‹ Notices et mémoires, Volume 2Chapitre 12 sur 27 · ANNEXE B · texte numérisé non relu

ANNEXE B

Michel Servet, autrement appelé Rêves ou Villanovm, était né k Yillanueva, en Aragon, dans l'année 1509 ^ 11 reçut sa prennèin^

* Voir, histoire de' Michel Serret, par M. de la Roche, dans la Bibliothèque Anglaise; Amsterdam, 1717, tome II, première partie, pages 76 à 198. — Historia michaelis Seryeti, auctor Henricus ab Allwoerden. Stadensis theoU cuUor.> Belm^

édueatiofi en Espagne, et il s& rendit ensuite en Franee. U étndk le éroii k Tonlrase. Pendant qu'il était dans cette ^ille, les discussion» soulevées par Luther, et qui se propa^aient partout, vinrent exciter son esprit eufieux et bardi» Jusque-là il n'avait jaoïais lu la BtUe» It H lot alors avec cette dispontion indépendante qui était le caractère du teœps, et qui appartenait pkis à lui encore qu'à tout autre. Les divers novateurs avaient respecté la doctrine sur la trinité. il conçut sur elle ihi nouveau système qui se rapprocltait de celui des anciens ariens; mais craignant de le publier en France, il se retir&à Bâleenl530*.

Il entra en communication et en controverse avec OEcolampade sur la question de la trinité. Void comment Bullinger rend compte de ces commencements des idées de Servet ^ :

« Cette année 1530, j'étais présent à un entretien que Zwingle eut avec le pieux et aimé de Dieu docteur OEcolampade et avec Capito et Bucer, entretien dans lequel ils cherchaient comment et par Queb moyens la vraie et sahie vérité évangélique pourrait être conservée et avancée malgré la grande opposition et la résetancede beau-' eoup de gens. Alors OEcolampade se plaignit de ce qu'il y avait à JBâIeun Espagnol bien impudent et obstiné, Michel Servet, qui- venait d'élever des questions horribles et qui était un arien. Il ajouta qu'il était à craindre qu'il ne communiquât ces opinions abominables, nraseulement à lui dans ses conférences, mais aussi à d'autres. Zwingle dit alors : Frère CXcolampade, tu as bien raison d'y veiller, car la fausse et mauvaise doctrine du méchant et scélérat Espagnol pourrait bien détruire toute notre religion chrétienne. Car si Jésus-Christ n'est pas vrai et éternel Dieu, il ne serait pas et ne pourrait pas être notre Sauveur ; et tout ce que les saints prophètes et apôtres et les églises ont enseigné, et dont nom sommes plus que sûrs, serait faux : Dieu nous préserve que de pareilles horreurs se répandent parmi nous, aujourd'hui et Rimais. C'est pourquoi fais*^ attention de bonne heure, et repousse^e sérieusement. Réfute ses arguments fu-

Vàén^ ann. 1727, page 4. — Yoir aussi Essai d'une histoire complète et impartiale 4es hérétiques, par Jeau Laurent Hoshein^, chancelier de l'université de Gœttingue. Uelmstadt, 1748, in-4° de 500 pages, en allemand, contenant l'histoire de Servet.

' Allwoerden, pages 4 à 9.

' ' In prœfatione ad responslonem ministrorum tigurinorum ad Jac. Ândream ; AUwoerden, page* 9, note Z.

252 ÂTABLISSBIIIEMT DE LA BÉFORMB

tiles, et essaye si tu peux le gagner à la yérité par des raisons claires et nettes. C^olampade répondit : J*ai tout essayé avec lui, mais il est orgueilleux, et il aime tant les disputes que rien n'a la moindre influence sur lui. Zwingle dit : Cette affaire est une chose insuppor-table dans l'église de Dieu ; tâche donc que cette horrible doctrine qui blasphème Dieu ne s'étende point au préjudice de la chrétienté. »

CHËcolampade écrivit en conséquence les deux lettres suivantes & Servet pour le réfuter et le convaincre.

Jean OEcolampade à Servet d'Espagne»

Que l'esprit du Seigneur soit avec lui l

« Tu m'accuses de dureté et d'impatience à ton égard ; pour moî; j'ai une raison plus grande de me plaindre. Tu m'opposes, comme si j'étais un oisif, toutes les inepties que la Sorbonne a débitées sur la trinité. Tu supportes avec peine que j'approuve Athanase et Grégoire de Nazianze, ces grands théologiens, et, qu'à ton exemple, je ne le^ réfute point. Tu marches en ennemi contre l'église du Christ, qui fut pendant si longtemps écartée du fondement de sa foi. Tu ne souffres point que nous invoquions de nouveaux noms en notre témoignage, €t néanmoins tu te le permets dans tes interprétations arbitraires.. L'autorité de Tertullien l'emporte chez toi sur celle de toute l'Église. Tu feins de croire que nous parlons de la filiation de Dieu comme d'un acte matériel, que noqs le regardons comme humainement fils de Dieu, et que nous anéantissons le titre de fils de Dieu ; et tu nous attribues ces choses avec de tels blasphèmes que j'y découvre une ruse diabolique; et cependant je te parais agir peu chrétiennement à ton égard, parce que je n'ai pas plus de patience, et que je souffre amèrement que Jésus-Christ, le fils de Dieu, soit ainsi abaissé. Ëa d'autres choses je serai doux, mais je ne puis l'être à l'égard des blasphèmes contre le Christ. Toutefois je recommencerai en peu de mots» et je justifierai ma croyance; je le ferai non pour satisfaire à ta curiosité et à ton goût pour la dispute, mais pour que tu ne t'enorgueillisses pas sans cesse de m'avoir trouvé sans réponse.

A GBNÈVS.

» Ta nies que les deux natures puissent coexister dans la même personne. Moi, je réponds d'ajH'ès Jean : le verbe a été fait chair. Verbum caro faclum est. Ainsi donc le verbe et la chair sont les attributs d'une même personne ; et on ne peut nier que le verbe et la chair ne forment deux natures diverses, le verbe n'ayant pas la nature de la chair, et la chair n'ayant pas celle du verbe. Tu réponds que jusques à ce jour on a désigné le fils par le verbe, de sorte que la personne du verbe ne serait pas distincte de celle du fils (c'est-à-dire, d'après toi, de celle de l'homme). Mais tu attaques injustement les Pères de l'Église ; car s'ils appelèrent verbe le fils, ils le firent parce qu'il réunit en lui toute la nature de son père. Ils disent que le fils est consubstantiel au père, et l'image expresse de sa substance ; d'après Paul, dis-tu encore, le fils, lorsqu'il était dans la forme de Dieu, se serait anéanti comme Dieu pour prendre la forme de l'esclave. Pour toi, Inprolatian est la génération même de la chair. Moi, je sais que la prolation du verbe exista au commencement, et fut toujours chez Dieu ; car le verbe repousse tout accroissement. Mais pour la génération de la chair, il n'en est pas ainsi. Elle a commencé en même temps que le monde. Que si tu dis que la chair ayant existé de toute éternité, elle n'est pas autre chose que le monde , tu feras ainsi un fils de Dieu éminent, en ne distinguant point le verbe du fils, ce qui est ton sentiment. Au commencement était le verbe, c'est-à-dire au commencement existait l'image expresse de la substance de Dieu. Or, le fils, qui est cette image invisible de Dieu, existait aussi. Tu réponds : Dans les écrits des prophètes, ne prédit-on pas la future venue du fils? mais n'avoueras-tu pas que le fils de Dieu devait se faire homme ? tu soutiens que l'homme devait se transformer en fils de Dieu. Mais où tend ce raisonnement ? que le fils de Dieu n'existait pas avant l'incarnation? comment donc est-il sorti du père? Gomment était-il avant Abraham? comment a-t-il paru au commencement des jours de l'éternité? Tu réponds : Je soutiens que le monde est de toute éternité, quoiqu'il ait été créé par Dieu, et c'est la même proposition de dire que le fils est depuis la création du monde, ou en d'autres termes depuis son commencement, et qu'il est depuis l'éternité. Voilà donc la gloire que tu attribues au fils de Dieu. Tu le fais coéternel à son père de la même manière que le monde. Mais par ce raisonnement tu détruis la paternité divine. Si pour toi, en efiiet, le fils a commencé (d'être), le père a aussi commencé. O pitié! Celui

]par qui il a ccéé lessièdes, n*a pa^plus existé avant les siècles quTl n'a existé avant le monde, qui fut créé aussi ! Voilà comme tu honores le fiis deDieu^ Ta confession est celle-ci : « Nous confessons-dans notre foi qu'il est un Dieu tout-pufesant, seul, entièrement simple, et en aucune iBanière composé, qui, par son verbe et l'esprit saint, créa et raffermit toutes choses; il dit, et elles furent ; il ordonna, et elles subsistèrent. Nous croyons en uq seul Seigneur Jésus-Christ, fils de Dievk, engendié par le verbe éternd de son père et con^itué par Dieu pour être notre Sauveur ; nous croyons que par son intercession auprès de son père, son saint esprit nous est communiqué par le ministère des anges ; et nous buons, et bénissons et glorifions tous ses ouvrages comme la gloire et la puissance de Dieu, et nous baptisons au nom du père et du fils et du saint-esprit, à la gloire des dispositions inexprimables de Dieu pour assurer notre salut. » Cette confession, dis-je, un homme simple et sans défiance l'approuverait peut-être. Mais parce que bï as déclaré ton sentiment, je l'exècre comme fausse. Nous admettons et nous aussi Dieu simple dénature et en aucune manière composé : mais dans cette très-simple nature, nous reconnaissons trois hypostases, dont la diversité de nature n'altère point la simplicité divine. Nous admettons et non» aussi un Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu^ conçu par une merveilleuse opération de Tesprit saint, mais fils de Dieu avant d'être conçu. Car, quoique le fils de Dieu ait commencé d'être homme, il n'en était pas moins auparavant le verbe fils de Dieu. Nous admettons aussi qu'il a été établi notre Sauveur, et que par son intercession, Fesprit saint est envoyé par le père ; mais parce qu'il étmt le fib de Dieu lui-même il est sorti de la. semence d'Abraham, il est devenu participant de notre chair et de notre sang, afin que, semblable à ses' frères, il fût miséricordieux et fidèle pontife dans nos rapport» avec Dieu« Ensuite, quant à cette proposition : que l'esprit saint nous est comnuiniqué par le ministère^desang^, je ne sais qui la comprendra. Car nous disons que l'esprit saint est le Seigneur des anges, et gou- Yerne les anges, et qu'il agît lui-même par voie d'insinuation. Nous glorifions et nous aussi la puissance et la sagesse de Dieu dans les créatures. Nous repoussons cependant cette doctrine que le fils et l'esprit saint, au nom desquels nous baptisons, soient placés parmi les oeuvres de Dieu, au nombre des créatures ; quoique nous sachions pourtant que l'homme Christ, quant à ce qui touche à son humanité, est une créature, et qu'il distribue des dons divins cpii sont désoeuvrés

de Dieu ainsi que ce» divines^ agilstioBS qu*éppmiEeQt les enfants de Dtea enflammés par Fcsprît saifit et le vrai Dieu. Au reste^ j'ai assee ?u combien tu diffères de nous ; tu judaïses plus que lu n'annonces ia gloire du Christ. J'écris ced non point dans la chaleur de la co^ lère, mais je veux conserver la foi à mon Dieu. Je le prie de t'é« clairer, pouv que tu reconnaisses en eifet le Christ comme le fils de DieOf et que tu le confesses. Ainsi sdMi * . »

A V Espagnol Servét, niant la consubstanHalité du Christ, fils de Dieu^ Jean OEcaUmpude,

« Tu me conjures de n'ajouter aucune importance au sacrement ; moi^ à mon tour, je te conjqre de ne point faire de la chose un sacrement seul, car Tapôtre appelle secret ce qui n'est pas encore ouvertement annoncé. Aussi l'incarnation fut un secret autrefois, et n'était pas encore une chose. Mais en vérité, la filiation existait, car le verbe est coéternel à Dieu le père ; car au commencement était le verbe, et le verbe était dans Dieu. Or, il n'était pas seulement dans le mystère du verbe, sans signification naturelle. En effet, ce qui était Dieu était la perfection. Le verbe était donc en Dieu même, et en conséquence chez Dieu. Et parce que le verbe possède en soi et embrasse toute l'essence de la divinité paternelle, il est avec raison appelé le fils de Dieu Je père. Car on ne naît pas seulement de la chair. Ne lit-on point ces paroles aux saintes Écritures : Ce qui est de l'esprit, natt esprit? Car pour la nativité et la filiation, il faut considérer la nature du gé* nérateur, et ne point partir seulement du point de vue charnel. C'est ainsi qu'on appelle verbe avec raison ce qui déclare notre pensée, quoique au sortir (de notre bouche) ce ne soit plus qu'une particule d'air et qu'un souÉe matériel. Ces opinions, Irénée les exprime partout-^Et que le verbe, c'est-à-dire le fils, ait toujours été avec le père, nous le démontrerons par beaucoup d'arguments. U réunit toujours en lui le verbe et la sagesse, le fils et l'esprit, par lesquels et dans lesquels il fait tout spontanément et librement, auxquels il parle aussi, disant : Faisons l'homme à notre image : tirant de lui-même la sub-

* Cette lettre se trouve en latin dans AllwoerdeD, pages if à i4f et dans Vappen^U de J. L. Mosheim, pages 389 è 391.

^tance des créatures , et le modèle de ses œuvres , et la forme des beautés du monde. Et Iréoée, dans son livre IV, chap, 17, démontre en partant de ces faits, qu'on peut distinguer Dieu le père du verbe^ c'est-à-dire du fils. Et dans son livre III, chap. 21, il établit conséquemment que le verbe fut fait homme, et que le fils de Dieu fut fait fils de l'homme, et mêlé au verbe de Dieu , afin que percevant rack>ption, il (le fils de l'homme) devint fils de Dieu. Dans le même chapitre. Il pose aussi en principe sa double génération. Nous voyons la même doctrine au chapitre 20, où il démontre que le fils, existant chez le père, n'a point commencé. Partout enfin Irénée soutient que le verbe de Dieu est en effet le fils du père, et non point seulement comme représentation de son fils à venir. Au reste, l'argument que tu tires de la qualité (diverse des natures) est frivole, parce que Jean a dit qu'il fallait croire que c'était Jésus-Christ, et que c'était le fils de Dieu. Il en est de même dans cet argument, qu'il est l'oint du Seigneur, et qu'il a commencé d'être le fils de Dieu, parce que le même Jean a dit : Âu commencement était le verbe et le verbe a été fait chair. Enfin, puisque tu promets de persévérer dans cette confe^ion que Jésus est le fils de Dieu, je t'exhorte a reconnaître sa consubstantialité, à cause de l'union du verbe (avec lui], afin que nous puissions te regarder comme chrétien *. »

Cette controverse ne changea point les opinions de Servet sur la trinité. Il quitta Bàle. Mais avant d'en partir, il remit son livre de Trinitaiis erroribus à Conrad Russ, pour qu'il l'imprimât. La vigilance des théologiens suisses ayant empêché sa publication, il le fit imprimer en 1531 à Haguenau en Alsace ^ . Son livre fut supprimé à Ratisbonne. Servet fit paraître en 1532 deux dialogues sur la trinité. On paise qu'il se rendit ensuite à Lyon, où il vécut comme correcteur d'imprimerie et alla depuis à Paris, où il abandonna la jurisprudence pour se livrer à l'étude de la médecine. Il y devint promptement docteur. Il était déjà mattre ès-arts, et il apprit les mathématiques. Depuis lors, il se livra constamment à l'exercice de la médecine. En 1534, il offrit à Calvin, qui passa par Paris, d'entrer en discussion avec lui. « Tant y a, dit Théod. de Bèze, que Michel Servet, dès lors commen-

' Dans Âllwoerden, pages 14 à 16, et en latin; et dans J. L. Mosheim, pages 391 I 392.

' AUwoerddD , page 26 j> • Ihid., page 30.

çant à semer ses erreurs, Calvin ne refusa point de conférer avec lui pour essayer de le réduire, ou bien pour le convaincre et rédarguer par la parole de Dieu. Pour ce fait fut accordé qu'ils se trouveraient tous deux à heure nommée en une certaine maison en la rue Saint- Antoine ; ce que Calvin fit, combien qu'il y eut de danger pour sa " personne; mais ledit Servet ne comparut, quoiqu'on l'attendit longtemps ' •

Il demeura à Paris jusqu'en 1537. Il publia un livre sur les sirops. On lui attribue la découverte de la circulation du sang Il se rendit ensuite à Venise en 1539. Melanchton écrivit à la Seigneurie de cette ville pour l'engager à ne pas laisser propager les erreurs impies de Servet Servet parcourut l'Italie. Il vit le p^pe à Rome.

Vers 1540, il habitait Charlieu à douze lieues de Lyon *. Il fii^a ensuite sa demeure à Vienne, où il pratiqua son art. Vers l'an 1546, il envoya un écrit à Calvin, sur lequel il lui demanda son avis. Cet écrit, destiné à signaler les erreurs de Calvin, était vraisemblablement un extrait du Christianismi resUiiUio qu'il publia plus tard. Le goût de la discussion le porta à demander à Calvin de l'appeler lui-même à Genève. Mais Calvin profondément blessé, et qui avait déjà pris son parti contre Servet, écrivit à Viret : « Servet veut venir à Genève, » mais appelé par moi. Je ne l'y appellerai jamais, et je ne lui enga- D gérai point ma foi ; car j'ai déjà résolu, s'il vient ici, de ne pas l'en » laisser sortir vivant ^. » La même année, il exprima les mêmes sentiments, et presque dans les mêmes termes, dans une lettre qu'il adressa à Farel ^.

La contestation entre ces deux vieux adversaires en resta là jusqu'en 1553. Cette année, Servet publia à Vienne son livre intitulé Christianismi restitulio. Il n'y mit pas son nom. Il ne le donna que

* Bèze, Vie de Calvin, page 18, et Hist, des ÈgL réformées, page 14.

* Allwoerden, pages 30 à 34 ; et la pièce xx, page 499, dans J. L. Mosheim.

* lhid.9 page 34, et note B. .

* Ibid., page 36.

* « Servetus cupit hue venire, sed a me accersitus. Ego aatem nunquam commitfam,utGdem meam eatenus obstrictam habeat ; jam enim constitutum habeo si veniat nunquam pati ut salvus eieat. » — Lettre de Calvin , citée dans la note de la page 39 d'AUwoerden.

* « Nam si veniret yaleat mea authoritas Yivum eiire nunquam patiar. » Allwoerden, ibid, — L'original de cette lettre se trouve à la Bibliothèque du Roi, Fonds Dupuy, n®» 101-102. Voy, Audin, HisU de Calvin, tome II, pages 315-316.

WS ETABLISSESfKfT 9V Lk REFORME

soos cdoi de VUlmovani. Mais Galvra, qui fetsatt la p<^}ee des ept^ oioDS et qui sorveiilaH de loin celtes de Serv^, en eut promptemeRt eonnatssanee. Il dénonça Servet aux magistrats devienne par l'entre* mise d'on Lyonnais nommé Guillaume Trie, qot demeurait à Génère et qui écrivit à Lyon et à Vienne. Servet fut saisi et jeté en prison i mais gardé peu étroitement et s'étant fait beaucoup d^amis dans celte ville comme médecin, il parvint à s'échapper au bout de trois joms. Le 17 jutnv les^ nn^îstfats de Vienne le condamn^^t comme hérétique, il fut brûlé ea effigie, et cinq ballots de ses livres fmm^ jetés dans les flammes ^

En quittant Viemie, Servet eut l'intention de se rendre à Napks et d'y exercerbmédeeineparmf les^Espagnol^ ses eompatriote», qui demeuraient dans la ville. passa par Gènève. Redoutant les dangers qui l'y menaçait, il s'y tint caché. H fit chercher une barque p^ se rendre par le lac à Zurieh. Calvin eut connai«aneeé8 sa fuite (te Vienne et de' son séfour à G^è?e. Il en prévint l'un des syndics, qg» le fit saisir et emprismner. Nicolas de la Fontaine, serfîleur Calvin , se portai accusirteur de Ser^ et fut également mis m prison *.

Avant d'entrer <}ans l'histoire de son procès, il ne sm pi^^inutH^ de faire connattre se$ opinions^ réeRes surlatrinité et sur Jésns-Gftri^^ Voici comment Stanislas Lufotenietzki, dan» son htstf»re de la réfor** mation polonaise, les résume en un discours quil attribue k Servet. pea detemps avant s» mort ^.

I>ismm9 de Michel Sermt mr Im vraie comaùmmede Diem eê de son^ fih.

Ceux quiétablissent que Dieu est formé par trois personnes substantielles ou hypostases nous conduisent à croire à l'existence de trois

» De la Roche, pages 101 à 108. — Allwoerden, pages 42 à 50. * Ibid,, pages 140 à 113. — Allwoerden, pages «3 à 80.

' Historia reformationis polonica in qaa tum reformatoruin' tum «Dtitrioittriorum origo et progressus in Polonia et in finitimis provinciis narrantur, par Stanislas Lubicnietzki, né en 1623 et mort en 1678. Il figure dans la Bibliothèque des Antitrinilaires aux pages 89 et 90. — Le discours attribué à Servet est au JiY.2,ch.5.

éïmx égaux par eur nature. Ils sonUemieht en «flfet que eés^ trois choses substantielles sont d^inctes et différentes , et Hs veulent que chacune de ces choses , ou , suivant leur expression que chacune de ce» hypostases soU Dieuv II évident quils font par là trois dieux égaux et distincte. En effet, puisque ces personnes ou hypostases, différant par leur nature et par leur rang , sont chacune d'elles en particulier déclarées Dieu , il s'ensuit nécessairement qu'il doit y -aroir autant 4'e^Mbutsc^e sujets , et que le nombre des dieux deît être multiplié selon le nombre des personne. Et quoique leurs paroles ne nous annoncent qu'un seul Dieu, elles en présentent trois , cependant , à notre intelligence ; et iî ne se rencontre aucun es^pét exereé et sincère qui ne comprenne qu'on lui propose le culte de trois dieux. Comment se foit4t que trois (essences) dont chacune frites est IHea à part, ne forment, vémies, qu'un seul Dieu? Aucun h^iiune n'a jamaM-pu le dire , ou le proufer. Il reste donc et dans l'eq^t et dsois rinteHigence ce doute insoluble et cette confoinen iMxpUcable que trois sonlun, et un est trois. ;Eq effet, quoique l'intelligence entière s'élève ¥ers un seul I^u, seprop^ de ^honorer et réunisse toutes ses force» pour le concevoir dans l'unité , trois obfecis (U^ncts se présentât aussitôt à elle , et viennent se petfidre daas les yeux de^Fespri^. B reconnatt daaschacun d'eux un Dieu, et voywt ainsi se présenter devant lui trois dieux é{^ux en effet et cependant ^stincts, il se trouble et sœcombe, devant ce mystère inconcevable, entre un et trois. Ce fut cette cause qui d^ruîstl la doc^ trine de la triade grecque ou de la triplicité. Si maintenant, en tournent nos voiles, nousexaminons ce sujet en entier, nous en rapportant aux paroles de la très^inte Écriture, comme à une^erre de touche; si nous en rapportont mx dfscours de Dieu, nous recherchons la vraie conmtîssance de Dieu, toute conftoion, toute perplexité cessera^ sans aucun doute , et notre esprit ne sera plus forcé d'admettre rien qui lui répugne.

On doit savoir d'abord que le nom de Dieu est appeltatif de toutes puissances , souverainetés et supériorités. Il convient proprement à celui qui est le chef de tous , le roi des rois et le Seigœur des domi-* nations, par qui toutes choses sont, et de qui toutes choses dépendent, à celui qui est le seul père et le seul créateur de tous. Ge nom moins justement emptoyé peut aussi être appliqué aux créatures, parce que celui qui a pouvoir et puissance de la part de Dieu sur quelqu^un»

260 ÉTABLISSEUEirr DE RÉFOBHB

celui-là peut être appelé Dieu , comme Moïse, dans TExode, \i, 1 r Le Seigneur dit à Moïse : Je vous ai établi le dieu de Pharaon ; et comme Gyrus, dans Isaïe, où il est appelé le dieu d'Israël, iy, 5» 3 ; et s'il est permis » pour fixer la valeur du mot, de joindre les choses profanes aux choses sacrées, Auguste César est le dieu de Virgile, et Lentulus le dieu de Gicéron, parce qu'il fut l'auteur de son rappel. Ainsi donc l'Écriture appelle dieux ceux que l'Être suprême et le Dieu éternel a ornés de quelque grâce, de quelques vertus, de quelque» privilèges, et a élevés au-dessus des autres. Aussi le Psalmiste s'écrie^, Ps. Lxxxii , 6 : Je leur ai dit : Vous êtes des dieux ; vous êtes tom les enfants du Très-Haut.

Mais ces dieux ne le sont point par leur nature : ils le sont seule* ment par la grâce et le don de l'Être suprême ; et, par cette raison,, ils ne sont jamais appelés du nom de divinité (deltas) qui convient seul au Dieu suprême. Ghez les Hébreux, ils sont appelés Elohim oa Adonaï, mais jamais par le nom propre et particulier de la divinité, qui est Jéhovah; c'est-à-dire, le Seigneur par excellence, (/a, il existe une lacune dans le manuscrit autographe.)

C'est pourquoi Paul , au commencement de tous ses chapitres , s'exprime ainsi : ce Grâces et paix de la part de Dieu notre père , el de notre Seigneur Jésus-Ghrist. » Établir trois dieux égaux par na^. ture est donc un blasphème et une impiété exécrable ; il faut donc tout rapporter à un seul Dieu, à celui qui est l'auteur de toutes choses et qui atout créé par sa volonté. Gelui-Ià seul, en effet, est Dieu par lui-même, en vertu de sa propre nature ; tous les autres ne sont point dieux par eux-mêmes; ils reçoivent et reconnaissent en eux le pouvoir divin comme émanation du seul Dieu le père, et ils sont appelés dieux à cause du Dieu suprême. En effet , ce Dieu grand et unique peut sanctifier ses créatures et les remplir de sa divinité. Mais nous m saurions admettre trois dieux égaux par nature; autrement, il faudrait aussi admettre de toute nécessité trois créateurs de l'univers ou {«ntocratores et trois pères. Le nom de Dieu convient simplement au seul père, qui est Dieu par lui-même, et qui a tout créé; Lui^eul peut simplement et absolument être appelé Dieu.

Des précédentes propositions, il est facile de déduire comment notre Seigneur Jésus-Ghrist, vrai fils de Dieu, peut être appelé Dieu ; car il tire son principe de divinité de Dieu le père, et procédant du vrai Dieu, il est appelé le vrai Dieu, le Dieu de toutes les créatures ; mais

il n'est pa^ le Dieu du père qui soamet tout à luL On trouve cette doctrine que Dieu le père est seul Dieu par sa nature, qu'il est le Dieu et le Seigneur du fils, dans Jean, xiv, 28 : Je mis vers mon père qui est flus grand q\u moi. Jean, xx, 17 : Je vais vers mon père et vers votre père ; vers mon Dieu et vers votre Dieu, Matth. , xxvii , 46 :

mon DieUt pourquoi m'avez-vous abandonné? Apoc. m , 13 : J'écrirai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la cité démon Dieu. L'opinion de ceux qui veulent que le fils ait parlé comme homme et non comme Dieu , n'est point fondée ; je répondrai que l'émanation divine qui est dans le fils existe aussi pour Thomme. Le fils est un homme déifié, ou rempli par la divinité. En conséquence sa puissance ne saurait détruire celle du père. Le fils a été sans doute établi sur nous par le père comme notre Seigneur ^ notre Dieu et notre chef ; mais le père est cependant le Seigneur , le Dieu et le chef du fils.

1 Cor. XI, 3 : Et le fils a été soumis au père. G. xv, 28 : Et il est l'économe et l'administrateur de la maison paternelle. Hébr. m, 8. C'est pourquoi le fils notre Dieu et notre chef a reconnu au-dessus de lui la divinité et la supériorité du père. LePsalmistea expliqué clairement ce double mode de la divinité du père et du fils, Ps. xlv, 3, 7. 8 : « Vous surpassez en beauté les enfants des hommes; la grâce est répandue sur vos lèvres , parce que , ô trône , 6 Dieu , vous êtes éternels , parce que le sceptre de votre empire est le sceptre de l'équité , que vous aimez la justice et que vous haïssez l'iniquité ; parce que Dieu , votre Dieu , vous a oints entre vos compagnons de l'huile de sa joie. » Car 6 trône^ 6 Dieu et Dieu vous a oints sont au vocatif, et se rapportent au fils. Lorsqu'il ajoute QxmMt votre Dieu^ il parle de Dieu le père qui a oint le fils, et l'a sanctifié. Pareillement FEcclésiaste, en parlant de la sagesse qui représente le fils de Dieu^ s'exprime ainsi, xxiv, 16 : « J'ai pris racine dans le peuple que le Seigneur a honoré et dans ses régions, héritage de mon Dieu. »

Je pense aussi qu'il est plus clair que le jour à celui qui veut adhérer aux Ecritures, que le fils est Dieu par le père, établi comme Dieu sur toutes choses par le père , et reconnaissant au-dessus de lui la supériorité et la divinité du père, quoique les noms servant à marquer les diverses natures divines n'existent point chez les Grecs et les Latins, et que toutes soient désignées par le nom commun de Dieu. Il n'y a qu'un seul Dieu par lui-même, par sa propre nature, éternel, grand, suprême^ immortel, invisible, incompréhensible, habitant la

36S ÉTABLISSEMKÏT K LÀ RÉFORME

lanière iaaccflSBîbfe, la phn reailée, qui à tout créé, qai gomme lautf par qui toutes choses listent, de qui toutes choses dépendent. Oluî-tà est le Dieu des <Meux, le roi (tes rois ; il est te père ^ te SeîH ipieur des seigneurs ; il est ^hot te seul que l'Èeriture appeUe sii^ plement et afosolumait Dteu et te Père. Il est le père unîfersd de tous, et propranent ^ en pu-tteulter père de mrtve Seigneur Jtésu»* Cfarist. Paul l'exjdk]^ très^ien. en disant, Cof . vin,. 5 r «c Encore qu'il y en ait, soH dans^te del ou sur la torre, qui sodé appelés dieux, et qu'en ce sens il y ait frinsteurs dieux ei ptamurs se%neors, il n'y a néanmoii» pour noi» qu'un seul Dieu te p^e qui a créé tc^iles^ choses et nous pour lui, et qu'un seul Seignenr lésus-Gbrist par quf toutes choses et nous ont été faites, y» IKoà il est évkl^t que des créatures peuvent être homrées du nom de Dieu par la grâce et la eon^ ce^iHi cependant du seul Dieu iH4»rêBEe,1iiii est te sou?mifir Dteu^ des dieux, qui est te père de tou»sur toutes choses,^ par toutes choses^ et en toutes choses, aaqœl, eoouiie au Eâeii unatque, suprême, Wm par lui-méDae, tous les autr^ dieux se rapportent, se suhoriMiiieot, et eibéiasent. Ce grand nombre de dieux ne jette dans l'esprit aucune confusioD, et ne préjvulicte point à la divine unité, puisque toute^ créature loue le Dteu erreur et hii seul e(»nme le Dieu grand et suprême, l'honore et l'adore seul, duquel toote l'Ècritore téiiieîgue qu'il n'y a pas d'autre Dieu que lui. Deut. yi, 4 : « Écoute, Israël, te Seigneur ton Dieu est l'unique Dieu, Mid.y x, 17 : « Jéhovai» est le Dieu grand, te Dieu puissant, le Dieu terrible, qui ne fait atten*tioii ni mx présents ni aux personne ; » et Ps. l, 1 : « Le Dieu d^ dieux a parlé ; i» et Paul aux Gai. iy, 8 : «( Autrefois, tersque toc» ne connaissiez pokit Dteu, vous étiez escksves de ceux qui ne sont point dieux par leur nature; mai» nmiitenant que yous^ connaissez te vrai Dieu, comment vous tournez-vou» vers l'impuissance et la faiblesse?»

fSuiaitU encore six eiMiom.)

Les Écritures, comme on te voit, ont toujours soin de distingmi? entre Dieu et te Ab de Dieu ; et si on lit avec attentten, on sera con-^ vaincu que, trois ou quatre passages exceptés^ dtes appellent te père Dieu simptement et absolument, Jéamt son Christ et son fils. Cependant, la divinité du fils diffère de celle ctes^autres dieux. Ainsi*

Pieu père a déifié les &u4re» et les a sanoti^s, mais avi^ âes limites, comme ses fils adoptifs. Aiosi Moïse et Cyrus furent les dieux partn cuUers de Pbœraon et d'Issaël, mais le Christ, Dieu Ta b^i comme son propre fils et Ta sanctifié saiis mesure, et 1-a rempU en entier de son esprit saint et de toute sa divinilé, de la graniteur de laqueUe nous sommes participants. Que le fits soit égalé au père en divinité, en gloire, en puissance, cette doc^i^ ne détfnit pas n<» .]^emières propositions, parce que toute difinité, gloire et pi^»m€e(ib fils procèdent dtt père, et sont reconnues par lut ccMsime dmi du père ; d'où Matthieu, peut dîfe, xxyni, 18 : « Toute puissance sur le ciel et la terre m'a été donnée; et Pierre, Actes u, 36 : « Parce que Dieu a fait Seigneur ee Jésus-Christ que vous avez crucifié. » Et c'est pourquoi Paul déclare que cette divinité du fils et son égalité avec le Dieu très^aut , le père , ne doivent point être comprises par rapport à Dieu le père lui-même, mais qu'elles ne doivent Tétre que peu* rapport aux créatureft. Gmr. xt, 27 : « Et puisqu'il est dit toutes choses lui ont été ass«^eities^, il est mmife^ qu'dies le sont toutes, excepté ceim qui tes lui a «stgettiies. » Lors donc que toutes chose» %uront été assuj^ties au fils, aJors H sera aussi lui-même assigetti à celui qui lui aura assujetti toutes choses, afiu que Dieu soit en tous. Or,.qm»quele fils se reconnût, par le don du père, ^al au père en vertu, gloire .et puissance, il ne voulut jamais cependant abuser des dons de l'égalité, et le convertir en tyrannie et rapine, comme Paul dit auK Phil. ii, 8 : « Il s'est soumis et s'est rendu obéissant jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. » C'est pourquoi Dieu Ta élevé, et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, et lui a soumis les cieux, les terres , les enfers. Il voulut que toutes les créatures Fédérassent comme Dieu et Seigneur; en un mot, il accorda à sou fils bien^aimé le plus de vertus, de puissance, de grâces, de bénédîe^ tiens et de divinité qu'il put lui confier, le plaça dans son égaMté et sur son trône, et voufut que des honneurs aussi gran^k fussent rendus à son fils qu'à lui. Aussi , qui méconnatt le fils méconnaît le père. Aucun autre nom n'a été donné aux hommes sous le ciel, par Itequel ils puissent espérer le salut, Act. iv, 12, que celui du fils de Dieu, de notr& Seigneur Jésus-Christ, qui est le vrai Seigneur et notre Dieu, comme Thomas Joh. xx, 27, Paul et Jean l'ont témoigné. Ainsi louange, honneur et gloire dans l'éternité des siècles à notre Seigneui? Jésus-Christi à Dieu le père, le Dieu très-grand et très-ciment. »

ÉTABLISSEMBirr BB LA REFORME

Le 14 aoAty Nicolds de la Fontaine produisit trente-neuf articles rédigés par GaWin, et il demanda que Ser^et fût interrogé sur eux. Ces articles étaient relatifs à ses opinions. Le trente-septième accusait Senret de s'être violemment élevé contre Calvin et la doctrine qu'il professait. Servet répondit à cette accusation que Calvin l'avait attaqué et injurié dans les livres qu'il avait imprimés, et que lui s'était borné à montrer la grandeur de ses erreurs. Nicolas de la Fontaine ayant donné caution fut mis en liberté , et le procureur général fut chargé de la poursuite du procès. Le 21, Calvin parut devant le tribunal et entra en discussion avec Servet. Il loi présenta des notes que celui-ci avait ajoutées i la Bible, et dans lesquelles il l'interprétait dans un sens entièrement littéral, et son livre du Chrisdanismi restù tulio^ dans lequel il appelait la trinité somnium Atigustini, et nommait trithéistes ou athées ceux qui croyaient en elle. Servet répondit qu'il n'appelait pas trithéistes ceux qui croyaient à la trinité, parce que lui qui y croyait serait aussi un trithéiste, mais ceux qui voulaient établir une distinction réelle quelconque dans l'essence divine, parce que ce serait lui enlever son unité. Il ajouta qu'il sxiivait en cela la doc* trine des apôtres et des pères de l'Église ; une discussion s'engagea sur ce point entre les deux adversaires * .

Le lendemain il écrivit aux syndics et au conseil la lettre suivante pour justifier son opinion et prouver son peu de danger.

A mes trèS'honorés seigneurs ^ messeigneurs les syndics et conseil

de Genève.

Supplie humblement Michel Servetus, accusé, mettant en faict que c'est une nouvelle invention ignorée des apostres et disciples et de l'église ancienne, de faire partie criminelle pour la doctrine de l'Escri* ture, ou pour questions procédantes d^icelle. Gela se monstre premiè* rement aux Actes des Apostres, chap. xvm et xix, où tels accusateurs sont déboutés et renvoyés aux églises , quand n'y a aultre crime que questions de la religion. Pareillement du temps de l'empereur Constantin le Grand, où il y avoit grandes hérésies des ariens, et accu« salions criminelles tant du costé d'Athanasius que du costé de Arrius^

> Allwoerden, pages 58 li 65, et Cl. de la Roche, pages 110 à 120.

Icdict empereur par son conseil et conseil de toutes les églises, arresta que, suyvant la ancienne doctrine, teles accusations n'ariont point de lieu, voire quand on seroyt hérétique comme étoist Arrius. Mais que toutes leurs questions seriont décidées par les églises, et que estîla que seroyt convencu ou condamné par iceles, si ne se voloyt réduire par repentance, seroit banni. Laquielle punition a esté de tout temps observée en l'ancienne église contre les hérétiques, comme se preuve par mille autres histoires et authorités des docteurs. Pourquoy, messeigneurs, suivant la doctrine des apostres et disciples, qui ne permirent oncques tieles accusations, et suyvant la doctrine de l'ancienne église, en laquiele tieles accusations ne estiont poynt admises, requiert ledict suppliant estre mis dehors de la accusation criminelle.

Secondament, messeigneurs, vous supplie considérer que n*a point offansé en vostre terre ni ailleurs, n'a point esté sédicieux ni perturbateur. Car les questions que lui tracte sont difficiles, et seulement dirigées à gens sçavants. Et que de tout le temps que a esté en Allamagne, n'a jamais parlé de ces questions que à OEcolampadius, Bucerus et Gapito. Aussi en France n'en a jamais parlé à home. En oultre que les anabaptistes, sédicieux contre les magistrats, et que voliont faire les choses communes , il les a tousjours réprouvé et répreuve. Donc il conclut que pour avoir sans sédition aulcune mis en avant certaines questions des anciens docteurs de l'église, que pour sela ne doyt auicunement estre destenu en accusation criminelle.

Tiersament, messeigneurs , pour ce qu'il est estranger, et ne sait les costumes de ce pays, ni comme il faut parler et procéder en jugement, vous supplie humblement lui donner un procureur, lequiel parle pour luy. Ce faisant farés bien, et Nostre-Seigneur prospérera vostre république.

Faict en vostre cité de Genève, le 22 d'aost 1553.

Michel Servetds, de Villeneufve.

Ea sa cause propre

Le procureur général répondit à cette requête que Servet s'était rendu coupable d'impiétés trop graves pour mériter d'avoir un procureur ou un avocat. Il présenta trente-huit nouveaux articles contre

' Bans de la Hoche, pages 135 à 197; dans Allwoerden, pages 67 et 68, et dans J. L. Mosheim, pages 417 et 418.

Stô6 ÉTABLISSEMENT DE LA RÉFORME.

lai. Les premiers avaient ooncamé sa doctrine : ta plupart de ceuiLH^i furent relatifs à sa personne 6t à ses moeurs. Gomme ses âceosateurs prétendaient qu'il atait mené une vie très-di^lue, il lui fut demandé par la treizième question, ^11 s'était engagé dans les liens du mariage ; il répondit qu'il n'avait jamais pensé à se marier, eo quod imp^tenwn êeêe ac hemiosum tise, scitdsset * •

Cependant le consdl de Genève ayaat averti les magistrats de Vtttme de la prise et de Tificarcération de Servit , ceux-ci le firent redemander pour le juger. Dte que Servet en fut instruit, craignant un sort plus funeste à Vienne qu'à Genève, il se jeta aux pieds de ses jnges, et les supplia, en ][deurant, de ne pas le renvoyer à Yieniie, et de prononcer eux-mêmes sur sa cause, comme ils le voudraient ^.

Calvin, qui avait assisté déjà friusîeurs fois à l'interrogatoire de Servet, intervint plus directement ésm le procès, et le 15 septembre il lui présenta trente-huit propositicms extraites de ses ouvrages, sur lesquelles il demanda qu'il fût interrogé. Ce jour même , Servet écrivit au conseil des deux-cents la lettre suivante, dans laqndle il se plaignait des misères, des douleurs et des injustices de sa caj^f* vité.

Mes iri9'h(mor^ Seigneurs,

Je vous supplie très-humblement que vous plaise abréger ces grandes dilations, ou me mettre hors de la criminalité. Vous voyés que Calvin est au bout de son roulle, ne sachant ce que doyt dire, et pour son plaisir me voult icy faire pourrir en la prison. Les poulx me mangent tout vif, mes chausses sont descirées et n'ay de quoi chan^, ni peir«point, ni cbamise, que une inéchante. Je vous avois présenté uoç aultre requeste, laquiele estoyt selon Dieu. Et pour la empêcher, Calvin vous a allégué Justinian. Certes il est malheureux d'alléguer contre moi ce que luy-mesme ne croyt pas. Luy-mesme ne tient poynt, ni croyt poiût ce que Justinian a dit de Sacrosanctis Ecclesiis et de JEpiscopis et clericis^ et d'aultres choses de la religion ; et sait très-bien que l'Église estoit déjà dépravée. C'est grand honte à luy, encores plus grande , qu'il a cinq semeines que me tient icy si fort enfermé, et n'a jamais allégué contre moy un seul passage.

»' Dans de la Roche, pages 138 à 140. — AHwoerden, page «9. ^ Aliwoerden, page71.

A GENÈ?S« t67

Messeigoeurs, je yoqs avoys aussi demandé uaproonrairou adfo^ cat comme aviés ^^eimis à ma partie, laquîele n'ea a^y t si afoire qtie moy, que je suis estraugter, ignorant les œstumes^ ce pays. Toutefois vous l'avez permis à Iny, pas à moy, et l'avés mis Ws de prison davant de cognoistre. Je tous recpi^ que ma cause ^yt mtee au conseil des deux-cents aveque mes requesles; et si j'en puis a{q>eler là, j'en appelle, protestant de tout despans, domma^^ isdéacéSy et 4e pœna talimis^ tant cmtre le premier accusateur qoe contre Calvin, son maigre, que a prins la cause à soy.

Faict en vos prisons de Genève, le 15 septembre 1553.

£a sa cause propre ' .

Il n'y eut aucune aud^ conférence entre Calvin eA Servet devant les juges. Servet eut bien la faculté de discuter avec Calvin, mais il n'en profita point, prétextant sa tristesse et ses chagrins. 11 est possible qu'il en fut empêché par la crainte de la supériorité de son adversaire dans une controverse orale. La discussion eut lieu par écrit entre eux. Servet répondait aux propositions que Calvin avait extraites de son livre. Encouragé sans doute par les ennemis de Cahin, il se laissa aller à des invectives contre lui dans cette controverse écrite ; il l'appelait Simon le magicien, imposteur, sycophante, perfide, menteur, et il disait : « Je suis constant dans une cause si juste, et je ne crains paslamort*. »

Après avoir lu tous ses écrite, le conseil de Genève le condamna secrètement à mort. C'était le désir de Calvin qui écrivait : a J*espère que la sentence sera capitale, mais je désire que l'atrocité de la peine lui soit épargnée » Farel, è qui il écrivait en ces termes, le confirma dans son sentiment. Servet en ayant appelé aux thédogiens étrangers, ie conseH de Genève consulta les pasteurs des villes suisses. H envoya donc le Kvre qde Servet avait pubKé à Vienne, avec les écrits de Cafvin et les réponses de Servet aux quatre églises de Zuridi , de Bàlc, de Berne et de Schaflfouse; il leur demandait leur avis sur Servet. Ces églises répondirent toutes promptement, et s'élevèrent contre Servet

* Dans de ta Roche, pages 146-147; dans ÀUwoerden, pages 73 et 74, et dms J. L. HosheiiB, pages 418 et 419.

^ Allwoerden, pages 85 et 86.

' Spero capitale saltem^ fore judicium , pœnœ vero atrocilatem remilii cupio. Epist. ad Farellum. Calv. epist. page 290.

268 ÉTADL1SSESIEKT Iffi LA RÉFORME

dont elles appelèrent les erreurs horribles et détestiAiles, et ftireot d'avis qu'il fallait sévir contre hii, sans toutefois faire aucune mentioft de la peine de mort. La réponse de l'église de Zurich arriva le 2 d'octobre. Elle exhortait les magistrats de Genève à empêcher cette contagion de s'étendre plus loin. 11 en fut de même de celle de SchaObuse qui arriva le 6, et de çelle de BÀle qui arriva le 18. Ces deux dernières églises invitaient les Génevois à guérir Servet de ses erreurs, et» sil était incurable, à se servir de leur puissance pour que l'éf^ise du Christ n'essuy&t point par là un grand détriment. Les Berno» éci# virent dans le même sens ^

Servet , qui ignorait ce qui se passait , adressa le 22 septmbre au conseil une nouvelle supplique, dans laquelle il se plaignit queCaIvâi l'eût faussement accusé d'avoir nié l'immortalité de Tàme et l'incarnation du Christ.

Très-honorés Seigneurs,

Je suis détenu en action criminelle de la part de Jdian Gahin^ lequel m'a faulsement accusé, disant que j'avés escript, rA

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