‹ Notices historiquesChapitre 61 sur 78 · CHAPITRE XII. 26Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. 26Î

contentement du peuple, qui lui reprochait les charges financières dont il était accablé et la détresse commerciale dont il souffrait. Il redoutait, de plus, que la France el l'Espagne ne se décidassent à embrasser, comme elles le firent, la cause devenue moins incertaine des États-Unis, el qu'à la guerre avecles rebelles d'Amérique ne se joignît la guerre avec les deux puissances maritimes de l'Europe les plus fortes après la Grande- Bretagne.

Lord North, tout en se livrant aux plus vastes préparatifs militaires pour faire face à toutes les inimitiés, essaya de les conjurer. Il s'adressa d'abord à Franklin, auquel l'Angleterre croyait le pouvoir d'apaiser un soulèvement dont elle le considérait comme le provocateur. Vers les commencements de janvier 1778, lorsqu'il était en pleine négociation avec la France, ses vieux amis David Hartley, secrètement attaché à lord North, quoique membre whig de la Chambre des communes, et le chef des frères moraves, James Huiton, qui avait ses entrées au palais de George 111, furent chargés de lui proposer une réconciliation. James Hutton vint lui offrir à Paris les conditions que lord North présenta bientôt au parlement. Franklin refusa comme insuffisante, la restitution des anciens privilèges dont les colonies auraient été satisfaites avant la guerre, et dont elles ne pouvaient plus se contenter après leur séparation. Il leur fallait maintenant l'indépendance. Elles étaient résolues à ne pas s'en départir, et l'Angleterre n'était point encore prête à la leur accorder. James Hutton retourna attristé à Londres, d'où il conjura Franklin de faire à son tour quelque proposition, ou tout au moins de lui donner son avis, a L'Ariosle prétend, répondit Franklin au frère morave, que toutes les choses perdues sur la terre doivent se trouver dans la lune; en ce cas, il doit y avoir une grande quantité de bons avis dans la lune, et il y en a beaucoup des miens formellement donnés el perdus dans cette affaire. Je veux néanmoins, à votre requête, en donner encore un petit, mais sans m'atlendre le moins du monde qu'il soit suivi. Il n'y a que Dieu qui puisse donner en même temps un bon conseil et la sagesse pour en faire usage.

c Vous avez perdu par celte détestable guerre , et par la

barbarie avec laquelle elle a été poursuivie, non -seulement le gou^ernemeni cl le romnierce «le rAmt'iriqiie, mais, ce qui esl bien pis, l'eslime, le respect, raiTeeiiou de tout un grand peuple qui s'élève, qui vous considère à présent, et doui la postérité vous considérera comme la plus méchante nation de la terre. La paix peut sans doute être obtenue, mais eu abandonnant toute prétention à nous gouverner, i

Il demandait donc qu'on disgraciât les loyalistes américains qui avaient provoqué la guerre, les ministres anglais qui Tavaieul déclarée, et les généraux qui ravalent faite; qu'on gardât tout au plus le Canada, la NouvelIc-Écosse, les Florides, et qu'on renonçât à tout le reste du territoire de l'Amérique, pour établir une amitié solide avec elle. < Mais, ajoutait-il, je connais votre peuple : il ne verra point l'utilité de pareilles mesures, ne voudra jamais les suivre, et trouvera insolent à moi de les indi quer. i

Ces mesures, que l'Angleterre se vil contrainte d'adopter en grande partie cinq années plus tard, furent remplacées par les liilU conciliatoires de lord North. Ce ministre proposa au parlement, qui y consentit, de renoncer à imposer des (axes à l'Amérique sepleniiioualc, de retirer toutes les lois promulguées depuis le 10 février 1763, d'accorder aux Américains le droit de pommer leurs gouverneurs et leurs chefs militaires. Dos commissaires anglais furent désignés pour offrir à l'Amérique ces bills, (|ue David Hartley envoya le 18 février à Franklin. Les traités avec la France étaient alors signés, et, six jours après leur conclusion, Franklin avait écrit à Hartley : i L'Amérique a été jetée dans les bras de la France C'était une fiUo attachée à ses devoirs oi vertueuse. Une cruelle marâtre l'a mise à la porte, l'a diflamée, a menacé sa vie. Tout le monde connaît son innocence et prend son parti. Ses amis désiraient la voir honorablement mariée... Je crois qu'elle fera une bonne et utile femme, comme elle a été une excellente et lionnôle fille, et que la famille d'où elle a été si indignement chassée aura un long regret de l'avoir perdue. >

Lorsqu'il connut les bills, il les déclara trop tardifs, tout k fait iqadiQissibles, et pitii propres à éloigner la paix qu'à y con-

Page 1