CHAPITRE X
el la rivière de la Sorel, une communication intérieure avec le Canada. Cette ligne était, sous tous les rapports, importante à acquérir pour les Anglais. Maîtres des bouches et du cours de l'Hudson, ils pouvaient, du quartier général de New-York Comme d'un centre, diriger des expéditions militaires sur les divers points de la circonférence insurgée, et envahir les provinces de la rive gauche ou celles de la rive droite, selon que les y pousserait leur politique ou leur ressentiment. Ils résolurent donc de s'en emparer et de s'y établir.
Us avaient é.acué Boston au printemps (17 mars) de 1776. Leur armée ne s'élevait pas alors au dessus de 11,000 hommes; mais ils avaient reçu dans l'été dés renforts qui leur étaient venus de l'Eiirope, des Antilles el des Florides. Le général Howe avait de 24 à 50,000 hommes disciplinés et aguerris, lorsqu'il se décida à attaquer l'ile Longue (Long-Islandj, située en avant de New-York, ot dont la pointe méridionale s'avance vers les bouches de l'Hudson. Le prévoyant Washington avait quitté son camp de Cambridge, et, devinant le dessein des Anglais, il s'était posté avec 15,000 miliciens sur le point qu'ils sloulaient envahir, pour le leur disputer. Mais ses forces étaient trop peu considérables, et la qualité de ses troupes était trop inférieure, pour qu'il eût l'espérance d'y parvenir. Le mérite de ce grand homme devait être pendant longtemps de soutenir sa cause en se faisant battre pour elle, et de se montrer assez constant dans le dessein deservir son pays et assez inébranlable aux revers, pour se donner le temps comme le moyen de vaincre.
Les Anglais descendirent dans Long-lsland, et y gagnèrent une sanglante bataille sur les Américains, qui y perdirent près de -2,000 hommes. Us débarquèrent ensuite sur le continent, marchèrent sur New-York, que l'armée des insurgés évacua, re^nontrèrent l'Hudson, et s'emparèrent des forts Washington et Lee, placés sur ses deux rives vis à-vis l'un de l'autre, el commandant le cours du fleuve. Ils conquirent ensuite la province voisine de New-Jersey, où s'était d'abord retiré le général américain avec les faibles débris de son armée. Suivi de 4,000 hommes seulement, il s'était posté à Trenîon, sur la Delaware, et bientôt les forces supérieures du général
anglais Pavaient réduit à quitter cette dernière position dans le New-Jersey. Battu mais non découragé, dépourvu de moyens de résistance mais soutenu par une volonté indomptable, il passa alors la Delaware afm de couvrir Philadelphie, où siégeait le congrès, et où devait marcher d'un moment à Pautre l'armée victorieuse, pour prendre la capitale et disperser le gouvernement de Tinsurreciion.
La situation ne pouvait pas être plus périlleuse : elle semblait désespérée. L'Amérique avait un habile général, mais elle n'avait pas d'armée régulière. iManquant d'armes, de munitions, de vivres, de vêtements même pour ses soldats, Washington était obligé de lutter contre des troupes régulières, bien conduites, fournies de tout, avec des miliciens braves mais mal organisés, qui arrivaient et se retiraient selon le terme de leurs engagements, et qui conservèrent longtemps l'indiscipline de l'insurrection. Le congrès lui-même exerçait une souveraineté générale, faible et mal obéie. H ne pouvait ni faire des lois obligatoires pour les Étals particuliers, ni lever des troupes sur leur territoire, ni les soumettre à des impôts. Ces divers droits appartenaient aux États eux-mêmes, qui possédaient lu souveraineté effective, et auprès desquels le congrès n'intervenait que par la voie du conseil et des recommandations. Il avait été émis, pour le service de VUnion, 24 millions de dollars (120 millions de francs) d'un papior-mounaie qui fut promptement discrédité. Dans ce moment de suprême péril, où il devait pourvoir à tant de besoins avec un papier-monnaie sans valeur, résister, avec une armée presque dissoute, à l'invasion anglaise qui s'éiendait, et au parti métropolitain qui, sous le nom de loyaliste, levait hardiment la tète, le congrès n'avait d'autre ressource que de chercher au dehors des secours en armes et en argent par des emprunts, des secours en hommes et en vaisseaux par des alliances.
Il tourna d'abord les yeux vers la France. Cette nation, depuis loDgiemps célèbre par la générosité de ses sentiments, était devenue, par la récente liberté de ses idées, plus accessible encore ù l'appel d'un peuple opprimé qui tentait de 8'affranchir. Pays des pensées hardies et des nobles dévoue-