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CHAPITRE IX

Une majorité obséquieuse et téméraire, enivrée de l'orgueil méiropolitain, et entraînée par la politique étourdie du ministère, pensa qu'il ne fallait point ramener les colonies par des concessions, mais les soumettre par les armes.

Des voix généreuses s'élevèrent cependant en leur faveur dans le parlement. Wilkes et Burke à la Chambre des communes, lord Chalham à la Chambre des lords, se firent leurs défenseurs. Ce grand homme d'Étal prévit, déplora et aurait voulu éviter leur séparation, que provoquait l'Angleterre même, dont il avait, pendant sa glorieuse administration, relevé la puissance. Il avait appris du docteur Franklin, qui l'avait visité dans sa terre de Hayes, et chez lequel il s'était rendu lui-même avec un certain éclat à Londres, l'état- réel des populations angloaméricaines, les limites de leurs prétentions comme celles de leur obéissance. Il avait applaudi à la pétition énergique et mesurée qu'elles avaient adressée au roi, et il avait dit à Franklin que >■ le congres assemblé à Philadelphie avait agi avec tant de calme, de sagesse, de modération, qu'il croyait qu'on chercherait en vain une plus respectable assemblée d'hommes d'Éiat , depuis les plus beaux siècles des Grecs et des Romains. »

Au moment où celte redoutable affaire avait été agitée dans le parlement, loul accablé qu'il était par l'âge et par les infirmi'és, lord Chalham s'était rendu à la Chambre des pairs pour empêcher la guerre entre la métropole et les colonies, s'il en était temps encore. Il y avait introduit lui-même Franklin, d'après le conseil duquel il demanda que les troupes fussent retirées de Boston, comme le premier pas à faire dans la voie désirable d'un accord. Il parla avec toute l'autorité *le la prévoyance et toute l'inutilité de l'opiiosition. Sa motion fut rejelée. Franklin sortit de celle séance (20 janvier 1775) pénétré d'enthousiasme pour le noble patriotisme, l'esprit vaste, la parole pathétique de ce puissant orateur. Il écrivit aussitôt à lord Slanhope, ami de lord Chalham : « Le docteur Franklin est plein d'admiration pour cet homme véritablement grand. Il a souvent rencontré dans le cours de sa vie l'éloquence sans sagesse et la sagesse sans éloquence ; mais il les trouve ici réunies toutes deux. »

Quelques jours après (le 2 février 1775), lord Chaiham, sans se laisser rebuter par un premier échec, présenUi un plan de réconciliation assez conTormc aux idôes de Franklin. Celui-ci assista encore à la séance de la Chambre des lords, où fut habilement développé le plan d'une union sur le point de se rompre pour toujours. Lord Sandwich répondit à lord Chaiham : il le fil avec violence. En combattaul le défenseur des colonies, il il ne craignit pas d'attaquer leur agent, qu'il avait aperçu dans rassemblée. Il demanda qu'on ne prit point en considération cl qu'on rejelÂl sur-lo-ch.tmp un projet qui ne lui paraissait pas ôlre la conception d'un pair de la Grande-Bretagne, mais l'œuvre de quelque Américain. Se retournant alors vers la barre où était appuyé Franklin , il ajouta en le regardant : <> Je crois avoir devant moi la personne qui l'a rédigé, l'un des ennemis les plus cruels ei les plus achmiés qu'ait jamais eus l'Angleterre. >

Franklin n'éprouva aucun trouble en entendant celte soudaine apostrophe, et en voyant (ous les yeux dans l'assemblée dirigés sur lui. Il semblait, au calme de son visage et à l'aisance de son regard, que l'attaque véhémente de lord Sandwich s'adressait à un autre. Mais il ne put se défendre d'une émotion intérieure lorsque lord Chaiham, dont les ducs de Richmond, de Manchester, les lords Shelburne, Camden,Tem|le, Littleton, avaient appuyé la proposition, reprenant la parole, releva l'opinion blessante qu'avait exprimée lord Sandwich sur Franklin, et voulut faire connaître au monde entier les sentiments que lui inspirait cet homme illustre et respectable, a Je suis, dit-il avec une noblesse un peu hautaine, le seul auteur du plan présenté à la Chambre. Je me crois d'autant plus obligé de faire celte déclaration, que plusieurs de Vos Seigneuries semblent en faire peu de cas; car si ce plan est si faible, si vicieux, il est de mon devoir de ne pas souffrir qu'on soupçonne qui que ce soit d'y avoir pris part. On a reconnu que jusqu'ici mon défaut n'était pas de prendre des avis et de suivre les suggestions des autres. Mais je n'hésite pas à déclarer que, si j'étais premier ministre en ce pays, je ne rougirais point d'appeler publiquement à mun aide un homme qui connaît lus affaires d'Amérique

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