‹ Notices et mémoires, Volume 2Chapitre 5 sur 27 · II · texte numérisé non relu

II

lOâ LA OERMAKIE

Après avoir montré, ainsi que je mêle proposais^ comment la race germanique est entrée dans la société occidentale, et comment la partie du continent européen la plus exposée aux invasions y fut désormais soustraite, ma tâche est remplie, le n'ai pas besoin d'exposer les suites rapides et considérables qu'eut cette grande transfert mation de la Germanie. Je n'ai ptô à faire Voir les peuples Scandinave» et les peuples slaves adoptant le christianisme par les prédications des missionnaires partis de la Saxe et sous l'influence victorieuse des empereurs saxons» Je n'ai pas à raconter les curieuses aventures ûn moine de Corbie, Anschaire *, archevêque de Hambourg et do Brème, chcE les Danois, les Norvégieils, et les Suédois dont il fut le premier apAtre, ni les missions deCyriBe et de son frère Methodîus * chez les Slaves de la Moravie, ni Ifes entreprises conquérantes de l'ardievèque Adalbert chez les Wendes, tes Esthoniens des bords de là Baltique Je n'ai pas non pltis à décrire les expéditions des empe*^ reurs de la nllison de Saxe, au delà de l'Elbe, de la Saale et M TEyder, ni à énumérer leurs fondations militaires ou reltgteuses; C'est un autre sujet qui exigerait un autre travail.

Je dirai seulement que le mouvement de civili88^tion vers le Nord ne dîsconlinuâ point ; que les chefs de ces Saxons, encore barbares en 789, au point de faire des sacrifices humains, de ces Saxons qui avaient résisté, avec une opiniâtreté pendant trente ans indomptable, à leur conversion, furent un siècle après à la téte de ce mouvement ; qu'ils devinrent les dominateurs de l'Allemagne et les empereurs de l'Occident ; que de plus ils furent de grands hommes ; que Henri l'Oiseleur et les trois Otton* entourèrent de fossés, fermèrent de murailles^ fortifièrent de tours, les villes de l'Allemagne; qti'ils formèrent te margraviat occidental de Schleswig «u delà de TEyder, contre le* Danois , le tnargraviat septentrional de Brandebourg et les margraviats orientaux de Misnie et de Lusace, au delà de la Saale et de l'Elbe, contre les Slaves ; qu'ils vainquirent ceux-ci ^ et qu'ib éta-

* Vita s, Ansliarii, « primi Nordalbingorum archiepiscopi et legati sanctae sedis &postolic(e ad Sueoncs seu Danos necnon elîam Slavos et reliquas génies in Aq'm^ lonis partibus sub pagano adhue ritu coostitatas. ^ A Rimberlo et alio disc^^è Anskarii conscripta. » Dans Pertz. Monum, , tome XI, pages Ô83 à 729.

^ BoLLANDus, Àct, Muct,, 9 martii, tome II.

3 Adam. Breu. Hiêt. eccl. lîb. 4, c. 4, c. 42> 43, 44, 4G. — C. 0AMBJA<.9fS. SiSU écoles, Sueonum, Stockolmiœ, 1689, A^, lib. 3, c. 11, 17.

* De l'an 961 à 1002. .

AU HUITlilIE KT AU NEUVIËMB SIËCXE. 10$

Wrmt teft4?ècbés d'Old^bourg dans la Wagrie» de Hahelberg prèsi la jonction du Havel et de l'Elbe» de Brandebourg, dans les marais de le Spréa^ de Zdtz et de Meissen dans la Misnie, de Prague dans la Bohème^ de Breslavi en Silésk, de Colberg en Poméranie, $ur les bords de la Baltique, deGnesne, de Posen, de Cracovie en Pol(^ne *^ l'ajoi^rai que la popalation germanique remonta dle^mén» vers le Nord , où elle porta ses idées et sa civilisation ; que par suite de ce mouvement il y a aujourd'hui près de six: millions d'Allemands au delà de l'Elbe» où, au huitième siècle, il n'y avait que des Slaves ; et environ cinq millions au nord-est du Danube, où, à la même époque, il n'y avait que des peuplades d'une race différente.

Ces résultats sont très-significatifs. De plus, le principal but fixé dans ce mémoire à la civilisation de l'Allemagne , celui de fermer la grande route des invasions barbares, fut également atteint. En effet, la Saxe servit au monde occidental de digue dans le neuvième siècle contre les Danois et les Norwégiens, qui ne purent l'fidtaquer que par ses côtes , et elle les convertit au dixième. Henri l'Oiseleur , de la maison de Saxe, vainquit, en 933, à Sondershausen et à Mersebourg ^ et son fils Otton le Grand battit complètement en 935, prèsd'Augshourg, les Magyars ou les Ougres, venus des bords de la Kama et du Volga sur ceux du Danube , et qui furent arrêtés dans leurs débordements par la défaite et le christianisme. Au treizième siècle, lorsque les Mongols envahirent le vaste espace compris depuis les côtes de la Chine jusqu'à la Vistule, lorsqu'ils assujettirent tous les peuples de race slave qui n'étaient pas encore de force à leur résister, lorsqu'ils menaçaient de couvrir l'Europe entière de leurs hordes et de rétablir la vie nomade sur sa surface, ils furent, pour la première fois, vaincus en 1241 ' , sur les bords du Danube, par Conrad , roi des Romains , et. par Henri, fils naturel de Frédéric II, et le flot de leur conquête ce dépassa point la frontière allemande. Enfin, dans le seizième et le dix-septième siècle , les Allemands arrêtèrent la dernière invasion,

, * Helmoldi chronicon; dans Leibnitz. script. Bruns., tome lï, page 537. — Bithmari chronicon; ibid., tome I. — Cosmœ pragensis chronicon Bohemorum, iwe h page 1967. Dans Menckenius, script, rer. germ.; tome I, page 1967.-- Ad ann. 939, 967, 970.

* Frodoardi Chronîc, dans Duchesne, tome II, pageOÏ)^. -^Wittichindi de rehus ^(KDonum ^es(w,dans Meibqbuus rer, germ, scrip,, tome I, page 621.— Luitprandus^^ lib. 2, c. 8 et 9. Dans Muratori, rer. ItaL scripl,, tome II, page 1.

• Matthjsus Paris, Historia major, ann. 12^1.

et continrent sar les bords du Danube les Turcs qui s'étendaient sur l'Europe. Ainsi, d'un côté, la race allemande devint pour le nord de l'Europe l'instrument de la civilisation, et de l'autre, son territoire fut, pour le sud, une barrière contre les invasions des peuples barbares.

La question débattue pendant tant de siècles entre la barbarie et la civilisation fut définitivement résolue en faveur de cette dernière en Europe, et dès lors dans le monde.

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