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CHAPITRE XIT

Au commencement de janvier 1782, David Hartley pressentit de sa part le docteur son ami, sur une paix séparée, dans laquelle V indépendance des États-Unis serait reconnue, mais ne serait pas dictée et hautainement commandée par la France. Franklin ne voulut admettre qu'une paix commune à l'Amérique et à ses alliés. Ce fut en vain que lord Norlh fit sonder de nouveau, pour des négociations isolées, les plénipotentiaires américains par M. Digges, et les ministres du roi de France par M. Forth. Des deux côtés, avec une habile entente et une égale bonne foi, on lui répondit qu'on ne consentirait à traiter que de concert, ou qu'on ne cesserait pas de combattre ensemble. Du reste, le ministère qui avait amené la guerre ne pouvait conclure la paix. Celte œuvre éiail réservée à un ministère sorti de l'opposilion, animé de l'esprit de liberté et armé de sa puissance. Au mois d'avril 1782, le généreux lord Shelburne et l'éloquent Charles Fox formèrent, à la place du cabinet téméraire de lord Norlh, qui venait de se dissoudre, le cabinet conciliant chargé de rétablir l'harmonie entre l'Angleterre et l'Amérique, et de pacifier le monde.

Richard Oswald reçut de lord Shelburne l'ordre de se rendre auprès de Franklin, et d'ouvrir avec lui les premières négociations. 11 lui attesta le désir sincère des nouveaux ministres de conclure la paix générale, mais sans souffrir qu'on employât des termes capables d'humilier l'Angleterre, car elle aurait dans ce cas encore assez de passion, de ressources et de fierté pour reprendre la guerre, et y persister avec une énergie indomptable. Afin donc que la cour de Versailles ne parût pas imposer à la cour de Londres l'indépendance de ses anciennes colonies, les négociations se poursuivirent séparément de la part des États-Unis et de leurs alliés, mais avec la sincère résolution de n'agir que de concert et de ne conclure qu'en même temps. Elles furent actives et longues. Les pourparlers préliminaires et les discussions définitives durèrent un an et demi. Il y avait à régler, outre l'indépendance de la nouvelle nation, l'étendue de son territoire, les droits de sa navigation, les lieux de ses pêcheries, les intérêts antérieurement et réciproquement engagés du côté des Américains en Angleterre, du côté des Anglais

eo Amérique; il y avait de plus à détermiDer ce que les alliés garderaicut de leurs conquéies et ce qu'ils en restitueraient à la Grande-Bretagne, pour rentrer eux mêmes dans les possessions qu'ils avaient perdues. D'un sang-froid patient, d'une fermeté habile, d'une droiture insinuante, Franklin, toujours uni à la France, mena ces négociations, dont il eut la principale conduite, à une conclusion heureuse.

Les articles préliminaires, signés par les plénipotentiaires américains avec Richard Oswald le 50 novembre 1782, le fu. rent par les plénipotentiaires français et espagnols avec Alleyne Filz-Uerbert le 20 janvier, et les plénipotentiaires hollandais le 2 septembre 1783. Ces articles préliminaires, changés en clauses déûnilives par les traités conclus le même jour (3 septembre 1783) à Versailles et à Paris, assurèrcni à la France et à l'Espagne une partie considérable de leurs conquêtes, et à TAmérique les précieux avantages qui étaient l'objet de son ambition, la cause de sou soulèvement, et qui devinrent le prix de sa persévérance et de sa victoire. Par le traité de Versailles, la France garda Tabago et Sainte-Lucie, dans lus Antilles; ne se dessaisit point des établissements du Sénégal, bien qu'elle récupérât File de Corée en Afrique ; obtint la restitution de Chaudernagor, de Mahé, de Pondichéry, avec les promesses d'un territoire plus étendu dans les Indes orientales; l'Espagne conserva Minorque, qu'elle avait reprise dans la Méditerranée, et la Floride, dont elle s'était emparée en Amérique; la Hollande, enfin, rentra en possession des colonies qu'elle avait perdues, sauf Negapatnam, qu'elle céda à l'Angleterre. Par le traité de Paris, que Franklin signa avec son vieil et persévérant ami David Ilartley, la métropole admit la pleine indépendance et la légitime souveraineté de ses anciennes colonies; elle leur concéda le droit de pèche sur les bancs de Terre-Neuve, dans le golfe Saint-Laurent et dans tous les lieux où les Américains l'avaient exercé avant leur insurrection. Elle leur reconnut pour limites: à l'est, la rivière Sainte-Croix; à l'ouest, les rives du Blississipi ; et au nord, une ligne qui, partie de l'angle de la Nouvelle-Ecosse, traversait par le milieu lu lac Ontario, le lac £rié, le lac Uuron, le lac Supérieur, et aboutis-

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