CHAPITRE XII
fût ornée de devises convenables; quelques-unes des principales actions de la guerre dans lesquelles vous vous èles distingué par votre bravoure et votre conduite, y sont représentées. Mies en forment, avec quelques figures allégoriques, toutes admirablement exécutées, la principale valeur. Grâce aux excellents artistes que présente la France, je vois qu'il est facile de tout exprimer, excepté le sentiment que nous avons de votre mérite et de nos obligations envers vous. Pour cela, les figures et même les paroles sont insuffisantes. »
Le retour du général la Fayette en Amérique au mois d'avril 1780, et l'arrivée en juillet du corps expéditionnaire de Rochambeau à Rhode-Island, que sir Henri Clinton avait évacué l'année précédente, n'amenèrent encore rien de décisif dans celte campagne. Rochambeau fut réduit quelque temps à l'inaction dans Newport par une flotte britannique supérieure à la flotte française qui l'avait conduit. Les Anglais, toujours resserrés dans New -York par Washington, ne firent aucun progrès au centre des États-Unis; mais ils continuèrent leur marche Aictorieuse au sud. Cornwallis, après avoir battu à Cambden le général Gates, s'affermit dans les Caroliues. Il se disposa à passer dans la "Virginie, qu'Arnold, devenu traître à son pays et infidèle à sa gloire, ravageait avec une flottille et une troupe anglaises, en remontant la Chesapeake et le Potomak. Il s'y transporta en effet l'année suivante, prit possession des deux villes d'York-Town et de Gloucester, où il se fortifia, avec l'intention d'étendre de plus en plus du midi au nord la conquête anglaise. Mais le général Washington, qui avait opposé la Fayette à Arnold, Green à Cornwallis, combina bientôt une grande opération qui couronna la campagne de 1781 par une mémorable victoire, et mit fin à la guerre.
Pour en fournir les moyens à Washington, Franklin, à qui avait été envoyé par le congrès le colonel John Laurens, afin qu'il obtînt de la cour de Versailles de plus grands secours en argent, en hommes et en vaisseaux, s'était adressé à M. de Vergennes avec les instances les plus vives et les raisons les plus hautes. A la suite d'une violente et longue attaque de goutte, il lui avait écrit : « Ma vieillesse s'accroît. Je me sens aff'aibli, et
I7i VIE DE FRANKLIN.
il est probable que je n'aurai pas longtemps à nroccuper de ces affaires. Cesl pourquoi je saisis celte occasion de dire à Votre Excellence que les conjonctures présentes sont extrêmement critiques... Si Ton souffre que les Anglais recouvrent ce pays, Topportuoité d'une séparation effective ne se présentera plus dans le cours des âges; la possession de contrées si vastes et si fertiles, et de côtes si étendues, leur donnera une base tellement forte pour leur future grandeur par le rapide accroissement de leur commerce et Taugmeutation de leurs matelots et de leurs soldats, qu'ils deviendront la terreur de l'Europe, el qu'ils exerceront avec impunité l'insolence qui est naturelle à leur nation. > M. de Vergeunes partagea le sentiment de Franklin, et Louis XVI accéda à ses demandes. Une somme de six millions de livres fut mise à la disposition de Washington; des munitions, des armes et des effets d'habillement pour vingt mille hommes furent expédiés en Amérique, et le comte de Grasse reçut l'ordre de s'y rendre avec une flotte de vingt-six vaisseaux de ligne, de plusieurs frégates, et une nouvelle troupe de débarquement.
Quant à Franklin, ébranlé par sa dernière indisposition, et craignant de ne plus mettre au service de son pays qu'un esprit fatigué et une activité ralentie, il demanda au congrès de lui accorder un successeur, t J'ai passé ma soixante et quinzième année, écrivit-il au président de cette assemblée, et je trouve que la longue et sévère attaque de goutte que j'ai eue l'hiver dernier m'a excessivement abattu. Je n'ai pas encore recouvré entièrement les forces corporelles dont je jouissais auparavant. Je ne sais pas si mes facultés mentales en sont diminuées; je serais probablement le dernier à m'en apercevoir. Biais je sens mon activiste fort décrue, et c'est une qualité que je regarde comme particulièrement nécessaire à votre ministre auprès de cette cour... J'ai été engagé dans les affaires publiques, et j'ai joui de la confiance de mon pays, dans cet emploi ou dans d'autres, durant le long espace de cinquante ans. C'est un honneur qui suflil à satisfaire une ambition i-aifionnable; et aujourd'hui il ne m'en reste pas d'autre que celle du repos, dont je désire que le congrès veuille bien me graliûer