bien^ il dit bien, qu*il réponde maintenant. Mais Furbity confondu restait muet, et les chanoines, voyant son silence, donnèrent à leur parti le signal d'une autre espèce de controverse, en criant : Ttiej tue ce luthérien I Au

' Gaulier, note D dans Spon, tome I, page 231.

* Gautier l'appelle Dumoulin, et Froment, dans sa Chronique, ainsi que Spon, page 231, l'appellent Canus, Mais c'est la même personne avec le même prénom.

* Les catholiques confondaient alors sous ce nom les divers partisans de la réforme.

* Chronique inédite de Froment, manusc. n» 139, ch. 10.

A GENÉYE. 197

Rhône I au Rhône ! Le tumulte devint extrême. Le peuple se partagea; lés amiis de Froment se pressèrent autour de lui pour le protéger et le faire sortir de Féglise. Ses adversaires se précipitèrent Yers lui pour le frapper; mais Baudichon; qui était à ses côtés , tira son épée, et dit : Si quelqu'un le toucher je le tuer<n : laissez faire la justice, et celui qui aura tort qu'il soit puni. Les amis de Froment parvinrent à le dérober à la fureur des catholiques/ et le cachèrent dans un grenier à foin * .

Mais le ministre Dumoulin, qui criait à haute voix, sur les marches de réglise, que Froment avait bien fait, et qu'il voulait prouver aussi que Furbity était un faux prophète, fût saisi et traduit devant le conseil. Le parti exalté voulait le condamner à mort; mais les hommes modérés, représentant que Dumoulin n'avait pas causé le tumulte, qu'il était Français, et que le roi de France ne verrait pas sans déplaisir qu'on ftt mourir ses sujets dans Genève, qu'enfin son supplice irriterait les Bernois, leurs alliés, qui professaient la même religion* obtinrent qu'il serait seulement banni. La nuit même, Baudichon sortit de la ville avec Dumoulin qui en était expulsé, et Froment qui n'y pouvait plus rester sans danger. Il les conduisit à Berne

Cet incident fut décisif pour Genève. La mort du chanoine Werli avait provoqué l'intervention du canton de Fribourg en faveur des catholiques. Les outrages adressés par Furbity aux Bernois, sous le nom d'hérétiques allemands, l'expulsion de Dumoulin et de Froment, provoquèrent alors l'intervention du canton de Berne en faveur des évangéliques. Sur la requête de Baudichon, qui fut pour le parti réformé ée qu'avait été Berthelier pour le parti indépendant, la seigneurie de Berne écrivit aux Génevois pour se plaindre de Furbity, demander justice de ses prédications injurieuses et se rendre partie criminelle contre lui. Baudichon, muni de ces lettres, revint à Genève. Il était accompagné de Farel, chargé parla seigneurie de Berne de défendre sa cause et sa doctrine dans ce procès. Il devait être bientôt suivi par des députés du canton, qui avaient la mission de poursuivre Furbity et de soutenir Farel ^.

Baudichon présenta les lettres de la seigneurie de Berne au çqr-

' Chronique inédite de Froment, manusc. 139, ch. 10. • Jbid.

» JNole D de Gautier, dans Spon, poges 231-233.

seil des deux-cents. Le vicaire de Févèquefut prié de détenir Forbity et de répondre de sa personne. Sur son refus» Furbity fut placé sou» la surtelllance de six ^rdes qui eurent l'ordre de ne pas le quitter * . Mais la présence et les prédications de Farel mirent toute la ville en rumeur. Les catholiques coururent de nouveau aux armes et pour la iernière fois. Les réformés en firent autant. Us n'en vinrent eepen»dant pas aux mains, les uns n'osant point attaquer, les autres n'étant décidés qu'à se défendre. Pendant trois jours et trois nuits Us demeurèrent sous les armes ^ faisant le guet les tms contre les autres^ et ftUant quérir leurs vivres^ bien accompagné, ainsi que font les enne^ mis en guerre Les deux partis étaient, encore en prfeence, lorsque les députés de Berne, m^compagnés de Yiret, arriérent à Genève t<. Ils furent tout étonnés, wgant toutes les rties remflies de gens prêts è se tuer les ms les antres^. Leurs efforts contribuèrent k rétebtir te calme. Les catholiques posèrent cette fois les armes sans È'm être servis, consentant à une paix qui fut une véritable défaite. ■

Dèi ce moment les réformés acquirent une supériorité marqoéé^ Les députés de Berne, qui logeaient dans la même hôtellerie que Fiarel, Viret et Froment ^, demandèrent le châtiment de Fuitity et f autorisation de faire prêcher Tun de leurs ministres dans la ville. Le conseil épiscopal refusa de donner satisfaction aux Bernc^ en ja« géant Furbity. Mais les députés Bernois menacèrent de rompre l'alliance de leur canton avec la ville de Genève, si les syndics ne se décidaient pas à la leur accorder euis-mémes. Geux^d u^rpèrent alors la juridiction religieuse, et ils eurent la hardiesse d'instruire te procès d'un ecclésiastique. Furbity fut accusé d'avoir avancé dés dogmes qu'il ne pouvait pas prouverparles Écritures saintes, et d'avohr outragé les Bernois. Les syndics le condamnèrent à une rétraetatioti publique. Mais n^ayant pas voulu s'y soumettre^ il fut envoyé en prison ®*

Quant à l'exercice publie du culte réformé, que les députésavaient demandé pour eux pendant leur séjour dans la ville, te conseil; sans

' Spon, tome I, page ^4, et note £ ée Gautier, ibid, ^ Chronique inédite de Froment, manusc. n^lSQ, ch. 11.

* 4 janvier 1334. Spon, tome I, page 233.

* Chronique inédite de Froment, manusc. n^ 139, ch. 11. » Ibid.

* Spon, tome I; pages 234^23j(, et note £ de Gautier, ibid., noie G, p^e 238.

A GENBVE. 190

le lair permettre, leur répondit qu'il ne s'y opposerait pas*. Cette autorisation indirecte suffit aux députés bernois ainsi qu'aux réfopmés de Genève. Farel, qui depuia deux mois prêchait tous les jours dans une grande salle, près de la maison de Baudichon, se transporta, le 1" mars 1534, dans la grande église des cordeliers de Rive , qui pouvait contenir quatre à cinq mille personnes *. Il ne sortit jlm de la ville avant que l'œuvre de la réformatiou y eût entièremeat réussi. Il y travailla pendant un an et demi encore, avec un zèle entreprenant et infatigable. A cette époque, les deux partis étai^t à peu près égaux en force numérique, mais ils ne l'étaient pas en puis* sance morale. Le parti protestant, qui s'était formé dans, le silence, qui avait grandi dans la lutte, dont la cause avait étendu ses progrès à chaque tentative faite pour l'arrêter ou le détruire, passa alors de la propagation secrète à la prédication publique, de la résistance à l'attaque, du prosélytisme à la conquête. L'autorité civile voulut rester encore quelque temps neutre ' entre les deux opinions, de peur de mécontenter Fribourg ou Berne, et d'attirer de nouveaux orages sur Genève. Mais elle se trouva bientôt dans l'impuissance de suivre cette marche prudente. Il fallut que la destinée de la ville s'accomplit, quie la révolution s'achevÀt dans les idées, s'introduisit dans le culte, îùt sanctionnée par le gouvernement.

Farél ayant en effet obtenu la permission de prêcher dans le couvent de Bive, et n'ayant pas voulu renoncer à ce droit après le départ des députés de Berne, malgré le désir que lui en exprima le conseil *9 s'empara puissamment des esprits dans Genève. Il engagea avec des prédicateurs catholiques des controverses dans lesquelles la supériorité de son savoir et son éloquence lui donnèrent l'avantage .sur ses adversaires. Il multiplia le» conversions et les étendit même parmi les défenseurs obligés^fle l'ancien culte. Il gagna à ses doctrines

I Spon, tome I, pages 230-240, et note H de Crautier .

* Chronique inédite de Froment, manusc. n<' 139, ch. 16.— Spon, tome p. 241. « Notes H, I, K, L de Gautier, dans Spon, tome I, pages 240-246.

♦ Note I deOaulier, dans Spon, tome I, pages 241-242.

« Les ambassadeurs (de Berne), avant que de partir, remirent les prêcheurs aux fidèles, leur recommandant et les priant qu'ils les gardassent des ennemie tant que à eui seroit possible... lesquels prêchoient tous les jours en public et d'heure en heure çà et là par les maisons, au grand avancement de la parole de Dieu, laquelle se augmentoit grandement chaque jour. » Chronique inédite de Froment, manusc. n« 139, ch. 16.

plusieurs moines du couvent dans lequel il soutenait des discussions religieuses, et où venait l'entendre une foule avide de ces paroles nouvelles. Les deux conquêtes les plus importantes furent celles de Jacques Bernard, père gardien du couvent des cordeliers» et de Pierre Yandel, curé de Saint-Germain ^ L'un et l'autre appartenaient à des familles considérables de Genève, et leur exemple eut beaucoup d'influence sur le reste de leurs compatriotes. L^ réformés établirent alors leurs quartiers dans le couvent de Bive et dans la paroisse de Saint-Germain. Ils baptisèrent, marièrent, firent la cène selon le rit de Zurich et de Berne tandis que les prêtres continuaient tristement leur culte délaissé dans leurs églises solitaires.

Le parti catholique essaya encore dans la ville quelques efforts désespérés. D'accord avecl'évêque, il chercha à soulever le peuple sans y parvenir, à surprendre la ville sans le pouvoir. Des fanatiques commirent alors quelques meurtres particuliers qui furent punis de la peine capitale. La servante de l'hôtellerie dans laquelle logeaient Farel, Viret et Froment, avant d'être installés dans le couvent de Bive, fut induite par un chanoine à les empoisonner. Elle leur senit dans un repas, qu'ils prenaient ordinairement en commun, une soupe où se trouvait de l'arsenic. Un heureux hasard empêcha Farel et Froment d'en manger : mais Viret, qui en mangea, fit une maladie qu'on crut longtemps mortelle et dont il se ressentit le reste de sa vie ^. La servante avoua son crime et fut condamnée à mort. Le parti catholique suivait la marche ordinaire des partis que l'impuissance conduit du combat au crime. 11 recourait à l'emploi du meurtre *

* Spon, tome I, page 250. — Note P de Gautier, page 252.

« Baudichon, Claude Bernard, Pierre Vandel et plusieurs autres attirèrent leurs frères, dont les uns étoient cordeliers, les autres prélres gardiens en l'église de Saint< Pierre, autant et plus débordés tant après les ^mmcs que autrement avant qu'ils fussent gagnés à la parole... Quant aux cordeliers, plusieurs d'iceux connurent les superstitions de leur religion, et entre tous les autres, leur gardien, frère Jacques Bernard, qui usa d'une grande prudence humaine avant de laisser son habit... Avant • que mettre bas la robe grise et l'autorité de gardien, ou leurs oiBccs, se sont saisis d'aucuns droits et reliquaires, et surtout promis et fiancés en mariage de jeunes et belles filles, leur promettant dot; car autrement ne les pouvoient avoir, combien que fussent les plus beaux pères et verds galants de tous les autres religieux de Genève. » Chronic^e inédite de Froment, manusc. n° 139, ch. 27. ' Spon, tome I, page 244.

' Chronique inédite de Froment, manusc. n^ 139, ch. 16 et 17.

♦ Le réformé Berger fut tué par Claude Pennet, et Nicolas Porral, autre réfermé , fut mortellement blessé d'un coup de poignard par Nicolas Pennet, geôlier des

A OBNÈVE. 201

contre ses adversaires, après avoir échoaé dans celui da soulèvement, comme il avait recouru à l'emploi du soulèvement après avoir vainement essayé des coups d'autorité. Ces divers moyens marquaient les degrés de sa décadence. Il avait fait usage du premier lorsqu'il était tout à fait maître et qu'il agissait en gouvernement ; du second, lorsqu'il était en lutte et qu'il agissait en parti passionné, disputant encore la victoire ; et du troisième, enfin, lorsqu'il était réduit au fanatisme de quelques individus, et qu'il était tombé dans le désespoir d'une défaite irrévocable.

Aussi, laissant alors le champ de bataille aux réformés, tourna-t-il ses dernières espérances vers une attaque extérieure contre Genève. L'évéque excommunia la ville, et prescrivit au chapitre de se rendre auprès de lui à Gex ^ . Les Frtbourgeois, extrêmement irrités des prédications de Farel et des progrès du nouveau culte, vinrent rompre ^ le traité de çombourgeoisie Les partisans les plus prononcés de l'évèque eurent, en 1534, leur émigration, comme les mamelus du duc de Savoie avaient eu la leur en 1525. Ceux-ci s'étaient postés dans le château de Gaillard ; ceux-là se rendirent et se fortifièrent dans le château de Peney Ils s'unirent à l'évèque et au duc, qui se concertèrent avec les Fribourgeois pour faire rentrer Genève dans son ancienne obéissance et dans la religion romaine. Le duc et l'évèque empruntèrent de l'argent et levèrent des troupes *. Avant d'attaquer les Génevois, ils les sommèrent de chasser de leurs murailles )es prédicateurs luthériens ; de rétablir l'évèque dans son autorité, le duc daas le vidomnat ; de relever ses armoiries au château de l'Isle ; de reconstruire, dans le couvent de Rive, une chapelle bâtie par ses

prisons épiscopalês. Les meurtriers étaient excités par le notaire Jean Portier, ^crétaire de l'évèque, auquel le duc de Savoie avait envoyé des blancs seings et un dipIAme de gouverneur de Genève, et Tévéque, des lettres (12 janvier 1534) par lesquelles il autorisait à tuer les hérétiques, et absolvait spirituellement et tempo- , Tellement ceux qui le feraient. Claude Pennet et Portier furent saisis, condamnés A mort et décapités. » Registres des conseils, délibération des 6 et 8 février 1534, dans TnouRBL, Hist. de Genève, tome II, pages 115-116. — Spon, tome I, page 236, et note F de Gautier.

» Le 30 août 1534. — Spon, tome I, page 247, et note M de Gautier. — Thourel, Bist. de Genève, tome II, pages 131-132.

* En mars 1534. » Spon, tome I, page 243, et note T de Gautier.

' Leurs noms se trouvent dans la délibération des conseUs du 6 avril 1535* — On les appela les Peneyeans.

* Chronique inédite de Froment, manusc. n» 139, ch. 18, 19 et 20.

ÉTABLISSEMENT DB lA RÉFORME

ancêtres et récêiilment abattue, et de vivre en bons eatholîcpies. A ces conditions ils leur promirent la paix. Leur refus devait être suivi d'une guerre sans retard, sans relâche, sans quartier ^*

Le petit et le grand conseil, inspirés par les ministres, répondirent au duc et à Tévéque : « Qu'ils perdroient tous vie, femmes, enfants, B et mettroient le feu aux quatre coins de la ville plut6t que de re« » noncer à FÈvangiie de ^us-Ghrist et à leurs libertés ; qu'ils ne )> chasseroient pas non plus ceux qui y préchoient la parole de Dieu; » que si quelqu'un voulait leur prouver que ces prédicateurs se trom^ > poient ou les abusoient, il seroit le bien reçu, et que, s'il y parve- » noit, les prédicateurs seroient mis à mort, sinon, qu'ils les garde- » roient ^. » Cette réponse devint le signal de la guerre qui fat la dernière épreuve par laquelle la réformation avait à passer.

Le duc posta ses troupes dans les châteaux de Peney , de Jussy, de Gaillard, et dans les maismis fortes qui entouraient la ville. Secondés par les bourgeois catholiques incorporés dans ces garnisons, eE les curés des campagnes, qui défendaient, sous peine d'excommuni*cation, de porter des vivres à Genève, il fit i œtte ville une guierre d'escarmouche moins dangereuse que gênante ^.

C'est au milieu de ce blocus, qui dura près de deux ans, que s'ac^ complit la réformation. Elle avait la supériorité numérique ; il lui manquait la domination légale. On procédait ^n établissement comme m l'avait fait.À Zurich, à Bàle, à Strasbourg, à Neuchàtel et dans la plupart des villes où le nouveau culte avait prévalu, en employant la voie de la controverse publique et du vote général. Il fallait l'instruction pour répandre , la discussion pour établir , l'assentiment commun pour réaliser une doctrine qui s'appuyait sur l'adhésion libre des esprits et non siîr leur obéissance.

Le 30 mai de l'anuée 1535 fut fixé par cette grande controverse. On invita !es chefs des deux opinions à y prendre part. Le grand et le petit conseil la firent annoncer à son de trompe. Ils offrirent des sauf-conduits et la plus entière liberté à ceux qui voudraient la soutenir. Ils choisirent dans les deux opinions huit commissaires pour la diriger, et quatre secrétaires pour en conserver les actes

* Chronique inédite de Froment, manusc. 139, ch. 20. 2 Ifctd., ch. 21.

» IMcï., ch. 22 et 23.

* Chronique de Froment, ch. 29, 30 et 31. — Spon, tome I, page 232, et aol* P

Drax^bnapions se prés^tèreot du côté des. eatbidiques» Pieire ^roU, docteardeSorixmoey et JeanCbapuîs, dominicaio de Genève^ Du côté des réformés, la dUcossion fut soutenue par Jacques Bernard, Fard, Yiret et iPronaent. EUe dura un mois, et roula sur tous les points qui divisai^t les deux églises : sur la justifkatioa ebrétieone, sur la rémission des fautes, isur la part du tibre arbitre et de la grâce, des œuvres et de là foi dans la grande affaire du sali4 <^rétie&, sur la présence corporelle ou apiritu^ de Dieu dans Teu^ cbaristie, sur 1^ indulgences, sur rinvocatton des saints, sur les vœux monastiques, sur les cérémonies du cuile, sur Torganisation et le gou^ vernement de FÈglise. Dans cette controverse, les catholiques, qui ne surent pasdonner les hautes raisons qui avaient servi de fondement à leur croyance, et qui lui rendirent la mipédorîté dans le siècle sui^ i^nt, furent vaincus par les réformés ^ Geuxrci opposèrent les textes 4es Écritures aux conséquenèes qu'en avait tirées TÈg^tee, et le cuUa i^hr^ien f»rimitif à celui que le temps, le besoin deTc^gamsation, et ia grandeur même du christi^^me , avaient successivement développé.

Le peuple adhéra aux dogmes protestants, qu'adoptèrent les deux -champions même du catboliasme, Caroli et Ghap«^ ^. Le grand conseil n'établit point sur^le^hamp le culte nouveau : il craignait les «0Dséquenees4'une pareille révolution ^. Quoîqctô fxeà aétous les jours par les réformés, dont le cb^, Farel, s'empara successivemrat de

de Gautier. — Parmi les commissaires, Michel Sept, Claude Savoie, Jean Amy Curtet, Amy de Chtpeaurouge, étaient réformés; Jean Balard, Girardin d^ la Rive, Claude Richardet et Claude de Châteauneuf étaient câtholiques. Les quatre secrétaires, Claude Roset, André Viennois, Richard Vellut et Francis Warrict étaient également mi-partis.

* Voir l'intitulé de ces thèses dans Senebier, nisU liltéraire, tome I, page 163, à l'article Jacques Bernard ; — Qironique de Froment, manusc. n« 139, eh^ 30 et 91 .

^ ic A la fin ne surent qm faire sinon acquiescer et subscrire du 4:ôté 4u prf- . I^oseur. » Chronique inédite.de Fri)ment, manusc. n° 139 , ch. 31.

* « Le conseil avoit grande crainte à cause de la guerre. On lui disoit : Si vous mêliez bas les images, les idoles et toute la papauté, comme les prêcheurs cl ceux qui les favorisent les veul^t, certes, pour un «niiiemi que vous avez vous en aurez cent; et au lieu de votre grand et ancien ennemi , le duc de Savoie , vous aurez le roi de France qui ffit son neveu, et l'emi^eur qui estt son beau-frèr^ lesquels, à la suasion de votre évéqoeet gens d'émise , pourront grandement nuire à vous et à votre cité, principalement en ce temps de guerre.» Chronique inédite 4e Froment^ manusc^ n9l39, di. 32*

ÉTABLISSEMENT BE tk BÉFORME

toutes les églises \ 'et prêcha le 8 août ' dans l'église cathédrale de Saint-Pierre, le conseil hésita encore plusieurs mob. Mais le peuple ayant commencé à abattre les images dans les églises et à troubler violemment Texercice du culte catholique, il se désida* sur les instances deFarel à exécuter le changement de religion dans Genève. Il y procéda avec beaucoup de mesure et de prudence. Il cita à plu^ sieurs reprises les prétreset les moines qui, sur la défense del'évéque, avaient refusé d'assister à la controverse, afin de les entendre avant de condamner leur doctrine. Il suspendit d'abord l'qxercice du culte catholique à la majorité des suffrages. Il l'abolit ensuite entièrement le 27 août 1535 ^, avec ordre de suivre le culte réformé, qui fut établi d'après le rit de Berne et de Zurich ^. Les Images furent eur levées des églises ; les reliques ^, dans lesquelles on découvrit des su? percheries qui affaiblirent le respect et diminuèrent les regrets pouf le culte qui se les était permises, furent visitées ; toutes les fêtes ' autres que les dimanches furent supprimées ; les prêtres et les ligieux qui voulurent sortir de Genève furent conduits à Anneci ; oi^ garda dans la ville ceux qui voulurent y rester et qui y reçurent dqs pensions de l'État ^. Pour rendre les mœurs plus austères et plus chrétiennes, on défendit les blasphèmes, les dissolutions; on proscrivit les jeux et on fermâtes lieux publics pendant les heures du sermon ^. Le couvent des cordeliers fut changé en école, celui des religieuses de Sainte-Glaire en hôpital. Les revenus ecclésiastique servirent, soit à subvenir aux appointements des nouveaux ministres, soit à fonder des établissements d'instruction ou de bienfaisance,

' Il occupa la chaire de la Madeleine , le 23 juillet 1535. — Registres du consei}, dans Thourel , tome II , page 147.

2 Registres du conseil , ihid.

'^'Spon , tome I, page 255 , et note G de Gautier.

^ Quelques-uns des habitants de Genève ne se soumirent qu'un peu plus tard k l'observation delà nouvelle croyance; et l'ancienne ne fut déGnilivement et entièrement interdite que le 21 mai de l'année suivante. Spon, Hist, de Genève^ page 276. — Note G de Gautier, et Regist. du conseil du 21 mai 1536» dans Grenus. ÎFragmenU biographiques et historiques, Crenève, 1815 » in-8<'.

* Spon , tome I , page 259.

* Chronique inédite de Froment , manusc. no 139 , ch. 33 à 36.

' Extrait des registres du conseil du 13 juin 1536 , dans Grenus.

^ (c Bien peu demeurèrent dedans qui ont eu pension jusques à leur trépas. » Som» maire , recueil inédit de Michel Roset , liv. 3 , ch. 47. — Midiel Roset était cod*> temporain. 11 fut quatorze fois syndic, dont douze comme chef du quadrille syndical»

* Registres du conseil du 13 avril 1535 , et du 28f février 1536, dans Grenus*

A GBMiVE. 205

conformément à l'esprit de la révolution qui venait de s'accompKr, et (}ui, ayant la raison pour moyen et la règle morale pour bût, cherchait partout à éclairer les masses et à améliorer leur sort *.

Ce qui consolida cette révolution intérieure, ce fut une révolution territoriale qui survint la même année et qui assura pour toujours l'indépendance et la réforme de Genève, Pressée depuis longtemps de toutes parts, cette ville manquait de vivres et ne pouvait s'en procurer que par des sorties. Elle avait organisé des compagnies pour en enlever dans les campagnes, et avait équipé une petite flotte pour faire des descentes sur les bords du lac, en terre de Savoie. Les seigneurs de Berne avaient vainement essayé de rétablir la paix entre la ville et le duc ; mais les grands événements qui survinrent en Europe opérèrent la délivrance de Genève, Le duc ayant embrassé l'alliance de l'Espagne contre François r% ce prince envahit les États de Savoie et de Piémont, qu'il réunit à sa couronne. De leur côté, les Bernois, qui avaient menacé le duc de rompre l'alliance qu'ils avaient avec lui, et de lui faire la guerre s'il continuait d'attaquer leurs confédérés, marchèrent au secours des Génevois et s'emparèrent du pays de Vaud, Gex, Lausanne, Iverdun, Ghillon, tombèrent au pouvoir de leurs troupes, qui, réunies aux bourgeois de Genève, prirent aussi les châteaux et les maisons fortes de l'évèque, des gentilshommes et dés prêtres qui avaient tenu la ville bloquée, et avaient servi de lieu dé refuge et de moyen d'attaque aux fugitifs de Genève, Les châteaux dePeney,de Jussy, de Gaillard, de Gex, de Coppet, et beaucoup de maisons fortes, furent rasés ou brûlés

Le territoire de Genève perdit son aspect et son caractère féodal. L'évéque fut déchu de sa principauté, comme dans la révolution précédente le duc l'avait été de son vidomnat. Le traité de combourgeoisie avec Berne fut renouvelé pour vingt-cinq ans ^. Genève ne fut pas seulement réformée^ elle devint souveraine. Elle battit mon-

' « De ceux qui sont partis , la seigneurie a rédigé les biens à sa main pour aider aui pauvres , nourrir et entretenir les prêcheurs , maîtres d'école , et secourir à la république. » » Clironique inédite de Froment, manusc. no 139, ch. 31. — Spon , tome I, page 259, et la note S de G^4iler, page 261; — Chronique de Froment, ch. 37.

' La guerre de 153ë et 1536 est racontée dans les ch. 39 à 42 de là Chronique inédite de Froment, manusc. n» 139. — Voir Spon , tomel, page 261 à 263, et les notes T et U de Gautier.

* Spon , tome II , page 186. — Pièce justificative , n° 62.1

ÉTABUSSEAIEHT BS i RÉFORME

«aie, prit pour armoiries Taigte de l'empire et la clef de saifit Pierre pour devise, poat ienebras lux % et n'eut plus un prince Jauger pour juge, ni un évèque pour seigneur, ni des eunemis pour voisins

Tout était en apparence consommé dans Genève » lorsque parut sur ce théâtre où venaient de s'accomplir plusieurs révolutions, un acteur qui devait y en opérer une nouvelle, et s'illustrer lui-même en rendant Genève la capitale d'une graiMle opinion. Cet acteur lut Calvin,

Calvin était de Noyon en Picardie. Il aj^rtenait à une famille obscure, qui le destina d'abord à Téglise^ jusque-là re£uge de la pauvreté et de l'esprit. La position (te son père rendait d'aitieurs presque inévitable pour lui cette première destination. Originaire du village de Pont-l'Ëvèque , son père, j:iommé Girard Cawm^ s'était établi à Koyon, où il était devenu procureur fiscal de l'évéqoe et du chapitre. Il avait eu quatre fils, dont le dernier mourut jeuae. Profitant des facilités que lui donnaient ses fonctions» il obtint des bénéfices ecclé- Mastiques pour ses trois autres enfants qu'il plaça dans le corps du dergé. L'alné, Charles Cauvin^ devint prêtre et chi^elaiB del'égUsc de la Bienheureuse Vierge k Noyon. Le troisiènie, Aniome Cauvin^ feçut la cbapellenie de TooraerâUe^ dans le bcMirg de Iteches, de la paroisse de Noyon* Le second, Jem Camin^ c^i dont nous nous occupons, et qui changea le nom prûmtif de sa fanûUe en celui de Cahmiis^ latinisé suivant Tusage de l'éjpoque, ne fut point oublié dans cette distribution de bénéfices , fruit de la scdlicitude pateiv nelle. On lui réserva une cbapellenie dans Ja cathédrale de JRfoyoD, et la cure de Marteville, qu'il échangea plus tard pour ceUede PontrËvèque. Né le ip juillet 1509 , huit ans avant ie soulèvement de Luther, il fut fait chapelain, le 29 mai 1521, à l'Âge de douze «ns,

^ Son andcmic devise était po$t tmébras, spero lucm. — Spoiï,toine 1, page 264, et note X de Gautier.

* Voici comment se fit le partage des dépouilles de l'évêque et du duc entre les Bernois et les Genevois : « L'alliance entre les deux \iUes lut confirmée pour vingtcinq ans «yec ces articles : que les Géneroîs payereient dans k terme de six mois , ^ix mille écus à ceux de Berne pour les frais de la ifoorre ; qu'ils leur doàtMroient «eiitrie dans lei» vUle quand âs«n «uroient bAin^ qu'ils leur relltofaer<»eBt la sel- ^neuvie de Gaillard , l'abbaye ^ BelleriTe^ et la BA^-<Ma. ee noyés les Genevois se conservèrent le vidomnat., les revenus 4e l'évédié et cmi-dn prieuré de Saint-Victor , qu'ils destinèrent à l'entretenement des ministres et de lli^^tal.» r— Spon, 1. 1, p.273.

et curé de MartevHlc le ^ lufliet i527, à l'âge 4e dix-huit ans Ml cependant jamais que la t<Hi6iire «impie

Son tMigiRe et ses commencemeûts ne paraissaient pas devoir le prépaiîer aii rèle que lui destîaaient son esprit et son temps. Mais f éducation qu'il reçut et les mioentit» qu'il fit l'y ranaerèrènt. U fut envoyé de bonne heure à rutitveraiié 4e Paris. Il étudia successi- "vement dans les collèges de la Marche H 4e Montoigu ^. Il devint UB humaniste distingué , et aoquU des coimaissanoes fortes. Son inclination naturelle, autant que le devoir de sa vocatloo , le portait i^^ers les maëères théologiqoes. M y étwt enfoncé avec piUé, avec plaisir, avee miceès, lorsque son père vint l'en arracher. Cet homme ftttident et arôé crut, en voyant le dergé décliner dams la faveur publique, que son fils lirouyerait plus d'avantages à miivre la carrière 4es lois La ccMporation des légistes , ^ui, d^tpuis la révoIuiioE opérée par Philippe ie Bel, ai^t eomniencé à sup^at^ cdie des eceiésiasticpiesdansk difection del'Ëtat, repartait décidément, et» «suivant l'espressira pittoresque d'un jurisco^ulte de «e siècle^ la France était m ro'jfmme de plaidoirie. Caimn entra, avec ^ défé^ rmee aoc<»itttiiiée, oiais non sans^elque regi^et, dans les vues de #ofi père. Il se irendit tour k imxr ans tuskrversftés é'iMèm$ et de iBourges. U apprît le droit : dans ïme^, imm Pierre de l'Ëtoile ; dans l'autre, sous le célèbre Milanais André Alciat ^.

C'est à Orléans qu'il fut initié aux doctrines nouvelles, par Robert Olivetan, Picard comme lui et son parent ^, *quî se retira peu de temps ii^ès à Gei^ve, où il lut {Hrécepteur des fils du boui^ois ieaa <%autemps, ^eùîl tradv^ k SiUe de l'hébreu en français. Son esprit pénétrant et hardi y fit de rapides progrès

* Ces ôMA» «i*f la toiUe de Cs^m ^ fiiir Im s^t éikéÈ ^'uoe «aquète laite à Jftoyefi pariiB notake. Us 6e tris^vent daas Je JmiiUt vi^v>l<ms, de Uwbt , età la 41n de^a Fte40<Calv«»,parTHéoDOBS deJ^zb; Geoè\w, 1663,. page 198à294.— Ils «ooit^Hssi dan€ Aes jirm^ies 4fi l'éi§lit0 ca^édrale 4e Ko^^ par Jagoubs Le- ^iTAssECR, doyea de JJioyem^ Paris^ 166^,.ia-4o.— Yok égalemooi ïuéoi^Rfi ItoB, page 9<eti0.

« BAiM* , artkie €oi«t«^ »ote A-

' BitaïE, <2«4^vin> pages 10 «t li.

« U se résolut de le faire étudier aux leis^ iFoyaat gue c'ét<^UiMijaei|Ie«r moyea ^ur fMHWfnûr «m biens et aux iiotimeura; » ihid., page il.

' Voici en quels termes il raconte lui-même ces premiers temps de sa^yie : «

208 ÉTABLISSEMENT W lA RÉFORME

Sa bonne fortune voulut qu'il trouvât à Bourges, où tenait sa cour, la savante et spirituelle sœur de François P% alors duchesse de Berri et plus tard reine de Navarre, zélée protectrice des lettrés et des novateurs, un helléniste allemand nommé Melchior Wolmar , qui lui enseigna le grec dont il se servit très-utilement dans la suite Devenu théologien et humaniste du premier ordre à Paris, jurisconsulte à Orléans, helléniste à Bourges, il ne compléta qu'après sa fuite de France, et dans sa retraite à Bàle, le trésor de ses connaissances, en y ç^îoutant l'acquisition de l'hébreu.

La mort de son père, survenue en 1531, lui fit quitter Bourges et l'élude du droit. Rendu à ses penchants théologiques, il vint de nouveau à Paris, après avoir visité sa famille à Noyon. Il y publia, à l'âge de vingt-trois ans , un commentaire sur le livre de la Clémnce ût Sénèque Étroitement lié avec le recteur de l'université , Nicolas Gop, il l'engagea, en 1532, à hasarder une démonstration publique en faveur des idées nouvelles qu'il prêchait dans les assemblées secrètes, et à leur prêter l'appui de son autorité. Il rédigea la harangue que Cop consentit à prononcer à l'octave de la Saint-Martin, et quelle parlement poursuivit. Cette démarche faillit leur devenir funeste à l'un et à l'autre. Cop fut obligé de prendre la fuite. Il se retira à B&le, d'où était originaire son père, médecin de François V\ Calvin

» dit>il, m'a tiré de très-petits commeDcements. Gomme j'étois petit enfant, mon i> père m'avoit destiné à l'étude de la théologie ; mais voyant que celle des loix en-^ » richissoit la plupart de ses sectateurs, cette espérance lui fit changer de dessein : » de sorte que , quittant la philosophie» je fus contraint de m'attacher à la jurispru* j» dence. Quoique , pour seconder les volontés de mon père, je faisois mes efforts de » m'y appliquer tout de bon , il arriva néanmoins que Dieu , par un secret ressort n de sa providence, me fit prendre une autre route. En premier lieu, comme j'étois » trop opiniàtrément plongé dans les superstitions du papisme pour me tirer aisément » d'un si profond boulier , par une conversion soudaine il ploya à la docilité mon j» esprit, qui s'éloit excessivement endurci pour l'ftge où j'étois, et ayant eu quelque » goût pour la vraie piété, je fus rempli d'une telle ardeur d'y profiter, que quoique » je n'abandonnasse pas mes autres études, je les poursuivois plus froidement. Un » an ne s'étoit pas écoulé, que tous ceux qui témoignoient quelque désir de la pure » doctrine se rangeoient pour apprendre vers moi , bien que novice et apprentif. » — Bèze, vu de Calvin. Extrait de la préface de Calvin sur les psaumes, pagesl80-181. ' Bèzb, V%$ de Calvin, pages 13-14.

2 II le dédia à Claude d'Hangest, abbé de Saint-ËIoi de Noyon. Ce commentaire, dans lequel Calvin prit le titre de Lucius Calvinus, civis romanus, parut en 1532. — Papirius Masso, Vita Calvini, Paris, 1611, in-4o, page 412. Bëzk. fie de Calvin, page 15.

À GENÈTE. 209

échappa par le plus heureux hasard à des recherches qui furent dirigées contre lui dans le collège de Forteret ^ et se réfugia en Saintonge. Il s'établit chez Louis du Tillet, chanoine d'AngouIôme et curé de Glaix, qui partageait ses opinions et qui était frère de Jean du Tillet, greffier du parlement de Paris *. Dès ce moment commença sa vie errante. II parcourut, en missionnaire secret, quelques provinces du midi et de Touest de la France ^. Mais il se convainquit bientôt de l'impuissance de ses efforts, et de l'inutilité des dangers auxquels il s'exposait. Voyant qu'il ne parviendrait point à accomplir en France un changement religieux, que n'avaient pu même préparer le courage de Berquin , la science de Lefèvre d'Étaples , l'éloquence de Farel, l'autorité de Gop, il se décida à prendre, comme les trois derniers, la route de l'exil, afin de ne pas périr inutilement pour ses opinions, comme le premier.

La persécution étant devenue plus ardente en 1534, il résigna sa chapetienie de Noyon et sa cure de Pont-l'Èvéque, qu'il avait gardées jusqu'alors, et quitta la France *. Il se rendit, accompagné de Louis du milet, d'abord à Strasbourg et ensuite à BAle^, avec le désir d'y vivre dans l'étude et l'obscurité. « J'étois, dît-^il, de mon naturel peu » fait pour le monde, ayant toujours aimé le repos et l'ombre... et

* Voir la leUre de Calvin adressée en 1553 à François Daniel, dans laquelle il raconte cet événement , Calvini EpùU et Retponsa, Amsterdam, 1667, in-fol., page 1. ^ Bèze» Vie de Calvin, page 16, et Histoire des églises réformées, tome I, livre 1, page 13.

< Batle, art. Calvin, note D. — Ch. Drelincourt, la défense de Calvin contre l'otUrage fait à sa mémoire, Genève, 1667, page 40.

' Il alla à Nérac voir Lefèvre d'Étaples, qui, en 1525, avait été obligé de quitter Meaux, et s'était rendu à Strasbourg et à Bâle, d'où il avait été appelé en Béarn par la reine de Navarre, sœur de François !«'. Il revint ensuite à Paris, mais en s'y (toant caché pour ee qu'il n'y faisait sûr pour lui. BfeZE, Vie de Calvin, pages 17 et 13. — > « Faber stapaleiisis Gallia profugus agit Argentorati, sed mutato nomine...HiRC honorifice revocatus est in Galliam.... » Erasmi EptstoL lib 18, ep. 26, et lib. 19 ep. 18.

^ Annales de V église cathédrale de Noyon, par Letasseur, qui dit : Toutes ces ' choses constent par l'information de feu Antoine de Mesle, docteur ès-droits, thrésorier et chanoine de l église de Noyon, et juge ordinaire dans l'audience épisco' pale. ^ BfczB, Vie de Calvin, page 204. — Drelincourt, page 57.

• t Or, voyant le pauvre état du royaume de France, quant à la religion, il délibéra de s'en absenter pour vivre plus paisiblement et selon sa conscience. 11 partit donc de France Fan 12^4 avec ledit jeune homme avec lequel nous avons dit qu'il dcmeuroiten Saintonge. »— Bèzb, Vie de Calvin, pages 18-19. — Maimbourg, Bist, du Calvinisme, Paris, 1686, in-4<>, tome I, page 50.

^10 ÉTÀBUSSEAnCKT BX LA BÉFORME

» D'avois Vautre tntefifion <|sie de pMser ma rie dans mon Msir^ sans » qae je fusse i^onnu... A ce dessein je quittai ma patrie et m'en » aUaî en Allemagne pour y 'trouver en qaelque coin obscur Je » repos que je tfavois pas pu trouver pendant un long temps en « France *. »

Il vécut inconnu k BAle, rà il apprit Thébreu «t continua ses études. Mais il fut, malgré lui, tiré de sa retraite, et f»)uffîé«8r le champ de batttSle de la controverse, pour défendre ceux qu'on tuait en France comme des luthériens^ et qu'on représentait en Allemagne <;omme des anataiptistes ennemis de tout culte et de tout gom^ernement. Il jugea qoe son silence serait un abandon de ses devoirs, et il publia le Hvre de V Institution chrétienne qu'il adressa, par une préface, à Franços I***. Il s'attadia à y jui^fier les prote^ants de Fr^xnce et de l'esprit de faction auquel ce prince paraissait a^oire, et de l'anabaptisD^ auquel îl voulait faire O'oire, afin de détourner d'eux, l'intérêt et l'appui 4e TAtlemagne. Fidèle à ses projets d'obscurité^ il publia ce tivre sans y mettre son mm. Personne ne sut qu'il fût de lui. 0( Se ledissimutoi ai41eiii^, dit-il, e(t j'en voutoisiiser ainsi dans la I) suite, si peu je me pcoposoîs de im mettre en n^iâation par ce » moyen ^. »

Mais la Providence renversa ses desseins. Elle l'enleva à son repos «t à sa timidîté, pour le produk« malgpé ti», et têXÊe ét^ei l^msme, «lors sans ambîtion et «ans audace, le dief d'un grand parti et uû infatigable combattant qui ne trouva plus de paix que dans la mort* <i DieB*, dk-â, m'a conduit m t€dUe ;Sorte, par dî^vers dStcmis, que » jamais il ne m'a permis de me reposer, tairt ^ue, eontre mon génie, » j'ai été tiré en une pleine lumière » Voici comment s'opéra ce ^hai^ement d décisif dans sa vie et dans l'histoire du protestantisme.

Après avoh: publié «on livre mv rji»«làttéûm c&f^(ftffMie, û était slié visiter en Italie la duchesse de Ferrare, fille de Louis XII que sçs

^ MAmmifna^ Mi^. du €sdvini8me, tome I, ps^e I&9; âejffan^ 'çois 1er; jL,a fi&y«, 1686, ivkS^, Hv. 1, tome U, [m^âSl ; Flqbuiokb ike Bsmo^, Hist. de la naismnee, des progrès et de là déeademe de ce -^ièi^, Jkwxen, in-4o, liv. 7, du 40, et Bèze, Vie de CaMn, extrait 4e la préface sur les psaumes,

^ à 4a fln de la Vie de Calvin, page 183.

^ J*td., pages 181-182.

* tx Be Basle, Calvin arec son dit tîompagnon vint on Italie et demearèreï^ quelques temps à Ferrare. Là, il vit madame la duchesse de Ferrare... laqueiie

rares connaissances avaient portée à embrasser les iQpai<^ évangéliques. De retour à JSâle^ il avait 0itrq)ris un dernier et secret voyage en France, pour se fixer ensuite définitivement dans la retraite qu*il s'était choisie, y cultiver tranguillenient son esprit, et^vir de là sa cause par des livres à la composition desquels il se croyait plus propre qu'au gouvernement des hommes.

La guerre l'ayant empêché de revenir à Bâie par la route ordinaire de Strasbourg, il fit un détour, et passa par Genève dans lespremiers jours d'octobre 1536. 11 ne devait y rester qu'une nuit Mais Louis du Tillet, qui s'y était rendu de son côté et qu'il y trouva *, ayant averti Farel deson arrivée, celui-ci se transporta sur-le<îhamp auprès de lui. Il l'invita à s'arrêter à Genève pour lui prêter le concours de ses lumières et de son ministère. Calvin s'en excusa en alléguant ses goûts, qui l'enfa-ainaieni vers l'étude, et son caractère, qui Téloignait des agitationsetdes luttes iuimainesw II refusait sa gloire. « Là-dessus*

dit-il, Farel touthrûlant d'un zèle incroyable d'avancer rÈvangile» D déploya toutes ses forces pour me retenir, et , ne pouvant rien » gagner par ses prises, il ^ vint jusqu'à l'imprécation, afin que » Dieu maudit ma vie retirée et mon loisir, si je me retirois en arrière» D ne voulant lui aider en une telle nécessité. L'effiroi que j'en reçus, » comme si Dieu m'eût saisi alors du ciel, par un coup violent de sa x> main, me fît discontinuer mon voyage, en telle sorte pourtant que » sachant bien qu'elle étoit ma timidité et mon humeur réservée, je » ne ni'engageai point à feîre une certaine charge'*. » Cette charge

l'ayant vu et ouï, dès lors jugea ce qui en étoit, et toujours depuis tant qu'il a Vécu. Fa aimé et honoré comme un excellent organe du Seigneur. D'Italie ils revinrent de

rechef à Basle Or, quelque temps après, de Basle il s'en alla en France, et so i

dîtconp^on s'en vint à Neu£ehatel et à Genève. » Bèze, Vie de Calvin, page TO.

1 U était avec son frère Antoine Calvin, a U ne prétendoit rien moins que d'y faire son séjour, mais seulement d'y passer sans se donner autrement à connottre. Houtefois celui que «ous avons dit qui lui avoit tenu compagnie à Basleet en Italie fit qu'il tai connu, car il s'étoit lors retiré à Genève, j» Bèze, Vie de Calvin, pages 2d et 21.

2 Bfea, Vie de Calvin, préface sur les Psftvmespw Calvin, pages 183-id4. — Voici comment Farci, écrivant au ministre Fabry après la mort de Calvin, lui raconta cet incident décisif dans la vie de Calvin et l'iUstodre 4u prolestantisrae : « Dieu me l'a fait r^ontrer, et contre ce qu'il avoit délibéré, Ta fait arrêter à » Genève et s'en est servi là et en autre part, étant pressé d'une .part et d'autre plus » qu'on Be sauroit dire, et singulièrement par moi qui autiom de Dieu l'ai pressé » de faire -et prendre les affaires qui 'éteient plus dures que la mort, et combien qu'il » priât aucunes fois au nom de Dieu d'avoir pitié de lui et le laisser servir aulre^

qa'il refusait alors, et qu'il accepta plus tard, fat cellé de prédicateur. II ne consentit d'abord à rester à Genève que pour y professer la théologie. .

Voyons maintenant ce que fit Calvin pour le protestantisme, que Luther avait établi, et pour la ville de Genève, que Farel avait réformée. Dernier acteur dans ce double drame, il fut dans le protestantisme, après Luther, ce qu*estla conséquence après le principe ; dans la Suisse, après Farel, ce qu'est la règle après une révolution. La Providence fait arriver les choses en leur temps et les hommes pour les choses; aussi Calvin prit le rôle qui convenait à son époque et à ses facultés. Il était petit et maigre de corps, d'un teint brun, d'un visage régulier et pâle, d'une organisation débile *. Il avait le front haut, l'œil étincelant, l'âme forte, le caractère plus opiniâtre qu'in-^ trépide, l'esprit vif, peu inventif, mais très-vigoureux, une mémoire! prodigieuse^, une logique puissante, le talent le plus clair, le plus méthodique et le plus frappant Il aurait été incapable de souteniîH la formidable lutte que Luther engagea, avec un courage mèlé de tant d'adresse, contre un adversaire qui n'avait jamais été vaincu. If manquait de l'audace qui renverse, du génie qui invente, de ïà flexible habileté qui conduit, et même, on peut le dire, de l'éloquence^ qui entraîne, toutes qualités que Luther avait à un degré éminent. R

» ment à Dieu, comme toujours il s'y est employé; néanmoins voyant que ce qun» » je dcmandois étoit selon Dieu, en se faisant violence il a plus fait et plus promp-, » tement que personne ait fait, surpassant non pas les autres seulement, mais soi-' » même. » Vie inédite de Farel, dans le manuscrit n® 147 de la Bibliothèque de Genève. . ^

* Papirius Masso. Vila Calvini.

' Il avait fortifié sa mémoire par sa méthode. « Il mangeoit peu au souper, et il

étudioit jusques à la minuit puis le matin étant réveillé, il se tenort encore

quelque temps au lit , en remémorant et réunissant tout ce qu'il avoit étudié le soir. » Bèze, Vie de Calvin, page 13. — Voici ce qu'en dit l'historien catholique. Florimond de Rémond : « Il fut grand jeûneur, môme en son jeune âge, soit qu'il le fît pour sa santé, soit pour avoir l'esprit plus à délivre, afin d'écrire, étudier et améliorer sa méinolrè. A peine eut Calvin son pareil. » Hist. de la naissance, etc., liv. 7, ch. 10.

' * «H étoit homme bien écrivant en lalin et en françois, et auquel notre langue françoise est grandement redevable pour l'avoir enrichie d'une quantité de beaux traits. Il étoit homme merveilleusement versé et nourri aux livres de la sainte Écriture, et tel que, s'il eût tourné son esprit à la bonne voye, il pouvoit être mis au parangon des plus signalés docteurs de l'Église, c Pasquusr, Recherches sur la France, liv. 8, ch. 55.

aurait été toat aussi peu propre à convertir la Suisse francaisé, comme Tavait fait FareU et à gagner une à une ses vallées et ses villes, pendant douze ansd*un aventureux apostolat.

Mais s'il n'avait ni le génie de l'invention, ni celui delà conquête; s'il n'était ni un révolutionnaire comme Luther, ni un missionnaire comme Farel, il avait une force de logique qui devait pousser plus loin la réforme du premier, et une faculté d'organisation qui devait achever l'œuvre du second. C'est par là qu'il renouvela la face du protestantisme, et qu'il constitua Genève.

J'ai dit qu'il n'inventa rien. En effet, il prit à Luther sa théorie de la justification chrétienne ; à Zwingle sa théorie de la présence spirituelle; aux anabaptistes leur théorie de Vinamissibilité^ du Saintr Esprit ou de la grâce, quand on l'avait une fois reçue. De ces trois dogmes, très-légèrement modifiés et très-habilement fondus ensemble, il composa un système qui fut à lui, qui prit son nom, et pour l'exposition duquel je dois remonter un peu plus haut. . C'était sur le dogme de la rédemption que reposait le christianisme. D'après ce dogme, l'homme, porté au mal et condamné à la mort éternelle par l'effet de son origine et l'inclination vicieuse de sa nature, avait eu besoin que Dieu envoyât son fils sur la terre et le sacrifiâtsur la croix pour lui, afin qu'il pût échapper au mal, et acquérir l'Immortalité. Cette rédemption de l'homme par le fils de Dieu avait eu pour conséquences : les dogmes delà trinité, de l'incarnation, de la double nature de Jésus-Christ, etc., qui formaient son essence, ou ie christianisme par rapport à Dieu ; et les sacrements, qui formaient 9oa application, ou le christianisme par rapport à l'homme. Les hérésies des cinq premiers siècles avaient attaqué l'essence même du christianisme, parcequ'elles étaient une protestation de l'esprit philosophique contre les croyances incompréhensibles de la foi; les hérésies du seizième siècle n'attaquèrent que l'application du christianisme à l'homme, parce qu'elles furent une protestation .de l'esprit moral contre les abus qu'en avait faits le sacerdoce.

La querelle entre Luther et le pape naquit en effet , comme on sait, d'une question d'application du christianisme, c'est-à-dire de la distribution des indulgences. Le clergé romain avait singulièrement

' EipressioD consacrée, et qui signifie qu'on ne pouvait perdre le Saint-Esprit quand on l'avait reçu.

su

étendu les moyens de rachat. Ces moyens étaient réduits, dant la pii^ tnitive église, à quelques SM^rements , fondés eux-mêmes sur des pan rôles précises de Jésus-Christ. lis étaient les signes de Faction de Diea sur rtmnœe pour le régénérer; ils exigeaient la foi eteommandaient la vertu. Ainm le baptême ^tatt à Thomme sa tache originelle par la oommunkatioii de req[>rit de Dieu , en vertu de ces paroles : Qui^ conque auru été hapiièé et croira en moi ne mourra pointétemellemen^. La pénitence, fondéesur ces autres paroles de JésuihChrist jises apétres: Tout ce qm vous aurez délié surda terre sera dâié dans le cielj offrait À l'homme qui, malgré sa régénération , avsât manqué aux précepties de la loi dirétienne, un moyen de redevenir jcuste. L'eucharistie , }Mkr 'Stituée d'après la cène de Jésus-Christ avec ses apôtres , et cpi'il avait recommandé de renouveler en disant que le pain était son corps e^h <cin son sang^ mettait l'homme en rapport conq^t avec Dieu par la ■communication de sa propre substance .

Ce système aurait été imparfait , si le baptême , qui introduisail; l'homme dans la société rachetée en lut donnant l'esprit de Dieu^ l'eucharistie, qui l'y maintenait fortement m le pénétrait de soncgr ^nce même; la pénitence , qui l'y faisait rentrer quand , malgré ces appuis, il avait succombé aux faiblesses de sa nature ^ ne luiavaieiM^ pas été conférés par les prêtres successeurs do pouvoir de Jé^os* ClH'ist. Cest à quoi avait pourvu le âicrement de l'ordre foné&sur ]^ missicm que Jésus-Christ avmt lui^iême donnée aux apôtres , d'aVar prêcher par toute la terre, de baptisa, de lia*, de déli^ , de reoouweler la cè^ et par l'^ivot de son Esprit a^^ sa résurrectioa. >

Ma» l'Église avait étendu ce système. Afin qu'aucun acteet <pi'auf:ï^ moment de l'existence n'échappassent à ractton de Dieu, et ne j»apr <iuassentd'un moyen cte salut, la confiitnatio&,Je mariage et l'exitréine- -onction avatent été ajoutâs aux quatre autres sacrements. ^ 'était allé encore plus loin. On avait créé des moyens de salut qui devaient suivre l'homme après la mort m^e. On avait admis, sous le nom de purgatoire, un lieu d'attente et d'^reuve, où les âmes punies temporairement pouvaient recevoir du prêtre, sans leurcoopératîdti, k pardon de leurs fautes et la rémis^on de leur chàtini^t.

Par suite de cette Booveile tendance sacerdotale, le saluta'avsît p^s été attaché aux sacrements seuls , mais souvent encore à des œuvrës sans vertu, à des actes sans repentir, à des pratiques sans résultat. Des pèlerinages, l'invocation des saints, l'abstinence des viandes.

cerf âîÂes prières, certains voeux, des messes, des absolations achetées, des indulgences répandue airec profusion et à prix d'argent , avaient affaibli ia morale en facilitant le salot sans exiger la régénération de l'homme. C'est contre cette jusUfication pécuniaire et extérieure qui se diangealt pas la vie, qui n'améliorait pas la conduite, qui assurait aa chrétien son salut moyennant l'acquittement d'an impôt établi sur ses désordres, qui i^tituait l'action du sacerdoce à Faction de k foi , et des formes impuissantes à une croyance intérieure et élevée, que s'était prononcé Luther. Il avait cherché ailleurs la justification du chrétien, et fa val t placée dans la foi . Il avait fait contre les pratiques sacerdotales ce que saint Paul avait fait, 1600 ans avant lui, contrôle judaïsme, réduit aussi à des cérémonies qui accablaient la foi et dont l'observance semblait dispenser de la vertu. Saint Paul avait dit : Nous devons re* eonmître que l'homme est justifié par la foi sans les ouvres de la loi * . Luther avait également condattmé les oeuvres au nom de la foi , et i)rodamé que l'iiomme ne gagnait pas son salut par sa conduite. Selon lui, l'homme placé sous la main de Dieu, recevait la foi de sa grftce, et le salut de son supjrfice sur la croix. Il n'était pour rien ni dans sa foi, ni dans son salut : créature faible, il était condamné au tnal et à la mort , si la miséricorde de Dieu ne l'arrachait pas à l'un età l'autre par un acte gratuit de sa puissance. De cette justification pat la foi, et de cette foi qui venait de Dieu et non pas de l'homme» liaient découlées des conséquences considérables. ' Dans la philosophie chrétienne, l'action de la grâce avait été sub« stituée à ceHe de la volonté , c'est-à-dire l'intervention de Dieu au îibre arbitre de l'homme, pour raccom^issementdusahit,qui était la titi même du christianisme.

' Dans la pratique morale, les indulgences, les pèl^inages, les viandes ^Séfendues, le purgatoire, les vœux monastiques, le c^ibs^ des prêtres,

\ * QBL\9i -ex op^ribus legis non jtistificaMlur oranis caro coram illo. — Justitia autem Dei per fidem Jesu-Christi ; versets 20 «122 du ch. 3 de l'Épître de saint Paul ''aux Romains. — Tout le chapitre 4 de la même Épître ; Non ex legis operihus contingii justificatio, sed ex fide in Deitm. — Et au ch. S : Juslificati ergo c\ fîde fMicem habeamos ad I>eufi) ; verset 1. Cest la doctrine 'eofistatol^ 4e saint Paul dans joutes ses Ëpitres, et il la développe magnifiquement dans le ch. de l'Épitrc aux Hébreux , qui commence ainsi : Est autem iîdes sperandarum substantia rerum , ttrgamentum non apparentium. — Aussi saint Paul fut l'apôtre qu'invoquèrent les réformés, qui, comme lui, avaient un culte à changer.

avaient été abolis. Une règle plus obligatoire dans ses prescripUons et plus conforme à la nature humaine dans son exercice, avait remplacé Faccomplissement de beaucoup d*actes stériles ou la recherche d'unet pèrfection si extrême et si peu accessible aux forces de l'homme, qu'elle le faisaitsouvent tomber, des hauteurs où elle voulait l'élever, dans des chutes plus profondes. Cette règle exigeait qu'on devint meilleur^ moins pour se sauver que pour se conformer à la volonté de Dieu. ,

Dans le culte , les sacrements étaient considérés comme les signes de l'action de Dieu , et non comme ies instruments du salut d^ l'homme. Ils disposaient au salut, mais ils ne le conféraient pas. Leur nombre avait été réduit de sept à quatre. Luther n'avait conservé que le baptême , la pénitence , la cène et l'ordre. Il avait changé le ca^ ractère de la cène en ajoutant l'usage de la coupe à celui du pain , et en rejetant la transformation complète des espèces , tout en y aclr mettant la présence corporelle de Dieu.

Dans le gouvernement de l'Église, l'unité de pouvoir avait été détruite. Luther avait proclamé que le pape n'était pas de droit divin, et n'avait conservé la juridiction religieuse que dans l'épiscopat, dont les membres demeuraient égaux sous un seul chef qui était Jésus^ Christ. Le choix des évêques ou visiteurs avait été accordé ciii prince. /

Ainsi Luttier avait ranimé le christianisme en l'enlevant à quel^ ques-unes de ses formes pour le rétablir en son esprit. Mlj^||îl av^l trop anéanti les œuvres devant la foi, et l'homme devant Dieu^ Calvin compléta son système de la foi justifiante et y introduisit encore plus de suite , de rigueur et d'exagération.

Luther avait prétendu que le chrétien se sauvait par la foi et qu'il était certain par elle de sa justification ; mais il avait ajouté que s'il np pouvait pas acquérir tout seul son salut , il pouvait le perdre, et que pour être certain de sa justification momentanée, il ne l'était poii^ de sa justification irrévocable. Il admettait la pénitence , puisqu'il reconnaissait la possibilité de la chute. C'est ici que Calvin le dépassa par une logique extrêmement hardie. Il dit que l'homme, une fq^ assuré de sa justification par la foi , l'était aussi de sa sanctification ,9 parce que Dieu ne pouvait pas lui donner et lui retirer sa gr&ce, le rendre alternativement l'objet de son choix et de sa réprobation. Le chrétien justifié fut élu de Dieu, il devint sainte il ne put ni faillir ni se perdre.

" Cette doctrine, qui poussait la grâce de Luther jusqu'à la prédestination de Calvin, la Justification du premier jusqu'à la sanctification du second , eut à son tour d'inévitables suites dans le culte , dans le gouvernement , dans la morale. Les sacrements réduits à quatre par Luther , lé furent à deux par Calvin : le baptême et la cène. Ces sacrements eux-mêmes se trouvèrent dépouillés de leur ancienne elficacité ou de leur mystérieuse grandeur. Les enfants des élus , et ici Calvin se rapprocha des anabaptistes, n'eurent pas besoin du baptême pour entrer dans la société rachetée; ils y furent compris par leur descendance seule, comme, avant la venue du Christ, l'homme, par sa descendance seule, avait été frappé de réprobation et de mort. Quant à la cène , adoptant l'opinioii de Zwingle , il n'y fit communiquer Dieu qu'en esprit , de la même manière que Dieu était communiqué dans la prédication de sa parole et dans le baptême. Calvin n'admit point la pénitence , parce que, d'après son principe, le véritable élu, ne pouvant pas tomber , n'avait pas besoin de se relever.

Il abolit répiscopat , comme Luther avait aboli la papauté , et con- • fia le choix du ministre du culte, non au magistrat civil , mais à la société religieuse. Il établit l'égalité sur les ruines de la hiérarchie sacerdotale. Il introduisit les laïques, sous le nom d'anciens ^ dans l'assemblée du consistoire , qui conservait les doctrines et jugeait les mœurs. Son christianisme étant tout spirituel , il supprima comme inutiles les cérémonies que Luther avait laissé subsister comme indifférentes. Sa morale fut d'autant plus rigide, que l'homme, une fois , selon lui , pénétré de la grâce de Dieu , dut s'en rendre digne par la pureté de ses mœurs et les vertus de sa vie. Élu de Dieu, il dut suivre son exemple et éviter d'autant plus de pécher, qu'il ne trouva plus la possibilité d'être absous. C'est ainsi que , poussant jusqu'aux dernières extrémités les principes de Luther, Calvin fit avec exagération une doctrine de logiciens, un culte et une morale de puritains, un gouvernement de démocrates.

Ce gouvernement , il le rendit tout à fait religieux, et voulut lui soumettre le pouvoir civil, contrairement à ce qui s'était pratiqué 'jusque-là dans la réformation. En Angleterre, le roi s'était emparé de la suprématie religieuse. En Allemagne , les princes et les villes impériales , disait Melanchton , ne s'étaient pas mis en peine de la doctrine, mais seulement de la domination *. En Suisse, les chefs de la

' c De doctrina religionis nibil laborant, tanlum de regno et libertatc suDt

ÉTABUSSEJUEICT BB LA RÉFORBIE

réformation se plaignirent que le magistrat se f &t fait pape ^ . Chaque pays avait modelé le gouvernement 4e Téglise réformée snr celui de r£tat« Calvin , qui se trouvait proscrit et placé dans une ville en po»r session récente de sa [souveraineté , n'eut aucun ménagement pour l'autorité civile , et parvint à la dompter parce qu'il la trouva plus faible que lui. Ayant Texil pour point de départ , il eut pour but 1^ soumission du pouvoir politique. Il subordonna TÈtat à l'Église , la société civile à la société religieuse , et prépara dans Genève une croyance et un gouvernement à tous ceux en Europe qui rejetteraieni; la croyance et s'insurgeraient contre le gouvernement de leur pays« C'est ce qui arriva en France sous la minorité de Charles IX ; en Ëcosse 9 sous le règne troublé de Marie Stuart ; dans les Pays-Bas , lors de la révolte des Provinces-Unies ; en Angleterre, sous Charles Le calvinisme, religion des insurgés, fut adopté par les hiiguenot^ de France , les gueux des Pays-Bas , les presbytériens d'Écosse , les puritains et les indépendants d'Angleterre. Expression, sous une autre forme, du grand besoin de croire avec liberté qu'éprouvai^ alors le genre humain , il fournit un modèle et un moyen de réformation aux peuples dont les gouvernements ne voulurent pas l'opérer eux-mêmes , sans être toutefois assez forts pour l'empêcher.

Ce système , qui devait s'étendre dans une grande partie de TËUr rope , qui préparait le protestantisme de l'insurrection contre les princes, comme le système de Luther avait préparé le protestantisme de l'insurrection contre les papes j qui mettait un gouveme^^ ment ecclésiastique à la disposition de tous les pays où le pouvoir politique n'en établissait pas un lui-même ; qui devait agiter soixante ans la France , servir à opérer la réformation d'Ecosse , contribuejf a l'émancipation de la Hollande, présider à la révolution d'Angleterre.; qui devait donner son empreinte à Coligny , au prince d'Orange,, a Cromwell , Calvin l'introduisit d'abord dans Genève.

Élu pasteur et docteur de l'église de Genève , il s'associa à Farel , qui avait déjà accompli la réformation dans cette ville et fait adoptçr par le conseil des deux-cents les premières mesures qui en eoosacraient rétablissement. D'un commun accord ils présentkent mè

solliciti. D Melancth, luth» 29 aug. 1530. Helancst. opéra (Breischneider «orp* reformât.) Halis Sax. 1834-1842, tome II, page 328.— Le même au même; 1" seç^U page 336.

' Caltini, Epist, et Itespoma, page 52. Myconius ad Cahinum.

A GENÈVE. 2t9

eonfession de foi ^ qui fut jurée publiquement. Le conseil « aprè» Vàvoir adaptée lui-même » convoqua les habitants de la ville , par dizaines» dans la cathédrale de Saint-Pierre » afin de la soumettre à leur vote. Les Génevois en entendirent la lecture , article par article» él( s'engagèrent à Tobservér. Quiconque s'en écarterait devait être puni dli bannissement

Fàtel y Calvin et Viret se rendirent vers ce temps à Lausanne pour y opérer la même réformatlon^ conformément au désir de la seigneurie de Bërtie, qui venait de conquérir le pays de Vaud Après les discussions d'usage , le culte fut changé , et 'Vird; demeura pasteur de Lausanne. D'accord jusque-là avec les Bo'noiSy qui avaient facilité lâ révolution d'indépendance contre le duc, et la révolution religieuse contré l'évêque et les Fribourgeois , le$ réformateurs français de Geâèvé commençèrent à se séparer d'eux. Ils eurent sur les points fondamentaux de la croyance les mêmes opinions. La présencé corporelle de Jésus-CHrist dans l'eucharistie fut décidément condamnée par les uns et par les autres dans un colloque tenu à Berne par trois cents ministres de Suisse, de Strasbourg et des bords du Rhin *. Mais ils ne purent pas s'entendre sur les cérémonies , que Calvin voulut réduire à la plus extrême simplicité , et sur l'exercice de l'autorité religieuse , qu'il prétendit rendre indépendante du magistrat civil, et dès lors supérieure à lui. Ainsi Calvin supprima les quatre principales fêtes de Noël ^ , de Pâques , de l'Ascension , de la Pentecôte , que les Bernois avaient conservées- Il n'admit d'autre jour de repos et de solennité chrétienne que le dimanche. Il fit diâparaitre des temples les fonts baptismaux que les Bernois avaient laissés dans les leurs. Pour se rapprocher de la cène de Jésus-Christ , et s'éloigner par les sens autant que par l'esprit de la doctrine catholique sur Feudiaristie , il abandonna l'usage du pain azyme , ou sans levain f dan&

* ^ Bèze, Vie de Calvin, page 22. — Spon, tome I , page 275. — Registres du conseil des 17 et 27 avril 1537, dans Grenus.

i^'K^iMfl de Ifi^ Roset, Ut. 4, ch. 9. — Spon» tome I, page 275, et la note K Gautier. — Registres da conseil du 12 novembre 1537. ' Spon, tome I> page 374.

♦ Ibid., page 175.

• On trouve dans les registres du conseil, à la date du 19 décembre 1544, la décision suivante : « Le jour de Noël sera célébré comme à l'ordinaire , quoique Calvin ait représenté au conseil que Ton pourrait se dispenser de faire cette fête de môme que les trois autres» »

la distribuUoo de la cène , usage qui s'était perpétué à Berne , et n'employa que le pain ordinaire. Enfin il commença l'attaque contre la corruption des mœurs et la tolérance que les magistrats montraient pour elle.

La justice était vénale ^ La ville avait des mœurs d'autant plus dissolues , qu'elle avait renfermé beaucoup de prêtres et de moines dont la vie « à cette époque, était fort relâchée. On y avait créé, jusqu'à la réformation , une reine des filles de joie ^. Outre le quartier qui était assigné à celles-ci , elles s'établissaient dans les rues hopnètes et dans les étuves, qui étaient des lieux de prostitution. Le 30 avril 1534, au moment où le parti de la réformation commençait à devenir triomphant, le conseil leur avait prescrit de s'enfermer dans les rues qui leur étaient destinées Il y avait une quantité considérable de tavernes, et les ecclésiastiques , en partant , y avaient laissé non-seulement leurs mœurs, mais , dit Froment t leurs paillardes et leurs bâtards

Ce furent ces vieilles habitudes nationales que Calvin entreprit de changer ; et cette révolution , suite et complément des deux autres , ne fut pas la moins contestée. « Le papisme, dit Calvin , avoit été » chassé de Genève par Farel et Viret, mais les choses étoient encore )) en désordre... L'Évangile consistoit pour la plupart à avoir abattu » des idoles ; la ville étoit divisée en de malheureuses factions... et il » y avoit beaucoup d'hommes pervers contre lesquels moi qui étois » faible et craintif, fus contraint d'arrester des combats mortels , y » engageant ma propre personne ^. » Ces hommes que Calvin appelle pervers et qui étaient de vieux et bons citoyens de Genève, furent les chefs d'un nouveau parti qui se forma dans la ville après l'établissement du culte réformé. Les bourgeois s'étaient primitivement divisés en mamelus et en eidguenots ; les eidguenots , vainqueurs des mamelus, s'étaient divisés en catholiques et en évangéliques; les évangé-

* Picot, Hist, de Genève, tome II, page 17.

' Fuit creata regina meretricum quae juraTit in forma sub condîlionibits in capitulis exaratis. — Spoî?, tome I, page 287, note S de Gautier.

* Jn vicis honestis, Spon, tome I, page 287, note S de Gautier.

* Fuit arresialum quod dcfcndatur hospitibus stubarum hujus civitatis ne ab inde audeant pularïas héspitari, inio et eas quas babent abire faciant, et inde fiant cridffi quod putanae debeant se in loco solilo relrabere. Ibid,

' • Chronique inédite de Froment, manusc. n» 139, ch. 37.

* Bëze, Yie de Calvin, préface sur les Psaumes, par Calvin, pages 184 et 187.

liques , vainqueurs des catholiques , se divisèrent en libertins et en calvinistes.

Les libertins formèrent dans Genève le parti conservateur des anciennes mœurs et de la liberté civile. Ils ne voulurent pas sacrifier leurs habitudes et leurs plaisirs à la rigide austérité qu'on exigeait d'eux, ni mettre aux pieds de ces impérieux Français qui venaient commander dans leur ville , les vieilles Franchises, pour le maintien desquelles ils avaient expulsé le duc et détrôné l'évéque. Ils s'appuyèrent sur Berne , comme les catholiques s'étaient appuyés sur Fribourg , et les mamelus sur la Savoie. A la tète de ce parti se placèrent Jean Philippè, Ami Perrin, Vandel , et d'autres principaux bourgeois qui s'étaient déclarés les premiers dans Genève pour la doctrine évangélique. Dès le 4 septembre 1536, ils se présentèrent en assez grand nombre devant le conseil, protestant^ dit Michel Roset, de vouloir vivre en liberté et ne vouloir être contraints au dire des prêcheurs *.

Ils avaient refusé d'assister à la lecture et à l'adoption de la con^ Tession de foi dans l'église de Saint-Pierre. Le conseil ayant plus tard ordonné d'envoyer les enfants à l'école de Rive , sous peine de perdre la bourgeoisie, et prescrit aux dissidents de se conformer à la discipline établie ou de vider la ville * , ils s'y refusèrent sans qu'on osât ou qu'on pût les contraindre à l'obéissance. Ils portaient des fleurs vertes , et appelaient les réformés les frères en Christ Ils acquirent une telle faveur sur l'esprit du peuple en lui parlant du maintien de ses franchises , qu'aux élections du 3 février 1538 ^, les syndics furent choisis dans leur parti , et que Jean Philippe, l'un de leurs chefs , fut nommé capitaine général ^.

On demanda alors le rétablissement des cérémonies bernoises , et les jeunes gens de la faction poursuivirent les ministres de leurs insultes et de leurs menaces Ceux-ci n'attaquèrent que plu3 vivement,

' Recueil de Michel Roset, HT; i, ch. 1.

« JWd., ch.4.

*' « lïs firent grand bruit, dit Roset, dans le conseil général en novembre (1^37), et dégainèrent leurs épées, le tout sous ce prétexte de maintenir les franchises, a Ihid,, ch. 10. — * Ihid. — • Ibid.

* « Les débauchés, dit Michel Roset, alloîent de nuit par ville à douzaines, avec arquebuses, qu'ils débandoient au devant des maisons des ministres. Ils crioient la pétole de Dieu, se moquant de la parole; ils menaçoient les ministres de les jeter au Rosne, s'ils n'accordoiént ès dites cérémonies. » Ibid,, ch. 17.

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