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CHAPITRE XII. W

duire. William Pultney se joignit à James Hutlon et à David Hartley pour le conjurer d'opérer, enire la métropole et les colonies, un rapprochement qu'ils croyaient dépendre de lui. Franklin leur assura à tous que désormais ce rapprochement ne pouvait s'effectuer qu'au prix de V indépendance reconnue de» États-Unis, et au moyen d'un simple traité d'amitié et de commerce. David Harlley se rendit alors à Paris, pour essayer de rompre l'union redoutable que l'Amérique venait de conclure avec la France. 11 y arriva dans la dernière quinzaine d'avril. Il fil à Franklin l'ouverture d'un traité de commerce, où cerlains avantages seraient concédés à l'Angleterre, avec laquelle l'Amérique s'engagerait de plus dans une alliance défensive et offensive, même contre la France. Franklin répondit que l'Angleterre sérail heureuse si on l'admettait, malgré ses torts, à jouir des avantages commerciaux qu'avait obtenus la France; qu'elle se trompait, si elle croyait, en signant la paix avec les Américains, les enchaîner dans une guerre contre la nation généreuse dont ils avaient trouvé l'amitié au moment de leur détresse et dé leur oppression, et qu'ils la défendraient en cas d'attaque, comme les y obligeaient le sentiment de la reconnaissance et la foi des traités.

David Harlley, n'ayant pu réussir à ébranler la nouvelle alliance, retourna, le 25 avril, en Angleterre. En quittant Franklin, il lui écrivit : < Ni mes pensées ni mes actes ne manqueront jamais pour pousser à la paix dans, un temps ou dans un autre. Votre puissance, à cet égard, est infiniment plus grande que la mienne; c'est en elle que je place mes dernières espérances. Je finis en vous rappelant que ceux qui procurent la paix sont bénis. » Il semblait craindre pour son vieil ami quelque danger, puisqu'il ajoutait d'une façon mystérieuse : « Les temps orageux vont venir, prenez garde à votre sûreté; les événements sont incertains, et les hommes mobiles. » Franklin, tout eu le remerciant de son affectueuse sollicitude, lui répondit avec une spirituelle tranquillité : i Ayant presque achevé une longue vie, je n'attache pas grand prix à ce qui m'en reste. Comme le marchand de diap qui n'a plus qu'un petit morceaiï d'une pièce, je suis prêt à dire : Ceci n'étant qae le dernier

bout, je DC venx pas être difficile avec vous; prenez-le pour ce qui vuus plaira. Peut-être le meilleur parti qu'un vieil homme puisse tirer de lui est de se fiiirc martyr. >

Il eut soin de tenir la cour de France au courant de toules les tentatives faites. auprès de lui, aGu qu'aucun nuage ne troublât le bon accord, et qu'aucune incertitude ne dérangeât le concert des deux alliés. M. de Yergcnnes l'eu remercia au nom de Louis XVI : < Le grand art du gouvernement anglais, lui dit-il, est d'exciter toujours les divisions, et c'est par de pareils moyens qu'il espère maintenir son empire. Mais ce n'est ni auprès de vous ni auprès de vos collègues que de semblables artifices peuvent être employés avec succès .. Au reste, il est impossible de parler avec plus de franchise et de fermeté que vous ne l'avez fait à M. Hartley : il n'a aucune raison d'être satisfait de sa mission, i

M. de Vergennes exprimait la même conGance envers le peuple des États-Unis : il ne se trompait point. Les bills conciliatoires de lord North parvinrent en Amérique plus tôt que les traités avec la France : ils y furent connus vers le milieu d'avril. Washington les jugea insuffisants et inadmissibles, tout comme Tavait fait Franklin; et le Congrès, partageant la pensée des deux plus sensés et plus glorieux soutiens de l'indépendance américaine, les rejeta sans hésitation et à l'unanimité des voix. Il déclara qu'il n'admettrait aucune proposition de paix, à moins que l'Angleterre ne reiir.1t ses troupes et ses flottes, et ne reconnût l'indépendance des États-Unis. A peine avait-il repoussé les bills, qu'arrivèrent (le 2 mai) les traités; ils causèrent des transports de joie. L'espérance fut universelle. Le congrès les raliGa sur-le-champ, et nomma Franklin son ministre auprès de la cour de France, qui, de son côté, accrédita M. Gérard de Hayneval auprès du gouvernement des Étals-Unis. Dans la noble elTusion de sa reconnaissance, le congrès écrivit à ses commissaires : c Nous admirons la sagesse et la vraie dignité de la cour de France, qui éclatent dans la conclusion et la raliGcation des traités faits avec nous, biles tendent puissamment à fairedisparatlre cet esprit étroit d.ins lequel le genre humain a été assez malheureux pour s'entretenir jusqu'à ce jour. Ces traités mon-

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