CHAPITRE III. i9t
Son ami Ralph était à sa charge. Sur ses économies, il lui avait fait des avances assez considérables. Mais leur liaison n'eut pas une meilleure issue que ne l'avait eue l'amitié de Franklin pour Collins. Celui-ci, devenu dissipé, ivrogne, impérieux, ingrat, avait rompu avec Franklin avant son départ d'Amérique, et alla lui-même mourir aux îles Barbades, en y élevant le fils d'un riche Hollandais. Ralph, malgré son talent littéraire, fut réduit à s'établir dans un village comme maître d'école. Marié en Amérique, il avait contracté à Londres une liaison intime avec une jeune ouvrière en modes. Franklin visitait celle-ci assez souvent pendant l'absence de Ralph. 11 lui donnail même ce dont elle avait besoin, et ce que son travail ne suffisait point à lui procurer. Mais il prit trop de goût à sa compagnie, et se laissa entraînera le lui montrer. Il avait complètement négligé de donner de ses nouvelles à miss Read, ce qui fut le (roisième de ses errata; et non-seulement il se rendit coupable d'oubli envers elle, mais il courtisa la maîtresse de son ami : ce qui fut le quatrième et le dernier de ses erra/a. S'élant permis à son égard quelques libertés qui furent repoussées, comme il l'avoue, avec un ressentiment convenable, Ralph en fut instruit, et tout commerce d'amiliécessa entre eux. Ralph signifia à Franklinque sa conduite annulait sa créance, le dispensait lui-même de toute gratitude ainsi que de tout payement, et il ne lui restitua Jamais les 27 livres sterling (648 fr.) qu'il lui devait.
En réfléchissant aux écarts de ses amis et à ses propres fautes, Franklin changea alors de maximes. Les principes relâchés de Collins, de Ralph et du gouverneur Keiih, qui l'avaient trompé; l'affaiblissement de ses croyances morales, qui l'avait conduit lui-même à méconnaître rengagement contracté envers son frère, à violer le dépôt confié à sa probité par Vernon, à oublier la promesse de souvenir et d'affection faite à miss Read, à tenter la séduction de la maîtresse de son ami, lui montrèrent la nécessité des règles fixes pour l'esprit, inviolables pour la conduite. « Je demeurai convaincu, dit-il, que la vérité, la sincérité, Vinlégrilé dans les transactions entre les hommes étaient de la plus grande importance pour le bonheur de lavie, et je formai par écrit la résolution Ue ne jamais m'en écarter
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tant que je vivrais. » Cette résolution, qu'il prit à Page de dixneuf ans, il la tint jusqu'à Fûge de quatre vingt-quatre. Il repara successivement toutes ses fautes et n'en commit plus. Il accomplit, d'après des idées raisonuées, des devoirs certains, et s'éleva même jusqu'à la vertu.
Comment y parvint-il ? C'est ce que nous allons voir.