CHAPITRE VI. 2H
celle-ci à sa capacité, à son évasement et à son contenu. De toutes ces remarques, il résultait un instrument de musique; el Franklin inventait Vharmonîca. Examinait-il la perte de chaleur qui se faisait par l'ouverture des cheminées et l'accumulation étouffante qu'en produisait un poêle fermé, il tirait de ce double examen, en combinant ensemble ces deux moyens de chauffage, une cheminée qui était économique comme un poêle, et un poêle qui était ouvert comme une cheminée. Ce poêle en forme de cheminée fut généralement adopté, et Franklin refusa une patente pour le vendre exclusivement. < Comme nous retirons, dit-il, de grands avantages des inventions des autres, nous devons être charmés de trouver l'occasion de leur être utiles par les nôtres, el nous devons le faire avec générosité. »
Mais une Importante et glorieuse découverte fut celle de la nature de la foudre et des lois de l'électricité. Il était réservé à la science du xvm' siècle de connaître surtout les principes et les combinaisons des corps, comme la science du xvip avait eu la gloire de constater les règles mathématiques de leur pesanteur et de leurs mouvements. Si l'un de ces grands siècles avait pénétré jusqu'aux profondeurs de l'espace pour y découvrir la forme elliptique des astres, y mesurer leur grandeur, y calculer leur marche, y assigner la force respective de leurs attractions, l'aulre, non moins sagace et non moins fécond, était destiné, par le développement naturel de l'esprit humain, à porter ses observations sur notre globe, sur la matière qui le compose, l'atmosphère qui l'entoure, les fluides mystérieux qui l'agitent, les êtres variés qui l'animent. A la fondation véritable de l'astronomie devait succéder celle de la physique, de la chimie, de l'histoire naturelle positives; à Galilée, à Keppler, à Huyghens, à Newton, à Leibsiitz, devaient succéder Franklin, Priestley, Lavoisier, BerthoUet, Laplace, Voila, Linné, Buffoa et Cuvier.
Le fluide électrique était appelé non-seulement à être une de ses plus belles découvertes, mais un de ses plus puissants moyens d'en opérer d'autres; car, rendu maniable, il devenait un instrument incomparable de décomposition. Sans se douter que la force attractive qui se trouvait dans l'ambre («x«xrpor des anciens, d'où lui est venu le nom d'électricité) et dans certains
SIS VIE DE FltÂNRLIN.
corps, élait la même que cette force terrible qui tombait du ciel avec fracas au milieu des orages, on Tétudiait avec soin depuis le commencement du siècle. Hawksbce Pavait soumise vers 1709 à quelques expériences. Gray et Welher en 1728 avaient démontré que cette substance se communiquait d'un corps à Pautre, sans même que ces corps fussent on contact. Ils avaient remarqué qu'on pouvait tirer des étincelles d'une verge de fer suspendue en Pair par un lien en soie ou en cheveux, et que dans Pobscurité cette verge de fer était lumineuse à ses deux bouts.
Le docte intendant des jardins du roi de France, Dufay, avait trouvé en 1735 que le verre produisait par son frottement une autre électricité que la résine, et il avait distingué l'électricité vitreuse et l'électricité résineuse. Désaguliers, de 1739 à 1742, avait donné le nom de conducleur aux tiges métalliques à travers lesquelles Pélectricité passait avec une rapide facilité. Enfin, en 1742, l'appareil électrique imaginé dans le siècle précédent par Otto de Guerike, l'habile inventeur de la machine pneumatique, ayant, par des perfectionnements successifs, reçu son organisation définitive, le professeur Bose à Wiltcmberg, le professeur Winkler à Leipsick, le bénédictin Gordon à Erfurt, le docteur Ludolf à Berlin, avaient, par d'assez fortes déchar- (^es, tué de petits oiseaux et mis le feu à l'éther, à Palcool et à plusieurs corps combustibles.
La science en était arrivée là : elle produisait quelques curieux phénomènes dont elle ne donnait pas de satisfaisantes explications, lorsque Franklin s'en occupa par hasard, mais avec génie. Dans un voyage qu'il fit à Boston en 1746, Pannée même où Muschenbrocck découvrit la fameuse bouteille de Leyde et ses phénomènes bizarres, il assista à des expériences électriques im|)arfaitement exécutées par le docteur Spence, qui venait d'Ecosse. Peu après son retour à Philadelphie, la bibliothèque qu'il avait fondée reçut du docteur Collinson, membre de la Société royale de Londres, un tube en verre, avec des instructions pour s'en servir. Franklin renouvela les expériences auxquelles il avait assisté, y en ajouta d'autres, et fabriqua lui-même avec plus de perfection les machines qui lui étaient