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CHAPITRE XII

sait an lac Woods pour descendre de là jusqu'au Mississipi, dont la navigation leur était garantie.

Le congrès ratifia sans hésitation et sans délai le traité qui faisait des Étals-Unis une grande nation pour tout le monde. Avant même qu'il fût signé, les hostilités avaient été suspendues, et les troupes françaises étaient retournées en Europe, Après sa conclusion, les forces anglaises évacuèrent New- York, et le congrès licencia l'armée américaine- En se séparant de ces soldats auxquels il avait communiqué son héroïque constance et sa patriotique abnégation, qui avaient accompli par huit ans de travaux, de souffrances, de victoires, la magnifique lâche de la délivrance de 'eur pays, Washington vit des larmes couler de leurs yeux, et son noble visage en fut ému. Il leur fit de mâles et touchants adieux. Se rendant ensuite au milieu du congrès, il déposa le commandement militaire dont il avait été investi, et quMI avait si utilement et si glorieusement exercé. « Bien des hommes, lui dit le président de celle assemblée, ont rendu d'éminents services pour lesquels ils ont mérité les remercîments du public. Mais vous, monsieur, une louange particulière vous est due : vos services ont essentiellement contribué à conquérir et à fonder la liberté et l'indépendance de votre pays ; ils ont droit à toute la reconnaissance d'une nation libre. » Le congrès décida unanimement qu'une statue équestre lui serait érigée dans la ville qui servirait de siège au gouvernemenl, et qui prit elle-même son nom. Après avoir sauvé sa patrie, Washington retourna avec la simplicité d'un ancien Romain dans sa terre de Mont-Vernon, où il présida lui-même à la culture de ses champs, et vécut comme le plus désinléressé des citoyens et le plus modeste des grands hommes.

Quant à Franklin, après avoir consolidé la libre existence de son pays par le traité de Paris, il en étendit et en régularisa les relations commerciales dans divers pays de l'Europe. Ou seul ou associé à Adams , à Jay et à Jefferson, il conclut des traités de commerce avec la Suède et la Prusse, en négocia avec le Portugal, le Danemark et l'Empire. En même temps qu'il agissait en patriote, il vivait en sage. Il pratiquait toujours les vertus fortes et aimables qu'il s'était données dans sa jeunesse.

Disposant de lui-même au milieu des plus nombreuses affaires ; ne paraissant jamais soucieux lorsqu'il portail le poids des plus graves préoccupations, il avait son temps libre pour ceux qui voulaient le voir, il conservait sa gaieté spirituelle pour ceux qu'il voulait charmer.

Aussi sa compagnie était recherchée, non comme la plus illustre, mais comme la plus agréable. Il inspirait à ses amis de la tendresse et du respect, de Tattrait et de Tadmiraiion : il ne les aimait pas non plus faiblement. Il éprouvait surtout une vive affection pour madame Ilelvétius, qu'il appelait Notre-Dame d'Auteuil, et qui venait toutes les semaines dincr au moins une fois chez lui à Passy avec sa petite colonie. Il avait perdu sa femme en 1779; et malgré ses soixante et seize ans, il proposa à madame Hcivétius, un peu avant la fin de la guerre, de l'épouser. Mais elle avait refusé la main de Turgot, et elle n'accepta point la sienne. Franklin lui écrivit alors une lettre qui est un modèle d'esprit et de grâce :

t Chagriné, lui dit-il, de votre résolution, prononcée si fortement hier soir, de rester seule pendant la vie en l'honneur de votre cher mari, je me retirai chez moi, je tombai sur mon lit, je me crus tnort, et je me trouvai dans les champs Élysées.

c On m'a demandé si j'avais envie de voir quelques personnagi s particuliers. — Menez-moi chez les philosophes. — Il y CD a deux qui demeurent iciprès, dans ce jardin. Ils sont de très bons voisins, et très-amis l'un de l'autre. — Qui sont-ils? — Socrate et Ilelvétius. ~ Je les estime prodigieusement tous les deux; mais faites-moi voir premièrement Ilelvétius, parce que j'entends un peu de français et pas un mot de grec. — Il m'a reçu avec beaucoup de courtoisie, m'ayant connu, disait-il, de caractère, il y a quelque temps. Il m'a demandé mille choses sur la guerre et sur l'état présent de la religion, de la liberté et du gouvernement en France. — Vous ne me demandez donc rien de votre amie madame Ilelvétius? et cependant elle vous aime encore excessivement, et il n'y a qu'une heure que j'étais chez elle.- Ah! dit-il, vous me faites souvenir de mon ancienne félicité; mais il faut l'oublier pour être heureux ici. Pendant plusieurs années je n'ai pensé qu'à elle, eafin je suis consoié :

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