‹ Notices historiquesChapitre 39 sur 78 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

pie, où l'on faisait les bills qui devaient la régir, où Ton votait les taxes nécessaires à ses besoins, était plus démocratiqup que le parlement d'Angleterre. Il ne formait qu'une chambre, la grande noblesse féodale et le corps épiscopal, qui, dans !;i mère patrie, avaient donné naissance à la Chambre des lords, n'ayant point traversé les mers. 11 y avait bien une noblesse dans la Virginie et dans la Caroline; mais, en général, les émigranls qui avaient fondé les colonies appartenaient aux communes. La division de l'autorité législative, qui n'y existait point en vertu de la différence des classes, ne s'y était pas encore opérée, comme cela se fit après la guerre de l'indépendance, selon la science des pouvoirs. L'institution d'une pairie héréditaire n'avait pas été remplacée par l'établissement d'un sénat électif; une seule assemblée, annuellement nommée, exerçait dans chaque colonie la souveraineté, sous le contrôle et la sanction du gouverneur.

Jusqu'alors les colonies avaient exercé le droit de se taxer elles-mêmes. Le roi leur demandait, par l'entremise des gouverneurs, les subsides qui étaient nécessaires à la mère patrie, et elles votaient ces subsides librement. Outre les sommes extraordinaires que les Angio- Américains accordaient dans ces moments de besoin, ils payaient sur leurs biens et sur leurs personnes des impôts montant à 18 pence par livre sterling; sur tous leurs offices, toutes leurs professions, tous leurs genres de commerce, des taxes proportionnées à leur gain, et s'élevant à une demi-couronne par livre; ils acquittaient en outre un droit sur le vin, sur lerhum, sur toutes les liqueurs spiriiueuses, et versaient au fisc anglais dix livres sterling par tête de nègres introduits dans les colonies à esclaves. Ce revenu considérable, que le gouvernement britannique percevait dans l'Amérique du Nord, correspondait à un profit non moins étendu qu'en retirait la nation anglaise, eu y exgçant le monopole du commerce et de la navigation. La métropole fournissait ses colonies de tous les objets manufacturés qu'elles consommaient, relles-ci, dont la population et la richesse s'accroissaient avec une étonnante rapidité, avaient couvert de villes laborieuses et d'opulentes cultures une côte naguère déserte et boisée. Un peu plus d'un

siècle avait suOi pour transformer quelques centaines de colons anglais en un peuple de deux millions cinq cent mille Américains, qui lirait de l'Angleterre, trois ans avant sa rupture avec elle, pour 6,022,152 livres sterling de marchandises. Cette somme équivalait presque à la loialilé des exportations anglaises dans le monde entier pendant Tannée 1704, c'est à-dire moins de trois quarts de siècle auparavant. Le revenu pour le trésor public, le gain pour la nation, la grandeur pour TÉtat, qui résultaient du prospère développement des colonies, de leur aitacliemenl filial et de leur libre dépendance, l'Angleterre les compromit par une orgueilleuse avidité et un lémcrairc esprit de domination.

Dès 1739, on avait proposé à Robert Walpole de les imposer, pour aider la métropole à soutenir la guerre contre VEspagne. Mais Tadroit et judicieux ministre avait répondu en ricanant: « Je laisse cela à faire à quelqu'un de mes successeurs qui aura plus de courage que moi, et qui aimera moins le commerce. » Ce successeur se rencontra en 1764. Le ministre Grenville ne craignit pas d'entrer dans la voie périlleuse des usurpations, en transportant au parlement brilarmique le droit de taxe, qui avait appartenu jusque-là aux assetnblées américaines. Ce n'était pas .seulement une innovation, c'était un coup d'État. Les colonies n'avaient point de représentants dans la cbambre des communes d'Angleterre, et ne pouvaient être légalement soumises à des décisions qu'elles n'avaient pas consenties. Grenville, néanmoins, présenta eu 1764 au parlement, et fit adopter par lui en 1765, l'acte du timbre, qui frappait d'un droit toutes les irausactiuiis en Amérique, en obligeant les (olons à acheter, à vendre, à prêter, à donner, à tester, sur du papier marqué, imposé par le fisc.

Déjà mécontentes de certaines résolutions prises en parlement dans l'année 1764, pour grever de taxes le commerce américain rendu libre avec les Antilles françaises, et pour limiter les payements en papier-monnaie, et les exiger en espèces, les colonies ne se continrent plus à cette nouvelle. I Iles regardèrent l'acte du timbre comme une atteinte audacieuse portée à leurs droits, ci un (ommcncemenl de servitude si elles n'y

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