CHAPITRE VIII
conservait la majorité, l'envoya de nouveau, comme agent de la province, auprès de la cour d'Angleterre.
La veille de son départ, il fit à ses compatriotes des adieux touchants : « Je vais, dii-il, prendre congé peut-élre pour toujours du pays *jue je chéris, du pays dans lequel j'ai passé la plus grande partie de ma vie. Je souhaite toutes sortes de bonheur à mes amis, et je pardonne à mes ennemis. » Il était chargé de supplier le roi de racheter des propriétaires le droit de gouverner la colonie. Mais un plus grand rôle l'attendait en Anglelerre. Celle seconde mission, di( le docteur ^Villiam Smith, semblait avoir été préordonnce dans les conseils de la Providence ; et l'on se souviendra toujours, à l'honneur de la Pensylvanie, que l'agent choisi pour soutenir et défendre les droits d'une seule province à la cour de la Grande-Bretagne, devint le champion intrépide des droits de toutes les colonies américaines, et qu'en voyant les fers qu'on travaillait à leur forger, il conçut l'idée magnanime de les briser avant qu'on pût les river. »
La querelle commença bientôt. Une taxe que le parlement d'Angleterre voulut, en 1765, étendre aux colonies en fut le premier signal. Les Anglais jouissaient, dans toute l'étendue de l'empire britannique, des garanties politiques et civiles que leurs ancêtres avaient consacrées par la grande charte et par le bill des droits. La sûreté de leurs personnes, la liberté de leur pensée, la possession protégée de leurs biens, le vote discuté de l'impôt, le jugement par jury, l'intervention dans les affaires communes : voilà ce qu'ils tenaient de leur naissance, et ce qu'ils devaient aux institutions de leur pays si laborieusement acquises, si patiemment perfectionnées, si respectueusement maintenues. Ces garanties inviolables de leur liberté et de leur propriété, celle participation aux lois qui devaient les régir, les colons anglais les avaient iransporlées avec eux sur les ri- . vages de l'Amérique septentrionale en s'y établissant. Ils les praliquaient avec une fierté tranquille; ils y étaient attachés invinciblement comme à un droit de leur sang, à une habitude de leur vie, à la première condition de leur honneur et de leur bien-être.
Quoique les treize colonies D'eusscnt pas la même composi» lion sociale ni la même administration politique, elles avaient toutes les institutions fondamentales de TÂngleterre. Au sud et au nord de THudson, les colonies diffiiraient entre elles par la nature de leur population et le mod« de leur culture. Au sud de niudson, la Virginie, les Carolines, la Géorgie, avaient une organisation territoriale plus aristocratique. Les propriétaires y possédaient de plus vastes domaines; ils les transmettaient à leurs fils aînés, d'après la loi de succession de la métropole ; en beaucoup d'endroits ils les faisaient cultiver par des esclaves. Au nord, au contraire, Fégalité civile la plus parfaite, fortifiée par rindépendauce chrétienne la plus absolue, avait rendu les colonies de Connecticut, de Rhodc-Island, de Massachusetts, de New-IIampshire, etc., des États purement démocratiques. Il n'y avait ni différence dans les conditions, ni majorais dans les familles, ni travail servile dans les c;impagncs. On n'y trouvait ni propriétaires puissants ni cultivateurs esclaves.
Non-seulement la composition, mais le gouvernement des colonies n'étaient pas les mêmes. Ainsi, d'après les chartes de leur fondation, les une;, comme la Pensylvanie, le Maryland, les Carolines et la Géorgie, cédées en propriété à un homme ou ù un établissement, avaient à leur léle un gouverneur désigné par leurs propriétaire». Ce gouverneur y était chargé du pouvoir exécutif, et les administrait sous l'inspection cl le contrôle de la couronne. D'au Ires, à l'instar de Ncw-Yoïk, étaient régies par un gouverneur royal ; d'autres enfin, au nombre desquelles se Irouvaienl le Connccticul, le New-Jersey, le Massachusetts, Rbodc-Island, le New-Hampshire, s'administraient sous le patronage de la mère patrie.
Mais si les colonies différaient sous ces rapports, elles se ressemblaient sous d'autres. Ainsi toutes étaient divisées en communes qui formaient le comté, en comtés qui formaient l'Étal, en attendant que les États formassent VUnion. Dans toutes, les communes décidaient librement les affaires locales; les comtés nommaient des représentants à l'assemblée générale de l'Élat, qui était comme le parlement des colonies. Ce parlement, où l'on délibérait sur les intérêts communs de la colO'