CHAPITRE VI
devaient en être recueillis par tous, le mérite n'en revenait à personne; ce qui s'accommodait à la faiblesse humaine et désarmait l'envie. Aussi vit-il depuis lors toutes ses proiiositions adoptées.
Il fit usage, pour la première fois, de cet adroit moyen lorsqu'il voulut fonder une bibliothèque par souscription. Il y avait peu de livres à Philadelphie. Franklin proposa, au nom cfe plusieurs personnes qui aimaient la lecture, d'en acheter en Angleterre aux frais d'une association dont chaque membre payerait d'abord 40 schellings (48 francs), ensuite 10 schellings par an pendant cinquante ans. Grâce à cet artifice, son projet ne rencontra aucune objection. Il se procura cinquante, puis cent souscripteurs, et la bibliothèque fut bientôt établie. Elle répandit le goût de la lecture, et l'exemple de Philadelphie fut imité par les villes principales des autres colonies.
« Notre bibliothèque par souscription, dit Franklin, fut ainsi la mère de toutes celles qui existent dans l'Amérique sepien- Irionale, et qui sont aujourd'hui si nombreuses; ces établissements sont devenus considérables, et vont toujours en augmentant, llsontcontribuéà rendre généralement la conversation plus instructive; à répandre parmi les marchands et les fermiers autant de lumières qu'on en trouve ordinairement dans les autres pays parmi les gens qui ont reçu une bonne éducation, et peut-être même à la vigoureuse résistance que toutes les colonies américaines ont apportée aux attaques dirigées contre leurs privilèges. '>
Cet établissement ne fut pas le seul que l'Amérique dut à Franklin. Il proposa avec le même art, et fit adopter par l'influence de la junte, la fondation d'une Académie pour l'éducation de la jeunesse de Pensylvanie. La souscription qu'il provoqua produisit 5,000 livres sterling (120,000 francs). On désigna alors les professeurs, et on ouvrit les écoles dans un grand édifice qui avait été destiné aux prédicateurs ambulants de toutes les sectes, et qui fut adapté par Franklin à l'usage de la nouvelle Académie. Il en rédigea lui-même les règlements, et une charte l'organisa en corporation. Son fondateur principal l'administra pendant quarante années, et il eut le bonheur d'en
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voir sortir des jeunes gens qui se distinguèrent par leurs talents ei devinrent l'ornement de leur pays.
Sans bibliothèque et sans collégeavant Franklin, Philadelphie était aussi sans hôpital. Il n'y avait aucun moyen d'y prévenir on d'y éteindre les im-endies, et la police de nuit était négligemment faite par des constables. Ses rues n'étaient point pavées, et le manque d'éclairage les laissait le soir dans une obscurité dangereuse. Dans les saisons pluvieuses, elles ne formaient qu'un bourbier où Ton s'enfonçait pendant le jour, et où l'on n'osait pas s'engager durant la nuit. Franklin les ât paver et éclairer à l'aide de souscriptions , auxquelles 11 eut recours aussi pour la fondation d'un hôpital. Il fil établir, pour veiller à la sûreté commune, une garde soldée, que chacun paya en proportion des intérêts qu'il avait à défendre; et il organisa une compagnie de VUnion contre les incendies, devenus depuis lors beaucoup moins fréquents. Il forma également des associations et des tontines pour les ouvriers, et il essaya divers pians de secours pour les infirmes et les vieillards.
Son génie inventif, tourné vers le bien-être des hommes, ne chercha pas avec moins de succès à pénétrer les secrets de la nature. Il l'avait fortifié en le cultivant, il avait appris tout seul le français, l'italien, l'espagnol, le latin, et il lisait les grands ouvrages écrits dans ces langues tout comme ceux qui avaient été composés dans la sienne La vigueur de son attention et la fidélité de sa mémoire étaient telles, qu'il n'oubliait rien de ce qu'il avait intérêt à savoir et à retenir.
Il était doué surtout de l'esprit d'observation et de conclusion. Observer le conduisait à découvrir, conclure à appliquer» Traversait-il l'Océan, il faisait des expériences sur la température de ses eaux, et il constatait qu'à la même latitude, celle de son courant était plus élevée que celle de sa partie immobile. Il donnait par là aux marins un moyen facile de connaître s'ils se trouvaient sur le passage même de cet obscur courant de la mer, afin d'y rester ou d'en sortir, suivant qu'il hâtait ou contrariait la marche de leurs navires. Entcndnit-il des sons produiii» par des verres mit» eu vibration, il remarquait que ces sons différaient selon la masse du verre cl selon io rapport de